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Full text of "Traité de métapsychique"

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TRAITÉ 



-DE 



MÉTAPSYCHIQUE 



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CHARLES RICHET 

Professeur à l'Université de l'aris, 
Membre de l'Institut. 






TRAITÉ 



DE 



MÉTAPSYCHIQUE 



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PARIS 

LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN 

108, BOULEVARD SAINT- GERJK AIN, i 08 

192'2 

Tous droit» de traduction, de reproduction et d'adaptation réservi 
pour toi pays 









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Copyright by Charles Richet, 
Paris, Janvier 1922. 



Omnia jnm fient fieri quse posse negabam. 



Ce livre est dédié à la mémoire de mes illustres 

amis et maîtres 

Sir WILLIAM CROOKES 
et FRÉDÉRIC MYERS 

qui, aussi grands par le courage que par la pensée, 
ouf tracé les premiers linéaments de cette science. 



AVANT-PROPOS 



Ceux qui espèrent trouver dans ce livre des considérations 
nuageuses sur les destinées de l'homme, sur la magie, sur la 
théosophie, seront déçus. J'ai voulu tenter d'écrire un livre de 
science, non de rêve. Je me suis donc contenté d'exposer les 
faits et de discuter leur réalité, non seulement sans prétendre 
à une théorie, mais même en mentionnant à peine les théories ; 
car celles qu'on a jusqu'ici proposées, en métapsychique, me 
paraissent d'une fragilité effarante. 

Qu'une théorie passable puisse quelque jour être présentée, 
c'est possible, presque probable. Mais l'heure n'est pas venue 
encore, puisqu'on conteste les faits sur lesquels aurait à s'édi- 
fier une théorie quelconque. Il faut donc d'abord établir les faits, 
les présenter dans leur ensemble et dans leur détail, pour en 
approfondir les conditions. C'est notre devoir préalable : c'est 
même notre seul devoir. 

La tâche est d'ailleurs assez lourde. En effet, comme il s'agit 
de phénomènes peu habituels, le public et les savants ont pris 
le parti de les nier, tout simplement, sans examen. 

Cependant ces faits existent : ils sont nombreux, authen- 
tiques, éclatants. On en trouvera dans le cours de cet ouvrage 
des exemples si abondants, si précis, si démonstratifs, que je 
ne vois pas comment un savant de bonne foi, s'il consent à 
l'examen, oserait les révoquer tous en doute. 

On peut résumer en trois mots les trois phénomènes fonda- 
mentaux qui constituent cette science nouvelle. 



FI WÀNT-PROl'OS 

1° La cryptesthésie [Lucidité des auteurs anciens) ; c'est-à-dire 
une faculté de connaissance qui est différente des facultés 
de connaissance sensorielles normales. 

2° La télékinésie ; c'est-à-dire une action mécanique différente 
des forces mécaniques connues, qui s'exerce sans contact, à 
distance, dans des conditions déterminées, sur des objets ou 
des personnes. 

3° L'ecloplasmie (matérialisation des auteurs anciens) ; c'est- 
à-dire la formation d'objets divers qui le plus souvent sem- 
blent sortir du corps humain et prennent l'apparence d'une 
réalité matérielle (vêtements, voiles, corps vivants). 

Voilà toute la métapsychique. Il me semble qu'aller jusque- 
là, c'est aller déjà très loin. Plus loin, ce n'esi pas encore 
de la science. 

L 

Mais je prétends que la science, la sévère et inexorable 
science, doit admettre ces trois étranges phénomènes qu'elle 
s'est refusé jusqu'à présent à reconnaître. 

En écrivant ce livre sous la forme qui est donnée aux traités 
classiques des autres sciences, physique, botanique, pathologie, 
nous avons voulu arracher aux faits qu'on appelait occultes, 
et dont beaucoup sont indiscutablement réels, l'apparence 
surnaturelle et mystique que leur ont prêtée les personnes qui 
ne les niaient pas \ 

« 
1. Pour la bibliographie, qui n'a d'ailleurs pas la prétention d'être complète, 
on a adopté l'abréviation A. S. P. pour Annales des sciences psychiques, et 
P. S. P. R. pour Proceedings of the Society for psychical Research, J. S. P. R. 
pour Journal of the Society for psychical Research. Am. S. P. R. pour Procee- 
dings of the American Society for psychical Research. 



TRAITÉ DE MÉTAPSYGHIQUE 



LIVRE PREMIER 
DE LA IVIÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 



t 1. — DÉFINITION ET CLASSIFICATION 

De tout temps les hommes ont constaté que des faits singuliers, 
irréguliers, imprévoyables, se mêlaient aux événements ordinaires 
de l'existence quotidienne. Alors, ne pouvant pas trouver d'expli- 
cation rationuelle, ils ont supposé l'intervention de forces surnatu- 
relles, et l'action de Dieux ou de Démons tout puissants. 

Peu à peu, avec les progrès de nos connaissances, la foi en ces 
ingérences, divines ou démoniaques, dans nos petites affaires hu- 
maines, a perdu du terrain. Qu'il s'agisse d'une aurore boréale, d'une 
éclipse, d'une comète, ou simplement d'un orage, nous ne voyons 
plus là aujourd'hui qu'un phénomène naturel dont nous avons 
appris à préciser quelques lois. Qu'il s'agisse de l'épilepsie ou de 
l'attaque hystérique, nous ne faisons comparaître ni Hercule, ni 
Satan 1 . 

Pourtant nos sciences, malgré leurs prodigieux progrès, n'ont pas 
pu donner la raison d'être de certains phénomènes exceptionnels 
auxquels les lois jusqu'ici connues de la physique, de la chimie, 
de la physiologie, ne s'appliquent plus. Gomme ces événements et 
ces forces étaient inexplicables par la science classique, la science 
classique a pris un parti très commode : elle les a ignorés. Mais ces 

1. La bibliographie des sciences magiques est tout un monde. Si l'on veut en 
avoir une idée, même incomplète, on consultera Grosse (G. J. Th.). Bibliotheca 
magicaet pneumalica, Leipzig, Engelmann, in-8°, 1843, 175 p., et R. Yves-Plessis. 
Essai d'une bibliographie française de la sorcellerie. Paris, Ghacornac, 1900. 

Uu-.HET. — Métaps; chique. 1 



2 METAPSYCHIQUE EN GENERAL 

faits étranges, qu'ils soient niés ou acceptés, n'en existent pas moins. 

Qu'un fait rentre ou ne rentre pas dans le cadre des notious 
enseignées, vraiment cela lui importe peu. 

Il nous a paru qu'il fallait présenter dans leur ensemble l'exposé 
méthodique de ces phénomènes. Il est inadmissible que, pour inha- 
bituels qu'ils soient, ils ne soient pas soumis, eux aussi, à des lois, 
et par conséquent accessibles à l'étude, c'est-à-dire à la science. 
Oui ! Nous croyons qu'il peut y avoir une science, ou tout au moins 
une étude, du surnaturel et de l'occulte. 

Mais le mot surnaturel, comme le mot supranormal deFR. Myers, 
est mauvais, car il ne peut y avoir dans l'univers que du naturel et 
du normal. Un fait, du moment qu'il existe, est nécessairement 
naturel et normal. Nous rejetons donc les mots de supranormal et 
de surnaturel, de même que le mot occulte, car sciences occultes, 
cela veut dire, et très naïvement, qu'elles sont mystérieuses, et 
par conséquent inabordables pour nous. En 1905, j'ai proposé le 
terme de métapsychique qui a été unanimement accepté. Ce mot a 
pour lui (et ce n'est pas négligeable) l'autorité d'ARisroTE. Aristote, 
ayant traité des forces physiques, a voulu écrire ensuite un cha- 
pitre sur les grandes lois de la nature qui dépassent les choses 
de la physique, et il a intitulé ce livre : « Après les choses physiques » 
(^£t<x Ta cpuerixa, métaphysique) l . 

Il importe maintenant de définir la métapsychique. 

Ce qui caractérise le fait métapsychique, quel qu'il soit, c'est qu'il 
semble dû à une intelligence inconnue (humaine ou non humaine). 
Dans la nature nous ne voyons d'intelligence que chez les êtres 
vivants : chez l'homme, nous ne voyons d'autre source de connais- 
sance que par les sens. Nous laissons à la psychologie (classique) 
l'étude de l'intelligence des animaux et de l'homme. Les phénomènes 
métapsychiques sont autres : ils paraissent dus à des forces intelli- 
gentes inconnues, en comprenant dans ces intelligences inconnues les 
étonnants phénomènes intellectuels de nos inconsciences. 

1. Quand j'ai présenté pour la première fois en 1905, dans mon adresse prési- 
dentielle à la S. P. R. de Londres, le mot de métapsychique, M. W. Luros- 
lawski m'a fait observer que dans un écrit polonais (Gracovie, 1902, Wyklady 
Jagiellonskie), il avait déjà suggéré ce mot, mais ce fut pour des notions 
assez différentes. E. Boirac a proposé le terme de parapsy chique, qui n'a pas 
prévalu, tandis que le vocable de métapsychique est maintenant partout adopté. 



DEFINITION ET CLASSIFICATION 3 

La métapsychique, — en laissant de côté, bien entendu, la psy- 
chologie dont l'objet est nettement limité — est la seule science qui 
étudiedes forces intelligentes. Toutesles autres forces que lessavants 
ont jusqu'à présent étudiées et analysées au point de vue de leurs 
causes et de leurs effets, sont des forces aveugles, qui n'ont pas 
conscience d'elles-mêmes, dépourvues de caprice, autrement dit de 
personnalité et de volonté. Le chlore se combine au sodium sans 
que nous puissions soupçonner la plus petite parcelle d'intellectua- 
lité dans le chlore et le sodium. Le mercure se dilate par la chaleur 
sans rien y comprendre, et sans rien y pouvoir modifier. Le soleil 
projette ses rayons caloriques, électriques et lumineux dans les 
espaces, sans aucune intention volontaire, sans fantaisie, sans 
choix, sans personnalité pensante. 

Or les forces qui déterminent les pressentiments, les télépathies, 
les mouvements d'objets sans contact, les apparitions, et certains 
phénomènes mécaniques et lumineux paraissent ne pas être 
aveugles et inconscientes, comme le chlore, le mercure et le soleil. 
Elles n'ont pas ce caractère de fatalité attaché aux phénomènes 
mécaniques et chimiques de la matière. Elles semblent avoir des 
intellectualités, des volontés, des intentions, qui ne sont peut-être 
pas humaines, mais qui, en tout cas, ressemblent aux volontés et 
aux intentions humaines. L'intellectualité, c'est-à-dire le choix, 
l'intention, la décision conforme à quelque volonté personnelle, 
inconnue, voilà le caractère de tout phénomène métapsychique. 

Je diviserai la métapsychique en métapsychique objective et méta- 
psychique subjective. 

La métapsychique objective mentionne, classe, analyse certains 
phénomènes extérieurs, perceptibles à nos sens, mécaniques, phy- 
siques ou chimiques, qui ne relèvent pas des forces actuellement 
connues, et qui paraissent avoir un caractère intelligent. 

La métapsychique subjective étudie des phénomènes qui sont 
exclusivement intellectuels. Ils se caractérisent parla notion de cer- 
taines réalités que nos sensations n'ont pu nous révéler. Tout se passe 
comme si nous avions une faculté mystérieuse de connaissance, 
une lucidité que notre classique physiologie des sensations ne peut 
encore expliquer. — Je propose d'appeler cri/ptesthésie, c'est-à-dire 
sensibilité dont la nature nous échappe, cette faculté nouvelle. 



4 METAPSYCHIQUE EN GENERAI. 

La métapsychique subjective est donc la science qui traite de 
phénomènes uniquement mentaux et qu'on peut admettre sans rien 
changer à toutes lois connues de la matière vivante ou inerte, ni 
aux diverses énergies physiques, lumière, chaleur, électricité, 
attraction, que nous avons l'habitude de mesurer et de déterminer. 

Au contraire, la métapsychique objective traite de certains phé- 
nomènes matériels que la mécanique ordinaire n'explique pas : 
mouvements d'objets sans contact, maisons hantées, fantômes, 
matérialisations photographiâmes, sonorités, lumières, toutes réa- 
lités tangibles, accessibles à nos sens. 

Autrement dit, la métapsychique subjective est intérieure, psy- 
chique, non matérielle : la métapsychique objective est matérielle 
et extérieure. 

La limite entre les deux ordres de phénomènes est parfois incer- 
taine ; mais souvent elle est très tranchée, et nulle confusion n'est 
possible. Par exemple, à Paris, le 11 juin 1904, l'assassinat de la 
reine Draga est formellement indiqué, alors qu'il n'y avait, à la 
médium qui l'a révélé, aucune connaissance rationnelle possible de 
ce crime, qui s'est produit à Belgrade à la minute même où il a 
été indiqué à Paris. Voilà un fait de métapsychique subjective. 

Eusapia Paladino met ses mains à cinquante centimètres au-dessus 
d'une lourde table : on lui tient les mains, les pieds, les genoux, le 
torse, la tête, la bouche : alors la table se soulève des quatre pieds 
sans contact. Fait de métapsychique objective. 

Souvent les phénomènes participent aux deux métapsychiques à 
la fois. Alors la dissociation est difficile, sinon impossible. A voit 
apparaître l'image B de son père mourant. Evidemment c'est une 
vision uniquement subjective si d'autres personnes étaient à côté 
de A et n'ont rien vu. Mais, si l'image de B, en même temps qu'elle 
apparaissait à A, a été vue par d'autres personnes que par A, si 
de plus l'apparition a pu être photographiée, si elle a laissé sa trace 
sur des plaques sensibles, ce n'est pas seulement un fait subjectif, 
c'est encore un fait objectif, car il y a eu un phénomène matériel, 
et la vision qu'a eue A cesse d'être un phénomène subjectif. 

La fréquence des phénomènes subjectifs est bien plus grande que 
celle des phénomènes objectifs : les médiums donnant des phéno- 



DÉFINITION ET CLASSIFICATION *o 

mènes objectifs sont rares. D'ailleurs, quand il se produit des 
phénomènes matériels, presque toujours il y a simultanément des 
faits importants de métapsychique subjective qui se trouvent mêlés 
aux phénomènes matériels. 

La métapsychique peut donc se définir : une science qui a pour 
objet des phénomènes, mécaniques ou psychologiques, dus à des forces 
qui semblent intelligentes ou à des puissances inconnues latentes dans 
l'intelligence humaine . 

C'est donc une science profondément mystérieuse encore. Son 
mystère même fait qu'il faut en aborder l'étude avec une prudence 
scientifique extrême. 

| 2. — Y A-T-IL UNE MÉTAPSYCHIQUE? 

La question doit être posée ; car, pour beaucoup de savants, rien 
de ce qui est allégué dans le domaine du magnétisme et du spi- 
ritisme ne mérite d'être considéré comme sérieux. « On ne fait 
pas, disent-ils, une science avec des commérages; or les récits 
épars que vous apportez ne sont que des commérages. Les halluci- 
nations, racontées avec force détails par des gens naïfs, appartien- 
nent au domaine de l'aliénation mentale, et les représentations 
données par les médiums, à de vulgaires escroqueries. Les médiums 
qui se prétendent doués de propriétés surnaturelles, et qui disent 
être des intermédiaires entre le monde des morts et le monde des 
vivants, sont des hallucinés ou des farceurs. Dès qu'on prend des 
précautions contre la crédulité et la fraude, toujours on finit par 
dévoiler l'erreur ou l'imposture. Devant des commissions d'enquête 
ayant quelque autorité scientifique, jamais un fait irrécusable de 
lucidité ou de mouvements d'objets sans contact n'a pu être établi. 
Si l'on élimine les hasards, les fautes d'observation, les superche- 
ries, il ne reste plus rien de la soi-disant métapsychique qu'une 
immense illusion. A mesure que les conditions sont plus rigou- 
reuses, les phénomènes deviennent moins intenses, et finalement 
s'évanouissent. Une science se prétendant expérimentale et s'ap- 
puyant sur des expériences qui ne peuvent se répéter, ce n'est pas 
une science. Vous affirmez des faits extraordinaires, invraisem- 



6 METAPSYCHIQUE EN GENERAL 

blables, qui renversent tout ce que la scieuce a jusqu'ici reconnu 
comme vrai, mais vous êtes incapables d'en donner la preuve, car 
jusqu'ici cette preuve a échappé à toute recherche méthodique. Ce 
n'est pas à nous de prouver que les faits affirmés par vous sont 
faux ; c'est à vous de nous prouver qu'ils sont vrais. 

«Et puis, même si nous les voyions, ces faits étranges, nous nous 
croirions dupés ou illusionnés, car vous évoluez parmi des impos- 
teurs, et vos affirmations sont trop absurdes pour être vraies. » 

Tel est à peu près le langage des savants honorables qui dénient 
à la métapsychique toute réalité. S'ils avaient raison, ce livre serait 
terriblement inutile, voire ridicule. Il pourrait s'intituler : Traité 
d'une erreur. 

Mais pour notre part, comme nous essaierons d'en donner la 
preuve abondante, nous croyons que ces faits, qu'on appelle 
occultes parce qu'ils sont incompris, existent. 

Nous avons lu et relu, étudié et analysé les ouvrages qui ont été 
écrits sur ce sujet, et nous déclarons énormément invraisemblable, 
et même impossible, que des hommes illustres et probes, comme 
sir William Crookes, sir Oliver Lodge, Reichenbach, Russell Wal- 

LÀCE, LOMBROSO, WlLLIAM JâMKS, ScHIAPARELLI, Fr. MyERS, ZÔLLNER, 

A. de Rochas, Ochorowicz, Morselli, sir William Barrett, Ed. Gurney, 
G. Flammarion, et tant d'autres, se sont laissé tous, à cent reprises dif- 
rentes, malgré leur science, malgré leur vigilante attention, duper 
fépar des fraudeurs, et qu'ils furent victimes d'une étonnante crédu- 
lité. Ils n'ont pas pu être tous et toujours assez aveugles pour ne pas 
apercevoir des fraudes qui ont dû être grossières ; assez imprudents 
pour conclure quand aucune conclusion n'était légitime; assez 
malhabiles pour ne jamais, ni les uns, ni les autres, laire une seule 
expérience irréprochable. A priori, leurs expériences méritent 
d'être méditées sérieusement, et non rejetées avec mépris l . 

1. Voici comment ose s'exprimer un illustre savant anglais, lord Kelnvin (cité 
par Fr. Myers, A. S. P., 1904, XIV, 365). 

« Je tiens à repousser toute apparence d'une tendance à accepter cette misé- 
rable superstition du magnétisme animal, des tables tournantes, du spiritisme, 
du mesmérisme, de la clairvoyance, des coups frappés. 11 n'y a pas un septième 
sens d'espèce mystique. La clairvoyance et le reste sont le résultat de mauvaises 
observations, mêlées à un esprit d'imposture volontaire, agissant sur des âmes 
innocentes et confiantes. » 

Tel est le degré d'aveuglement auquel est conduit un des plus grands esprits de 



Y A-T-IL UNE MÉTAPSYCHIQUE ? 7 

L'histoire des sciences nous apprend que les déco n vertes les plus 
simplesont été repoussées, à priori, sous prétexte qu'elles étaient con- 
tradictoires avec la science. L'anesthésie chirurgicale fut niée par 
Magendie. Le rôle des microbes a été contesté pendant vingt ans 
par tous les académiciens de toutes les Académies. Galilée a été 
mis en prison pour avoir dit que la terre tourne. Bouillaud a 
déclaré que le téléphone n'était que de la ventriloquie. Latoisier a 
dit que nulles pierres ne tombent du ciel, parce qu'il n'y a pas de 
pierres dans le ciel. La circulation du sang n'a été admise qu'après 
quarante ans de stériles discussions. Dans un discours prononcé 
en 1827, à l'Académie des Sciences, mon arrière-grand-père, 
P.-S. Girard, considérait comme une folie l'idée qu'on peut par des 
conduits amener de l'eau dans les étages élevés de chaque maison. 
En 1840, J. Mùller affirmait qu'on ne pourra jamais mesurer la 
vitesse de l'influx nerveux. En 1699, Papin construisait un premier 
bateau à feu. Cent ans plus tard, Fulton refaisait cette découverte, 
et elle ne fut reconnue applicable à la navigation que vingt ans 
après. Quand, en 1892, guidé par mon illustre maître Marey, je 
faisais mes premiers essais d'aviation, je n'ai trouvé qu'incrédulité, 
dédain et sarcasme. On pourrait écrire tout un volume en contant 
les billevesées qui furent dites, au moment de chaque découverte, 
contre cette découverte môme. 

Remarquons qu'il n'est pas ici question du vulgaire ; — l'opinion 
du vulgaire est sans importance, — mais des savants. Or les savants 
s'imaginent qu'ils ont tracé des limites que la science future ne 
saurait franchir. Comme le dit spirituellement C. Flammarion, 
« passés à l'état de bornes, ils jalonnent la route du progrès ». 

Lorsqu'ils déclarent que tel ou tel phénomène est impossible, ils 
confondent très malheureusement ce qui est contradictoire avec la 
science, et ce qui est nouveau dans la science. Il faut insister; car 
c'est là la cause profonde du cruel malentendu. 

Les corps se dilatent par la chaleur. Alors, si quelqu'un vient 
nous dire que le mercure, le cuivre, le plomb, l'hydrogène, dans les 
conditions habituelles de notre expérimentation, ne se dilatent pas 

notre époque : il ne daigne ni regarder, ni étudier, ni essayer de comprendre. 
Il nie. C'est beaucoup plus facile. 



8 META.PSYCHIQUE EN GENERAI. 

quand ou les chauffe, j'aurai le droit de nier cette affirmation; car 
il y a là flagrante coutradiction avec les faits observés, cous- 
tatés et étudiés chaque jour. Mais qu'on ait découvert un métal 
nouveau, et qu'un savant nous vienne dire que ce métal, au lieu de 
se dilater, se contracte par la chaleur, je n'aurai pas le droit de nier 
a priori. Si invraisemblable que soit cette anomalie aux lois de la 
physique, je devrai, sous peine d'une blâmable présomption, véri- 
fier cette assertion singulière, puisqu'il s'agit d'une substance nou- 
velle, peut-être différente des autres. 

Toute vérité nouvelle est d'une extrême invraisemblance. Or il 
s'en présente à chaque instant dans l'évolution des sciences, et, 
dès qu'un chercheur quelconque en émet une, elle suscite toutes 
les indignations. Au lieu de vérifier, on nie. 

Claude Bernard dit que les animaux fabriquent du sucre. Alors 
aussitôt les objections se multiplient. « C'est déranger l'harmonie 
du monde vivant que d'admettre la formation du sucre par les ani- 
maux. Ce sont les végétaux qui font du sucre, et les animaux qui 
le consomment. Le sucre qu'on a trouvé dans les organismes ani- 
maux était du sucre amassé par l'alimentation, ou résultant d'une 
altération cadavérique. Bref le sucre ne peut pas être fabriqué par 
un organisme animal. » 

On sait ce que ces phrases sont devenues. 

Supposons qu'on n'ait encore aucune connaissance des propriétés 
attractives de l'aimant, et que l'aimant soit un corps extrêmement 
rare, presque introuvable. Arrive un voyageur qui, ayant rencontré 
un aimant, mais ne pouvant le retrouver, raconte qu'il a vu un 
corps qui attire le fer. Son affirmation provoquera une indignation 
et une dénégation universelles. Pourquoi le fer a-t-il cette propriété 
que ne possèdent ni le cuivre, ni le plomb, ni aucun autre corps? 
Pourquoi un corps qui attire ? Jamais on n'a rien vu de semblable. 
Si c'était chose véritable, on la connaîtrait depuis longtemps l . 

Tout ce que nous ignorons paraît toujours invraisemblable. Mais 
les invraisemblances d'aujourd'hui deviendront demain des vérités 
élémentaires. 

1. Quand on a parlé de la contagion de la tuberculose, un professeur de la 
Faculté de Paris a dit : « Si la tuberculose était contagieuse, on le saurait ». Et 
à l'Académie do Médecine, on l'a, presque unanimement, en 1878, approuvé. 



Y A-T-IL UNE MÉTAPSYCHIQUE ? 9 

Pour ne prendre que les découvertes presque contemporaines, 
celles qu'à cause de mou grand âge j'ai pu voir se développer sous 
mes yeux, j'en prendrai quatre qui eussent paru en 1875 mons- 
trueuses, absurdes, inadmissibles: 

1° Ou peut entendre à Rome la voix d'un individu qui parle à 
Paris. (Téléphone) ; 

2° On peut mettre en bouteille les germes de toutes les maladies 
et les cultiver dans une armoire. (Bactériologie) ; 

3° On peut photographier les os des personnes vivantes. 
(Rayons X). 

4° On peut transporter cinq cents canons à travers les airs avec 
une vitesse de 300 kilomètres à l'heure. (Aéroplanes). 

Celui qui, eu 1875, eût émis ces assertions audacieuses eût été 
traité d'aliéné dangereux. 

Notre intelligence routinière est ainsi faite qu'elle se refuse à 
admettre ce qui est inhabituel. Et, en effet, à bien examiner les faits 
qui nous entourent, il faudrait se contenter de dire : il y en a d'ha- 
bituels, il y en a d'inhabituels. Nous ne devrions rien dire de plus. 
Surtout il faudrait se garder de faire deux classes de faits : ceux 
qui sont compris, et ceux qui ne sont pas compris. Car en vérité 
nous n'avons rien compris, absolument rien, à aucune des grandes 
ou petites vérités delà science. 

Qu'est-ce que la matière ? Est-elle continue ou discontinue? 
Qu'est-ce que l'électricité ? L'hypothèse de l'éther est-elle comprise 
par ceux qui la professent ? Nous voyons une pierre retomber sur le 
sol quand on l'a lancée en l'air : avons-nous compris l'attraction ? 
Deux gaz se combinent pour former un nouveau corps qui est tout 
différent et dans le liquide formé ou trouve les mêmes atomes que 
dans les gaz qui se sont combinés: avons nous compris? Pourquoi 
tel ovule fécondé par uu certain zoosperme va-t-il produire, selon 
ses origines, un chêne, un oursin, un éléphant, ou un Michel-Ange? 
Pourquoi l'araiguée ourdit-elle sa toile? Pourquoi les hirondelles 
traversent elles les mers? Ces merveilles ne nous étonnent pas, 
parce que nous y sommes habitués. Mais il faut avoir le courage 
de reconnaître que, tout habituelles qu'elles sont, elles sont absolu- 
ment des mystères. 



10 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

Les faits de la métapsychique ue sont ni plus ni moins mystérieux 
que ceux de l'électricité, de la fécondation et de la chaleur. Ils ne 
sont pas aussi habituels ; et voilà toute la différence. L'absurdité 
serait donc énorme de ue pas vouloir les étudier, sous prétexte 
qu'ils ne sont pas habituels '. 

Ce qui est constant, c'est que les observateurs et les auteurs qui 
se sont occupés de métapsychique, ont une très fâcheuse tendance 
à considérer leurs observations comme seules exactes, et à rejeter 
absolument les autres. Ainsi — sauf exceptions, bien entendu — 
quand on s'est beaucoup et exclusivement occupé de télépathie et 
de métapsychique subjective, on attache une importance prépon- 
dérante à la métapsychique subjective et on se refuse à admettre les 
phénomènes de télékinésie et d*ectoplasmie, si bien constatés qu'ils 
soient.. 

C'est le cas de plusieurs membres éminents de la Société anglaise 
de recherches psychiques. Ils sont assez facilement satisfaits quand 
il s'agit de transmission mentale, quoique celle-ci soit parfois expli- 
cable par des coïncidences ; mais, dès qu'il est question de phéno- 
mènes physiques, ils exigent d'impossibles preuves, même quand 
celles-ci sont inutiles à la démonstration. 

Inversement tel expérimentateur, qui a cru voir une matérialisa- 
tion superficiellement étudiée, la considère comme bien établie, 
mais se montre d'une sévérité exagérée et ridicule pour les trans- 
missions de pensée ou les matérialisations décrites par d'autres 
observateurs, peut-êtreaussi compétents que lui! 

1. J'ai pu constater un curieux exemple des sottises que la crainte de l'inha- 
bituel (néophobie) peut inspirer à un savant honorable. Lors de l'Exposition de 
1900 à Paris, j'ai présenté aux membres du Congrès de Psychologie un enfant 
de trois ans et trois mois, Pepito Arriola, espagnol, qui jouait étonnamment du 
piano, composait des marches funèbres ou guerrières, des valses, des habaneras, 
des menuets, et exécutait de mémoire une vingtaine, et peut-être plus, de mor- 
ceaux difficiles. Los cent personnes du Congrès l'ont entendu et applaudi. Ce 
minuscule petit pianiste, véritable prodige de précocité, je l'ai fait venir chez 
moi, et dans mon. salon, deux fois dans la journée, une fois le soir devant de 
nombreuses personnes différentes, il a joué du piano, sur mon piano, loin de sa 
mère... Et voilà qu'un psychologue américain, M. Scripture, a annoncé, quatre 
ans après, que j'avais été victime d'une illusion, et que les airs entendus avaient 
été joués non par Pepito Arriola, trop petit pour jouer, mais par sa mère!... 
(Americ. Journ. of Psychology, 1905.) 

L'incrédulité portée à ce degré d'aberration est digne de la crédulité de l'il- 
lustre géomètre Chasles qui montrait avec orgueil une lettre autographe — en 
français — de Vercingétorix à Jules César. Le scepticisme de M. Scripture est 
de même acabit que la crédulité de M. Chasles. 



Y A-T-IL UNE MÉTAPSYCHIQUE ? 14 

Quaud un phénomène est inhabituel, on ne l'admet que si on l'a 
soi-même vérifié, même quand on est accessible aux vérités nou- 
velles. 

Ilsemble pourtant que nous devrions tous être moins personnels, 
et que notre critique, pour sévère qu'elle soit — et doive être — 
tâche de s'exercer autant, sinon plus, sur nos propres expériences, 
que sur les expériences d'autrui. 

Si je me permets de critiquer la mentalité des savants en fait de 
métapsychique, c'est que j'ai commis la même erreur. Je n'ai pas 
suivi les procédés de travail employés pour l'étude des autres 
sciences. Avant d'étudier dans les livres, j'ai expérimenté. J'ai donc 
commencé par me faire une conviction personnelle (qui n'était nul- 
lement livresque). C'est plus tard seulement que j'ai lu et médité 
les travaux des expérimentateurs, anciens et contemporains, qui 
"s'étaient adonnés à ces recherches. Alors j'ai été en vérité stupéfait 
devant la quantité et la rigueur des preuves. De sorte que de par mes 
expériences et de par les expériences d'autrui j'ai fini par acquérir 
la conviction profonde que la métapsychique est une science, et 
une science véritable, et qu'il faut la traiter comme on traite toutes 
les sciences, méthodiquement, laborieusement, pieusement. 

Eh bien oui ! ces phénomènes inhabituels sont réels. 1°// y a une 
faculté de connaissance autre que les facultés habituelles. 2° Il y a des 
mouvements d'objets autres que les mouvements habituels- Et il serait 
terriblement absurde de ne pas vouloir étudier des phénomènes 
inhabituels par les méthodes qui nous ont si heureusement servi 
pour les autres sciences, c'est-à-dire par l'observation et par l'ex- 
périence. 

Claude Bernard a admirablement formulé les conditions diverses 
des sciences d'observation et des sciences d'expérimentation. La 
métapsychique participe des unes et des autres. Souvent elle est 
expérimentale, comme la chimie et la physiologie ; mais souvent 
aussi elle se rapproche des sciences traditionnelles, comme l'his- 
toire, puisqu'elle est parfois contrainte de s'appuyer uniquement 
sur le témoignage humain. 

La partie expérimentale doit être traitée comme une science expé- 
rimentale, avec le développement ordinaire des moyens techniques 



12 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

d'investigation. Balances, photographies, méthodes graphiques, les 
métapsychistes doivent employer tous les procédés de mensuration 
adoptés par les physiologistes. Je ne vois pas de différence essen- 
tielle dans les méthodes, à cela près que le chimiste ou le physiolo- 
giste agit avec un matériel qu'il peut se facilement procurer, tandis 
que, pour faire une expérience métapsychique, nous avons besoin 
d'un médium, sujet rare, fragile, éminemment fantaisiste, qu'il faut 
savoir manier avec une finesse diplomatique toujours éveillée. 
Mais, une fois que l'expérience a commencé, celle-ci doit se pour- 
suivre avec autant de rigueur qu'une expérience sur la pression 
artérielle ou sur la chaleur de combustion de l'acétylène. 
- Dans une expérience, quelle qu'elle soit, on n'est jamais absolu- 
ment le maître de toutes les conditions. Voilà un axiome de méthode 
scientifique encore plus vrai pour la métapsychique que pour les 
autres sciences. Peut-être l'obscurité est-elle nécessaire, et le silence 
(ou le bruit) ? Peut-être faut-il certaines conditions psychologiques 
encore mal déterminées? Après tout, il en est ainsi toutes les fois 
qu'une science se constitue. Dans laphase embryonnaire on ignore 
les conditions nécessaires au développement des faits qu'il s'agit 
de prouver. Et alors, on commet à chaque instant, par iguorance, 
de grossières erreurs, et on échoue, tandis que naïvement on 
croyait avoir amassé toutes les conditions de succès. 

La métapsychique, en tant que science d'observation et de tradi- 
tion, est riche en documents de toutes sortes. Ces documents sont 
de valeur prodigieusement inégale, et il faut savoir faire un choix, 
séparer le bon grain de l'ivraie, exercer une critique sévère. Mais 
condamner la méthode de tradition serait absurde. Toute science 
historique n'est-elle pas fille de la tradition ? Et la médecine n'a-t- 
elle pas été, jusqu'à Claude Bernard et Pasteur, une science d'obser- 
vation ? Ne l'est-elie pas encore, pour une bonne part, aujour- 
d'hui? Une observation bien prise, disait un grand physiologiste, 
vaut une bonne expérience. C'est peut-être exagérer un peu ; car la 
certitude que donne une observation est toujours de moindre qua- 
lité que la certitude donnée par une bonne expérience. Toutefois 
les sciences d'observation sont parfois profondes et solides, et ce 
serait folie que de vouloir les rejeter. 

Mais il n'y a pas lieu d'opposer une méthode à l'autre- Quand 



Y A-T-1L UNE MÉTAPSYCHIQUE ? 13 

l'observation et l'expérience aboutissent auxmêmes résultats, elles se 
confirment l'une par l'autre. 

Il y aura donc toujours, dans ce livre, soit pour la lucidité {cryp- 
testhésie), soit pour les mouvements d'objets (télékinésie), soit pour les 
matérialisations (ectoplasmie), deux chapitres : un premier chapitre 
d'expériences, un second chapitre d'observations. 

La méthode d'expérimentation est relativement facile, tandis 
que la méthode d'observation est d'une extrême difficulté. Car les 
documents trop souvent sont douteux. Ils sont nombreux, et même 
trop nombreux; la science métapsychique est compliquée par l'en- 
combrement d'expériences mal faites et d'observations mal prises. 
Il se trouve qu'au lieu d'être, par ceux qui la cultivent, traitée 
avec la rigueur qui convient à une science, la métapsychique a été 
envisagée par ses adeptes comme une religion. Erreur grave, qui a 
eu des conséquences néfastes. 

Les spirites ont voulu mêler la religion à la science, et c'a été au 
grand détriment de la science. 

Non certes que je veuille jeter le blâme sur les efforts des spi- 
rites. Ce serait d'une assez sinistre ingratitude. Alors que les savants 
officiels, suivis par l'immense majorité du populaire, rejetaient 
dédaigneusement, sans examen, et souvent avec une insigne mau- 
vaise foi, les travaux de Crookes, de Walla.ce, de Zollner, les spi- 
rites s'en sont emparés, et courageusement se sont misa l'ouvrage. 
Mais tout de suite, au lieu de faire œuvre scientifique, ils ont fait 
œuvre religieuse. Ils ont entouré de mysticisme leurs séances, fai- 
sant des prières, comme s'ils étaient dans une chapelle, parlant de 
régénération morale, se préoccupant avant tout de mystère, satis- 
faits de converser avec les morts, se perdant dans des divagations 
enfantines. Ils n'ont pas voulu voir que les choses de la métapsy- 
chique ne sont pas du tout les choses de Yau-delà, et même qu'il 
n'y a peut-être pas d'au-delà. L'au-delà les a perdus : ils se sont 
noyés dans des théologies et des théosophies puériles. 

Quand un historien étudie les Capitulaires de Charlemagne, il 
ne pense pas à Yau-delà; quand un physiologiste enregistre les 
contractions musculaires d'une grenouille, iï ne parle pas des 
sphères ultra-terrestres ; quand un chimiste dose l'azote de la léci- 



14 MÉTAPSYGHIQUE EN GÉNÉRAL 

thine, il ne se livre à aucune phraséologie sur les survivances 
humaines. Il faut en métapsychique faire de même, ne pas rêver 
aux mondes éthérés, ni aux émanations animiques ; il faut rester 
terre à terre, être sobre de toute théorie, et se demander, très hum- 
blement, si tel ou tel phénomène qu'on étudie est vrai, sans pré- 
tendre en déduire les mystères de nos destinées antérieures ou 
ultérieures. 

Par exemple, quand on étudie la cryptesthésie et qu'on cherche si 
tel sensitif, sans aucun signe de notre part, va indiquer le nom 
auquel on pense, toute notre vigilante attention doit consister à ne 
donner aucun signe, absolument aucun signe, et à comparer les 
lettres dites par le sujet aux lettres du nom qui a été pensé, en cal- 
culant la probabilité de l/25 e , puisqu'il y a vingt-cinq lettres à 
l'alphabet. Si l'on étudie la télékinésie, il faut tenir les membres 
du médium assez solidement pour que la table ne puisse être mue 
ni par ses mains, ni par ses pieds, ni par un artifice quelconque. 

Aller plus loin ne m'intéresse pas. Je me passionne pour ces 
tâches modestes, qu'il faut avoir le courage de se proposer, sans 
méditer sur l'immortalité des âmes. 

Que de précieuses observations, que d'admirables expériences 
ont été ainsi dénaturées, déformées, par le perpétuel et dangereux 
souci de constituer les bases d'une religion nouvelle ! La religion 
spirite est l'ennemie de la science. Et je prendrais volontiers pour 
l'épigraphe de toutes nos études une parole empruntée à la Bible. 
Omnia in numéro et pondère, dit l'Ecclésiaste. Principe admirable 
qui s'applique à toutes les sciences, et qui est la négation même de 
la mystique religieuse. 

S'il fallait une religion, nous dirions que c'est celle de la vérité, 
de la vérité toute nue, sans parure, et sans verbiage. Constatons 
les phénomènes, tâchons de les relier ensemble par une théorie 
quelconque, aussi vraisemblable que possible, mais ne sacrifions 
jamais la théorie aux faits, lesquels sont certainement vrais, 
tandis que la théorie est probablement fausse. 

Certes maintes fois les phénomènes métapsychiques semblent 
nous pousser à des conclusions nuageuses sur l'immortalité des 
humains, sur les émanations d'une volonté inconnue, sur la réincar- 
nation, sur des fluides intelligents émanant de nous ou des morts. 



Y A-T-IL UNE MÉTAPSYCHIQUE ? 15 

J'ai tâché de me défendre — encore que je n'aie pu y réussir com- 
plètement — contre ces théories prématurées. A quoi ont servi 
tous les gros livres d'alchimie avant Lavoisier ? Il a plus fait avec 
sa balance que toutes les dissertations de Goclenius, d'AGRippA, de 
Paracelse. Si nous voulons que la métapsychique soit une science, 
commençons par établir fortement les faits. Nos descendants iront 
plus loin, je n'en doute pas, mais notre mission aujourd'hui est 
plus humble. Ayons la pudeur de la modération qui sied à 
l'ignorance. 

Et pourtant la métapsychique, à certains égards, n'est guère com- 
parable aux autres sciences. Qu'il s'agisse de métapsychique sub- 
jective ou de métapsychique objective, les phénomènes paraissent 
être dus à une intelligence, alors qu'il n'y a aucune intelligence 
dans les manifestations diverses de l'énergie. Certes il est possible 
que cette intelligence, qui apparaît dans les manifestations méta- 
psychiques, soit tout simplement humaine, mais alors c'est une 
région de l'intelligence humaine qui nous est tout à fait inconnue ; 
puisqu'elle nous révèle sur les choses ce que nos sens ne peuvent 
nous révéler, et qu'elle agit sur la matière autrement que par des 
contractions musculaires. En tout cas le domaine des choses méta- 
psychiques est différent du domaine des autres forces, qui sont 
très certainement aveugles et inconscientes. Peut-être un jour 
sera-t-il prouvé que les forces métapsychiques, productrices des 
phénomènes, sont tout aussi inconscientes que la chaleur et l'élec- 
tricité. Alors la métapsychique rentrera dans les cadres de la phy- 
sique classique, de la psychologie classique. Et ce sera un immense 
progrès. Loin d'en être émus ou attristés, nous en serons plutôt 
heureux, car il y a une vraie douleur intellectuelle, que personne 
ne ressent plus vivement que moi, à supposer des forces inconnues, 
arbitraires et fantaisistes, comme tout ce qui est intelligent. 

Mais ce jour n'est pas venu encore, et provisoirement nous con- 
clurons : 1° que les faits de la métapsychique sont réels; 2° qu'il 
faut les étudier, sans souci religieux, comme on étudie les autres 
sciences ; 3° qu'ils semblent dirigés par des intelligences, humaines- 
ou non humaines, dont nous ne saisissons que fragmentairement 
les intentions. 



16 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 



§ 3. — HISTORIQUE 



Les événements et les découvertes se succèdent en de tels enche- 
vêtrements que toute division en périodes distinctes est fatalement 
artificielle. Pourtant il faut la faire, cette division, pour mettre de 
la clarté en un sujet obscur et touffu. 

Nous proposons donc les quatre périodes suivantes : 

1° Période mythique, qui va jusqu'à Mesmer (1778) ; 

2° Période magnétique, qui va de Mesmer aux sœurs Fox (1847); 

3° Période spiritique, des sœurs Fox à William Crookes (1847-1872) ; 

4° Période scientifique, qui commence avec William Crookes 
(1872). 

Oserai-je espérer que ce livre aidera à inaugurer une cinquième 
période, classique? 

1° Période mythique. 

C'est aux historiens, plutôt qu'aux savants, à chercher dans les 
vieilles religions et les anciennes traditions populaires tout ce 
qui a été dit sur le surnaturel, l'occulte, le magique, l'incompréhen- 
sible. Ce voyage à travers les livres sacrés, les Kabales, les Magies, 
ne présente qu'un faible intérêt scientifique l . 

Dans presque toutes les religions, les miracles et les prophéties 
ont joué un grand rôle. De vrais phénomènes métapsychiques, 
télékinésies pour les miracles, prophéties pour les prémonitions, 
sont peut-être à l'origine de certaines croyances religieuses. Mais 
quel fond pouvons-nous faire sur des récits datant de vingt siècles, 
traosformés par les légendes successives qu'entretenaient des 
prêtres, aussi ignorants que crédules ? Quand il s'agit d'un 
fait contemporain, étudié dans uu laboratoire par des savants 
expérimentés, avec tout le secours de la technique instrumentale 
moderne, nous hésitons souvent à conclure. Alors comment oser 
rien affirmer d'une histoire invraisemblable qui se serait produite 
il y a deux mille ans devant trois fanatiques et quatre illuminés ? 

1. Un exposé excellent, extrêmement détaillé, en a été donné par G. de Vesme. 
Storia dello spiriiismo, 3 vol., Torino, Roux Frascati, 1896-1898. Tr. ail., Leipzig. 
1904. Pour la bibliographie on trouvera des documents, suivis parfois d'une ana- 
lyse sommaire, dans uu bel ouvrage d'AntEirr Caillât. Manuel bibliographique 
des sciences psychiques ou occultes, 3 vol., 8°, Paris, L. Dorbon, 1913. 



HISTORIQUE 17 

Probablement tout n'est pas faux ; mais la séparation du vrai et du 
faux ue peut pas être faite. Aussi laisserons-nous de côté délibéré- 
ment tous les miracles des religions, tous les prodiges qui out signalé 
la mort de César, ou celle de Jésus-Christ, ou celle de Mahomet. 

Pourtant on trouve, dans cette démesurément longue période de 
crédulité et d'ignorance, quelques faits digues d'être mentionnés. 

C'est d'abord la très curieuse bistoire du démon de Soorate 1 . 

Ainsi que le disent formellement les deux disciples illustres de 
Socrate,/ Platon et Xénophon, Socrate prétendait avoir un génie 
familier, un démon, qui lui indiquait l'avenir et parfois lui dictait 
sa conduite. Même Socrate pensait que cet être était étranger à lui, 
différent de lui, car il lui révélait des cboses inconnues. Ce démon 
fut ce qu'eu langage spirite on appelle un guide. 

Dans le Théagète, Platon fait dire à Socrate : « Depuis mon 
enfance, grâce à la faveur céleste, je suis suivi par un être presque 
divin, dont la voix me déconseille parfois d'entreprendre quelque 
cbose, mais jamais ne me pousse à faire telle ou telle action. Vous 
connaissez Charmide, le fils de Glaucon. Un jour il me dit qu'il 
veut disputer le prix des jeux néméens... Je cherche à dissuader 
Charmide de son dessein, en lui disant : Pendant que tu me parlais, 
j'ai entendu la voix divine... Ne va pas à Némée ! Il n'a pas voulu 
m'écouter ! Eb bien ! vous savez qu'il est tombé ». 

Dans Y Apologie pour Socrate, Xénophon lui fait dire : « Cette voix 
propbétique s'est fait entendre à moi dans tout le cours de ma vie : 
elle est certainement plus authentique que les présages tirés du 
vol ou des entrailles des oiseaux : je l'appelle Dieu ou Démon 
(0s6s vi 8ai[i.ûu). J'ai communiqué à mes amis les avertissements que 
j'en ai reçus, et jusqu'à présent sa voix ne m'a jamais rien affirmé 
qui ait été inexact ». 

C'est là un point sur lequel à maintes reprises Socrate a insisté. 
Les prédictions de son génie familier se sont toujours vérifiées. 

Dans toute l'antiquité, l'histoire du démon de Socrate était 
parfaitement connue en tous ses détails. 

Plutarque en parle 2 : « Socrate, ayant un entendement pur et 

1. Le démon de Socrate, spécimen d'une application de la science psychologique 
à celle de l'Histoire, par F. Lélut, Paris, 1836. 

i>. Du daemon de Socrate. trad. d'Amyot Paris, Gussac, XX, 1803. 

Riohet. — Mélapsychique. 2 



18 MÉTAPSYCHIQCE EN GÉNÉRAL 

net, était facile à être touché par ce qui l'atteignait, et ce qui 
l'atteignait, nous pouvons conjecturer que c'était, non une voix 
ou un son, mais la parole d'un daemon qui touchait sans voix la 
partie intelligente de son âme. Les intelligences des daemons, 
ayants leur lumière, reluysent à ceulx qui sont susceptibles et 
capables de telle lueur, n'ayants besoiugny des noms ni des verbes, 
dont usent les hommes en parlant les uns aux autres, par lesquelles 
marques ils voient les images des intelligences les uns des autres, 
mais les intelligences propres, ils ne les cognoissent pas, sinon 
ceulx qui ont une propre et divine lumière ». 

Socrate, lorsqu'il entendait ces voix, s'interrompait au cours 
d'une conversation, s'arrêtant dans le chemin, et disant, pour 
expliquer sa conduite, qu'il venait d'entendre le Dieu. 

Fr. Myers a parlé excellemment du démon de Socrate, et, avec 
grande raison, ce semble, il assimile ces voix entendues par 
Socrate aux voix que dès son enfance a entendues Jeanne d'Arc 1 . 
Il ne trouve d'ailleurs qu'un seul exemple authentique de clair- 
voyance donné par le démon de Socrate. Comme le philosophe 
causait avec Eutyphron, soudain il s'arrête, et dit à ses amis de 
revenir en arrière. Ils ne l'écouteut pas. Mais mal leur en prend, 
car ils rencontrent uu troupeau de cochous qui les bousculeut et 
les roulent dans la poussière. 

Dans sou traité de Dwinatione Cicéron parle couramment de la 
prédiction de l'avenir, comme il en était pour Socrate, dit-il. Mais, 
chose singulière, il ne s'en étonne pas. Sans y croire, il ne se 
refuse pas à l'admettre. « Je pense, dit-il -, qu'il y a réellement une 
divination, ce que les Grecs appelaient M-av^././,. Si nous admettons 
qu'il y a des Dieux dont l'esprit régit le monde, que leur bonté 
veille sur le genre humain, je ne vois pas pourquoi ou se refuserait 
à admettre la divination. » Il donne, d'après sou frère Quintus, 
quelques exemples de prémonition, notamment un rêve de Quintjs 
qui voyait son frère Tullius tomber de cheval (ce qui était réel). 
Tullius lui répond — et cette réponse lui paraît satisfaisante: — 
« L'inquiétude où tu étais de moi t'a fait rêver de moi. C'est le 
hasard qui a fait la simultanéité du rêve et de l'accident ». 

1. Fk. Myers. The daemon of Socrales, P. S. P. H., 1S89, V, 522-j47. 

2. De Legibus, II, § 32 et 33. 



HISTORIQUE 19 

Cicéron donne le récit d'un autre phéoomèDe métapsychique, 
que j'abrège '. 

Deux amis, étaut arrivés à Mégare, allèreut loger eu deux 
maisons différentes. L'un d'eux rêve que son camarade lui deman- 
dait secours pour l'empêcher d'être assassiné. Il se réveille, 
comprend que ce n'est qu'un rêve, et se rendort. Mais de nouveau 
son ami lui apparaît, et lui dit : « Puisque tu n'as pas pu me sauver 
la vie, au moins faut-il me venger, se interfectum in plaustrum a 
caupone esse conjectum, et supra stercus injection.. . Hoc somnio 
commotus mane bulbulco praesto ad portam fuisse, quaesisse ex eo 
quid esscl in plaustro, illum perterritum f agisse, mortuum erutum 
esse; cauponem, re patefacta, poenas dédisse ». Et Cicéron, sans 
s'étonner outre mesure de cette monitiou, ajoute : « Quid hoc somnio 
dici divinius potest ? >■> 

Plus loin, il dit en parlant des divinations, auxquelles il croit 
un peu cependant: «Multa falsa, imo obscura, idque fortasse nobis... 
facilius etenit appropinquante morte, ut animi fulura augurent ur ». 

Tacite parle d'une vision qui apparut à Curtius Rufus ! : oblata 
ci species muliebris ultra modum humanum, et audita estvox. 

Si l'on voulait bien chercher dans l'histoire, ou trouverait 
quantité de faits d'ordre métapsychique. Mais toute conclusion 
sérieuse est impassible. 

Qui donc oserait aujourd'hui parler sérieusement de Simon le 
Magicien, ou d'ApoLLONius de Tvane, voire de Cardan, de Corneille 
Agrippa ? Les mages, magiciens, mystiques, n'ont rien à faire avec 
la science contemporaine, ni avec la métapsychique saine, telle que 
nous la comprenons aujourd'hui. 

L'apparition d'un fantôme à Brutus mérite cepeudaut d'être 
rapportée.- La voici d'après Pluïarque 3 . 

« Une nuit, bien tard, tout le inonde estant endormy dedans son 
camp eu grand silence, ainsi qu'il estoit en son pavillon avec un 
peu de lumière, il luy fut advis qu'il ouit entrer quelqu'un, et 
jettant sa veue à l'entrée de son pavillon, apperçut une merveilleuse 

•]. De dicinatione, I, §27, Ciceronis Opéra, Ed. Amar, XVI, 1824, 248. 

2. Annales, XI, § 21. 

3. PlutaRque, Fies des hommes iliuslres : trad. par Amyot, Paris. lSi'2,. IX, Vie 
de Bru! us, p. 152. 



20 METAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

et monstrueuse figure d'un corps étrange et horrible lequel s'alla 
présenter devant luy sans dire mot : si eut bien l'assurance de lui 
demander qui il estoit, et s'il estoit dieu ou homme, et quelle 
occasion le menoit là. Le fantosme luy répondit : « Je suis ton 
^mauvais ange, Brutus, et tu me verras près la ville de Philippes ». 
Brutds, sans autrement se troubler, lui réplique : « Et bien, je t'y 
«verrai donc ». Le fantosme incontinent se disparut, et Brutus 
appella ses domestiques, qui luy dirent n'avoir ouy voix, ni veu 
vision quelconque. » 

Les voix et les visions de Jeanne d'Arc rentrent sans doute aussi 
dans les phénomènes métapsychiques 1 . Ses voix et ses visions 
n'étaient perçues que d'elle seule, de sorte qu'il faut admettre 
qu'elles étaient subjectives. Il est trop facile de supposer que 
c'étaient des hallucinations simples, car ces hallucinations ont été 
suivies par trop de faits réels, et par des prédictions trop souvent 
vérifiées pour admettre le délire d'une aliénée. On ne peut guère 
douter que Jeanne d'ARc ait été inspirée. 

Tout de même, comme pour le fantôme vu par Brutus, comme 
pour les apparitions de Lourdes, comme pour les miracles 
d'ApoLLONius de Tyane et de Simon le Magicien, une appréciation 
scientifique de ces vieux témoignages est impossible, et il vaut 
mieux admettre comme probable, sans prétendre à une démonstra- 
tion quelconque, que Jeanne d'Arc avait certains pouvoirs métapsy- 
chiques. Telle est à peu près l'opinion de Fr. Myers. 

11 y aurait quelque profit à étudier les hagiographies, car souvent 
des saints et des saintes ont eu manifestement de très réels 
phénomènes métapsychiques. 

L'auréole entourant la tète, la bilocation, l'odeur de sainteté, 
l'incombustibilité, la lévitation, le parler en langues étrangères, la 
prophétisation, se retrouvent dans les vies de beaucoup de saints : 
saint François d'Assise, sainte Thérèse, sainte Hélène, saint Alphonse 
de Ligori, saint Joseph de Gopertino (1603-1663). 

Je laisse volontairement de côté l'histoire des stigmates, et en 
général de tous les phénomènes organiques observés sur les saints ; 
car cette influence de l'esprit, — c'est-à-dire du système nerveux 

1. Voy. de Vesme, Storia dello spiritismo (II, 290). 



HISTORIQUE 21 

central — sur la circulation et la nutrition de telle ou telle partie 
du corps (nerfs tropbiques) n'a rien de métapsychique, et il suffit 
de se référer à quelques-unes des publications que les médecins 
ont multipliées sur ce sujet '. 

J'hésite à nier tous les faits anciens de lévitation, Gorres n'en 
cite pas moins de 72 cas. Encore ne les rapporte-t-il pas tous, 
dit-il. Mais il est impossible de savoir le degré de vérité de ces 
miracles. Le saint qui a eu les lévitations les plus fréquentes est 
certainement saint Joseph de Copertino (béatifié en 1753) (1603- 
1063). « Ses saisissements et ses ascensions n'eurent pas seulement, 
dit Gorres (p. 308), pour témoins le peuple et les religieux de son 
ordre. Le pape Urbain VIII le vit un jour dans cet état, et il en fut 
hors de soi d'étonnement. Joseph, considérant qu'il était en pré- 
sence du vicaire de Jésus-Christ, tomba en extase, et s'éleva au- 
dessus de terre. » 

Pendant longtemps, hier, aujourd'hui encore, on a raillé maintes 
crédulités, les lévitations des saints, les divinations des somnam- 
bules, les pressentiments de mort par les rêves, les guérisons 
extatiques, les stigmates, les maisons hantées, les apparitions, et 
on a pêle-mêle confondu toutes ces croyances dans un immense 
mépris, insoucieux de tout examen. 

Il me paraît que c'est une grave faute. Tout n'est pas vrai 
assurément dans ces histoires : mais tout n'est pas faux non plus. 
Les récits étranges que parfois on nous apporte excitent un sourire 
railleur, et nous sommes tout d'abord portés à croire qu'on 
déraisonne. Eh bien ! on ne déraisonne pas ; on ne ment pas ; il 
n'y a jamais ou presque jamais de mensonge dans les récits fantai- 
sistes qu'on nous [confie, et très rarement des illusions totales. On 
exagère, on transforme, on arrange les choses, on oublie des détails 
essentiels, on ajoute des détails imaginaires ; mais toutes ces 



1. A.PTB (M.), Les stigmatisés, étude historique et critique sur les troubles vaso- 
moleurs chez les mystiques. Th. de doctorat, Paris. 1903. — Kohnstamm, Hypno- 
tische Stigmatisierung, (Zeilsch. /'. d. Ausbau d. Enlwicklungslehre, 1908, II, 
314-321). — Gorres, La mystique divine, naturelle et diabolique, trad. fr., Paris, 
1854, II, 174-210. — Bourneville, Science et Miracle, Louise Lateau, ou la stigma- 
tisée belge, 8°, Paris, 1875. — Carré de Muntgeron, La vérité des miracles opérés 
par l'intercession du diacre Paris, 11, Cologne, 1747. — Alfred Maury, La magie 
et l'astrologie, Paris, 1895. — P. Janet, Bullet. de VJnstitul psychologique inter- 
national, juillet 1901. — A. de Rochas, A. S. P., janvier 1903. 



22 • MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

légendes contiennent quelque fragment de vérité. L'histoire des 
sciences nous prouve qu'il a fallu bien souvent revenir à des idées 
considérées d'abord comme puériles. L hypnotisme, et surtout le 
spiritisme, sont là pour établir à quel point les négations, si 
elles s'étalent sans examen, font que la science, au lieu d'avancer, 
se fossilise, quand la routine, et non l'amour du progrès, anime 
l'âme des savants. 

Mais je renvoie au livre de Gôrres, très complet, naturellement 
d'une crédulité sans limites, pour toutes ces légendes, desquelles 
jamais sans doute on ne saura extraire la quantité de vérité qui 
y est incluse 1 . 

Ce qui est intéressant, c'est de constater que presque tous les 
phénomènes du métapsychisme contemporain sont indiqués. 

Il est vrai que la naïveté des chrétiens d'alors n'attribue pas à 
Dieu seul et aux bons anges, et aux saints, ces pouvoirs métapsy- 
chiques. Le diable est, lui aussi, capable, quand il prend possession 
d'une malheureuse femme, de bien des merveilles. Il est presque 
aussi puissant que Dieu, et il communique au possédé ou à la 
possédée des pouvoirs étranges : 

1° Faculté de connaître les pensées, même non exprimées ; 

2° Intelligence des langues inconnues au possédé, et faculté pour 
lui de les parler ; 

3° Connaissance des événements futurs ; 

4° Connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés, ou 
situés hors de la portée de la vue ordinaire ; 

5° Suspension en l'air (lévitation). 

Ce sont là des phénomènes essentiellement métapsychiques. Il 
n'est donc guère douteux que, pour les possédés comme pour les 
saints, de tels phénomènes ont dû, çà et là, se manifester de tout 
temps. 

Même on trouve dans l'antiquité mentionnées les tables tour- 
nantes divinatoires (Mensae divinatoriœ) . Tertullien parle des 
chaînes et des tables qui prophétisent, et il ajoute que c'est un fait 

1. J'ai essayé d'analyser un phénomène ancien de possession fort curieux, 
à Presbourg en 1641. mais on ne peut en rien déduire (Phénomènes métapsychi- 
ques d'autrefois, A. S. P., 1905, 197-217; 413-421). 



HISTORIQUE 23 

vulgaire 1 . D'après Ammien Maucellin, on avait construit uue table, 
sur laquelle était posé un plateau, portant gravées les vingt-quatre 
lettres de l'alphabet. Un anneau suspendu par un fil était tenu par 
un des assistants, et se balançait au-dessus des lettres. Ou inscri- 
vait la lettre à laquelle il s'arrêtait, et on avait ainsi une consul- 
tation divinatoire. 

2° Période magnétique '. 

Avec Mesmer, tout change : Mesmer a été l'initiateur du magné- 
tisme animal, qui, sans pouvoir être confondu avec le métapsy- 
ehisme, lui est cepeudant étroitement uni. 

En 1766, Antoine Frédéric Mesmer (1733-1815) fait paraître à 
Vieune, pour thèse inaugurale de doctorat en médecine, une étude 
sur l'inlluence physiologique des planètes". Pendant dix ans, de 1766 
à 1776, il étudie, réfléchit, analyse, essayantde réunir l'astronomie 
à la médecine, et cherchant activement le bruit et la publicité. En 
1778, il arrive à Paris, et l'année suivante publie son premier 
ouvrage dogmatique *. 

Tout de suite on comprit qu'il s'agissait là de faits nouveaux et 
extraordinaires. La vogue s'eu mêla. La Société royale de Médecine, 
l'Académie des sciences et la Faculté intervinrent. 11 fut prouvé que 
par les méthodes de Mesmer un certain état psycho-physiologique 
était provoqué, qui pouvait parfois être efficace dans la guérisou 
des maladies. 

La doctrine nouvelle conquit tout de suite de nombreux adeptes, 
médecins, magistrats, gentilshommes, savants. Bientôt le magné- 
tisme animal fut couramment pratiqué. Ce fut surtout grâce à 

1. Voy. Figuier, Histoire du merveilleux, Paris, 187;>, I, 18. 

2. Sur l'œuvre de Mesmer et les origines du magnétisme, voir surtout l'ar- 
ticle remarquable de J. Ociiorowicz. Hypnotisme, in Dict. de Physiologie, de Ch. 
Richet, Paris, 190'.). Vlll. 700-777. — K. Kiesewetter, Geschichte des neueren 
Occullismus ; geheimwissenschaf'tliche Système von Agrippa bis Karl du Prel., 
1» édit., Leipzig, 1007. Quant à la bibliographie du magnétisme ariimal et de 
l'hypnotisme, on la trouvera dans le livre de M. Dessoir. 

3. Diss. pliysicv-medica de planetarum influxu. 4S p., 16°, Vindobonae, Ghelen, 
1766. 

4. Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Sa p., 12°, Genève et 
Paris. P. -F. Didot, 177'J. — Voir aussi Mémoire sur la découverte du magnétisme 
animal. 46S p., 8°. Paris. 1799. — Ochobowicz a rendu pleine justice à Mesmer, 
qui l'ut vraiment un précurseur. 



24 MKTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

de Puységur, lequel, modifiant les méthodes de Mesmer, a vraiment 
créé (avec d'EsLON, et avec le naturaliste Deleuze, bibliothécaire de 
la Bibliothèque du Jardin des Plantes), le magnétisme animal (som- 
nambulisme provoqué) tel que nous le connaissons aujourd'hui l . 
Mesmer, en adoptant le mot magnétisme, voulait seulement dire 
action à distance, comme jadis Paragelse ou Goglenius, quand ils 
parlaient de l'action magnétique des astres ou des substances. C'est 
dans ce sens que Mesmer est plus métapsychiste que ne l'ont été ses 
successeurs immédiats. 

Avec de Puységur, d'EsLON, Deleuze, la magnétisation devint sur- 
tout un pocédé thé rapeutique. Pourtant, de-ci delà, des faits méta- 
psychiques, l'action à distance, la vision à travers les corps opa- 
ques, la clairvoyance (ou lucidité), furent observées. Mais — ce 
qui est assez singulier — presque tout l'effort des magnétiseurs 
s'est concentré sur la diagnose et la thérapeutique des maladies 2 . 
Pététin, médecin de Lyon, a cité divers faits de cryptesthésie 
qu'il explique d'une manière naïve par une sensibilité spéciale de 
l'épigastre. Une de ses malades, cataleptique, quand on lui mettait 
une carte sur l'estomac, reconnaissait cette carte. Pététin est un 
des magnétiseurs du temps passé qui ont, avec le plus de soin, étu- 
dié les phénomènes psychologiques, ou pour mieux dire, métapsy- 
chiques, qui accompagnent si souvent l'hypnose. 

Le baron Du Potet, et Husson, médecin de l'Hôtel-Dieu et membre 
de l'Académie de Médecine, firent en 1825 des expériences retentis- 
santes sur le somnambulisme provoqué à distance 3 . Un rapport 
mémorable, présenté à l'Académie de Médecine de Paris, parut en 
1833 (Husson, rapporteur). 

Parmi les conclusions qui furent adoptées, je signalerai les 
suivantes, qui sembleront téméraires, même aujourd'hui : 

1. Maxime de Puységuu, Rapport des cures opérées à Bayonne par le magnétisme 
animal, adressé à M. Vabbé de Poulouzat, conseiller clerc au Parlement de Bor- 
deaux, Bayonne, 1784. Mémoires pour servir à l'établissement du magnétisme ani- 
mal, Paris, 8°, 1820. — Deleuze. Histoire critique du magnétisme animal, l re édi- 
tion, 1813. — Pététin, Electricité animale, mémoires sur la catalepsie. — Foissac, 
Rapport et discussio?is sur le magnétisme animal, Paris, 1825. — Deleuze, Instruc- 
tion pratique sur le magnétisme animal, dern. éd., Paris, 1853. 

2. Pourtant il y a un ouvrage posthume de Deleuze, Mémoire sur la faculté 
de prévision, avec des noies de M. Miellé, Paris, 1834. 

3. Rapports et discussions de i Académie royale de Médecine sur le magnétisme 
animal, 8°, Paris, 1833. 



HISTORIQUE 25 

« La volonté, la fixité du regard, out suffi pour produire les phé- 
nomènes magnétiques, même à l'insu des magnétisés. 

«L'état de somnambulisme peut donner lieu au développement 
de facultés nouvelles désignées sous le nom de clairvoyance, d'in- 
tuition, de prévision intérieure. 

« Par la volonté, on peut non seulement agir sur le magnétisé, 
mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et l'en 
faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au 
travers des portes fermées. 

« Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, 
les objets que l'on a placés devant eux : ils ont désigné, sans les 
toucher, la couleur et la valeur des cartes, ils ont lu des mots tra- 
cés à la main, ou quelques lignes de livres que l'on a ouverts au 
hasard. Ce phénomène a lieu alors même qu'avec les doigts on fer- 
mait exactement l'ouverture des paupières. » 

Malgré ces affirmations, le scepticisme des savants officiels 
triompha. Le rapport de Husson fut combattu, puis oublié, et les 
phénomènes métapsychiques, dont les romanciers s'emparèrent, 
furent niés ou plutôt dédaignés par les hommes de science. 

En Allemagne, il y eut une observation remarquable, celle de 
Federica Hauff, que Justus Kerner, médecin et poète, a pendant 
longtemps étudiée, avec une prédilection justifiée par les facultés 
extraordinaires de ce médium remarquable 1 . 

Il n'est pas douteux que Federica Hauff n'ait été une puissante 
médium. Elle voyait des esprits, et même elle pouvait provoquer 
des matérialisations. « Un jour, dit Kerner, pendant que je conver- 
sais avec son frère, il me dit : Silence ! Voici un esprit qui traverse la 
chambre et qui va vers ma sœur. Alors je vois près du lit de Federica 
Hauff une forme indécise, comme une colonne lumineuse, ayant 
la taille d'un être humain qui est au pied du lit de la voyante, et 
qui lui parle à voix basse. » 

Autour d'elle on entendait des coups frappés spontanément, 

1. Die Seherin von Prevorst, Erôffnungen iiber das innere Leben d. Menschen 
und iiber das Hereinragen einer Geisterwelt in die unsere, Stuttgart, 1829, 
t" édit., Stuttgart. 1877. Die Seherin von Prevorst und ihre Geschichte in der Geis- 
terwelt, nach Just. Kerner, von einem ihrer Zeitgenossen, Stuttgart, 1869. — 
A. Reinhard, Justinus Kerner und das Kerner haus, zu Weinberg, Tubingen, 1886. 
— J. Kerner, Blâtter aus Prevorst Originalien und Lesefrilchte fur Freunde des 
innern Lebens, Stuttgart, 1831-15539. 



■2>'> MÉTAPSYCHIQOE EN GÉNÉRAL 

même elle pouvait les provoquer dans les objets voisins, sur des 
tables, sur le bois de sou lit. Les objets pouvaient se mouvoir sans 
contact, et il est probable qu'elle parlait des langues inconnues. 
Elle a eu des phénomènes de lévitation. 

C'est pendant trois ans seulement, de 1826 à 1829, qu'elle a pu 
donner ces remarquables phénomènes. Pendant ces trois années, 
elle était très malade et ne pouvait presque plus quitter son lit. 
Tous ceux qui, au lieu de railler, ont étudié Fedèrica Hauff, ont été 
convaincus, non seulement de sa boune foi, mais encore de ses 
phénomènes métapsychiques (on disait alors surnaturels) ; par 
exemple le magistrat Pfaffer et Strauss, le célèbre auteur de la 
Vie de Jésus. 

A cette époque aussi en Allemagne paraissaient les travaux de 
Reichenbacii. Son œuvre est d'ailleurs plutôt un chapitre (bien 
obscur) de physiologie que de métapsychique ; car l'actiou de 
l'aimant sur les organismes ne peut se confondre avec la cryp- 
testhésie ou la télékiuésie. Les travaux de Reichenbach ont été 
malheureusement bien moins étudiés que contestés 1 . 

Ce qui se rapporte tout à l'ait à la métapsychique, ce sont les obser- 
vations de lucidité que donnèrent, surtout en France, des somnam- 
bules lucides, comme Mad. Pigeâire et Alexis Didier. Cependant, 
de 1830 à 1870, les savants et les médecins, sauf de rarissimes excep- 
tions, ne s'occupèrent du somnambulisme que pour le combattre. 
Et on comprend assez bien leur état d'âme. Profitant de la soi-disant 
vertu thérapeutique du magnétisme, de nombreux cabinets de 
somnambules consultantes, lucides ou extra-lucides, s'établirent 
partout, en France comme à l'étranger, dans toutes les grandes et 
petites villes. Il y eut des somnambules dans tous les champs de 
foire. Cela deviut une profession, et de moralité problématique. Les 
somnambules tiraient les cartes, ou devinaient l'avenir dans le marc 
de café, ou faisaient de la chiromancie. Le public crédule allait leur 
rendre visite, et les savants haussaient les épaules. Au milieu de 
tout ce fatras, la clairvoyance de certaines somnambules, comme 
Mad. Lenormand, Mad. Pigeâire et Alexis, disparaissait et devenait 



t. A. de Roi:h\s les a partiellement publiées en français, avec îles additions 
inléressantes. 



HISTORIQUE 27 

quantité négligeable. Pourtant il y eut alors quelques ouvrages 
sérieux l . 

3° Période spiritique. 

En 1847, un événement survint, insignifiant en apparence, en 
réalité d'une importance considérable, qui introduisit dans le 
monde des faits imprévus et des doctrines aussi imprévues que les 
faits. 

Le magnétisme animal, à force de n'être plus qu'une douteuse 
thérapeutique, ne faisait pas de progrès. Le spiritisme, apportant 
de nouvelles pratiques et de nouvelles théories, constitua une ère 
nouvelle : c'est la troisième période, (spiritique), des sciences méta- 
psychiques, qui va de 1847 à 1874. 

En 1846, dans la petite ville d'Hydesville (Arcadie), près de New- 
York), un certain Michel Weakman entend un bruit insolite au 
dehors. Il sort, ne voit rien. Mais comme les bruits se renouvellent 
et l'importunent, il quitta Hydesville. Sa maison fut occupée par 
un sieur John Fox qui vint là avec ses deux filles, Catherine et 
Marguerite, âgées de douze et quatorze ans. Une nuit, en se met- 
tant au lit, Catherine et Marguerite entendirent des coups, des chocs, 
(raps) et elles constatèrent (déc. 1847, mars 1848), que ces coups 
étaient intelligents 2 . 

Bientôt les phénomènes se développèrent : diverses personnes 
constatèrent que ces raps intelligents témoignaient quelque con- 

1 . Du Potet, Essai sur renseignement philosophique du magnétisme, 8°, Paris. 
1845. — La Fontaine, L'art de magnétiser ou le magnétisme vital considéré sous 
le point de vue théorique, pratique et thérapeutique, Paris, 1847, 5 8 édit., 1887. 

— Bertrand A., Du magnétisme animal en France, suivi de considérations sur 
l'apparition de l'extase dans les traitements magnétiques, Paris, 1826. — Teste, 
Manuel pratique du magnétisme animal, 12°, Paris, 1840. — Ellîotson, Animal 
magne tism. Lancet, 1837. 1838, p. 122, 282, 377, 400, 441, 516, 546, 585, 615, 634. 

— Esdaille, Reports of the magnetic Ilospital, Calcutta, 1848, 761. — Passavant, 
Untersucliungen uberden Lebenmagnetismus und das Hellsehen,2* édit., Franck- 
fuit, A. M, 1837. 

De nombreux journaux ont paru, qui. en général, ont eu une existent e éphé- 
mère. D'autres, au contraire, ont vécu longtemps. Le Journal du Magnétisme 
édité par Du Potet, 1845-1885. — The Zoist, journal of cérébral physiology and 
mesmerism and their application to human welfare (Londres. II. Baillière, 1843- 
1853). — Archiv fur den thierischen Magne tismus, Altenburg et Leipzig, 1817- 
1822. On pourrait en citer bien davantage. 

2. Explanation and history of the mysterious communion with spirits in wes- 
tern New-York (New-York, Foxler, and Wels, 1850) ; London, 1853. — E. Capron, 
Modem spiritualism, ils facts and Fanaticism (Boston, 1855;. 



28 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAI. 

naissance de faits tenus secrets. La famille Fox, en août 1848, quitta 
Hydesville, pour aller à Rochester. Léa Fish, sœur aînée de Cathe- 
rine et de Marguerite, se joignit à ses deux sœurs pour les manifes- 
tations spiritiques. 

Ou imagina (Isaac Post) de construire un alphabet et de conver- 
ser par le moyen de cet alphabet avec les forces inconnues, qui se 
disaient des esprits. 

Pour contrôler sérieusement les faits annoncés par les sœurs Fox, 
et qui attiraieut une assistance chaque jour plus nombreuse, il y 
eut des réunions parfois tumultueuses, parfois enthousiastes. La 
première enquête scientifique paraît dater de juin 1852 à Saint- 
Louis (Missouri). Elle semble avoir été favorable. Et cependant la 
famille Fox n'était rien moins que désintéressée. Les expériences 
étaient payantes, et des représentations publiques étaient données, 
où on payait sa place comme à un cirque. 

Tous ces débuts du spiritisme, le hasard d'abord, puis un mer- 
cantilisme éhonté, sont en somme assez misérables *. 

Mais l'impulsion était donnée. En Amérique, puis bientôt en 
Europe, la pratique des tables tournantes et la doctrine du spiri- 
tisme firent en trois ans d'extraordinaires progrès. Comme en 
1780 pour le magnétisme animal, l'engouement fut extraordinaire 
pour les tables tournantes en 1850, et il est assez puéril de ne voir 
là que l'effet d'une colossale et collective illusion. 

D'ailleurs à la crédulité fanatique d'une masse aveugle et igno- 
rante, et à la dénégation railleuse d'une masse tout aussi ignorante 
et tout aussi aveugle, venaient se mêler des opinions réfléchies et 
des convictions raisonnées. Il fut prouvé bientôt que les phéno- 
mènes de raps et de télékinésie pouvaient être observés avec 
d'autres médiums que les sœurs Fox -. 

1. Il y eut quelque chose d'analogue pour l'admirable découverte, faite aussi en 
Amérique, de l'anesthésie chirurgicale. Elle est due au hasard, et tout de suite 
Horace Wells et Morton ont songé à prendre un brevet et à tirer profit de cette 
invention. Mais cette âpreté au gain ne change rien à la réalité des choses. 0. et 
W. Wright n'ont pas davantage négligé de prendre un brevet pour leur ma- 
chine volante. La grandeur de leur découverte n'en est guère diminuée. 

2. Une singulière aventure s'est produite. Marguerite Fox, devenue Mad. Kane, 
a imaginé en 1888, pour en tirer quelque profit, qu'elle avait trompé jadis, et 
que tous ses récits d'enfant et de jeune iiile n'étaient qu'impostures. 

La séance où elle prononça cette étonnants déclaration fut tumultueuse, et 
indigna toute l'assistance (Académie musicale de Boston). L'autre sœur, Catherine, 



HISTORIQUE 29 

Parmi les adhésions, nulle n'exerça d'influence plus puissante 
que celle du juge Edmunds, sénateur, homme considéré dans tous 
les États-Unis, tant pour sa probité que pour sa sagacité. 

Les médiums sont le plus souvent d'une telle instabilité mentale 
que leurs affirmations, positives ou négatives, n'ont pas grande 
valeur. Que plus tard, après le prodigieux essor du spiritisme, con- 
sécutif à leurs premières expériences, les sœurs Fox aient simulé, 
triché, c'est possible, c'est probable, c'est presque certain. Nous 
avons de nombreux exemples de médiums très puissants, qui ont eu 
d'abord des phénomèuesauthentiques, maisqui,plus tard, par cupi- 
dité, ou par vanité, voyant que leur pouvoir médianimique décrois- 
sait, ont essayé de le remplacer par la fraude. Il est difficile d'ad- 
mettre que le phénomène des raps, qui est certainement vrai, ait 
été inventé de toutes pièces par les sœurs Fox, sans avoir aucune 
réalité. Avant 1847, on ne savait rien des coups frappés et des raps 1 . 
Arrivent les sœurs Fox, deux petites filles, qui en donnent des 
exemples mémorables et éclatants. Alors, de toutes parts, ce même 
phénomène est authentiquement constaté, et après que les exemples 
se sont multipliés, les sœurs Fox prétendent qu'elles ont menti! Il 
est probable que c'est cette dénégation qui est un mensonge. Elles 
ont essayé, voyant la faveur et l'argent du public s'éloigner d'elles, 
d'appeler de nouveau, par un démenti, l'attention du public sur 
leurs chétives personnes. 

Or, en 1847, Marguerite Fox avait quinze ans ; Kate, douze ans. 
Peut-on admettre que ces deux enfants aient machiné une fraude 

devenue Mad. Joncken, puis Mad. Sparr. adonnée d'ailleurs à l'alcool, fît la 
même déposition en novembre 1888 à Rochester. Mais, en 1892, Marguerite et 
Catherine, revenant sur leurs soi-disant confessions, les rétractèrent. Ces faits 
lamentables ne prouvent rien, sinon la fragilité mentale des médiums. 

Au demeurant, quand on a aftirmé un fait, il ne suffit pas de dire plus tard 
qu'on a menti, il faut encore indiquer comment on a pu mentir et tromper. 

Un sieur Blackman a raconté qu'il avait, par d'habiles subterfuges, de concert 
avec G.-A. Smith, trompé longuement Gurney, Myers, Podmore, IL Sidgwick et 
Barrett {Confessions of a lelepathist, J. S. P. R., octobre 1911, 116). Mais dans 
cette soi-disant révélation il a certainement menti. Je crois bien qu'aussi Marthe 
Béraud, une fois, à un certain avocat d'Alger, jadis, a raconté qu'elle avait simulé 
à la villa Carmen; mais elle l'a nié plus tard, et l'affirmation de cet individu n'est 
guère valable. Il y aurait un petit chapitre assez curieux à écrire sur les pseudo- 
confessions des médiums. 

1. Cependant, d'après J. Maxwell (Les sciences psychiques, Revue de Paris, 
1« mars 1921) l'évêque Adrien de Montalembert aurait en 1526 constaté le phé- 
nomène des coups chez uno religieuse de Lyon. 



30 MÉTAPSYCHÎQUE EN GÉNÉRAL 

qui a fait l'objet de milliers de coustatatious pendant trois quarts 
de siècle"? La réalité des râps ne dépend plus des sœurs Fox. 
En 1888, il était trop tard pour se dédire, et leur palinodie ne 
prouve rien 1 . 

Tl est déplorable de penser que, dès Tannée 1849, la famille Fox 
donnait déjà des séances payantes pour des expériences théâtrales 
de spiritisme. Cela ne diminue pas la vérité des phénomènes, plus 
que les brevets pris par Wells et Morton pour l'emploi de l'éther 
ne contredisent la réalité de Tanesthésie 2 . 

On ne peut suivre ici le développement rapide du spiritisme. 
En 1852, une pétition portant 14.000 signatures était présentée au 
Sénat des Etats-Unis, demandant qu'une commission scientifique 
fût nommée pour l'étude de toutes les questions se référant au 
spiritisme. 

Et déjà c'était comme une religion nouvelle. Les cercles spirites, 
les journaux spirites se multipliaient. 

Parmi les premiers adeptes, à côté d'EDuuNDs 3 , il faut citer, en 
Amérique, le professeur Britton, David Wells, Byrant, Bliss, pro- 
fesseurs à l'Université de Pensylvanie, et surtout le D' Robert Hare, 
professeur de chimie à Harvard Collège 4 , qui fut converti après 
avoir été incrédule. 

En Europe, le spiritisme se développa très vite 5 . Et bien entendu 
ce ne fut pas sans provoquer de vives réactions. 

1. Les expériences faites par àksàk'off et Boutleroff avec Rate Fox, assez peu 
intéressantes d'ailleurs, sont rapportées plus loin (.4. S. P., 1901, XI, 192). 

2. Pour plus de détails dans l'histoire du spiritisme, on consultera E. Morsellt, 
qui donne des renseignements abondants et précis {Psicologia e spirilismo, Torino, 
1908, I, 12-27). 

3. Ses écrits, en collaboration avec Talmadge, ancien gouverneur du Viscon- 
sin, et le O r Dexter, sont publiés sous lu titre : Spirilualist tracts (New-York, 
1858-1860)' 

4. Hare. Expérimental investigations of the spiril manifestations démons Lrating 
the existence of spirits, and tlieir communications wilh mortals, Philadelphie, 
\$a&. — MA.iL\$,Modemmysteries explained andexposed, Boston, 1855 (University). 

5. Voyez de Mirville, Pneumalologie des esprits et de leurs manifestations 
diverses (fluidiques, historiques, etc.), Paris, 1" édit., 1853, 5« édit., a vol.. Paris, 
1863-lSGi. — Gasparin (A. de), Des tables tournantes, du surnaturel en géné- 
ral, etc., Paris, 1854. — Thiéky (2), Les tables tournantes considérées au point de 
vue de la physique générale, Genève, Kessniann, 1855. — Hornung (E.), Spirituel- 
listische Mittheilungen aus der Geislerwelt, Berlin, 1859 etl8G2. — Kiesewetter (C), 
Die Entwickelungsgeschichte des Spiritismus von der Vrzeit bis zur Gegenivart, 
Leipzig, Spohr, 1893. — Leymarie, Histoire du spiritisme, compte rendu du con- 
grès spirite de 1880, Paris, librairie spirite, 1890, p. 3-45. — Malgras, Les pionniers 
du spiritisme, Paris, Lib. des sciences psychologiques, 1906. 



HISTORIQUE 31 

Les savants notamment se refusèrent à admettre l'authenticité 
des phénomènes, et, pour expliquer le fait incontestable des tables 
tournantes et des raps, ils ont imaginé des hypothèses assez com- 
pliquées, et des explications parfois très exactes, parfois très sub- 
tilement erronées. 

A cette époque, en ellet, c'est-à-dire vers 1854, ou ignorait à peu 
près complètement le phénomène des mouvements inconscients 
assez bien connus aujourd'hui. C'est Caiivurcur, qui a eu le grand 
mérite de les expliquer et d'eu donner une interprétation ingé- 
nieuse, rationnelle 1 . Celte théorie de Chevreul fut appuyée par 
Babixet 2 , Faraday 8 , Carpentkr, et en général par tous les physio- 
logistes et les physiciens. 

De fait l'étude des tables tournantes est une des plus difficiles de 
la métapsychique objective ; car rien n'est plus malaisé que de 
déterminer la part de l'inconscient dans les mouvemeuts oscilla- 
toires de la table. La bonne foi des assistants n'est pas douteuse, 
mais évidemment ils ne peuvent être ni conscients ni responsa- 
bles de coutractions musculaires inconscientes et involontaires. 
Aussi la preuve qu'il y a mouvement de la table sans contraction 
musculaire ne put-elle être alors faite d'une manière rigoureuse. 

De même pour les raps. Un physiologiste émiuent, M. Schiff, fit 
sur lui-même une expérience singulière. Il prouva qu'en déplaçant 
par une contraction musculaire le tendon du muscle péronier laté- 
ral il pouvait faire entendre un craquement, tout à fait compa- 
rable aux raps que produisent les soi-disant esprits. Cette explica- 
tion enfantine, qui fait aujourd'hui sourire, trouva bon accueil 
auprès des savants d'alors, qui n'avaient probablement pas entendu 
les raps qui font vibrer le bois d'une table, bruits parfois retentis- 
sants, parfois rythmés musicalement, alors que les craquements 

1. Chevi>eul, De la, baguette icoire, du pendule explorateur, et des tables 
tournantes. Paris, 18-34. 

2. Babinet, Etudes et lectures sur les sciences d'observation, Paris, 1856. — Car- 
I'K.nter, Principles of mental physiology et psychological curiosities of spiritua- 
lism (Pop. se. Monlkly, 1877, III, 128. — Faraday, The table turning delusion. 
Lance t, 1So3. — Cumbf.iu.and, Fraudaient aspects of spirituulism, Journ. of 
mental science, 1881, XXVII, 280-628. — Moiun (M. -S.), Le magnétisme et les 
sciences occultes, Paris, 185u. 

3. Voir sur les travaux de Faraday le réc.pnt article de Fr. Grûxewald, Faraday 
ùberd. Tischrticken. Paych. Stud;, 1920, XLVIT, toi, 298,293 



32 MÈTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

du tendon du péronier, si tant est que d'autres personnes que l'il- 
lustre physiologiste de Florence puissent les produire, n'ont rien 
de commun avec les vibrations du bois. Les assertions de M. Schiff 
avaient été précédées par celles de A. Flint, autre distingué phy- 
siologiste, qui, après avoir étudié les sœurs Fox, attribuait aux 
craquements du genou les raps produits 1 . 

A ces objections d'ordre expérimental, assez pauvres d'ailleurs, 
les spirites répondirent mal. Ils eussent dû sans doute, comme il 
fut fait plus tard, répondre par des expériences, mais ce fut par 
des théories et par l'essai d'une religion nouvelle. 

C'est surtout à M. H. Rivail, docteur en médecine (1803-1869), 
à peine connu sous ce nom de Rivail, célèbre sous le pseudo- 
nyme de Allan Kardec, que fut due cette théorisatiou du spiri- 
tisme 2 . 

La théorie spirite d'AnAN Kardec est assez simple. 11 n'y a pas 
mort pour lame. Après la mort, l'âme devient un esprit, qui 
essaye de se manifester par le moyeu de certains êtres privilé- 
giés, qui sont les médiums, capables de recevoir les ordres et les 
impulsions des esprits. V esprit cherche à se réincarner, c'est-à-dire 
à revivre sous la forme d'un être humain dont il est l'âme. Tous 
les êtres humains, comme le pensait déjà Pythagore, passent par 
des phases successives migratoires. Leur périsprit peut, dans cer- 
taines circonstances exceptionnelles, se matérialiser. Les esprits 
connaissent le passé, le présent et l'avenir. Parfois ils se matéria- 
lisent, et ont le pouvoir d'agir sur la matière. Nous sommes 
entourés d'esprits. Au point de vue moral, on doit se laisser guider 
par les bons esprits, qui nous dirigent vers le bien, et ne pas 
écouter les mauvais esprits qui nous induisent en erreur. 

Il faut admirer sans réserve l'énergie intellectuelle d'AïAAN Kar- 

1. Flint (A.), On the discovery of the source of Ihe Rochester knockings. and on 
sounds produced by the movements of joints and tendons. Quarlerly Journ. Psychi- 
cal Med., New-York, 1869, III, 417-446. — M. Schiff, Comptes rendus de t'Ac. des 
sciences. 18 avril 18o9, — Jobert, Velpeac, Cloouet. Discussion sur le même sujet. 
Ibid., passim. 

2. Le livre des esprits, Paris, 1857, 1™ édit. Le livre des médiums, Paris, 1861, 
1"> édit. Il y a eu plus de trente éditions de ces livres célèbres. Des traductions 
en toutes langues ont paru. Allan Kardec fut le fondateur de la Revue spirite 
qui se continue encore aujourd'hui, et qui est à sa 30 e année. 



HISTORIQUE 33 

dec. Malgré une crédulité exagérée, il a foi dans l'expérimenta- 
tion. C'est toujours sur l'expérimentation qu'il s'appuie, de sorte 
que son œuvre n'est pas seulement une théorie grandiose et homo- 
gène, mais encore un imposant faisceau de faits. 

Elle a cependant, cette théorie, un côté faible, douloureusement 
faible. Toute la construction du système philosophique d'AixAN 
Kardec (qui est celle même du spiritisme), a pour base cette éton- 
nante hypothèse que les médiums, en lesquels s'est soi-disant 
incarné un esprit, ne se trompent pas, et que les écritures automa- 
tiques nous révèlent des vérités qu'il faut accepter, à moins qu'on 
ne soit déçu par de mauvais esprits. Aussi bien, si l'on suivait 
la théorie d'ALLAN Kardec, serait-on amené à prendre pour argent 
comptant toutes les divagations de l'inconscient, qui, sauf excep- 
tions, témoignent toujours d'une très primitive et puérile intelli- 
gence. C'est une bien grave erreur que d'édifier une doctrine sur les 
paroles des soi-disant esprits, qui sont des pauvres d'esprit. 

Tout de même Allan Kardec est certainement l'homme qui, 
dans cette période de 1847 à 1871, a exercé l'influence la plus péné- 
trante, tracé le sillon le plus profond dans la science métapsy- 
chique 1 . 

En Angleterre, le spiritisme fut défendu par Dale Owen et par 
A. R. Wallace. Alfred Russell Wallace est le grand savant qui eut 
la gloire de devancer Darwin. Il ne craignit pas d'entrer dans la 
mêlée, et ses livres témoignent de sa vaillance, car il fallait de la 
vaillance pour défendre la cause d'une science qui avait si peu les 
caractères d'une science *. 

En Allemagne Zollner est resté isolé. 

Les temps étaient mûrs pour qu'enfin parût le grand pionnier dé 
la métapsychique, sir William Crookes. 



1. Owen (K.-D.), Footfalls on the bour.dary of another world. with narrative 
illustrations, Philadelphie, 1877. — Onvem (R.-D.), The debatable land between 
this worldandthe next, New-York, London,i871. (Trad.allem., Bas streilif/e Land, 
Leipzig, 1876). — W.vllace, A. Russell, A defenceof modem spiritualism (Fortnigh- 
' tly Beview, London, 1874, XV, 630-657). — The scientific aspect of the super' 
nalural, London, 1866 : (Trad. allem., Die wissenschaftliche Aussicht. etc., Leipzig, 
1874). — On miracles and modem spiritualism, London, 1873. (Trad. fr., Les Mi- 
racles, etc., Paris, Leymarie. 

Richet. — Métapsychique. 3 



34 MÉTAPSYCHIQUE EN GENERAL 

* 

4° Période scientifique. 

Quelque considérable que soit le mérite de Crookes, aussi grand 
que son courage, Crookes a été précédé par les membres de la 
Société dialectique de Londres, qui en janvier 1869, sur la proposi- 
tion d'EDMUNDS, se réunirent au nombre de trente-six pour étudier 
scientifiquement les phénomènes du médianimisme. Parmi eux le 
savant ingénieur Cromwell Varley, et le grand Russell Wallace, 
avec un homme de haute intelligence, Sergeant Cox, paraissent 
avoir joué un rôle prépondérant. Des savants réputés, comme Tyn- 
dall, Carpenter, ref usèrent de faire partie de la commission. Même 
il y eut des dissidences au sein de la commission. Notamment le 
président Lubbock et le vice-président Huxley étaient opposés aux 
conclusions favorables delà majorité 1 . 

Les faits coustatés par la Société dialectique étaient d'une évi- 
dence éclatante : ils n'entraînèrent pourtant pas la conviction des 
savants, mais ils eurent un admirable résultat : ils engagèrent 
William Crookes à étudier la question. Par une heureuse fortune, 
Crookes trouva deux médiums extrêmement puissants avec lesquels 
il put expérimenter : D.Douglas Home et Florence Cook. 

Crookes avait alors trente-sept ans, il était dans toute la vigueur 
de 1 âge et de l'intelligence. C'était déjà un savant illustre. Il avait 
découvert un nouveau métal, le thallium (1868), et poursuivi des 
recherches fructueuses sur la spectroscopie, l'astronomie, la météo- 
rologie. Il était directeur des Chemical News et du Quarterly journal 
of science: 

Alors il se décida à étudier les propriétés extraordinaires de 
Home. De 1869 à 1872, il publia des mémoires, remarquables par la 
précision du langage et la sévérité de l'expérimentation, qui con- 
trastaient avec le style habituel des publications spirites. C'était 
l'avènement de la période scientifique du spiritisme 2 . Je ne dis pas 
que c'est possible, disait Crookes,^ dis que cela est. 

1. Reporl on spirilualism of the committee of ilie London dialectical Society, 
toqelhev wilh the évidence, oral, and written, and a sélection from the correspon- 
dance (Longmans et Green, London, 1871, trad. fr., Libr. spirite, 1903. Trad. 
allem., Leipzig, Miïtze). 

2. Beaucoup de ses écrits sont des écrits de polémique. Je me contenterai de 



HISTORIQUE 3o 

Mais le respect des idées habituelles était idolàtrique à ce point 
qu'on ne se donna la peine ni d'étudier, ni de réfuter. On se con- 
tenta de rire, et j'avoue, à ma grande honte, que j'étais parmi les 
aveugles volontaires. Oui! je riais, au lieu d'admirer l'héroïsme du 
grand savant qui osait dire, en 1872, qu'il y a des fantômes, qu'on 
peut entendre leur cœur battre et prendre leur photographie. 

Mais ce courage fut sans grand effet immédiat. 11 devait produire 
ses fruits plus tard. C'est aujourd'hui seulement qu'on peut bien 
comprendre Crookes. Encore aujourd'hui, la base de toute méta- 
psychique objective, ce sont les expériences de Crookes. C'est du 
granit, et nulle critique ne les a pu atteindre. Aux derniers jours 
de sa glorieuse et laborieuse vie, il disait encore qu'il n'avait rien 
à rétracter de tout ce qu'il avait affirmé jadis. 

Désormais les spirites vont savoir comment il faut expérimenter, 
il ne s'agit plus d'une doctrine d'aspect religieux ou mystique 
perdue en de nébuleuses considérations spiritualistes ou thé 
phiques : il s'agit d'une science expérimentale, dédaigner^ se ^ 
théories, aussi exacte, dans sa précision voulue, que la r jn j m j e j a 
physique, et la physiologie. 

Le magnétisme animal passait, lui aussi, par \\ QG évolution ana- 
logue. Depuis Puységur, Deleuze, et Du Potet j| n ' ava it pas Dr0 . 
gressé. J. Braid, de Manchester, en l'appelar^ hypnotisme, ne l'avait 
guère dégagé de ses voiles mystiques p? iS plus que de ses infortu . 
nées tendances thérapeutiques ', de ^ orte que les médecins et les 
physiologistes, en 1875, n'y croyar dnt pas beaucoup plus qu'ils ne 
croyaient aux matérialisations (\q k.vty King. 

citer : Expérimental investigations - on psyc ki c force, London, Gillmann 4871 
tr. fr., Libr. des se. psychologiques. Paris. 1897. - Researches on the phenomenà 
of spirituahsm, Londres, B'arns, 1894. Cet ouvrage a été traduit en français, 
Pans, 1878, en allemand., Leipzig, 1874, en italien, Locarno, 1877. — On psy- 
chical research. Report ^mithsonia?i institution, Washington, 1898-1899, 185-205. 
— Psyckic force and modem spiritualism, a reply to the quarterly Revieiv and 
other critica (Londo /Q , 1872). — Discours récents sur les recherches psychique 
(Tr. fr., Paris, Leyrnarie, 1903). 

1. Bhaid (J.) v Neurypnology or the rationale of nervous sleep considérai in 
relation with animal magnetism. lllustrated by numerous cases of ils sucessful 
application in the relief and cure of diseuses, London, Churchill, 1843. Nouvelle 
édit., Lo-udres, 1899. — Power of mind Upon the Body, London, 1846. — Der 
Hypnotismus, trad. allem., Berlin, 1882. - Neurypnologie, trad. fr., Paris, Dela- 
haye, 1883. 






36 METAPSYCHIQUE EN GENERAI. 

Eu 1875, étant étudiant encore, j'ai pu prouver qu'il s'agit d'un 
phénomène physiologique normal, et que l'intelligence, dans cet 
état provoqué, reste entière, et parfois est suractivée, qu'il n'y a 
pas lieu de supposer quelque action magique ou magnétique. 
Quelques années plus tard, j'ai donné aussi les premiers exemples 
de dédoublements de la personnalité, entrevus par Philips et par 
Azam 1 . Et ces changements de personnalité éclairent singulière- 
ment tous les phénomènes dits spiritiques. 

Certainement rien de ce que je disais dans mon mémoire de 1875 
n'était absolument nouveau. Les anciens magnétiseurs avaient vu 
les mêmes faits. De même assurément, quand en 1872 Cuookes éta- 
blissait la réalité des fantômes, il ne disait à peu près rien que les 
spirites n'eussent déjà dit. Mais ce qui était nouveau, c'était l'appli- 
cation rigoureuse de la science expérimentale à des phénomènes 
incomplètement étudiés, imparfaitement établis, et qui jusqu'alors 
a cause de ces incomplètes et imparfaites analyses, étaient rejetés 
hors de la science. 

* \. A s "uite de mon mémoire, de toutes parts, de nombreuses expé- 
riences fu rent fcutes, el le magnétisme animal ne fit plus partie 
des sciences t occultes-. 

L'eiïort des s t Tvaul;s Q 11 * étudient la métapsychique doit être de 
faire sortir de l'occ >u ^ e cette science, comme le magnétisme animal 
est sorti de l'occulte. 

Un événement mémorable tout aussi important que les publica- 
tions de Cuookes, se produisit en Angleterre aussj. Ce fut la fonda- 
tion de la Society forpsychical Re^arck, dont E. Gdrney et Fa. Myers 

i. Gh. Richet, Du somnambulisme provoqua- Journ de Vawl l et de la physio- 

look, 1875, XI, 348-378. — Revue philosophique 1680, X, oo7-384 ; - A t. pour 

il i w„„ »»,-<,« s.*» vtoimQ iss-t IX 50-60 — Azam, Le dédoublement de 

l avancement des sciences, tieims, îooi, ia, ou uu. 

la personnalité, liev. scientif-, 1890, XLVI, 136-141. 

2 Heidenhain, Zur Kritik hypnotischer Untersuchunjen, Brest, aertztl. Zeitsch., 
1880, 52-ou et Rev. scientifique, 1880, XVIII, 1187-1190. - Chambaud, arl. Somnam- 
bulisme du Dict. encycl. des Se. Médicales. 

Je n'ai pas à mentionner ici les observations de Charcot et de Beknheim, toutes 
postérieures à mon mémoire de 1875, et manifestement inspires par lui (1878- 
1885). L'histoire, si curieuse, de la suggestion ne relève pas du ,+out de la méta- 
psychique. , ,. ,. , 

La bibliographie complète jusqu'à 1902 se trouve dans 1 article hypnotism de 
l'Index catalogué, (2), 1902, Vil, 743-706 (Voir aussi Morselli (E.), il mWgnehsmo 
animale, la fascinazione, gli sUUi hypnotici, 2« éd , Torinô, 188G). 



HISTORIQUE 37 

furent les obstinés et ardents inspirateurs. Un groupe de personnes 
éminentes se constitua, résolues à pousser leurs investigations 
dans les terres maudites de l'occultisme, et à dégager, grâce à l'em- 
ploi rigoureux des méthodes scientifiques exactes, la vérité cachée 
dans la confusion des faits étranges 1 . 

Ainsi ont pu être amassés faits, expériences, théories, colossal 
travail qui est devenu la base de toute la métapsychique d'aujour- 
d'hui 2 . 

Ce mouvement de rénovation ne resta pas limité à l'Angleterre. 
Nous fîmes, en France, un effort analogue, essayant d'imiter, 
quoique ayant des ressources moindres, et des dévouements moins 
nombreux, l'exemple que Gurney et Myers nous avaient donné. 
Nous constituâmes ainsi, avec Th. Riuot etL. Marillier, une Société 
de psychologie physiologique, qui bientôt disparut, car nous avions 
eu la fâcheuse idée de prétendre intéresser les psychologues, les 
physiologistes, les médecins, aux recherches de métapsychique. Ils 
ne consentirent jamais à s'en occuper sérieusement. C'est alors que 
je fondai, avecDARiEx, les Annales des Sciences psychiques (1890-1920) 
dont C. de Vesme devint ensuite le zélé directeur. Les A. S. P., que 
remplace aujourd'hui l'excellente Revue métapsychique dirigée par 
Geley, établissent, comme les P. S. P. R., une juste balance entre 
la crédulité des journaux spirites et l'ignorance aveugle des recueils 
de psychologie officielle. 

Cependant, si importantes que soient les sociétés psychiques, si 

1. Les présidents de cette société ont été Henry Sidgwick, 1882-1884, 1884-1892. 
— Balfour Stewart, 1885-18S7. — A.-J. Balfour, 1893. — William James, 1894- 
1895. — William Crookes, 1896-1899. — Fred. Myers, 1900. — Oliver Lodge. 
1901-1903. — Sir William Barrett, 1904. — Charles Richet, 1905. — G. Balfour, 
1906-1907. — Mrs H. Sidgwick, 1908-1909. — A. Arthur Smith, 1910. — Andrew 
Lang, 1911. — Garpenter, 1912. — H. Bergson, 1913. — Schiller, 1914. — Gilbert 
Murray, 191b. — Jacks. 1917. — Lord Rayleigh, 1919. — W. M. Dougall, 
1921. 

2. Les Proceedings of the Society for psychical Research (London, Trubner) 
forment une collection de 28 volumes auxquels il faut annexer le Journal of the 
Society for psychical Research (1884-1920), non destiné à la publicité (for private 
circulation only). Un index très bien fait a paru en 1904, où sont indiqués les 
principaux cas des Phant. of the Living, des P. S. P. R.. du Journal S. P. R. et 
des Proceed. of the Ame rie. S. P. R., London, Johnson, 1904. — Le siège de cette 
société est à Londres (W.), 20, Hannover Square. — Les Phantasms of Living, par 
E. Gurney, Fr. Myers et Podmore ont été traduits en français (et abrégés), sous le 
titre Hallucinations télépathiques, par L. Marillier, Paris, Alcan. C'est une 
œuvre admirable, monument de sagacité et de patience, tout à la fois. 



38 MÉTAPSYCHIQUE EN GENERAL 

utiles que soient les journaux, ces efforts ne valent que par les 
recherches expérimentales effectuées par les individus isolés. De 
fait, il n'y a pas de métapsychique sans médium. Le rôle des 
sociétés psychiques est précisément de ne pas laisser s'éteindre, 
sans aucun profit pour la science, dans l'obscurité de séances peu 
scieutifiques, dépourvues de contrôle rigoureux, le pouvoir de cer- 
tains médiums remarquables. 

De 1885 à 19â0, il y eut des médiums très puissants : Slade, Eglin- 
ton, Stainton Moses, Eusapia, Mad. d'Espérance, Mad. Thomson, 
Marthe Béraud, Stanislawa Tomczyk, Miss Goligher, Mad. Léonard. 

Tout de même, s'il fallait n'en citer que deux, je ne parlerais 
que de Mad. Piper (pour la métapsychique subjective; et d'EusAPiA 
Paladino (pour la métapsychique objective). 

Mad. Piper, de Boston, étudiée par William James, puis, avec une 
extraordinaire patience, par R. Hodgson, puis, avec non moins de 
persévérance, par Hyslop, puis par Fr. Myers, Sir Oliver Lodge, Sir 
Barrett, possède des pouvoirs de clairvoyance et de cryptes- 
thésie qui dépassent probablement tous ceux qu'on avait jusque-là 
observés. Aux personnes qui viennent la voir, elle dit tout de suite, 
presque sans hésitation, les noms des divers membres de leur 
famille, en racontant sur eux des épisodes que le visiteur lui-même 
ignore, et dont il ne constate l'authenticité qu'après une longue et 
laborieuse enquête. 

Même s'il n'y avait, en fait de médium, que Mad. Piper dans le 
monde, ce serait assez pour que la cryptesthésie fût scientifiquement 
établie. 

Eusapia Paladino a été, par tous les savants de l'Europe, cent et 
cent fois étudiée, analysée, Schiaparelli, Porro, Aksakoff, G. Finzi, 
A. etFR. Myers, 0. Lodge, E. Feilding, Lombroso, A. de Rochas, Ocho- 
rowicz, J. Maxwell, A. de Schrenck-Notzing, C. Flammarion, Bottazzi, 
Morselli, Foa, Sabatier, A. de Watteville, A. de Gramont, Car- 
rington, et bien d'autres, ont tour à tour constaté la réalité des 
mouvements sans contact, et des matérialisations 1 . 

Même s' il n'y avait, en fait de médium, ^m'Eusapia Paladino dans le 

1. La bibliographie complète des publications relatives à Eusapia Paladino sous 
Je titre suggestif de Bibliografia P ala'diniana, a été donnée par E. Morselli, 
dans un livre remarquable, Psicologia e spiritismo, Torino, Bona, 1908, 134-170. 



HISTORIQUE 39 

monde, ce serait assez pour que la télékinésie et Vccloplasmie fussent, 
scientifiquement établies. 

Mad. Piper et Eusapia, pour toutes les investigations scientifiques, 
ont montré toujours une complaisance parfaite. Elles acceptaient 
tous les contrôles, malgré les soucis et les affronts. C'est en grande 
partie grâce à elles que la métapsychique, dans ces dernières 
années, a pris un tel développement. Il faut donc que les savants 
de l'avenir aient pour Tune et l'autre, comme pourD. Home et Flo- 
rence Cook, qui les ont précédées, une reconnaissance émue. 

Plus récemment les expériences faites avec Staniseawa Tomczyk, 
avec Marthe Béraud, avec Miss Goligher, ont ouvert à la métapsy- 
chique objective des horizons inattendus. 

Ainsi, depuis 1880 jusqu'à aujourd'hui, la métapsychique, pour 
laquelle j'ai, en 1905, demandé, en lui donnant ce nom, le droit 
d'être une science autonome, s'est dégagée d'une part de l'hypno- 
tisme et du magnétisme animal, d'autre part du spiritisme. En 
effet, dans le magnétisme animal, il y a un élément physiologique, 
presque normal, c'est l'hypnotisme, c'est-à-dire un état mental pro- 
voqué, tel que la conscience habituelle est modifiée, transformée, 
et que des consciences nouvelles, parfois multiples, peuvent appa- 
raître, pendant que la conscience habituelle sommeille. Mais, en 
définitive, c'est encore de la psychologie, de sorte que l'étude du 
somnambulisme ne relève de la métapsychique que lorsque se 
manifeste une faculté de connaissance qui n'existe pas à l'état 
normal, ce que j'ai appelé la cryptesthésie . 

Que par l'hypnotisme ou le magnétisme, ou le somnambulisme, 
la cryptesthésie se développe, ce n'est pas douteux, mais l'hypno- 
tisme n'intéresse la métapsychique que par l'intensification de la 
cryptesthésie. 

D'autre part, à l'autre pôle pour ainsi dire des sciences dites 
occultes, se trouve le spiritisme, 'dans lequel nous devons disso- 
cier la théorie et les faits. La théorie qui aboutit à une religion, 
c'est le spiritisme, selon la formule d'ALLAN Kardec et de quelques 
autres. Mais uous voilà très loin de la science. Non que la méta- 
psychique doive s'abstenir de toute théorie. Une science ne peut, 
quelque jeune qu'elle soit encore, faire fi de toutes théories, même 
hypothétiques. Mais au moins faut-il que la théorie cède devant 



40 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

les faits, et ne s'établisse pas, en dominatrice, au-dessus des faits 
eux-mêmes, regardés comme accessoires, par rapport à une reli- 
gion. 

C'est là ce qu'ont tenté les vrais fondateurs de la science méta- 
psychique, Gurney, Myers, et Crookes. 

Assurément il ne faut dédaigner ni les magnétiseurs ni les spi- 
rites. Ce serait une injustice très lourde. Malgré les sarcasmes et 
les hostilités, ils ont contribué à la fondation de la métapsychique, 
et pendant qu'ils étaient, par les savants officiels, rejetés comme 
indignes, ils ont poursuivi leurs investigations laborieuses. 

Mais nous voici à une autre époque. Il n'est plus permis mainte- 
nant, quandun médium se manifeste, de le laisser évoluer dans un 
cercle restreint, sans recourir aux méthodes de recherche adoptées 
par toutes les sciences, balances, photographies, cinématographies, 
inscriptions graphiques. De même, au point de vue de la psycho- 
logie subjective, des enquêtes rigoureuses, sévères, analogues à 
celles que la S. P. R. a instituées, sont indispensables. Il faut plus 
que des demi-certitudes, il faut des Certitudes tout entières. 

En résumé, la métapsychique contemporaine devra se limiter, 
pour ce qui est subjectif, aux phénomènes psychologiques que toute 
intelligence humaine consciente, aussi perspicace qu'on la suppose, 
est incapable de produire, et, en métapsychique objective, aux 
phénomènes matériels, produits par une cause qui est en appa- 
rence intelligente, et que les forces connues et classées (lumière, 
chaleur, électricité, attraction, force mécanique) sont insuffisantes 
à expliquer. 

Quoique ce soit un champ déjà très vaste, nous ne sommes cer- 
tainement qu'au début : aussi plus tard la métapsychique aura- 
t-elle le droit d'avoir des visées plus hautes, de se tourner vers une 
morale, une sociologie, une théodicée nouvelles. Qui sait? Mais à 
chaque époque suffit sa peine. Les temps ne sont pas mûrs pour la 
synthèse. Restons dans l'analyse. 

Dans ce court exposé historique, je n ai pas pu indiquer les tra- 
vaux considérables qui ont été faits. La bibliographie est déjà 
énorme. Je voudrais pourtant signaler les principaux ouvrages, 
toujours utiles, parfois indispensables, aux savants curieux d'étu- 



HISTORIQUE 41 

dier le spiritisme, l'occultisme, la métapsychique du demi-siècle 
qui vient de s'écouler. 
Les ouvrages généraux principaux seront seulement notés ici. 

Aksakoff, Animismus und Spiritismus, Versuch einer Kritischen Priifung 
der mediumnistischen Phaenomene, Leipzig, Mutze, 1890, 4 e édit. en 2 vol., 
1902, trad. fr., Libr. des sciences psychologiques, 1895. — Bozzano(E.), Ipotesi 
spiritica e teorie scientifiche, Genova, Donath, 1903. — Bhofferio (A.), Per 
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trad. ail., Berlin, 1894. — Delanne (G.), Le spiritisme devant la science, 
Paris, Channuel, 1895, 5 e édit., 1897. Les apparitions matérialisées, Paris, 
Leymarie, 2 vol. 8°, 1911. Recherches sur la médiumnité, Paris, 1896. — 
Myers (Fr.), The human personnality and its survival to bodily death. 
London, Longmans, 2 vol. 8°, 1902, trad. fr., Paris, Alcan, 1905. — Oliver 
Lodge, La survivance humaine, trad. fr., Paris, Alcan, 1912. — A. de Bochas. 
L'extériorisation de la motricité, Paris, Channuel, 1896, 4 e édit., 1906. L'exté- 
riorisation de la sensibilité, Paris, Channuel, 1895, 5 e édit., Chacornac, 1905. 
Les états profonds de l'hypnose, Paris, Chacornac, 1892. Les états superficiels 
de l'hypnose, Paris, Chacornac, 1902. — J. Maxwell, Les phénomènes psy- 
chiques. Recherches, observations, méthodes, Paris, Alcan, 1905. Metapsy- 
chical Phaenomena, London, Duckworth, 1905. — E. Boirac, L'avenir des 
sciences psychiques, Paris, Alcan, 1907. La psychologie inconnue, Paris, 
Alcan, 1915. — Carmelo Samona, Psiche misteriosa : i fenomeni detti spiri- 
ticci, Palermo, Beber, 1910. — E. Flammarion, Les forces naturelles incon- 
nues, Flammarion, Paris, 1907. L'inconnu et les problèmes psychiques, 
Paris, Flammarion, 1900, trad. ital. Bari, Latezza, 1904. La mort et son 
mystère, Paris, 1920. — Morton Prince, A dissociation of personality , Boston, 
Turner, 1906; trad. fr., Paris, Alcan, 1911. — Zollner, Wissenschafftliche 
Abhandlungen, t. III, Die transcendentale Physik und die sogenannte Philo- 
sophie, Leipzig, Stachmann, 1878-1879. — Hyslop (J.-H.), Science and a 
future life, Boston, Turner, 1905. — Innocenzo Calderone, La Rincarna- 
zionc, Milano, édit. Veritas, 1913. — Stainton Moses (Oxon), The higher 
aspects of spiritualism, London, 1880. Spirit identity, London (Spiritualist 
alliance, 1902). — G. Geley, De l'inconscient au conscient, Paris, Alcan, 
1919. L'être subconscient, 4 e édit., Paris, 1919. — Grasset (J.), L'occultisme 
hier et aujourd'hui, Montpellier, Coulet, 1908. — Osty, Lucidité et intuition, 
Paris, Alcan, s. d. — Marryat (Florence), There is no death, Leipzig, 
Hèinemann, 1892. — Chevreuil, On ne meurt pas, Paris, 1914. — Otto- 
lenghi (S.), La suggestione a le facolta psichiche occulte in rapporto alla pra- 
lica légale e medico forense, Torino, Bocca, 1900. — Amiral Usborne Moore, 
Glimpses of the next staate , Londres, Watts et C°, 1912. — Du Prel, Das 
Ràthsel des Menschen, Leipzig, Mutze, 1885, trad. it., Milano, Galli, 1894. 
Monistischc Seeleneehre ; ein Beitrag aufLôsung des Menschenrâthsels, Leipzig, 
Gùnther, 1888. — Denis (L.), Après lamort, exposé de la doctrine des esprits, 
dern. édit., 1918, Paris, Leymarie, trad. ital., Milano, 1914. — Podmore (Fr.), 
Modem spiritualism ; a history and a criticism, London, Methuen, 2 vol., 
1902. — Wahu, Le spiritisme dans l'antiquité, et dans les temps modernes, 



42 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

Paris, Leymarie. 2 vol., 1885. — Schrenck-Notzing. Physikalische Phaeno- 
mene des Mcdiumnimus, Mùnchen, Ueinhardt, 1920. 

Si l'on ajoute à cette bibliographie, très sommaire, que j'aurais pu faci- 
lement amplifier, et qui sera complétée au cours de ce livre, les articles 
publiés dans d'importants recueils, comme Light (Londres). — Banne r of 
Liôht (Boston). — Religio-philosophical Journal, (New-York). — Harbinger 
of Light (Melbourne). — Revue spirite (Paris). — Revue scientifique et morale 
du spiritisme (Paris). — Luce e ombra (Milano, recueil remarquable). — 
Zeitschrift fur Spiriiismus (Leipzig). — Psychische Studieu (Berlin) — on 
pourra se faire quelque idée de la richesse de la littérature métapsychique. 

| IV. — LES MÉDIUMS » 

Le mot de médium, exécrable d'ailleurs, est consacré par l'usage. 
Il n'est plus possible de le bannir 2 . Il signifie intermédiaires entre 
le monde des vivants et le monde des morts. 

Entre les médiums puissants, énergiques, qui, comme Home, 
Eusapia, Staintox Moses, Florence Cook, ont des phénomènes objec- 
tifs, éclatants, et les médiums ne donnant que des phénomènes sub- 
jectifs, il y a une distance considérable. Nous devons donc faire une 
classe à part pour les médiums à effets physiques, télékinésies et 
matérialisations. 

Ceux-là sont des êtres exceptionnels, extrêmement rares. Même 
ceux qui peuveut donner des raps sans contact sont assez rares 
aussi. 

Leur psycho-physiologie n'est pas bien riche en enseignements. 
On ne saurait dire d'eux qu'ils sont plus ou moins intelligents que 
le commun des mortels. Rien ne les distingue du vulgaire, et on 
ne peut les séparer des autres humains que par l'étrange faculté 
qu'ils possèdent, seuls parmi les hommes, de donner, dans des 
séances spiritiques, des matérialisations de formes (mains, per- 
sonnes), et des mouvements de la matière (bruits, coups, voix, 
odeurs). 

1. Dans le cours de ce livre on trouvera sur les médiums maints détails qui 
n'ont pas pris place ici. Ce chapitre est donc nécessairement écourté, pour ne pas 
faire double emploi avec ce qui sera dit plus loin. De vrai l'histoire des médiums, 
c'est presque toute la métapsychique. 

2. Doit-on aussi employer ce mot au féminin ? Il semble qu'on pourrait dire 
la médium. 

Le pouvoir des médiums s'exprime par le terme, très mauvais aussi, de pou- 
voir médianimique . La faculté d'être médium, c'est la médiunïmité ou médiumnité. 
Que! dommage qu'on ne puisse changer ce patois hideux? 



LES MÉDIUMS 43 

Cette rareté extrême des pouvoirs télékinésiques n'est pas une 
objection. Il est nécessaire d'admettre que tous les hommes ne 
sont pas exactement semblables. Certains enfants extraordinaires 
sont doués, à uu très jeune âge, de puissances de mémoire et de 
calcul tellement surprenantes que nous restons ébahis devant 
eux. Nous pouvons concevoir sans peine qu'il y a, parmi la foule 
des humains, des individus exceptionnels. 

Les pouvoirs cryptesthésiques sont beaucoup plus communs que 
les pouvoirs télékinésiques. La cryptesthésie en tous ses degrés 
de puissance est tellement répandue, et la télékinésie est tellement 
rare qu'on ne peut pas assimiler les cryptesthésiques (assez com- 
muns) aux télékinésiques (très rares). 

Nous dirons donc qu'il y a en fait de médiumnité deux groupes 
très distincts : 

1° Médiums à effets physiques ; 
2° Médiums à effets psychiques. 

La télékinésie est un phénomène nettement caractérisé; les 
matérialisations le sont plus nettement encore. Le phénomène 
télékinésique élémentaire, celui que d'assez nombreux médiums 
obtiennent, sans pouvoir aller jusqu'à la télékinésie et à la maté- 
rialisation, c'est le rap, c'est-à-dire une vibration sonore (sans con- 
tact) dans le bois d'une table ou d'une chaise. Déjà pourtant la déli- 
mitation entre médiums capables ou incapables de raps devient 
assez difficile, car assez souvent on entend de petits bruits très 
légers, à peine perceptibles, dans une table que touche à peine le 
médium, et le bruit est tellement faible qu'on peut presque en douter. 

Il faudrait retracer ici la biographie des grands médiums à maté- 
rialisations et à télékinésie. Mais nous en parlerons dans le cha- 
pitre des matérialisations. 

Quand nous aurons cité Home, Florence Cook, Stainton Moses, 
Eusapia, Mad. d'Espérance, Eglinton, Linda Gazzera. Slade, Marthe 
Béraud, Miss Goligher, Stanislawa Tomczyk, nous aurons nommé les 
principaux. On voit que le nombre en est restreint. 

Le nombre des médiums donnant des raps est énormément plus 
grand. Mais je ne saurais donner quelque statistique à cet égard. 



44 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

Malheureusement ces médiums à effets physiques mésusent sou- 
vent de leur pouvoir. Ils s'imaginent qu'ils pourront s'enrichir par 
leur puissance à demi-miraculeuse, et alors, comme les sœurs Fox, 
comme les frères Davenport, comme Eglinton, comme Slade, ils 
donnent des séances publiques pour tirer un profit monétaire de 
leurs facultés. De là à la fraude, il n'y a qu'un pas, et un pas qu'ils 
ont, sinon toujours, au moins très souvent franchi. 

Aussi bien les médiums professionnels à effets physiques sont- 
ils terriblement suspects, et les précautions à prendre contre leurs 
machinations doivent elles être d'une sévérité implacable. (Au reste, 
même si leur bonne foi consciente était absolue, il faudrait 
prendre les mêmes précautions.) 

Il y a de très bonnes raisons pour ne pas repousser a priori toute 
expérimentation avec les grands médiums professionnels. 

1° Ils ont dû certainement, au début de leur carrière, fournir des 
phénomènes authentiques. Léa et Catherine Fox n'auraient pas, de 
propos délibéré, inventé toute cette histoire des raps de Hydesville, 
si elles n'avaient pas commencé par avoir réellement des raps. 

2° Les médiums comme Mad. d'Espérance, comme Florence Cook, 
comme Linda, comme Eusapia, comme Marthe Béraud, n'ont jamais 
pris quelque leçon de prestidigitation et AHUusionisme. Elles ont 
constaté des phénomènes étranges, et, presque malgré elles, ont 
suivi la voie qui leur était ouverte. C'est pour les besoins de la 
cause qu'on leur attribue une habileté technique extraordinaire, 
supérieure à celle des professionnels les plus experts, Robert Hou- 
din, Hamilton, Maskelyne, puisqu'elles auraient trompé les savants 
les mieux avertis, dans des conditions de contrôle sévère, en de 
multiples et variées séances, alors que d'ailleurs ni R. Houdin, ni 
Hamilton, ni Maskelyne n'ont jamais pu imiter ce qu'elles font. 

Quant aux médiums à seuls effets psychiques, toutes les transi- 
tions les plus nuancées s'observent entre eux et les individus nor- 
maux. Il me paraît même que tout individu normal est capable, 
en un moment donné de sa vie, d'avoir quelque lucidité passagère. 
Mais, afin de ne pas nous écarter trop de la terminologie habituelle, 
nous appliquerons provisoirement la dénomination usuelle de 
médiums aux individus qui croient être en relation avec des 
personnalités étrangères. 



LES MÉDIUMS 45 

Eu effet, nous avons adopté pour la définition de la métapsy- 
cliique, une science qui a pour objet les phénomènes qui paraissent 
relever d'une intelligence, et d'une intelligence autre que V intelligence 
humaine. Les médiums sont alors des individus, à inconscience 
partielle ou totale, qui disent des paroles, accomplissent des 
actes, font des gestes, paroles, gestes, actes qui semblent soustraits 
à leur volonté, et paraissent indépendants de leur intelligence. 
Pourtant ces phénomènes inconscients sont intelligents, systéma- 
tiques, parfois coordonnés avec une merveilleuse pénétration. Donc 
tout de suite il s'agit de chercher si les phénomènes inconscients 
sont dûs à une intelligence humaine, ou à une intelligence surhu- 
maine. 

Soit, pour prendre un exemple concret, classique, Hélène Smith, 
écrivant par l'écriture automatique des messages abondants qu'elle 
attribue à Mauie-Antoinette. Est-ce l'intelligence d'HÉLÈNE qui fait 
tout? Est-ce une autre intelligence que celle d'HÉLÈNE? soit Marie- 
Antoinette, soit une force intelligente quelconque, qui actionne les 
gestes, les paroles, l'écriture d'HÉLÈNE? 

Nous entrerons plus loin dans la discussion approfondie des 
deux hypothèses. 

Pour le moment nous montrerons seulement qu'il y a des tran- 
sitions graduelles, presque insaisissables, entre ces soi-disant 
médiums et les individus normaux. La démarcation est non seule- 
ment difficile, mais impossible, tandis qu'entre les médiums vrais, 
c'est-à-dire à effets physiques, et les normaux., il y a un hiatus 
énorme, un fossé profond, une différence essentielle. 

On peut établir la gradation suivante. 

A. — Le premier degré de l'écart avec la normale, c'est la production 
de mouvements inconscientslégers, presque imperceptibles, lesquels 
suffisent cependant pour faire percevoir à un individu exercé les 
sensations et volontés de l'inconscience. Et certes, il y a plus de 
50 p. 100 des normaux qui, par un léger frémissement musculaire, 
qu'ils ignorent, décèlent leur pensée : comme dans le jeu du willing 
game, qui donne parfois des résultats surprenants. 

Ces mouvements involontaires et inconscients s'observent si sou- 
vent, si nettement, que c'est un chapitre de la physiologie normale. 
Nous voilà loin de toute métapsychique. 



46 MÉÏAPSYGHIQUE EN GÉNÉHAL 

B. — Le second degré, c'est par l'hypnotisme la création d'une 
personnalité nouvelle. La personnalité normale reparaît au réveil, 
mais, pendant l'hypnose et la suggestion hypnotique, une person- 
nalité nouvelle apparaît, qui est évidemment factice, puisque le 
magnétiseur l'a créée selon sa propre fantaisie, et,qu'elle peut, si 
le magnétiseur par suggestion verbale l'impose, se maintenir. 

Cette nouvelle personnalité, arbitraire, transitoire, artificielle, 
rentre encore dans la psychologie normale classique. 

C. — Le troisième degré, c'est l'état médianimique, c'est-à-dire la 
production d'une personnalité nouvelle que le médium s'est créée 
par auto-suggestion. L'hypnotisme agit par hétéro-suggestion ; le 
médiumnismepar auto-suggestion. Il n'y a qu'une bien faible dif- 
férence entre la personnalité de Marie-Antoinette, qu'HÉLÈNE Smith 
a prise toute seule, ou la personnalité de Marie-Antoinette, 
qu'HÉLÈNE Smith aurait prise parce que son magnétiseur la lui a 
imposée. 

Les écritures automatiques appartiennent à ce groupe, et il n'y a 
pas lieu de donner à cette importante manifestation psychologique 
une place quelconque dans la métapsychique, — au moins quant au 
phénomène seul de l'écriture automatique — car l'hypothèse d'une 
intelligence étrangère, non humaine, n'a dans la plupart des cas 
aucune raison d'être. Puisque je puis suggérer à Alice qu'elle est 
devenue Marie-Antoinette, puisqu'ALicE joue admirablement le rôle 
de la malheureuse reine, pourquoi vais-je supposer, quand Hélène 
Smith prend spontanément ce même rôle, et le joue avec non moins 
de perfection, que c'est la reine de France qui s'est incarnée 
en Hélène Smith ? C'est une supposition enfantine, toute gratuite. 

D. — Le quatrième degré, c'est quand cette personnalité nouvelle 
est capable de cryptesthésie ; quand elle paraît vraiment connaître 
des choses que le médium ne connaissait pas, des faits que la per- 
sonnalité seconde pouvait seule connaître. C'est le cas de Mad. Piper 
incarnant Phinuit ou GeorgesPelham. 

Le guide du médium (autrement dit la personnalité nouvelle qui a 
apparu) semble être alors une force étrangère, vraiment étrangère. 
Nous pouvons appeler ces phénomènes des phénomènes métapsy- 
chiques, puisque à tout prendre l'intelligence normale ne suffit pas 
à expliquer les étranges et puissantes cryptesthésiesque présentent 



LES MEDIUMS 47 

ces seusitifs. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'opinion qu'une force 
étrangère agit sur eux n'est qu'une hypothèse. 

Peut-être faudrait-il réserver le nom de médium aux individus 
capables d'action matérielle mécanique, sans contact, et de maté- 
rialisations. C'est le cinquième degré. Alors aux phénomènes de 
cryptesthésie, aux hallucinations survenant dans la trance spiri- 
tique, voisine de la trance hypnotique, viennent s'ajouter des phé- 
nomènes matériels, lévitations, télékinésies, raps, et surtout maté- 
rialisations. 

Rien ne prouve encore que les personnalités secondes ne soient 
pas toujours exclusivement humaines, dues à des modalités de l'in- 
telligence humaine, tandis qu'avec les phénomènes matériels appa- 
raît quelque chose de nouveau, de transcendental, de vraiment 
métapsychique, qui dépasse la psychologie normale, et qui ne peut 
guère s'expliquer sans l'intervention de forces inconnues paraissant 
intelligentes. 

Comme ce livre est surtout un traité didactique, je vais donner, 
pour préciser, des exemples de chacun de ces cas psychologiques, 
qui constituent les transitions insensibles de l'état normal à l'état 
de médium. 

1 er degré. — Antoinette n'est pas hypnotisable. Mais, si je lui 
preuds la main et que je lui demande de penser à un objet qu'elle a 
caché dans un coin de la chambre, elle est très étonnée, lorsque, 
guidé par elle et par ses mouvements inconscients, je découvre cet 
objet. 

2° degré. — Alice est hypnotisée. Si je lui dis qu'elle est un vieux 
général, elle donne l'image caricaturesque d'un vieux général; elle 
tousse, crache, parle brusquement, jure, demande une absinthe, etc. 
Et elle joue cette naïve comédie avec une rare perfection pendant 
une heure entière. 

3 e degré. — Hélène Smith s'est par auto-suggestion imaginé être 
Marie-Antoinette. Elle en parle le langage, a des allures pleines 
de dignité, retrouve presque l'écriture et l'orthographe de la reine 
de France. En absolue sincérité elle joue cette extraordinaire 
comédie avec uue merveilleuse perspicacité, pendant des semaines 
et des mois. 

Mad. C.vmus met la main à la table, et écri t de longues phrases, fébri- 



48 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

lement, dont elle ignore le sens ; elle ne sait pas ce qu'elle écrit et 
elle parle d'autre chose pendant qu'elle écrit. C'est l'esprit Vincent 
qui la guide, qui est soi-disant l'inspirateur de toutes les banales 
dissertations métaphysiques et théosophiques dont elle couvre le 
papier. 

4 e degré. — Mad. Piper perd peu à peu sa conscience normale. Alors 
c'est tantôt Phinuit, tantôt Georges Pëlham, tantôt Myers, tantôt 
R. Hodgson, qui parlent pour elle. Mais ces personnalités, très pro- 
bablement imaginaires et dues à des auto-suggestions, sont douées 
d'une puissance cryptesthésique étonnante. Monitions, prémoni- 
tions, télépathies, toutes ces lucidités éclatent à chacune des paroles 
que, parla voix de Mad. Piper, disent Phinuit ou George., Pelham, ou 
Myers ou R. Hodgson, de sorte qu'il faut un grand effort de rationa- 
lisme — qui est même peut-être une erreur — pour ne pas attri- 
buer à une intelligence autre que celle de Mad. Piper ces phéno- 
mènes de presque surhumaine intelligence. 

Mad. Léonard, Mad. Briffaut, Stella, la voyante de Pkévorst, 
beaucoup d'autres, sont des médiums de cet ordre. 

5 e degré. — Eusapia tombe, sans être hypnotisée, en état de transe. 
Alors par l'intermédiaire, dit-elle, de John King, elle fait mouvoir 
des objets, qu'elle ne touche pas; elle matérialise les mains, quel- 
quefois là tête de John King, et d'autres fantômes parfois appa- 
raissent. 

Home, Mad. d'Espérance, Florence Gooic, Stainton Moses, Sta- 
nislawa Tomczyk, Miss Goligher, Marthe Bûraud, sont des mé- 
diums du même genre. Et le plus souvent, en même temps que 
les phénomènes mécanico-physiques matériels, apparaissent des 
cryptesthésies. La possession par une intelligence étrangère paraît 
complète, non seulement par la connaissance de choses inconnues 
au médium lui-même, mais encore par le pouvoir qui lui est donné 
sur la matière. 

D'ailleurs, en fait, le plus souvent les médiums vrais (à téléki- 
uésie) sont aussi des sensitifs ; c'est-à-dire qu'ils ont des cryptes- 
thésies parfois admirables. Stainton Moses et Home étaient dans 
ce cas. Eusapia n'avait que des effets physiques mécaniques, et 
Mad. Piped n'a que des effets psychologiques. 

Sans prétendre en rien inférer, il est de fait que les grands 



LES MÉDIUMS 49 

médiums, dès le début des phénomènes produits, soit mécaniques, 
soitcryptesthésiques, attribuent toutleurpouvoirà nnguide. Même, 
si l'on veut avoir de bonnes expériences, il faut expérimenter 
comme si l'on était assuré que ce guide existe réellement, et s'est 
incarnédans le médium. C'est, au sens rigoureux du mot, une hypo- 
thèse de travail, presque nécessaire à la production des phénomènes. 

La science est une langue bien faite, a dit un philosophe. Donc 
nous ne devrions pas conserver ce même nom de médium à des 
individus aussi différents par exemple qu'EusAPiA et Mad. Piper. 
Nous pourrions appeler médiums les individus donnant des effets 
physiques ; sensitifs, les individus ayant des phénomènes cryptes- 
thésiques qu'ils attribuent à une force étrangère ; automates, les 
individus qui sans cryptesthésie semblent présenter par l'écriture 
automatique des personnalités secondes, créées sans doute par 
auto-suggestion, mais qui paraissent spontanées. 

Comme toute classification, celle-ci est arbitraire. Les sensitifs 
sont toujours des automates, tandis que rarement les automates 
sont des sensitifs. On pourrait citer des centaines de cas d'écriture 
automatique, qui ne sont que des fantaisies médiocrement intéres- 
santes de l'inconscience déchaînée, sans lucidité, sans cryptesthésie, 
sans rien qui vaille la peine d'être noté, sinon l'extraordinaire 
puissance de l'inconscient. 

Pourtant, malgré mon ardent désir de faire rentrer autant que 
possible ces phénomènes métapsychiques dans la psychologie nor- 
male, je ne voudrais pas les dénaturer, les mutiler, sous prétexte 
de rationalisme. L'état de monoidéisme et d'automatisme que 
créent les transes soit hypnotique, soit spiritique, développe une si 
extraordinaire aptitude à la cryptesthésie, que bien souvent, comme 
pour Mad. Piper, commepour Mad. Léonard, comme pour Mad. Ver- 
rall, on est tenté de croire qu'il y a intervention d'une intelligence 
étrangère. Ce n'est pas dans ce chapitre que nous discuterons la ques- 
tion; on verra plus loin que nous n'auronsaucunetimiditéà l'aborder 
franchement. 

Ni les sensitifs, ni les automatiques, ni même les médiums, ne 
peuvent être caractérisés par des diagnoses de quelque vraisem- 
blance. Ils sont comme tout le monde. L'âge, le sexe, la nationalité 
ne paraissent pas avoir grande influence. 

Richet. — Mélapsychique. 4 



50 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

On a souvent parlé d'hystérie ; mais il semble bien que l'hystérie 
ne soit pas une condition favorable, à moins de donner une déme- 
surée extension à cette forme morbide. Les hystériques sont sou- 
vent hypnotisables ; mais l'aptitude à être hypnotisé est tellement 
générale que ce n'est pas du tout une caractéristique. Les médiums 
sont plus ou moins névropathiques, sujets à des céphalées, des 
insomnies, des dyspepsies. Mais tout cela est bien peu significatif. 

En tout cas, je me refuse absolument à les considérer comme 
des malades, ainsi qu'est trop disposé à le faire P. Janet 1 . Certes 
il y a quelque désagrégation de la conscience. Mais, chez les ar- 
tistes, les savants, même les individus vulgaires, n'y a-t-il pas sou- 
vent d'analogues désagrégations de la conscience, avec automatisme 
partiel. 

J. Maxwell a insisté sur l'existence chez la plupart des médiums 
d'une tache sur l'iris. 11 conviendrait peut-être de faire là-dessus 
quelques recherches statistiques. Mais la difficulté sera toujours de 
savoir où il faudra s'arrêter, car il n'y a pas de ligne de démarcation 
entre un sensitif et un normal, entre un automatique et un normal. 
Telle personne à écriture automatique se borne à tracer fébrile- 
ment et sans conscience de grands ronds informes sur des feuilles 
de papier blanc ; une autre écrira des mots incohérents ; une 
autre fera des phrases suivies : une autre composera de petits 
poèmes complets; une autre écrira des volumes et des romans 
entiers. Il y a tous les degrés de l'automatisme. 

Le talent de l'inconscient a plus de variétés encore que le talent 
du conscient. 

La sensibilité cryptesthésique comporte, plus encore peut être, 
tous les degrés. Tel individu qui, dans le cours de sa longue vie, 
aura été parfaitement normal, verra un jour une apparition véri- 
dique, ou entendra des voix prémonitoires. On ne peut pas dire 
qu'il soit un sensitif. Il l'aura été pendant quelques minutes, ou 
plutôt pendant quelques secondes, et ce sera tout. Des personnes 
d'apparence normale regardent dans le cristal, et au bout de 
quelques instants aperçoivent des visions, des scènes plus ou moins 
dramatiques qui se déroulent dans la petite boule de verre. On ne 

1. Cette critique ne diminue en rien ma haute estime pour les travaux de 
P. Janet. poursuivis avec une rare sagacité. 



LES MÉDIUMS 51 

peut prétendre qu'ils sont des seusitifs : ou ue peut pas soutenir le 
contraire non plus. En tout cas, il n'y a pas lieu, là encore, quant 
au mécanisme même, de faire intervenir une intelligence étrangère. 

Même les grands médiums sensitifs, comme Mad. Piper, comme 
Stainton Moses, n'ont aucune caractéristique physiologique ou psy- 
chologique qui les distingue. Ces individus privilégiés, qui, selon 
la doctrine spirite, reçoivent messages des disparus et entrent 
en conversation avec les morts, ne paraissent se signaler par 
aucune autre supériorité intellectuelle ou physique. Assurément, 
par suite de la facilité avec laquelle leur conscience peut se désa- 
gréger, ils ont une certaine instabilité mentale, une susceptibilité 
assez ombrageuse. Leur responsabilité, au moins pendant l'état 
de trance, est quelque peu diminuée. Mais ce ne sont là que des 
nuances, et je conclurais volontiers qu'en dehors de leurs visions, 
de leurs trances et des apparentes incarnations qui se manifestent, 
ces sensitifs sont comme tout le monde. 

Le plus souvent c'est par hasard qu'ils ont découvert leur sensi- 
bilité. L'histoire détaillée des origines de la médiumnité serait bien 
intéressante à faire. On verrait sans doute que, pour chaque grand 
médium, le point de départ a été assez différent. En tout cas ce 
n'est jamais par un acte de volonté délibérée qu'ils sont devenus 
médiums. Leur pouvoir s'est développé spontanément. 

Ce qui est bien curieux, — et d'ailleurs assez décourageant, — 
c'est que ce pouvoir ne fait guère de progrès. Il naît spontanément, 
sans qu'on sache ni pourquoi, ni comment, et, s'il a la fantaisie de 
disparaître, il s'en va sans qu'on puisse le retenir. Rate King a quitté 
Florence Cook et Crookes en donnant pour toute raison que ce départ 
était nécessaire. Mon regretté et savant ami, le D r Ségard, m'a dit 
que jadis sa fille, âgée de douze ans environ, avait présenté pen- 
dant trois jours des phénomènes remarquables de télékinésie 
(lévitation d'une lourde table, raps, mouvements de gros objets 
sans contact), puis que subitement tout avait disparu. Ces faits 
datent d'il y a vingt-cinq ans, et Mad. L..., la fille de Ségard, n'a 
jamais eu depuis lors quelque phénomène analogue. 

Toute éducation est inopéraote. Je serais même tenté de croire 
que nos efforts pour scientifiser les phénomènes ont plus d'incon- 
vénients que d'avantages. Aussi, dans mes expériences, ai-je abso- 



52 MÉTAPSYCHIQUE EN GÉNÉRAL 

lument renoncé à vouloir indiquer à un sensitif ou à un médium 
comment il doit procéder. Il faut l'abandonner à lui-même, car 
notre influence, si nous en avons une, serait probablement mau- 
vaise. Un médium puissant est un instrument extrêmement délicat 
et fragile dont on ne connaît absolument pas les secrets ressorts. On 
s'expose à le fausser en le maniant d'une main maladroite. Lais- 
sons donc en pleine liberté se développer les phénomènes, sans 
prétendre les guider. C'est probablement une grave erreur que de 
s'obstiner à éduquer son médium. 

Pourquoi cette fatalité? Il ne me paraît pas du tout qu'on doive 
en conclure qu'il y a ingérence d'une intelligence étrangère. Car, 
même sur les enfants et les adolescents normaux, notre puissance 
de transformation éducative est assez limitée (et d'ailleurs c'est 
peut-être heureux). 

On n'a pas jusqu'à présent été équitable pour les médiums. On 
les a calomniés, bafoués, vilipendés. On les a traités cyniquement 
comme des animae viles. Quand leurs facultés étaient en décrois- 
sance, on les a laissés s'éteindre dans l'obscurité et le dénuement. 
Quand on les rétribuait, c'a été chichement, en leur faisant bien 
comprendre qu'ils n'étaient que des machines. Il est temps que ces 
mœurs détestables prennent fin. 

Si par hasard on découvrait un grand médium à effets physiques 
puissants, ou à effets psychiques exceptionnels, au lieu de l'expo- 
ser à la curiosité banale des ignorants, des journalistes, des 
grandes et petites dames qui vont les consulter pour un chien 
perdu ou un amant infidèle, il faudrait leur assurer très largement 
le vivre et le couvert, et peut-être un peu davantage, afin que leur 
médiumnité ne fût pas déshonorée par des divinations de basse qua- 
lité. C'est ce que Mad. Bisson a fait pour Marthe Béraud; lord Dun- 
raven pour Home, E. Imoda pour Linda. 

En un mot, il faudrait réserver les médiums à la science, la 
sévère, généreuse et juste science, au lieu de laisser se prostituer 
leurs facultés merveilleuses aux crédulités enfantines ou aux sar- 
casmes impudents. 

Mais il faudra en même temps ne pas se départir de la sévérité 
scientifique, ne pas demander des expériences stupéfiantes, ou des 



LES MÉDIUMS 53 

incursions dans l'au-delà. Il faut nous résigner. Ne quittons pas le 
sol de notre planète. Traitons les phénomènes de la métapsychique 
comme des problèmes de pure physiologie. Expérimentons avec 
les médiums, êtres rares, privilégiés, admirables, et répétons-nous 
qu'ils ont droit à tout notre respect, mais aussi qu'ils exigent toute 
notre méfiance. 



LIVRE DEUXIEME 
DE LA MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 



CHAPITRE PREMIER 

MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE EN GÉNÉRAL 

| 1. — DES LIMITES ENTRE LE PSYCHIQUE 
ET LE MÉTAPSYCHIQUE 

Tout de suite nous nous heurtons à une difficulté primordiale. 
Car enfin, dès qu'on peut expliquer par une extrême acuité de 
l'intelligence humaine et par une construction systématique incons- 
ciente certains phénomènes de soi-disant lucidité, il est évident 
que nous n'avons plus alors à invoquer la métapsychique, c'est-à- 
dire à supposer soit des facultés inconnues de notre intelligence, 
soit des ingérences d'autres intelligences. Il nous suffira de dire : 
« Ce ne sont que les effets d'une intelligence humaine très péné- 
trante, n 

Nous voici donc contraints tout d'abord d'examiner quelles sont 
les limites de l'intelligence humaine. 

Problème d'autant plus ardu que des phénomènes intellectuels 
multiples se produisent sans que la conscience en soit avertie. Et 
cela, c'est de la psychologie normale, classique depuis Leibniz. 
L'esprit peut travailler sans que la conscience assiste à ce travail ; 
des opérations intellectuelles très compliquées se produisent à 
notre insu ; tout un monde d'idées frémit en nous, que nous ne 
connaissons pas. Probablement nul souvenir du passé ne s'est 
effacé. La conscience oublie beaucoup : la mémoire n'oublie rien ; 
tout l'amas des anciennes images est conservé, presque intact, 
quoique ayant disparu de la conscience. Car l'inconscience veille : 
elle continue à s'agiter à coté de la conscience endormie. Sans 



56 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

doute aussi alors des comparaisons, des associations, des jugements 
se forment, phénomènes intellectuels auxquels notre moi conscient 
ne prend aucune part. 

On ne saurait attacher trop d'importance à ces phénomènes de 
l'inconscience. Or, comme il est nécessaire d'éliminer de la méta- 
psychique tout ce qui peut être expliqué par la psychologie nor- 
male, et que le travail inconscient de l'esprit relève de la psycho- 
logie normale, nous devons constamment nous dire ceci, qui sera 
une loi absolue : L'inconscient est capable de tout ce que peut faire 
le conscient. 

Nos sens nous donnent une certaine notion des choses, et nous ne 
connaissons des choses que ce qui nous a été apporté par les sens. 
(Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu) . Mais les arran- 
gements de ces données sensorielles peuvent apporter à nos idées 
une complexité extraordinaire. C'est ainsi que l'inconscient peut 
fabriquer des poésies, des discours, des drames, des mathéma- 
tiques, c'est-à-dire tout ce que peut fabriquer l'intelligence humaine, 
consciente. Pourtant cette inouïe richesse n'est qu'une richesse docu- 
mentaire ; l'intelligence, consciente ou inconsciente, si nous ne lui 
supposons pas quelque faculté nouvelle de connaissance, ne pourra 
jamais fournir plus que ce qui lui a été donné. Elle ne pourra tra- 
vailler que sur des matériaux à elle apportés par les voies senso- 
rielles normales. 

De même, suivant une comparaison célèbre, un moulin à café 
est excellent pour moudre ; mais il ne pourra jamais fournir autre 
chose que ce qu'on lui a donné à moudre. 

Supposons qu'HÉLÈNE Smith n'ait jamais entendu un mot de sans- 
crit, qu'on ne lui ait jamais parlé cette langue, qu'elle n'ait lu et 
pu lire aucun livre de sanscrit. Alors, s'il lui arrive de converser ou 
d'écrire en sanscrit, autrement dit de réinventer cette langue, je 
déclarerai le fait miraculeux, et j'y verrai un phénomène métapsy- 
chique ; car nulle intelligence humaine n'est capable de ce prodige. 

Mais, avant d'en arriver à cette extrémité, je ferai toutes suppo- 
sitions que me suggérera ma répugnance à admettre le supra- 
normal. Il faudra d'abord qu'HÛLÈNE m'établisse qu'elle n'a jamais 
ouvert un livre de sanscrit, et la preuve n'est pas facile à donner. 
Car, même si elle est de bonne foi, elle a pu oublier qu'un jour, 



LIMITES DU PSYCHIQUE ET DU MÉTAPSYCHIQUE 57 

jadis, dans une bibliothèque publique ou privée, elle a feuilleté un 
livre où il y avait du sanscrit. En outre, il faudra que la phrase de 
sanscrit ne soit pas une simple citation, mais bien un vrai discours 
adapté aux circonstances présentes. Les conditions nécessaires pour 
que daus ce cas je puisse admettre scientifiquement la nature 
transceudentale du phénomène sont tellement dures que je doute 
fort qu'on puisse souvent les trouver réunies. 

De même encore A..., qui n'a jamais écrit en vers, dont l'esprit 
n'est nullement poétique, compose en état médianimique une série 
de poèmes curieux où apparaît un sens poétique délicat et original. 
Elle écrit ainsi plusieurs volumes de vers, dictés avec une telle 
rapidité qu on a peine à la suivre. Voilà certes qui est bien éton- 
nant, bien imprévu. Mais, avant de dire qu'une intelligence inter- 
vient, autre que celle de A... je supposerai, ce qui est plus simple, 
que A... a des facultés poétiques inconscientes. En effet ses vers, si 
charmants qu'ils soient, n'ont absolument rien qui dépasse l'intel- 
ligence humaine. 

Je sais bien que les spirites et occultistes vont s'indigner, comme 
ils se sont indignés contre mon savant ami T. Flournoy. Mais leur 
indignation ne se justifie guère ; car c'est à eux qu'il appartient 
de prouver l'ingérence d'une intelligence étrangère. Or, cette 
preuve, ils ne me la fourniront que s'ils parviennent à établir 
l'absolue incapacité de l'intelligence humaine à composer incon- 
sciemment tels ou tels vers, à retenir inconsciemment telles ou 
telles bribes du langage sanscrit. 

Laplace dit quelque part à peu près ceci : La rigueur des preuves 
doit se proportionner à la gravité des conclusions. Or admettre qu'une 
intelligence extra-terrestre anime le cerveau d'HÉLÈNE Smith pour 
lui insuffler le sanscrit, ou le cerveau de A... pour lui dicter des 
vers français, cela est tellement grave, tellement monstrueux, telle- 
ment contraire au bon sens et à la logique, que j'admets toute hypo- 
thèse, sauf l'absurde et l'impossible, plutôt que l'hypothèse d'une 
intelligence extra-terrestre. Après tout il est assez simple de sup- 
poser qu'HÉLÈNE a fixé dans son impeccable mémoire quelques 
phrases de sanscrit lues dans un livre il y a dix ans, et que A... 
dans son inconscience, fabrique des vers aussi rapidement qu'un 
poète professionnel. 



58 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Avant qu'où ose affirmer l'intervention d'une autre intelligence, 
il faut avoir épuisé toutes les hypothèses normales, aussi bien que 
celle d'un travail inconscient de l'esprit, que celle d'une mémoire 
à laquelle rien n'a échappé. Dans le cours des chapitres qui sui- 
vront, je donnerai des exemples de cette rigueur nécessaire. 

Stella me dit, par les mouvements de la table, comme si elle 
incarnait Louise : Donne à Stella le marbre qui est dans ton salon. Or 
je n'avais jamais dit à Stella qu'il y avait un marbre dans mon 
salon. Tout de même, encore que ce soit extrêmement invraisem- 
blable, je ne suis pas absolument certain que je ne le lui ai pas dit. 
Je n'oserais pas condammer un homme à mort là-dessus. Or il faut 
être aussi sévère pour une conclusion scientifique qu'on le serait 
pour une condamnation à mort. En outre, quelqu'un a pu dire à 
Stella que j'avais un marbre dans mon salon. C'est peu probable, 
puisque je crois bien que Stella n'a jamais parlé à quelqu'un qui 
est entré dans mon salon. Et pui§ Stella peut avoir dit cette 
phrase à tout hasard. En somme, quoiqu'il s'agisse là d'hypo- 
thèses peu vraisemblables, il en est une autre plus invraisem- 
blable encore, c'est que l'intelligence de Louise, ou une intelli- 
gence étrangère quelconque, a révélé à Stella qu'il y avait un 
marbre dans mon salon l . 

Assurément, il y aura une limite à cette sévérité, et on ne doit pas 
la pousser jusqu'à l'absurde. Pour reprendre le cas d'HÉLÈNE Smith, si 
Hélène, toute jeune encore, n'ayant jamais fréquenté ni une biblio- 
thèque, ni un orientaliste, n'ayant jamais été en Orient, tient une 
longue conversation en sanscrit, au lieu d'écorcher (comme elle 
le fait en réalité) quelques mots incohérents de cet idiome, si elle 
saisit les finesses grammaticales et philologiques de ce langage com- 
pliqué, autrement dit, si elle sait le sanscrit sans l'avoir appris, 
il me sera impossible d'admettre l'hypothèse d'une mémoire 
inconsciente. Elle n'a pas étudié le sanscrit, cela est certain. Alors, 
si elle le parle bien, je ne vois pas comment, même en admet- 
tant, dans toute son intensité, une mémoire inconsciente, impec- 

1. Il est vrai que, lorsque la cryptesthésie aura été par de multiples preuves 
solidement démontrée, on pourra accepter bien des faits qu'on ne peut invoquer 
aujourd'hui. Aujourd'hui la démonstration est à faire. De là, l'absolue nécessité 
d'éliminer impitoyablement tout ce qui n'est pas irréprochable, en fait, de démons- 
tration. On aura le droit plus tard d'être moins exigeant. 



LIMITES DU PSYCHIQUE ET DU MÉTAPSYCHIQUE 59 

cable l , et un travail inconscient compliqué, toute une laDgue sans- 
crite couuue et parlée dans tous ses détails pourrait être élaborée 
sur quelques rares données de la mémoire inconsciente. La divi- 
nation d'une langue inconnue deviendra uu phénomène métapsy- 
chique. 

Stella, quand je lui demande le nom d'une des femmes qui ont 
été près de moi dans mon enfance, me dit : Mélanie. Je ne pensais 
pas du tout à Mélanie, et je suis sur, irréprochablement sûr, que 
le nom de Mélanie, laquelle a disparu de ma vie depuis cinquante 
ans, et à laquelle je n'ai jamais pensé depuis cinquante ans, n'a 
jamais été prononcé par moi. Alors, dans ce cas, je suis forcé de 
conclure qu'il y a eu là un phénomène métapsychique, car ni la 
pantomnésie, ni le travail inconscient, qui élabore de vieux souve- 
nirs, ne peuvent justifier ce nom de Mélanie (et je laisse toujours de 
côté l'hypothèse du hasard). 

On ne sera donc pas étonné si maintes fois nous n'admettons pas 
comme métapsychiques des phénomènes qui, pourtant, aux yeux des 
crédules, ont une apparence métapsychique 2 . Gràceà la pantomnésie 
et au travail inconscient de l'esprit certains individus sont capables 
de rapidement construire des édifices poétiques, romanesques, 
scientifiques, très complexes, qui excitent l'admiration, mais qui 
ne doivent pas plus nous surprendre que s'ils étaient conscients. 

Stella, qui à l'état normal ne compose jamais de poésies, à l'état 
médianimique dicte par la table des vers, parfois excellents, sur 
un sujet donné, lesquels ont le nombre de mots demandé arbitrai- 
rement. Mais, simultanément, sans que j'en tire le moins du monde 
vanité, j'ai pu, par une sorte de concours poétique avec Pétrarque, 
qui, disait la table, parlait par l'intermédiaire de Stella, compo- 
ser consciemment quatre vers sur un sujet donné, avec le nombre 
de mots demandé, et cette poésie de commande n'a été, somme toute, 

1. Le mot impeccable n'est pas bon. Pour indiquer que la mémoire n'a rien 
oublié, et que tout ce qui a frappé nos sens reste fixé dans le cerveau incons- 
cient, je proposerai le mot de pantomnésie, ce qui veut dire, d'après l'étymologie, 
que nul vestige de notre passé intellectuel ne s'est effacé. Probablement nous 
sommes tous pantomnésiques. Dans l'appréciation des phénomènes métapsy- 
chiques, nous devons admettre que nous n'avons absolument rien oublié de ce 
qui a une fois frappé nos sens. 

2. Je répéterai ici que pour le mot métapsychique je me rapporte à la défini- 
tion même ; un phénomène est métapsychique, quand il suppose l'intervention 
d'une force étrangère, ou d'une puissance inconnue de notre humaine intelligence. 



60 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

Di meilleure, ni pire, que celle de Pétrarque. J'aime mieux supposer 
que Stella a composé inconsciemment ce que j'ai pu composer 
consciemment. Ce n'est pas là une hypothèse bien invraisemblable. 
En tout cas, c'est beaucoup plus simple que de supposer l'inter- 
vention de Pétrarque. 

On connaît — et nous les citerons plus loin — les vers magnifi- 
ques que Victor Hugo a adressés à l'ombre de Molière. La réponse 
de Molière est très belle aussi, mais elle est tout à fait dans le style 
de Victor Hugo. Même si elle était du style de Molière, il vaudrait 
mieux croire que c'est le médium, qui, par un pastiche inconscient 
et habile, a composé et dicté des vers à la manière de Molière, plutôt 
que de supposer l'intervention réelle de Molière. 

Victorien Sardou a tracé, en état médianimique, un dessin 
étrange, célèbre, intitulé : la maison de Mozart. Rien n'est plus sin- 
gulier. Pourtant il me paraîtra toujours plus simple d'admettre que 
la belle intelligence de Sardou a fait un travail inconscient, plutôt 
que de supposer l'âme de Mozart mort revenant animer les muscles 
de Victorien Sardou. 

Il faut que toujours chaque cas spécial soit scrupuleusement étu- 
dié, et dans tous ses détails, avant d'affirmer qu'il s'agit vraiment 
d'un phénomène métapsychique. 

Or l'analyse délicate, difficile, de tous ces cas particuliers nous 
amènera, comme on le verra plus loin, à cette conclusion qu'il 
est un certain nombre de faits intellectuels subjectifs (beaucoup 
moins nombreux d'ailleurs que ne le croient les spirites)que ni les 
pantomnésies, ni l'élaboration inconsciente de ces pantomnésies ne 
peuvent expliquer. 

Et cependant, même pour ces faits inexplicables par la panto- 
mnésie, nous ne concluerons pas qu'il y a alors intervention d'une 
intelligence étrangère ; car une autre hypothèse est possible, c'est 
quel' intelligence humaine a une extension plus grande que celle que 
nous avons coutume de lui attribuer. 

L'axiome nihil est intellectu quod non prius fuerit in sensu..., est 
un axiome hypothèse. Certains philosophes ont ajouté... nisi ipse 
intellectus. Et ils ont eu raison, car après tout l'intellect est peut-être 
beaucoup plus profond que nous ne le croyons. 



LIMITES DU PSYCHIQUE ET DU MÉTAPSYCHIQUE 61 

D'ailleurs ici il ne s'agit pas de l'intelligence seule; maisdes sensa- 
tions perçues par l'intelligence. Il y a peut-être d'autres sens que 
les cinq sens à nous connus. Certains animaux, comme les pigeons 
par exemple, ont un sens de directiou, qui, malgré tous nos efforts 
d'analyse, nous a échappé à peu près complètement. Pourquoi 
n'existerait-il pas des facultés de connaissance autres que nos sens ? 
Nous croyons savoir que l'aimant, quoiqu'il agisse sur le fer, n'in- 
fluence pas nos cellules nerveuses. Pourtant, si Ton venait à prouver 
que la force de l'aimant influence le système nerveux, je n'en serais 
pas extraordinairement surpris. La télégraphie sans fil nous a 
appris qu'on peut envoyer, sans fil conducteur, des messages à tra- 
vers l'espace. Donc il est bien possible que, par des mécanismes 
analogues, invisibles, inappréciables à nos appareils de physique 
et à nos sens, le cerveau puisse être influencé, sans que nous sachions 
rien dire, soit de l'appareil récepteur, soit de l'appareil transmet- 
teur. C'est notre ignorance qui limite à nos cinq sens toute connais- 
sance possible du monde extérieur. 

Donc, avant de conclure à une intelligence extérieure, j'admet- 
trais volontiers, au moins provisoirement, cette hypothèse qu'il y 
a dans notre intelligence des facultés de connaissance qui ne sont pas 
déterminées encore, qui ne sont ni banales, ni quotidiennes, mais irré- 
gulières dans leurs manifestations encore mystérieuses. 

Or cela, c'est de la métapsychique, et il s'agira alors de décider 
entre ces deux hypothèses. 

1° Est-ce une intelligence étrangère qui agit sur la nôtre ? 

2° Est-ce que notre intelligence est dotée de facultés de connais- 
sance nouvelles? 

Pour conclure en faveur de l'une ou l'autre supposition, il ne 
faudra pas se contenter des seuls phénomènes de métapsychique 
subjective. Il conviendra de voir, comme nous le ferons plus tard, 
si le faisceau des preuves diverses qui tendraient à faire croire à 
une intelligence extra-terrestre est assez fort pour faire prévaloir 
soit l'hypothèse d'une intelligence humaine, dotée de facultés nou- 
velles, soit l'hypothèse d'une intelligence étrangère, s'incorporant, 
s'incarnant dans l'intelligence humaine. 

En tout cas, au point de vue de la méthode, ce qui importe avant 
tout, c'est que jamais on ne perde de vue le précepte de Laplace. 



62 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Avant d'arriver au métapsychique, il faut épuiser toutes les possi- 
bilités du psychique. Or la psychologie nous apprend d'abord qu'il 
y a pantomnésie, c'est-à-dire qu'aucun souvenir ancien n'estefîacé, et 
ensuite qu'il y a, dans l'inconscient, tout comme dans le conscient, 
peut-être même plus que dans le conscient, de longues, et savantes, 
et compliquées élaborations. 

En résumé, pour séparer le psychique et le métapsychique, nous 
adopterons le critérium suivant : Tout ce que peut faire une intelli- 
gence humaine, même très profonde et très subtile, est psychique. Sera 
métapsychique, tout ce qu'une intelligence humaine, même très profonde 
et très subtile, ne peut pas faire. 

Si Hélène Smith parle couramment et correctement le sanscrit, 
sans avoir lu ou entendu un seul mot de sanscrit, c'est métapsy- 
chique, car aucune intelligence n'est en état de reconstituer le sans- 
crit. 

A..., croyant qu'elle est inspirée par son guide, compose des 
vers très élégants rapidement écrits : c'est psychique, car beaucoup 
de personnes — et par conséquent peut-être A... — sont capables 
de composer des vers élégants, avec autant de rapidité. 

Stella me dit le nom d'une vieille domestique qui était il y a 
cinquante ans chez mes parents. C'est métapsychique, car en toute 
certitude jamais elle n'a entendu prononcer ce nom ; et aucune 
intelligence humaine, consciente ou inconsciente, n'est en état de 
dire ce nom, sans qu'on le lui ait appris. 

T... vient de quitter son ami J... qu'il a laissé en bonne santé. Il 
le voit apparaître devant lui, note l'heure, et dit : « C'est à 21 heures 
que J... est mort. » C'est métapsychique, puisque aucune notion 
psychologique normale n'a pu apprendre à T... que J... est mort 
à 21 heures. 

Et alors le travail d'analyse, auquel il faudra apporter une scru- 
puleuse attention, sera d'examiner si les faits invoqués sont expli- 
cables par les lois connues de l'intelligence, ou s'il ne faut pas, 
comme je pense pouvoir le démontrer par des preuves multiples, 
supposer une sensibilité spéciale que j'appellerai cryptesthésie, une 
faculté de connaissance nouvelle, qui. est la lucidité des anciens 
auteurs, la télépathie des auteurs modernes. 



CALCUL DES PROBABILITÉS 63 

§ II. — LE HASARD ET LE CALCUL DES PROBABILITÉS 
DANS LES FAITS MÉTAPSYCHIQUES 

Dans les expériences où s'étudie la lucidité, deux cas peuvent 
se présenter. Tantôt c'est une combinaison, de probabilité P, qui 
apparaît spontanément, tantôt c'est la même combinaison, de 
même probabilité P, qui apparaît sur demande. La valeur testi- 
moniale n'est pas du tout la même dans les deux cas. Faute d'avoir 
établi cette distinction, on commet de graves méprises. 

Je demande à Andrée : « Quel est le nom de la personne qui m'a 
écrit ce matin la lettre que fat dans mon portefeuille? » Elle me 
répond : « C'est un nom de fleur : Marguerite ». Or ce nom n'est pas 
Marguerite, mais Hélène. Soudain, je me souviens que j'ai ce matin 
même reçu une lettre qui avait pour toute signature, en très grands 
caractères, Marguerite, lettre que j'avais laissée chez moi, et à 
laquelle je ne pensais nullement en interrogeant Andrée. Comment 
calculer la probabilité? 

Si, ayant dans mon portefeuille la lettre de Marguerite, j'avais 
demandé : « Quel est le nom de la personne qui m'a écrit la lettre que 
j'ai dans mon portefeuille'? » et qu'il m'eût été répondu : Marguerite, 
l'expérience eût été irréprochable, et le calcul des probabilités 
aurait pu pleinement s'exercer. Il m'eût suffi alors de savoir qu'il 
y a environ cinquante prénoms très usuels. La probabilité d'une 
bonne réponse eût donc été de 1/50°. C'est à peu près la probabilité 
de désigner par avance dans un jeu de cartes quelle sera la carte 
qu'on va tirer. 

Mais, si je n'ai pas voulu obtenir ce nom de Marguerite, tout 
change. 

D'abord, il y avait deux prénoms possibles : Hélène et Margue- 
rite. La probabilité est donc au moins 2/50 e . 

Or il faut aller beaucoup plus loin ; car, si un autre prénom 
avait été donné, Louise, ou Madeleine, ou Alice, est-ce que je n'au- 
rais pas pu prétendre qu'hier j'ai reçu une lettre de Louise, avant- 
hier une de Madeleine, et une d'ALicE, il y a trois jours? C'est donc 
à peine si j'ai le droit de dire qu'il y a eu un succès avec une pro- 
babilité de 2/50 e . Une réponse, quand elle n'est pas une réponse directe 
à la question posée, a une valeur probative toujours faible. 



64 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

C'est un peu comme si, dans un examen, je demande à un élève : 
quel est le gaz qui se combine à l'hydrogène pour faire de l'eau ? 
et qu'il me réponde : le chlore se combine au sodium pour faire du 
chlorure de sodium. 

Quoiqu'il soit parfaitement exact que le chlore se combine au 
sodium, je n'aurai pas été satisfait de cette réponse. 

Le calcul des probabilités ne s'exerce que si l'on s'est mis dans 
des conditions d'extrême rigueur, car le moindre défaut dans l'ex- 
périmentation va modifier énormément le chiffre obtenu. D'autre 
part, si l'expérimentation est irréprochable, absolument irrépro- 
chable (ce qui est d'ailleurs assez rare), le calcul des probabilités 
pourra lui être appliqué rigoureusement. 

Supposons donc l'expérience irréprochable, et voyons quel chiffre 
nous permettra de dire qu'il ne s'agit plus du hasard. 

En pratique les savants n'admettent pas le hasard dans leurs 
dosages. Voici un chimiste qui veut connaître le poids atomique 
de l'argent, et qui trouve 108,42. Il ne lui viendra jamais à la pensée 
que c'est le hasard qui lui a donné ce nombre. Tout de même, il 
refera l'expérience, et, si dans l'expérience consécutive il trouve 
108,34, il ne va pas non plus croire au hasard; mais, prenant la 
moyenne de ces deux nombres, il adoptera 108,38 comme poids ato- 
mique de l'argent. 

On ne voit pas bien d'abord pourquoi on refuserait à la métapsy- 
chique le droit de conclure de deux expériences, puisqu'on ne le 
refuse ni à l'astronomie, ni à la chimie, ni à la physiologie. Et 
pourtant, après réflexion, on comprend pourquoi, en métapsychique, 
cette possibilité du hasard se pose; car l'expérience ne va pas, 
comme en chimie ou en physiologie, se répéter avec des résultats 
analogues qui permettront de prendre la moyenne. 

Si, après avoir trouvé le premier jour 108,42 pour le poids 
atomique de l'argent, le chimiste trouvait le lendemain 22,87, il 
serait forcé de conclure que son premier résultat est dû au hasard. 
De fait il trouvera le lendemain un nombre très voisin du nombre 
trouvé le premier jour, et le surlendemain aussi, de sorte que 
les trois résultats 108,42; 108,34; 108,35 ne peuvent être attribués 
au hasard. Au contraire, ils se corroborent l'un par l'autre. 

Après que Andrée m'a dit Marguerite, je lui demande le lende- 



- CALCUL DES PROBABILITÉS 65 

main un autre prénom. Réponse erronée. Le surlendemain je 
demande un autre prénom. Réponse erronée encore-. Alors je suis 
vraiment forcé de tenir compte de ces mauvaises réponses, et à la 
rigueur, je puis supposer que le résultat heureux Marguerite est dû 
au hasard, tandis que pour la détermination du poids atomique 
de l'argent, tous les résultats étant très voisins, il ne peut être 
question de hasard. 

Terrible vice des expériences métapsychiques. Elles ne peuvent 
presque jamais avec certitude se renouveler. On n'est jamais sûr 
que demain on obtiendra les mêmes bons résultats qu'on a eus 
aujourd'hui. Avec tel médium on a eu toute une série de beaux 
succès de lucidité ; mais, quelques jours après, avec le même 
médium, devant une sévère commission, si l'on veut répéter une seule 
de ces expériences, on échoue piteusement. 

Ce n'est pas à dire qu'il faut désespérer, et encore moins renoncer 
au calcul des probabilités. Loin de là. Ne craignons jamais de 
recommencer les expériences. N'imitons pas Don Quichotte, qui, 
après avoir construit un casque, voulut savoir si l'objet était 
robuste : il lui asséna un bon coup d'épée qui le brisa. Alors il 
fabriqua un autre armet; mais, pour ne pas risquer de le briser 
encore, il ne voulut pas l'essayer à nouveau et se contenta de celui 
qu'il venait de bâtir sans éprouver s'il était bien solide. 

Après qu'une expérience a été faite et a réussi, ne redoutons pas de 
l'infirmer ou de la confirmer par une répétition. Au contraire cher- 
chons si elle est solide, cette expérience, et si elle va résister à une 
nouvelle épreuve. 

Plus les constatations se multiplient, plus elles acquièrent de va- 
leur. Afin de prendre l'exemple des prénoms, nous avons vu que 
pour Marguerite la probabilité est de 1/50, mais qu'en fait dans ce cas 
elle était de 2/S0 e . Admettons même, pour les raisons données plus 
haut, que la probabilité soit de 5/50 e (ou de 1/1 e ). Nous voici avec 
une probabilité qui n'est pas très petite, et qui interdira, après une 
seule expérience, toute conclusion ferme. Mais si pendant dix jours 
je répète cette expérience et si j'obtiens constamment un succès 

/ l \ ,0 
à probabilité de 1/1 e , ce sera une probabilité de \Jq-) , c'est-à- 
dire l'absolue certitude (morale). 

Ricket. — Métapsychique. 5 



66 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Or jamais ou n'obtient une série prolongée, non interrompue, 
de succès. Mais cela n'interdit nullemeut l'application du calcul 
des probabilités. En effet, on peut par le calcul introduire, parmi 
les expériences qui n'ont pas réussi, les expériences qui n'ont pas 
réussi (probabilité composée]. 

La formule classique est : 

S! 



a! [i! 



a* fis 



Cette formule indique une série d'expériences de nombre S dans 
laquelle il y a eu alternativement des succès en nombre a avec une 
probabilité p et des échecs en nombre p avec une probabilité q. 
Naturellement a -j- (S == S. 

Le signe ! indique la multiplication successive 1 X 2 X 3, etc., 
jusqu'au chiffre S, comme daus les arrangements. 

Telle est la probabilité totale, composée. 

Soit une urue contenant six boules, cinq noires et une blauche. 
Je fais douze tirages en remettant daus l'urne après chaque tirage 
la boule tirée. 

p pour la boule blanche, est -y , 

q pour la boule noire est -%- ■ 

Je suppose que l'expérience me donne sur douze tirages 5 fois 
une boule blanche et 7 fois uue boule noire (a = 5 et {S = 7). La 
probabilité de 5 boules blanches sur 12 épreuves sera : 

1 X 2 X 3 X 4 X 5 X fi X 7 X 8 X 9 X 10 X 11 X 12 e i _ B 

X 5 F X 7 



(1x2x3x4x5) (1x2x3x4x5x6x7) 



6 ^ ' 6 



ce qui conduit à peu près à la fraction de l/40 e . 

Le calcul des probabilités est très intéressant à manier et sa 
fécondité est grande, mais il ne faut en user qu'avec une pru- 
dence extrême. Car la plus petite erreur expérimentale annihile tous 
les calculs. 

D'ailleurs, sans aucune arithmétique, tout de suite le simple bon 
sens permet de conclure. Si le mot de Kerveguen m'est donué en 
épelant les lettres de l'alphabet, alors qu'il s'agit réellement du 
mot Kerveguen, il est inutile de chiffrer la probabilité (car celle-ci 



CALCUL DES PROBABILITÉS 67 



est prodigieusement faible, (-ôt) ' P our affirmer que le hasard ne 

peut être pour rien dans la bonne réponse. Il y a donc certitude 
morale qu'il y a cryptesthésie. 
On n'objectera pas qu'il n'y a pas de certitude mathématique, 

/ 1 \ 100 

puisque, même avec (i^) , la certitude mathématique ne serait 
pas obteuue. De fait, avec h^l ou I— J la certitude morale 

est la même. Elle serait presque la même encore avec (-kt) '■> car 

ou n'a jamais, quand on fait une seule expérience, un succès quand 

i 

la probabilité de ce succès est aussi faible que . , . 

Il est beaucoup plus important d'avoir exercé une rigueur irré- 
prochable dans l'expérimentation. 

Pour montrer à quel point le calcul des probabilités estfallacieux, 
si l'expérience n'est pas parfaite, je citerai le cas des demoiselles 
Creery qui avaient, dans une longue série d'expériences de trans- 
mission mentale, présenté des résultats merveilleux, dont la proba- 
bilité n'était que de : 

1 

100.000.000.000.000 

Qu'il y ait quelques zéros de plus on de moins, ce n'est pas bien 
intéressant. Ce qui importait, c'est que l'expérience fût sans défaut. 
Or les demoiselles Creery ont fini par reconnaître qu'il y avait 
quelquefois supercheries dans leurs réponses, de sorte que leurs 
magnifiques séries ne prouvent absolument rien. 

Sans qu'il y ait supercherie manifeste, éclatante, il peut y avoir 
quelque erreur expérimentale, aussi faible qu'on voudra, mais suf- 
fisante cependant pour fausser tous les calculs. L'erreur est d'au- 
tant plus dangereuse qu'elle est parfois due à de minuscules 
influences. Dans un jeu de cartes, par exemple, l'attention incons- 
ciente du sujet, laquelle est toujours en éveil, pourra fort bien 
découvrir certains points de repère, inaperçus pour la plupart des 
personnes, ce qui lui permettra aussitôt de reconnaître telle ou 
telle carte. Et puis qui sait, quand nous avons vu une carte et que 
nous la donnons à deviner, si, par certaines expressions de notre 



68 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

physionomie, malgré nous, nous ne donnons pas à un médium 
perspicace de vagues indications dont consciemment ou incons- 
ciemment il va profiter. 

Au jeu de la roulette toutes les cases sont rigoureusement égales. 
Pourtant, s'il en est une qui soit un peu plus large, d'un dixième 
de millimètre, peut-être, cette imperceptible différence suffit pour 
que le calcul des probabilités ne s'applique plus. Sur 360 tirages, 
par exemple, le n° 23 (un peu plus large), sortira 20 fois, alors 
qu'il n'eût dû sortir que 16 fois. 

On n'a le droit d'appliquer le calcul des probabilités que quand l'ex- 
périence est absolument sans défaut. 

Il y a une autre raison pour laquelle il faut se méfier du calcul 
des probabilités, c'est que certains faits ne s'y prêtent pas, et que 
le calcul devient impossible. Mad. Green aperçoit deux jeunes 
filles qui se noyent, et dont les chapeaux flottent à la surface. Au 
même moment en Australie deux jeunes filles, dont une nièce aus- 
tralienne que Mad. Green n'avait jamais vue, se noyaient, et 
leurs chapeaux sont vus quelques heures après flottant à la surface 
de l'eau. Par quel artifice de calcul arrivera-t-on à transformer en 
chiffres cette improbabilité énorme? 

Quand Stella, à qui est demandé le prénom du fils de G... médit : 
jEAN,laprobabilitéestrelativementfacileàcalculer. Etcependant?... 
Vais-je prendre tous les noms masculins possibles? (Il y en a près 
de 200), ou les noms assez répandus? (Il y en a 100), ou les noms très 
répandus? (Il y en a 30). Alors le calcul me donnera, suivant ma 

1 l 1 

fantaisie, et très arbitrairement, ^j- ou -^ ou -^j- - En outre, je 

suppose qu'il n'y a pas eu le moindre geste de G..., indiquant à 
Stella, quand j'ai épelé la lettre J, qu'il faut s'arrêter au J. 

En somme servons-nous du calcul des probabilités ; c'est un 
instrument précieux. Mais manions-le avec réserve ; car il expose 
à de téméraires affirmations. 

D'ailleurs le calcul des probabilités — et cela ne laisse pas que de 
demeurer assez étrange — est impuissant à amener une conviction 
définitive. Par une sorte d'instinct, à demi légitime, on se refuse 
à en admettre les couséquences qui ne paraissent pas évidentes à 
première vue. 



ERREURS d'oRSERVATION 69 

§ 3. — DES ERREURS D'OBSERVATION 

Le calcul des probabilités est d'une application très facile, et il 
n'y a pas d'écolier qui ne soit capable de résoudre les petits pro- 
blèmes d'arithmétique élémentaire qu'il suppose, au moins en méta- 
psychique. Mais, autant les calculs mêmes sont simples, autant les 
précautions à prendre pour une irréprochable observation sont mul- 
tiples, délicates, exigeant une attention soutenue, toujours eu éveil. 

Je vais essayer de donner quelques préceptes à cet effet : car on 
ne saurait exagérer l'importance d'une rigueur expérimentale 
eutière. Eviter les illusions, c'est probablement le chapitre fonda- 
mental de la métapsychique subjective. 

1° Erreurs de mémoire. — Tout d'abord, il faut se méfier de sa 
mémoire, autant que de la mémoire des autres. En réalité, pour la 
métapsychique subjective tout au moins, il n'y a pas beaucoup de 
menteurs, de trompeurs, de tricheurs ; mais le nombre de ceux 
qui racontent mal une histoire et l'arrangent involontairement, 
modifiant et altérant les phrases, les réponses, les détails, les 
dates, les heures, les mots prononcés, ce nombre là est énorme. 
Nous sommes tous sujets à caution. En pareille matière je ne me 
fie à personne, même pas à moi. Quand on est séduit par l'hypo- 
thèse de la lucidité, malgré soi on expose avec complaisance tel 
ou tel fait, en passant légèrement sur les détails contradictoires, 
en omettant les détails gênants, en insistant démesurément sur les 
détails favorables. Un petit mot passé sous silence; un autre petit 
mot ajouté; et voilà de profonds changements à la conclusion 
qu'on va pouvoir extraire. 

A force de raconter autour de soi une histoire, on la transforme, 
on l'amplifie, on la dénature (en toute bonne foi d'ailleurs) et on 
arrive à des résultats mirifiques, mais fallacieux. 

Il ne faut avoir d'absolue confiance qu'au récit écrit immédiatement 
après l'événement. C'est ce récit seul qui compte. Quand à diverses 
reprises on a conté une histoire, si l'on vient quelque jour à se 
reporter au récit anciennement écrit, souvent on peut constater qu'il 
s'était opéré dans la mémoire des transformations successives, qui, 
s'ajoutant les unes aux autres, finissaient par rendre l'histoire 
contée assez différente de l'histoire écrite. Disons-nous constam- 



70 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

ment que la mémoire est très infidèle. Il n'y a pas un seul obser- 
vateur qui puisse se dispenser d'écrire, immédiatement après une 
expérience, les détails de toute cette expérience. 

Et on ne donne jamais assez de détails. Les plus minimes circons- 
tances sont importantes à préciser. Il ne faut pas de sobriété dans 
les notes qu'on prend. C'est tout le contraire d'un ouvrage qu'on 
livreà la publicité. Il faut être prolixe, long, etfatigant. La profusion 
des détails n'est jamais un défaut dans les récits qu'on écrit pour ses 
notes personnelles. En réalité on pèche toujours par excès de con- 
cision. Tout est à noter. Et même il est utile, quand plusieurs per- 
sonnes ont assisté à une expérience, que chacune d'elles écrive le 
récit de ce qui s'est passé. Dans les expériences que je fis sur Eusapia 
avec Oghorowicz, j'avais pris le parti, afin que tous les détails fussent 
donnés sans altération, de dicter, pendant l'expérience même, à un 
secrétaire placé dans un coin de la pièce, toutes les circonstances 
accompagnant chaque phénomène, et il est regrettable qu'on ne 
puisse toujours agir ainsi. 

Aussi les récits faits après coup, et qui se rapportent à des expé- 
riences anciennes, lesquelles n'avaient pas été consignées par écrit, 
ne peuvent-ils jamais avoir qu'une valeur médiocre. 

Ce qui est précieux, c'est la conclusion qu'en a tirée l'expérimen- 
tateur au moment même de l'expérience, surtout si cet expérimen- 
tateur sait bien observer. L'opinion qui s'est emparée de lui pen- 
dant l'expérience même, alors que toutes les circonstances se 
présentaient intensivement à son esprit, fera foi beaucoup plus 
qu'une histoire racontée dix ou vingt ans après. 

En effet, presque toujours, quand nous faisons une expérience, 
et quand elle se continue, nous opérons, pendant qu'elle se pour- 
suit, une synthèse rapide de toutes les conditions ambiantes, de 
manière à nous former une conviction personnelle, plutôt intui- 
tive que raisonnée, mais très importante cependant. Maints détails 
peuvent s'échapper de notre mémoire, mais il reste le souvenir de notre 
conviction. 

Pour ma part, j'ajoute grand poids à cette conviction du moment 
(conviction, appréciation qu'il sera bon de fixer par écrit dans nos 
notes tout de suite après l'expérience), car nous serons plus tard, 
et généralement, à tort, par suite des déficiences du souvenir, 



ERREURS D OBSERVATION 71 

amenés à modifier notre première impression dans le sens soit du 
scepticisme, soit de la crédulité, ce qui sera également regrettable. 
Concluons qu'une grande part des erreurs d'observation est due 
à l'insuffisance des documents immédiatement écrits et à l'imper- 
fection des souvenirs. 

2" Dans le cours de l'expérience même, il faut que l'attention porte 
sur toutes les circonstances, même celles qui paraissent les plus 
indifférentes. S'il s'agit de métapsychique subjective, chacune de 
nos paroles doit être réfléchie, chacun de nos gestes doit être mesuré. 
Les moindres jeux de physionomie, un soupir ou un sourire, une 
interjection banale, un léger mouvement de main, un signe, si imper- 
ceptible qu'il soit, de satisfaction, ou d'impatience, ou de méconten- 
tement, ou de surprise, tout est capable de mettre le médium sur 
la voie, et il ne faut pas lui accorder le plus faible indice. 

Tout cela est fort difficile. Pour arriver à l'absolue impassibilité, 
une longue étude est nécessaire. Même je m'imagine que, si les 
expériences de télépathie semblent réussir beaucoup plus souvent 
que les expériences de lucidité simple, c'est surtout parce que, pour 
la télépathie, comme on connaît la réponse à obtenir, on aide invo- 
lontairement cette réponse, tandis que, s'il s'agit de lucidité simple, 
nul secours au médium ne peut être apporté. On ne corrige pas ses 
erreurs, ses bafouillages. Hélas! en général, dès que nous savons le 
mot qui doit être donné, dès que nous attendons, pleins d'espérance, 
une réponse, nous sommes assez peu maîtres de nous, et assez mala- 
droits pour laisser voir, quand la réponse a commencé, qu'elle 
commence bien ou qu'elle commence mal. 

Avec les expériences de table surtout, les précautions doivent être 
extrêmes. Certes les mouvements de la table sont en général dûs 
au médium seul, mais les assistants, s'ils ont les mains sur la 
table, peuvent, eux aussi, exercer mécaniquement quelque action 
sur ses élévations ou ses soubresauts. La plus légère pression suffit 
pour déceler la pensée de ceux qui appuient leur main à la table. 
Or il faut toujours se répéter que les médiums, avec ou sans con- 
science, gardent constamment leur attention très éveillée -, ils 
épient tout ce qui pourrait être l'indice révélateur du mot, de la 
phrase, ou de l'idée qu'ils cherchent. Rien ne leur échappe; les 



72 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

plus faibles pressions exercées sur la table deviennent des signes 
qu'ils savent habilement interpréter. Cette perspicacité des 
médiums n'est nullement de la fraude ; car leurs interprétations, 
déductions, observations, conclusions, évoluent dans le domaine 
de l'inconscient. Elles n'en faussent pas moins les résultats, tout 
autant que s'il y avait de répétées tentatives de fraude. 

Alors il n'est pas permis, quand on veut faire une expérience 
sérieuse de lucidité, de laisser toucher l'objet mobile qui doit 
donner les réponses, par un individu connaissant la réponse qu'il 
s'agit de donner. J'ai été souvent surpris de la stupéfiante crédu- 
lité de certaines personnes qui s'étonnaient naïvement des miri- 
fiques réponses que leur donnait la table. Hé oui ! sans doute ces 
réponses étaient exactes, mais nullement étonnantes, puisque c'est 
l'interrogateur lui-même qui les donnait. Beaucoup d'expériences 
de métapsychique subjective sont dans ce cas, car on ne se préoc- 
cupe jamais assez de soustraire à la vigilance du médium la phy- 
sionomie, les gestes, les paroles de la personne qui connaît la 
réponse qu'il faut fournir. 

Il faut en somme un tact exquis pour ne pas se laisser séduire 
par les apparences. Une bonne expérience de métapsychique sub- 
jective est d'une extrême difficulté. On ne pourra l'obtenir qu'en se 
méfiant de tout et de tous, et surtout de soi-même. Notre désir 
extrême de voir l'expérience réussir ne doit pas nous pousser à 
nous tromper nous-même. 

3° Autant la fraude est commune en métapsychique objective, 
autant elle est rare en métapsychique subjective ; car je suppose, 
bien entendu, qu'on ne consentira jamais à expérimenter avec des 
individus manifestement fourbes. La bonne foi des assistants et du 
médium est le plus souvent complète. 

Mais cette hypothèse de la bonne foi des opérateurs ne doit en 
rien diminuer la sévérité des précautions à prendre. On doit cons- 
tamment agir comme si les médiums étaient de déterminés frau- 
deurs. Et en effet, si la bonne foi conscienle est la règle, la mauvaise foi 
inconsciente est la règle aussi. Tout médium fait, par un travail in- 
conscient qui ne se lasse pas, des efforts désespérés pour trouver 
une réponse favorable, et il emploie tous les moyens possibles pour 
la trouver. 



ERREURS D'ORSERVATION 73 

Je demande le nom du frère de Marguerite, par exemple. Or il 
se peut, que jadis, à un moment donné, le médium ait entendu dire 
que Marguerite avait un frère qui fut un de mes amis. Alors son 
cerveau travaillera pour savoir parmi mes amis, dont elle connaît 
peut-être les prénoms (?), Henri, Louis, Charles, Gustave, Paul, 
Gaston, Lucien, Robert, s'il se trouve celui qui est le frère de Mar- 
guerite. De par certains détails que son inconscience a retenus, elle 
sait que Louis, Henri et Charles n'avaient pas de sœur. Restent 
donc cinq noms seulement, et alors, si, pendant l'interrogation de 
la table, on laisse sans mot ni geste passer les lettres de l'alphabet 
jusqu'à R, il ne restera que le nom Robert : alors elle dira Robert. 
Si je ne suis pas exigeant, je trouverai la réponse très satisfaisante. 

Ainsi, pour que la lucidité soit établie, il faut impossibilité 
absolue — je dis absolue — d'une perspicacité quelconque mettant 
le sujet sur la voie de ce qui est à dire. 

C'est à ce prix seulement que des observations concluantes pour- 
ront être prises. Quand il s'agira de métapsychique objective, les 
dispositifs à prendre contre la mauvaise foi des médiums seront 
tout autres, aussi sévères évidemment, mais d'une nature diffé- 
rente. 



CHAPITRE II 

DE LA CRYPTESTHÉSIE (OU LUCIDITÉ) EN GÉNÉRAL 

§ i. — DÉFINITION ET CLASSIFICATION 

Presque toute la métapsychique subjective peut se ramener à un 
seul phénomène, celui que les magnétiseurs, il y a un siècle, ont 
appelé lucidité ou clairvoyance (Hellseheri) ; qu'on appelle mainte- 
nant (avec quelques nuances dans le sens) la télépathie, et que je 
proposerai d'appeler la cryptesthésie. Myers avait dit télesthésie. 

Cryptesthésie, d'après son étymologie grecque, indique qu'il y a 
une sensibilité cachée, une perception des choses, inconnue quant à 
son mécanisme, et dont nous ne pouvons savoir que les effets. 

Nous essayerons donc de prouver qu'il y a dans notre intelligence 
une faculté spéciale, mystérieuse encore, qui lui permet de savoir 
certains faits, passés, présents ou futurs, que les sens n'ont pu lui 
révéler. Pour que Stella puisse me dire le nom d'une vieille ser- 
vante, Mélanie, nom qui n'a jamais pu frapper ses yeux ou ses 
oreilles, il faut, si ce n'est pas le hasard, qu'une vibration quel- 
conque ait touché son intelligence et lui ait révélé le nom de Mélanie. 
Par conséquent, il y a dans l'intelligence de Stella une sensibilité 
mystérieuse, cryptique (cryptesthésie), qui lui fait connaître ce que 
jamais ses seus normaux n'auraient pu lui apprendre. Par quels 
indices ? Par quelles voies? Nous l'iguorons. Nous chercherons — 
sans y réussir d'ailleurs — à le savoir. En tout cas, le fait est là, 
indiscutable. Il y a uue cryptesthésie. 

C'est à démontrer l'existence de cette sensibilité, nouvelle faculté 
de l'être humain, que sera consacrée une grande partie de ce livre. 

Mais avant d'aborder les chapitres, très divers, qui constituent 
l'histoire de la cryptesthésie, il faut examiner d'abord deux points 
essentiels : 



CRYPTESTHESIE EN GENERAL 75 

1° Les rapports de la cryptesthésie avec la lucidité et la télé- 
pathie; 

2° Les phénomènes psychiques qui prennent l'apparence de phé- 
nomènes métapsychiques, et qui, à un examen superficiel et impar- 
fait, pourraient passer pour relever de la cryptesthésie. 

§ 2. — RAPPORTS DE LA CRYPTESTHÉSIE 
AVEC LA LUCIDITÉ ET LA TÉLÉPATHIE 

Le mot lucidité est dû aux anciens magnétiseurs (Mesmer, Puy- 
ségur, Du Potet), qui constataient chez leurs sujets le pouvoir de 
voir des objets enfermés dans des boîtes opaques, de lire dans 
des livres fermés, de faire des voyages dans des endroits à eux 
inconnus, et de les décrire exactement, de deviner la pensée du 
magnétiseur et des assistants. 

Plus tard, Fr. Myers a imaginé l'excellent mot de télépathie, qui a 
eu une heureuse fortune, et qui signifie qu'à distauce une pensée 
humaine, sans le secours d'aucune vibration extérieure apparente, 
peut agir sur une autre pensée humaine. 

Mais supposer les vibrations synergiques de deux cerveaux 
humains, c'est une hypothèse. Il convient donc d'examiner cette 
hypothèse avec quelque détail ; car il y a, parmi les personnes s'oc- 
cupant de métapsychique, maintes idées sur la télépathie que je 
crois erronées et que je tiens à discuter. 

Volontiers on s'imagine que tout est dit lorsqu'on a dit télé- 
pathie. C'est la puissance magique des mots qui introduit cette 
erreur que la télépathie est un phénomène simple. 

Pour reprendre l'exemple cité plus haut, quand Andrée me dit : 
« Vous avez reçu une lettre signée par une femme qui a un nom de fleur. . . 
Marguerite », on dit aussitôt : il n'est pas surprenant qu'ÂNDRÉE 
vous ait dit « Marguerite » ; ce nom était dans votre pensée. Andrée 
a lu dans votre pensée, et a dit Marguerite, parce que vous pensiez 
à Marguerite. 

Et alors deux hypothèses se présentent (eu laissant de côté pour 
le moment l'hypothèse du hasard et celle d'une observation défec- 
tueuse). Andrée a dit Marguerite, ou bien parce que le nom de Mar- 
guerite était dans ma pensée, ou bien parce que, grâce à une luci- 



76 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

dite spéciale, elle a lu, dans ma chambre, à deux kilomètres de là, 
le nom de Marguerite sur la lettre qui m'a été écrite. 

Or la difficulté est la même au point de vue de la science actuelle. 
Il est tout aussi impossible de comprendre comment le nom de 
Marguerite peut être connu, soit parce que je l'ai lu ce matin, et que 
ce souvenir inconscient persiste dans mon cerveau, soit parce qu'il 
est écrit textuellement au bas d'une lettre qui m'a été envoyée. 

Que j'aie lu cette lettre ou que je ne l'aie pas lue, le problème 
est également mystérieux. Ni plus ni moins. Quoique l'étoile 
polaire soit plus éloignée de la terre que Sirius, à quelques tril- 
lions de milliards de kilomètres au delà de Sirius, l'impossibilité 
d'y parvenir est la même. Lire dans ma pensée est aussi diffi- 
cile que de lire une lettre qui est sur mon bureau, décachetée ou 
non, à deux kilomètres ou deux mille kilomètres de distance. 

Même il me paraît presque moins difficile d'admettre la lecture 
d'une signature à distance que la lecture d'un mot dans mon cer- 
veau ; car enfin, puisque nous sommes dans le domaine de l'inex- 
pliqué, on comprend un peu moins mal qu'une vue perçante puisse 
franchir les kilomètres, traverser des murs et des papiers épais, 
que de pénétrer le sens verbal que peuvent signifier par leurs moda- 
lités les vibrations des cellules cérébrales enfermées dans mon 
crâne. Hypothèse pour hypothèse, j'aime mieux supposer une vision 
rétinienne, prodigieuse, des choses écrites, que la lecture dans 
mon cerveau, où rien n'est écrit, et où s'agitent tant d'images, tant 
de souvenirs, tant de combinaisonspossibles qui se font et se défont 
avec une complexité inouïe, combinaisons qui sont des modifica- 
tions ultra-microscopiques du protoplasme cellulaire et n'ont 
aucune relation (que dans ma conscience) avec la sonorité verbale 
« Marguerite » ou le signe phonétique « Marguerite ». 

On croit avoir tout expliqué quand on a dit : télépathie. Mais on 
n'a rien expliqué du tout. La vibration cérébrale, consciente ou non, 
reste un mystère profond, beaucoup plus mystérieux qu'une signa- 
ture. Une signature, c'est quelque chose de positif, de réel, de tan- 
gible. Elle serait visible, cette signature, si la rétine possédait une 
acuité suffisante. Au contraire la lecture de la pensée ne peut être 
expliquée par aucune acuité d'aucun de nos sens, si intense qu'on 
la suppose. 



CRYPTE STHESIE EN GENERAL 77 

Il y a beaucoup de raisons — et qui ne sont pas très bonnes — 
pour lesquelles l'hypothèse de la télépathie est par le public non 
scientifique, ou même scientifique, accueillie avec tant de faveur, 
et considérée comme si simple, qu'elle semble dispenser d'aller 
plus loin. 

1° La première, c'est qu'elle s'accorde admirablement avec l'insuf- 
fisance de l'expérimentation. Il est clair que, si je ne connais pas 
le mot de Marguerite inscrit dans une lettre non décachetée par 
moi, je ne pourrai en aucune manière aider Andrée à dire ce mot. 
Mais, si je ne m'observe pas avec grande attention, si Andrée hésite, 
cherche, bafouille, je lui fournirai très naïvement des indications 
qu'elle n'aura garde de négliger. Je rectifierai ses erreurs ; je serai 
son complice involontaire. Ce ne sera pas l'inertie absolue, impla- 
cable, que je suis forcé de garder si je ne sais pas que le mot à 
trouver est Marguerite. Ayant fait quantité d'expériences, je sais 
trop bien à quel point il est difficile de ne donner aucun signe 
d'encouragement ou de désapprobation, quand on connaît le mot 
qu'il s'agit pour le médium de deviner. 

2° La seconde raison, non moins mauvaise, c'est que, dans des 
représentations théâtrales, souvent est présenté au public un sujet 
qui possède la soi-disant lecture de la pensée. L'habileté de ces 
exhibitionsest parfoisextraordinaire. UnejeunefemmeA...,dontles 
yeux sont bandés, est assise sur un fauteuil, face au public. Debout, 
à côté d'elle, B... ? son magnétiseur, prie une des personnes de l'as- 
semblée de venir prèsde A... Et certes, ce troisième personnage G- . 
n'est rien moins qu'un complice. Alors C... montre, sans rien dire, 
sa carte de visite à B... B... la regarde, et presque aussitôt A... 
épelle cette carte, avec quelque hésitation souvent, mais parfois 
très couramment, sans faute, sans retard, sans hésitation, très vite, 
même quand il s'agit de mots difficiles. 

L'expérience est amusante. Pourtant elle ne prouve rien, sinon 
la prestigieuse adresse des opérateurs. Il est en effet certain qu'il 
y a un code de signaux qui permet à A... de comprendre, ayant les 
yeux plus ou moins complètement bandés, ce que B.. . lui transmet, 
par des signes quelconques, des paroles, une attitude, des mouve- 
ments du pied droit, ou gauche, de la main droite, ou gauche, du 
torse, de la tête, tous très légers signes que le public ne sait pas 



78 MÉTAPSYCHIOUE SUBJECTIVE 

remarquer, et qui, grâce à la mémoire excellente de A... lui font 
dire les chiffres ou les mots que B... lui a transmis par des signaux 
secrets, et par un alphabet moteur conventionnel. Ce n'est pas plus 
la lecture de pensée chez A... que n'est la compréhension d'un 
télégramme Morse chez les employés du télégraphe, quand ils 
entendent les sons intermittents émis par l'appareil, au moment où 
un télégramme est transmis, et qu'ils saisissent le sens de ce télé- 
gramme. 

Mais le plus souvent ces représentations sont si habiles, si 
rapides, que le public, qui ne demande qu'à être trompé, est satis- 
fait, et s'en va disant avec une conviction naïve, irraisonnée : « C'est 
la lecture de pensée ». Or, uue fois qu'ils ont dit lecture de pensée, 
télépathie, suggestion mentale, ils s'imaginent avoir compris, et 
ils ne se rendent pas compte qu'il s'agit là d'un des plus effarants 
mystères de notre existence humaine. 

3° Une autre forme de la pseudo-lecture de pensée est donnée aussi 
dans d'autres représentations théâtrales. Un individu A..., sensible, 
ou soi-disant sensible, en tout cas très intelligent, se fait fort, en 
tenant la main d'une personne quelconque, de deviner sa pensée. 
Il amène sur la scène un individu B... pris au hasard dans la foule. 
Le malheureux B... intimidé à se voir donné ainsi en spectacle, 
hésitant, gauche, prend la main de A..., A... le fait marcher à côté 
de lui, vite ou lentement, et, d'après la démarche de B .., bientôt 
devine, grâce à une certaine perspicacité, où B... veut le conduire. 
Il arrive ainsi tout droit jusqu'à un des points de la salle. (C'est le 
poiut auquel B... avait pensé.) Il s'arrête devant un des assistants, 
et, tenant toujours la main de B... qui continue par ses mouvements 
à le diriger, fouille les poches de l'assistant, retire un mouchoir, 
prend ce mouchoir et va le porter en un autre point quelconque du 
théâtre : tout cela au grand ébahissement de l'assistance, et surtout 
de B... qui a voulu tous ces mouvements, et qui s'imagine que A... 
a lu dans sa pensée. En réalité A... a tout simplement interprété 
habilement les mouvements inconscients, involontaires et naïfs de 
ce pauvre B... lequel ne sait pas qu'il a lui-même avec ses muscles, 
par de légers mouvements, donné des indications extrêmement pré- 
cises. Et le public quitte la salle, de plus en plus convaincu qu'il y 
a télépathie, de sorte que la croyance à la télépathie, phénomène 



CRYPTESTHÉSIE EN GÉNÉRAL 79 

évident et simple, s'impose à la foule. Mais il n'y a là pas plus de 
télépathie que dans la contraction des muscles d'une grenouille 
excités par une pile électrique 1 . 

C'est pour de telles raisons, sans doute, que la télépathie est 
acceptée plus facilement que la lucidité. De fait les deux phéno- 
mènes, nullement contradictoires, sont probablement vrais, et on ne 
doit considérer la télépathie que comme un cas particulier et très 
fréquent de lucidité. 

Remarquons d'ailleurs que presque toujours, sinon toujours, 
quand on demande à un sujet A... de répondre à une question, on 
fait une demande dont on connaît la réponse. Quand on ne la con- 
naît pas, cette réponse, il est tout de même à peu près certain qu'il 
y a une autre intelligence humaine qui la connaît, de sorte qu'on 
pourrait pousser le respect de la télépathie jusqu'à dire : « Si A... 
a lu le mot de Marguerite dans une lettre qui n'a pas été déca- 
chetée par B... A... ne pouvait certainement pas lire dans la pensée 
de B... ce qui n'y existait pas. Mais il y a une personne, C..., c'est- 
à-dire Marguerite elle-même, dont A... a lu la pensée. C'est la pen- 
sée de Marguerite qui a été lue, et non le mot de Marguerite inscrit 
dans la lettre non décachetée. » 

On va même parfois plus loin encore. Puisqu'il y a des faits que 
nul être vivant ne connaît, mais que ces faits ont été connus par 
B.. ., qui est mort, c'est assez encore pour la télépathie. B... mort, 
a connu le nom de Marguerite, et alors c'est encore de la télépa- 
thie, à savoir la pensée de B... mort, qui se transmet à A... 

Ces explications alambiquées prouvent amplement qu'on ne 
connaît absolument rien des voies par lesquelles la connaissance 
cryptesthésique arrive à notre intelligence. 

C'est surtout pour les cas, très fréquemment observés, de moni- 
tions au moment de la mort, qu'il convient de discuter s'il y a soit 
télépathie (transmission d'une pensée humaine), soit simplement 
lucidité (c'est-à-dire connaissance d'un fait extérieur). 

Et je prendrai un exemple presque schématique, quoiqu'il soit 

1. Il y a toute une bibliographie sur cette question des mouvements incons- 
cients. Je ne puis même la résumer ici. C'est le Willing game, appelé quelque- 
fois Gumberlandisme, du nom de Cumberlvnd, qui l'a pratiqué un des premiers. 
Grasset fait intervenir, puur l'expliquer, sa théorie du polygone, lequel est tout 
simplement un ingénieux schéma de l'inconscient. 



80 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

réel. A... voit une nuit dans son sommeil apparaître B... son ami, 
pâle comme un cadavre. A... inscrit le prénom de B... sur son car- 
net, avec les mots : God forbid. Or, en ce moment même, B..., à 
l'autre bout de l'hémisphère, périssait dans un accident de chasse. 

Et alors deux hypothèses — les deux mêmes hypothèses que tout 
à l'heure — se présentent. Ou c'est la notion du phénomène exté- 
rieur qui a été perçue par A... (à savoir que B. ., meurt d'un acci- 
dent) ; ou c'est la pensée de B... mourant qui, traversant l'espace, 
a été impressionner l'esprit de A... 

Je n'ose prendre définitivement parti pour l'une ou l'autre de ces 
hypothèses, car elles me paraissent également mystérieuses, sup- 
posant, dans l'être humain, une faculté de connaissance qui ne 
rentre pas dans l'ordre de ses procédés de connaissance habituels. 
Pourtant j'estime qu'il vaut mieux rester dans le rigide domaine de 
la science, et dire, — ce qui n'explique rien, mais laisse la porte 
ouverte à toutes les explications futures— à certains moments notre 
esprit peut connaître des réalités que nos sens, notre perspicacité et nos 
raisonnements ne nous permettent pas de connaître. Parmi ces réalités, 
il y a évidemment la pensée humaine, mais la pensée humaine 
n'est pas une condition nécessaire. La réalité de la chose suffit, sans 
qu'elle ait passé par un esprit humain. N'allons donc pas plus loin, 
et contentons-nous de dire, en présence de ces faits inhabituels, que 
notre mécanisme mental, plus compliqué encore qu'il ne paraît, 
possède des moyens de savoir qui échappent à l'analyse, et même 
à la conscience. En parlant ainsi, on ne fait pas d'hypothèse. On ne 
suppose pas que la connaissance cryptesthésique est due à la vibra- 
tion d'une pensée humaine : on se coutente d'énoncer un fait. Or il est 
plus scientifique d'énoncer un fait sans commentaires, que de s'em- 
pêtrer dans des théories qui, comme la télépathie, sont absolument 
indémontrées. 

Le mot télépathie implique une hypothèse. Le mot cryptesthésie 
a ce grand avantage qu'il n'en introduit aucune. Si A... voit 
son ami B... mourant, au vrai moment où meurt B..., c'est une 
hypothèse que de dire : la pensée de B... a été frapper A... Mais ce 
n'est pas une hypothèse que de dire :// y a eu chez A... une sensibi- 
lité spéciale qui lui a fait connaître la mort de B... La télépathie n'est 
nullement contradictoire avec la cryptesthésie : c'est une explica- 



CRYPTESTHKS1K EN OÉNÉRAI, 81 

tion, probablement vraie dans plusieurs cas, mais certainement 
insuffisante dans beaucoup d'autres. Or, en un sujet aussi obscur, 
il faut éviter, autant que possible, les hypothèses inutiles. 

A... a une sensibilité spéciale qui lui fait connaître la mort de 
B. . . . Cela, ce n'est pas une hypothèse. La pensée de B. . . se transmet 
à la pensée de A... Cela, c'est une hypothèse, et il n'est pas sûr 
qu'elle soit vraie. 

D'autant plus que jamais, ou presque jamais, il n'existe de 
faits inconnus à toute personne humaine. On pourrait alors tou- 
jours dire : c'est de la télépathie. Il importe assez peu, au moins 
théoriquement, que B..., pour transmettre sa pensée à A..., soit à 
deux mètres ou à deux mille kilomètres. Ainsi, comme il est diffi- 
cile de supposer qu'un fait quelconque soit ignoré de tous les habi- 
tants du globe, on pourrait pour tous les phénomènes de lucidité, 
presque sans exception, supposer une transmission télépathique. 
Mais ce sera terriblement invraisemblable dans certains cas. Quand 
Mad. Green, à Londres, voit sa nièce (qui ne la connaît pas) se 
noyer en Australie, est-il vraiment admissible de supposer que c'est 
la pensée de cette nièce qui a été trouver Mad. Green? N'est-il 
pas plus simple d'admettre — sans aucune hypothèse — que 
Mad. Green a eu une lucidité, une cryptesthésie, une seusibilité spé- 
ciale? 

Aussi bien, dans le cours de ce livre, parlerons-nous souvent de 
la télépathie, mais il faut qu'il soit bien entendu que pour nous 
la télépathie n'est qu'un cas particulier de la lucidité, et qu'elle ne 
s'en sépare pas. Elle est un égal mystère 1 . 

§ 3. — PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES SE RATTACHANT 
A LA PSYCHOLOGIE NORMALE ET N'AYANT QUE L'APPARENCE 

DE LA CRYPTESTHÉSIE 

Nous avons insisté plus haut sur la nécessité de ne pas introduire 
dans la métapsychique des faits qui peuvent s'expliquer par les lois 
de la psychologie normale, classique. 

1. Je reçois à l'instant môme le n° d'avril 1921 des P. S. P. R., où se trouve un 
admirable article de Mad. H. Sidgwick (242-398) : An examinatïon of Book-Tests. 
Elle arrive à une conclusion identique. Je regrette de ne pouvoir analyser cet 
important mémoire. 

Richet. — Métapsychique. 6 



82 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Il est remarquable que, presque toutes les lois qu'on fait une 
expérience, les médiums, même quand ils ont de la littérature 
spirite une teinte très légère (parfois même nulle s'ils débutent 
dans la médiumnité), attribuent à une personnalité différente d'eux- 
mêmes l'origine des pensées transmises par la table, par la plan- 
chette, par l'écriture. Il m'a paru, et aussi à tous ceux qui ont 
expérimenté, qu'il est avantageux, pour réussir les expériences, de 
faire cette supposition qu'une personnalité intervient. Assurément, 
cela n'implique pas une croyance quelconque à la réalité de cette 
personnalité. Ce n'est qu'un procédé d'expérimentation, une mé- 
thode d'investigation, une hypothèse de travail, suivant l'expression 
de Claude Bernard. 

Dans presque toutes les expériences de spiritisme, il y a person- 
nification. J'emprunte le mot à J. Maxwell, qui a dénommé ainsi 
la tendance qu'ont les médiums dans leurs réponses, à attribuer 
les phénomènes et les réponses à une personnalité distincte. Ces 
personnalités sont quelquefois multiples, mais en général il en 
est une qui prend le pas sur les autres, et ne permet pas aux 
autres personnalités de prendre la place. C'est ce qu'en langage 
spirite on appelle un guide. Les remarquables phénomènes (objec- 
tifs) que présentait Eusapia Paladino étaient par elle attribués à 
John King. De même les phénomènes (subjectifs) présentés par 
Mad. Piper étaient par elle attribués à Phinuit. 

Cette personnification s'explique très bien par l'inconscience. 
L'inconscient est comme un étranger habitant en nous, qui a des 
mouvements, des idées, des souvenirs, des volontés, des senti- 
ments, lesquels sont tout à fait en dehors de notre conscience. 
Alors, tout naturellement, cet inconscient se fabrique une person- 
nalité. 

Pour savoir si cette nouvelle personnalité est réelle ou imagi- 
naire, il faut étudier ce qu'on décrit, dans la psychologie clas- 
sique, sous le nom de dédoublements et de changements de per- 
sonnalité. 

Des médecins avaient observé que, dans certains cas, d'ailleurs 
assez rares, une transformation se fait de toute la mentalité d'une 
personne A... A... devient autre, s'attribue un autre nom, le nom de 



CRYPTESTHESIE ET CHANGEMENTS DE PERSONNALITÉ 83 

B... par exemple, et perd ses souvenirs pour en acquérir qui sont 
spéciaux à ce B... imaginaire. Tout se passe alors comme si A... et B... 
étaient deux personnes, avec des goûts, des sentiments, des gestes, 
des attitudes complètement distinctes. Depuis le cas célèbre de 
Azam, on en a donné maints exemples : M. Prince, en Amérique, 
a rapporté quelques faits remarquables. 

Dans l'état hypnotique, les magnétiseurs avaient, d'une manière 
extrêmement vague, signalé qu'ils pouvaient transformer, par des 
affirmations verbales, tel sujet endormi en une personnalité nou- 
velle. Mais ils n'avaient guère, à ce qu'il semble, compris la portée 
de cette expérience, et tout en était contesté. J'ai fait en 1887 
l'étude méthodique de ces changements de personnalité, qui, 
depuis cette époque, ont pris rang parmi les phénomènes classiques 
de l'hypnotisme. 

Voici en quoi consiste ce fait singulier. Je dis à une jeune 
fille, Alice, hypnotisable et hypnotisée... « Vous n'êtes plus Alice; 
vous êtes une vieille femme. » (Peu importe qu'on ait pratiqué ou 
non des passes magnétiques : la suggestion verbale fait tout.) 
Alors aussitôt Alice prend la toux, la démarche, la voix cassée 
d'une vieille femme. Pendant une heure, pendant deux heures, 
pendant plus longtemps, si la patience des observateurs ne se 
lasse pas, elle se comporte en pensées et en gestes absolument 
comme une vieille femme. Ce n'est, si Ton veut, qu'une comédie, 
mais c'est une comédie qui est involontaire, fatale, déchaînée, 
dans l'intelligence docile d' Alice, par la suggestion et l'hypnotisme. 
Rien n'est plus extraordinaire , et j'oserai dire plus amusant, 
que cette adaptation rapide, exacte, totale, à une personnalité 
nouvelle. 

On n'a pas à objecter la simulation. Certes une simulation est pos- 
sible. Mais il n'y a pas de simulation. Aujourd'hui la question est 
jugée, et nous n'y reviendrons pas. Et puis il importe énormément 
peu de savoir si, au tréfonds de sa conscience, Alice n'a pas con- 
servé quelque vague souvenir qu'elle est Alice. Ce qui est évident, 
incontestable, c'est qu'elle se laisse aller, sans pouvoir s'arrêter, 
à jouer le personnage qu'on lui a imposé. Qu'il reste en elle un 
résidu de sa personnalité antérieure, c'est plus que possible, c'est 
certain ; mais en tout cas l'intelligence tout entière s'adapte 



84 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

momentanément à la personnalité suggérée, et cela avec une 
énergie, une ténacité, une perfection que les plus habiles comédiens 
seraient radicalement impuissants à égaler. 

La conformité à la personnalité nouvelle est telle que l'écriture 
même est changée. 

On peut ainsi imposer à Alice toutes les personnalités possibles ; 
on est obéi immédiatement. Elle devient un général, un petit gar- 
çon, un pâtissier, une grande dame, une femme de la halle. On a la 
comédie qu'on veut. 

L'expérience peut être poussée plus loin encore. Certains sujets 
peuvent prendre des personnalités animales. Je dis à mon excellent 
ami H. Ferrari, hypnotisé par moi., et que j'avais changé en perro- 
quet : Pourquoi as-tu l'air préoccupé? Et il me répond : Est-ce que je 
peux manger le grain qui est dans ma cage? Le mot ma cage est 
typique, car il indique à quel point F... avait transformé sa person- 
nalité en celle d'un perroquet. 

Voici où je veux en venir. C'est qu'il n'y a pas lieu de 
s'étonner ingénument si les messages' spirites semblent provenir 
d'une personnalité réelle. Rien n'est plus simple pour l'esprit 
humain que de créer une personnification. Que la formation de 
cette personne ait été provoquée par une suggestion étrangère, 
ou par un événement extérieur quelconque, ou par une auto- 
suggestion, le phénomène est le même. Il n'a rien de métapsy- 
chique. La formation d'une personne factice appartient à la psy- 
chologie normale. Et alors, toutes fois que des phénomènes incons- 
cients se produisent, ils se groupent autour d'une personnalité 
qu'ils créent. 

J'ai comparé ce phénomène à la cristallisation d'un sel en solu- 
tion saturée. Les cristaux viennent se former autour de tel ou tel 
centre. De même les souvenirs, les émotions, vont se concentrer 
autour de telle ou telle personnalité inventée. 

C'est surtout par l'écriture automatique, ou par les mou- 
vements de la table, ou plus rarement par les coups frappés 
dans la table, que se manifestent ces personnalités spiritoïdes. 
Parfois elles empruntent la voix du médium. La conviction est 
si profonde, la comédie si parfaite, l'inconscience si absolue, 
que les assistants sont gagnés à leur tour et ne peuvent supposer 



CRYl'TESTHÉSIE ET CHANGEMENTS DE PERSONNALITÉ 85 

que toutes ces attributions psychologiques s'adressent à un être 
imaginaire 1 . 

Voici une femme qui prend un crayon, et sans rien vouloir, sans 
rien comprendre, saus rien savoir, avec une rapidité fébrile écrit des 
pages et des pages ; son écriture devient tout à fait différente de 
son écriture normale ; pendant dix minutes, une demi-heure, par- 
fois plus longtemps, elle écrit, elle écrit encore. Les phrases 
se succèdent sans fin. Quand une feuille de papier est couverte 
d'écriture, tout de suite une autre feuille de papier blanche est prise 
pour être en un clin d'œil barbouillée de nouveau. Et cependant 
la personne qui écrit ne sait pas du tout ce qu'elle fait ; elle a pu, 
pendant tout le temps, continuer la conversation, très posément, 
très correctement, avec les gens qui sont autour d'elle. Tout se 
passe comme si sa personnalité disparaissait pour être remplacée 
par une autre qui emprunte sa main pour écrire. 

Et alors c'est en toute bonne foi qu'elle dit : Ce n'est pas moi! 
C'est en toute bonne foi que les assistants disent : Ce n'est pas elle ! 
Et pour peu que cette écriture soit, pendant une série de jours, 
cohérente comme graphisme, comme style, comme idées — et elle 
est en général extrêmement cohérente — pour peu que soit habile 
le pastiche du style de tel ou tel personnage évoqué, chacun dans 
l'assemblée est convaincu, profondément convaincu, que ce person- 
nage (un esprit) est intervenu, qu'il a écrit, qu'il nous a fait con- 
naître ses volontés. 

Mais en vérité on ne peut admettre là une personnalité nou- 
velle, plus que lorsque je dis à Alice : Vous voilà un vieux général, et 
qu'elle parle comme un vieux général. Qu'il reste de la personna- 
lité antérieure, normale, une conscience précise, ou vague, ou 
nulle ; dans aucun cas la réalité d'une personnalité étrangère n'est 
acceptable. 

Et cela est vrai aussi bien pour les médiums que pour les som- 
nambules. Seulement, au lieu d'être, comme chez les somnambules, 
une personnalité qui a été imposée par suggestion, c'est chez les 
médiums une personnalité qui s'est créée de toutes pièces, par 

1. Le plus bel exemple peut-être de ces changements de personnalité est le 
cas d'HéLÈNE Smith, devenant Marie-Antoinette. Tu. Floornov en a fait une 
étude approfondie. 



86 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

auto-suggestion. Mais cela n'importe pas. La personnalité qui arrive 
est factice, arbitraire : elle n'a pas plus de réalité extérieure que les 
créations des poètes : La Esmeralda ou Carmen, Figaro ou Don Juan. 
De cette écriture automatique, je donnerai quelques exemples, 
ne fût-ce que pour établir l'épaisse invraisemblance d'une person- 
nalité qui a prétendu revenir 1 . 

Vous me négligez, vous m'oubliez au milieu des petits soins de votre 

monde. Vous me faites attendre quand j'implore une simple réunion de 

famille. Vous me mettez comme dans une machine pneumatique : je ne 

peux marcher dans l'inconnu, dans le vide. 

Molière. 

Venise, que tant d'auteurs célèbres ont chantée, Venise la florissante, 
aux palais somptueux, que reste-t-il de sa gloire? La gloire de Venise n'est 
plus; les vices de ses arrogants dignitaires l'ont tuée! Sublimes enseigne- 
ments de Jésus, qu'êtes-vous devenus? Tout a disparu. La croix a projeté 
une ombre funeste, parce que des fantômes interceptaient ses rayons. 

PVTHAGORE. 

La vie planétaire sert à mettre en pratique les résolutions prises à l'état 

erratique, c'est-à-dire pendant la vie sidérale. Dans cette dernière, les 

besoins du corps n'étant plus là pour forcer l'esprit d'agir, la vie pourrait 

n'être que contemplative. 

J.-J. Rousseau. 

Quels tristes temps ! Quels tristes jours ! Comme mon âme est voilée ! 
Comment suis-je tombé si bas? Pourquoi ne puis-je oublier? Pourquoi, 
devant mes yeux des rayons, puis tout à coup des ténèbres ? et le vague sen- 
timent d'un passé que je sens cruel et que je ne puis reconstituer ! Oh ! cris 
de terreur, sang qui coule, fumant encore !... 

FoUQUIER-TlNVILLE. 

Et sans doute ces paroles de sang fumant encore ont éveillé dans 
l'esprit du médium le souvenir de M Ue de Sombreuil, car, tout de 
suite après Fouquier-Tinville, M Ile de Sombreuil est arrivée, et elle 
a dit ces choses étonnantes : 

J'aime Fouquier-Tinville. Je l'aimai depuis cet instant où il me sauva la 

1. Mad. Nocgerath, une femme de cœur généreux, morte très âgée, il y a 
quelques années, a tenu, avec différents médiums, pendant près d'un demi siècle, 
un grand nombre de séances, et a consacré sa vie tout entière à propager la doc- 
trine spirite en laquelle sa foi était profonde. Elle a publié dans un livre : La 
Survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie . Echos de l'Au-delà, Paris, 
Flammarion, 181)7, les messages soi-disant communiqués par les esprits des morts : 
Pythagore, Socrate, Boudha, Fénelon, Bossuet, Molière, Abélard, Moïse, Saint- 
Jean, Robespierre, Cuvier, Diderot. Cette énumération seule suffirait à montrer 
le néant de cette foi. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 87 

vie. Je le vis beau, je le vis grand à sa manière. Oui ! je l'aime ! je souffre 
tant lorsqu'on exalte ma vertu, et qu'on l'appelle un monstre, lui que j'aime, 
ah ! l'amour! l'amour! 

M 110 DE SOMBRKUIL, 

Laissons ces divagatioûs : elles prêteraient à rire si elles n'avaient 
pas — ce qui est tout de même assez douloureux — été considérées, 
par des personnes honorables, comme des documents positifs. De 
fait, elles ne sont que des manifestations de l'intelligence incons- 
ciente des médiums, qui est si souveut au dessous de la médiocrité. 

Il y a évidemment des exceptions à la pauvreté physiologique 
des communications spirites. M. Carmelo Samona l , avant demandé 
à un esprit pourquoi il ne lui disait rien de l'Au-delà, a obtenu 
immédiatement, par des coups frappés, cette réponse symbolique, 
vraiment assez belle : Non mangerai pane il cui semé non abbia dormi- 
to prima nello nuda terra, la cui bionda spiga non si sia curvata al 
soffw del, vento, e non sia caduta poi sotti V inexorabile falca del mie- 
titore. 

En quelques minutes, Laure, s'adressant à Pétrarque, lui dit : (par 
l'intermédiaire de Stella, qui à l'état normal n'est pas poète) : 

Si j'étais l'air que tu respires, 
Ami, comme je serais doux ! 
J'effeuillerais sur ton sourire, 
Des baisers exquisément fous ! 

Mais parmi les exceptions les plus remarquables sout les vers 
dictés à Victor Hugo, qui a cru au spiritisme 2 . 

Jules Bois, dans un intéressant ouvrage 3 , nous donne des détails 
curieux sur Victor Hugo spirite. Il fut converti par Madame Emile de 
Girardin à Jersey, le 6 septembre 1853. A la première séance, Vac- 
querie demanda : « Quel est le mot que je pense? » La table répondit : 
« Tu veux dire souffrance ». La pensée de Vacquerie était amour. 
Réponse ingénieuse et inattendue. 

1. Psiche misteriosa, (1910. Palermo), 64. 

2. « La table tournante, ou parlante, a été fort raillée. Parlons net. Cette raillerie 
est sans portée. Remplacer l'examen par la moquerie, c'est commode, mais peu 
scientifique... La science est ignorante et n'a pas le droit au rêve. Un savant qui 
rit du possible est bien près d'être un idiot. L'inattendu doit toujours être 
attendu par la science. » {Shakespeare, Lacroix, Paris, 8°, 1864). 

3. Le Mirage moderne, Paris, Ollendorff, 1907. 



&8 MÉTAPSYCHIOUE SUBJECTIVE 

Dans les séances ultérieures, Victor Hugo n'était pas à la table. 
C'était Charles Hugo le médium. Il ne savait pas l'anglais. Un 
Anglais arriva, invoquant lord Byron, qui répoudit en anglais : 

Vex not the bard, his lyre is broken, 
His last song sung, his last word spoken. 

Des réponses étrauges, apocalyptiques, sont attribuées à Ezéchiel, 
au lion d'ANDRocLÈs. Sur le manuscrit il y a en marge cette 
phrase stupéfiante de Victor Hugo : « Les volumes dictés à mon 
fils Charles par la table contiennent une réponse du lion d'ANDRO- 

CLÈS. » 

Chacun de ces vers est en soi admirable ; mais il y a uue presti- 
gieuse incohérence dans le développement : 
Voici comment s'exprime Eschyle : 

Non, l'homme ne sera jamais libre sur terre : 
C'est le triste captif du bien, du mal, du beau, 
Il ne peut devenir — c'est la loi du mystère — 
Libre qu'en devenant prisonnier du tombeau. 

Fatalité, lion dont lame est dévorée, 
J'ai voulu te dompter d'un bras cyclopéen, 
J'ai voulu sur mon dos porter ta peau tigrée, 
Il me plaisait qu'on dît : « Eschyle néméen ». 

Je n'ai pas réussi : la bête fauve humaine 

Déchire encor nos chairs de son ongle éternel. 

Le coeur de l'homme est plein encor de cris de haine, 

Cette fosse aux lions n'a pas de Daniel. 

Après moi vint Shakspeare, il vit les trois sorcières, 
Némée, arriver du fond de la forêt, 
Et jeter dans nos cœurs ses troublantes chaudières, 
Les philtres monstrueux de l'immense secret. 

Il vint dans ce grand bois, la limite du monde ; 
Après moi, le dompteur, il vint, lui, le chasseur. 
Et, comme il regardait dans son âme profonde, 
Macbeth cria : « Fuyons », et Hamlet dit : « J'ai peur. » 

11 se sauva. Molière, alors sur la lisière, 
Parut, et dit : « Voyez si mon àme faiblit. 
Commandeur, viens souper ». Mais au festin de Pierre 
Molière trembla tant que Don Juan pâlit. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 89 

Mais que ce soit le spectre, ou la sorcière, ou l'ombre, 
C'est toujours toi, lion, et ta griffe de 1er. 
Tu remplis tellement la'grande forêt sombre, 
Que Dante te rencontre en entrant dans l'enfer. 

Tu n'es dompté qu'à l'heure où la mort, belluaire, 
T'arrache de la dent l'àme humaine en lambeau. 
Te prend, dans la forêt profonde et séculaire, 
Et te montre du doigt ta cage, le tombeau. 

Quelquefois Victor Hugo interrogeait les esprits, et naturelle- 
ment, c'était eu vers admirables. Uu jour il s'adresse à Molière : 

Les rois, et vous, là-haut, changez-vous d'enveloppe ? 
Louis quatorze au ciel n'est-il pas ton valet ? 
François premier est-il le fou de Triboulet ? 
EtCrésus, le laquais d'Esope? 

Ce n'est pas Molière qui a répondu : c'est I'Ombre du Sépulcre. 

Le Ciel ne punit pas par de telles grimaces, 
Et ne travestit pas en fou François premier, 
L'enfer n'est pas un bal de grotesques paillasses, 
Dont le noir châtiment serait le costumier. 

Mal satisfait de cette réponse, Hugo s'adresse encore à Molière : 

Toi qui du vieux Shakspeare as ramassé le ceste, 
Toi qui près d'Othello sculptas le sombre Alceste, 
Astre qui resplendis sur un double horizon, 
Poète au Louvre, archange au ciel, ô grand Molière ! 
Ta visite splendide honore ma maison. 

Me tendras-tu là haut ta main hospitalière ? 
Que la fosse pour moi s'ouvre dans le gazon. 
Je vois sans peur la tombe aux ombres éternelles ; 
Car je sais que le corps y trouve une prison, 
Mais que l'àme y trouve des ailes. 

Alors I'Ombre du Sépulcre, probablement irritée, a répondu : 

Esprit qui veux savoir le secret des ténèbres, 
Et qui, tenant en main le céleste flambeau, 
Viens, furtif, à tâtons, dans nos ombres funèbres, 
Crocheter l'immense tombeau ! 

Rentre dans ton silence, et souffle tes chandelles, 
Rentre dans cette nuit dont quelquefois tu sors, 
L'oeil humain ne voit pas les choses éternelles, 
Par dessus l'épaule des morts. 



90 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Beaux vers, mais qui ne sont certainement pas plus de Molière 
et (I'Eschyle que du lion d'Androclès. 

Dans les premières séances données par Hélène Smith, c'a été 
Victor Hugo qui l'inspirait. Or le Victor Hugo interprété par Hélène 
Smith faisait des vers curieusement mirlitonesques 1 : 

L'amour, divine essence, insondable mystère, 
Ne le repousse point. C'est le ciel sur la terre. 
L'amour, la charité seront ta vie entière : 
Jouis et fais jouir ; mais n'en sois jamais fière. 

Le lion d'Androclès était beaucoup plus poète que le Victor Hugo 
d'HÉLÈNE Smith. 

D'ailleurs I'Ombre du Sépulcre parlait aussi en prose, et eu une 
prose également magnifique. Comme Victor Hugo lui avait repro- 
ché d'user d'expressions symboliques, I'Ombre a répondu : 

« Imprudent ! Tu dis : I'Ombre du Sépulcre parle le langage humain, 
« elle se sert des images bibliques, des mots, des métaphores, des 
« mensonges, pour dire la vérité... L'Ombre du Sépulcre n'est pas 
« une mascarade, je suis une réalité. Si je descends à vous parler 
« votre jargon où le sublime consiste en si peu de tempête, c'est 
« que vous êtes limités. Le mot, c'est la chaîne de l'esprit; l'image, 
« c'est le carcan de la pensée; votre idéal, c'est le collier de l'âme; 
« votre sublime est un cul de basse fosse ; votre ciel est le plafond 
« d'une cave ; votre langue est un bruit relié dans un dictionnaire. 
« Ma langue à moi, c'est l'Immensité, c'est l'Océan, c'est l'Ouragan. 
« Ma bibliothèque contient des milliers d'étoiles, des millions de 
« planètes, des millions de constellations... Si tu veux que je te 
« parle dans mon langage, monte sur le Sinaï, et tu m'entendras 
« dans les éclairs ; monte sur le Calvaire, et tu me verras dans 
« les rayons ; descends dans le tombeau, et tu me sentiras dans la 
« clémence. » 

Si, comme l'hypothèse est vraisemblable, c'est l'inconscient de 
Charles Hugo qui a dicté cette prose et ces vers, l'inconscient de 
Charles Hugo atteignait au génie du maître. 

Il est d'autres cas assez intéressants, pour lesquels il est tout 

1. Flournoy, loc. cit. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 91 

aussi nécessaire de supposer une intervention exclusivement hu- 
maine. 

Hermance Dufaux, jeune fille de quatorze ans, a donné une Vie de 
Jeanne d'Arc, dictée par Jeanne d'Arc 1 et les Confessions de Louis XL. 
Allan Kardec se porte garant de la sincérité de cette jeune fille, 
lorsqu'elle affirme avoir écrit ces livres par inspiration, sans com- 
pulser les archives et documents de l'histoire. 

Quatre hypothèses se présentent : 

1° Une fraude grossière, simple, qui consiste à aller chercher, 
dans des bibliothèques publiques ou dans des livres faciles à se 
procurer, les renseignements nécessaires. De même que P. Mérimée 
a pu écrire, avec un délicieux talent, sans aucune prétention spi- 
rite d'ailleurs, le théâtre de Clara Gazul. 

L'hypothèse est bien vraisemblable ; pourtant il faudrait une 
astuce, une habileté, une fourberie, dont cette honorable jeune fille 
était peut-être incapable (?) 

2° Une irréprochable mémoire, avec inconscience partielle, qui 
fait retrouver, à Hermance, au moment voulu, tout ce qu'elle a lu et 
entendu. Son intelligence inconsciente, plus avisée que son intelli- 
gence consciente, reprend tous les détails lus et entendus pour les 
classer, les condenser, les vérifier, en attribuant à la soi-disant per- 
sonnalité de Jeanne d'Arc et de Louis XI les souvenirs de toutes ses 
lectures. Que pourrions-nous dire et écrire si nous retrouvions ainsi 
tous les vestiges de toutes nos lectures ! Même à quatorze ans on peut 
avoir déjà beaucoup lu! 

Hermance Dufacx, parlant comme Jeanne d'Arc ou Louis XI, c'est 
un peu comme Hélène Smith, qui se croit, très sincèrement et 
avec une merveilleuse faculté d'adaptation, tantôt la reine Marie- 
Antoinette, tantôt Cagliostro. 

C'est cette hypothèse que j'admets comme presque aussi vrai- 
semblable que la première, encore qu'à l'extrême rigueur une troi- 
sième hypothèse soit acceptable. 

3° Par notions cryptesthésiques, Hermance, qui est une médium 
sensitive, connaît des faits, des noms, des dates, des événements, 
que ses sens normaux ne lui ont pas appris. Et alors ces connais- 

1. Revue spirite, 1858, p. 73, et la Vérité, 29 mai 18(54 (1 vol., E. Dentu, Paris, 
1858). 



92 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

sauces d'ordre métapsychique se groupent autour de la personnalité 
que l'auto-suggestion a créée. 

Avant d'admettre cette aventureuse hypothèse, il faudrait — ce 
qui à plus d'un demi-siècle de distance est impossible — savoir 
exactement quelles ont été les limites des lectures de la jeune Her- 
mance. 

4° C'est Louis XI, c'est Jeanne d'Arc, dont les consciences n'ont 
pas disparu de l'univers, qui ont écrit par la main d'HERMANCE. 

Et voilà une hypothèse effroyablement absurde. Il n'en doit pas 
être question tant qu'on n'aura pas au préalable démontré la radi- 
cale impossibilité des trois premières suppositions. 

Si j'ai insisté sur ce cas d'HERMANCEDuFAux, c'est qu'il s'applique 
exactement à tous les cas d'écriture automatique qu'on a invoqués 
pour supposer l'identification des personnes mortes. 

Bersot » raconte qu'en 1853 on a imprimé à la Guadeloupe Jua- 
nita, nouvelle, par une chaise, suivie d'un proverbe et de quelques 
autres inepties analogues du même auteur. 

L'histoire de Ch. Dickens, dictant, après sa mort, la fin de son 
roman : The mystery of Edwin Drood, est plus étonnante encore' 2 . En 
1872, un jeune mécanicien cordonnier, nommé James, n'ayant reçu 
qu'une éducation scolaire limitée, se découvrit des aptitudes 
médianimiques pour l'écriture automatique. En octobre 1872, par 
l'écriture, Dickens, qui venait de mourir, lui témoigna le désir 
d'achever un roman commencé, qu'avait interrompu la mort. James 
se mit à l'œuvre, c'est-à-dire à l'écriture, sous la dictée de Dickens, 
et il écrivit. Le tout fait un assez gros volume que certains cri- 
tiques ont considéré comme tout à fait digne de Dickens. Je suis 
incompétent pour en décider, de même que pour apprécier la simi- 
litude des écritures, l'emploi du dialecte de Londres au lieu des 
expressions américaines, la connaissance de la topographie de 
Londres ; mais nous savons tous que les pastiches sont faciles 
(voyez A la manière de... parMuixERetP. Reboux). Aussi bien, même 
si le pastiche était plus parfait, n'irais-je pas en conclure que l'àme 

1. Cité par Grasset, loc.cit., 195. 

2. The mystery of Edwin Drood, 1873, chez Clark Bryan, Springfields, Mass. 
The Spiritualist, 1873, 322. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 93 

de Dickens est intervenue. Même si la bonne foi de James était établie, 
même si l'incapacité de l'intelligence normale à créer ce pastiche 
génial était dûment prouvée, j'y verrais tout autre chose que la sur- 
vivance de Dickens. Toutes les suppositions me paraîtraient préfé- 
rables à cette hypothèse naïve et simple, mais terriblement invrai- 
semblable, et pour moi inadmissible, que Ch. Dickens est revenu de 
l'autre monde pour mouvoir les muscles brachiaux de James. 

Le langage martien, créé par le formidable génie d'HÉLÈNE Smith, 
indique tout ce dont est capable l'inconscient. Personne ne peut rai- 
sonnablement supposer que cet idiome ait quelque réalité, c'est-à- 
dire que les habitants de Mars (s'il y en a) parlent ce langage 
baroquement dérivé du français. Flournoy a montré, dans son livre 
incomparable, quels étaient les mécanismes mentaux ayant procédé 
à cette création d'une langue nouvelle. Le langage martien d'HÉLÈNE 
Smith fait supposer que le langage sanscrit parlé par elle relève de 
la même inspiration inconsciente 1 . 

Cependant le problème est un peu plus incertain pour le sans- 
crit d'HÉLÈNE Smith que pour son langage martien, car le sanscrit 
est une langue véritable, d'ailleurs extraordinairement difficile. Or 
Hélène n'a pas eu de livres sanscrits à sa disposition (les livres sans- 
crits ne sont pas très abondants) ; elle n'a pas fréquenté les biblio- 
thèques publiques, et cependant ce qu'elle dit est manifestement 
du sanscrit, un sanscrit rudimentaire, défectueux, informe, mais 
enfin du sanscrit 2 . 

M. de Saussure, s'adressant aux lecteurs innombrables auxquels le 
sanscrit est inconnu, et voulant les mettre à même d'apprécier la 
correction du sanscrit d'HÉLÈNE, a eu l'ingénieuse idée de montrer 
par une comparaison avec le latin ce qu'est le sanscrit d'HÉLÈNE : 

1. Un autre essai de langage martien et de roman martien, assez misérable 
d'ailleurs, a été tenté par Mad. Smead, que J. Hyslop a étudiée. Jl n'y a pas 
grand enseignement à en tirer, J. Hvslop. G. La médianimité de Mad. Smead, 
A. S. P., 1906, VI, 461-502). 

2. Dans ses Nouvelles observations (p. 212-213) Flournoy dit qu'une personne 
dans la maison de laquelle Hélène donnait des séances avait une grammaire 
sanscrite qui se trouvait dans la pièce même ou les séances avaient lieu. Mais 
comment Hélène aurait-elle pu trouver au milieu d'une séance le temps de méditer 
cette grammaire à l'insu de tous pour en pénétrer les éléments? A-t-elle en 
cachette, inconsciemment peut-être, emporté pendant quelque temps le livre chez 
elle? 



94 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Meate domina mea sorore forinda indi deo indesingodio deo primo 
nomine obéra mina loca suave tibi offlsio et ogurio et olo romano sua 
dinata pcrano die nono colo desimo ridere pevere nove. 

C'est un latin sauvage, incompréhensible, dans lequel il y a, par 
ci par là, quelques mots ayant un sens isolément. 

Eu tout cas, — ce qui est d'ailleurs bien étrange — il n'y a pas la 
lettre /"dans le sanscrit d'HÉLÈNE. Or la lettre /'n'existe pas en sans- 
crit, et certes il faut avoir déjà quelque initiation de cette langue pour 
savoir qu'il n'y a pas de f. Il est vrai qu'il n'y a pas d'w non plus, 
mais ou, que parfois Hélène a prononcée, encore qu'elle ait écrit ou. 

Ce problème du sanscrit d'HÉLÈNE Smith est très délicat, et ne 
peut être traité à la légère. Je tendrais à admettre, non pas certes 
l'incarnation d'un prince indien, mais une certaine cryptesthésie 
qui a permis à Hélène de se servir de quelques bribes de langue 
sanscrite. C'est l'opinion réfléchie de Fa. Myeks, et je l'adopte, avec 
toutes les réserves nécessaires. 

Par l'écriture automatique, beaucoup d'autres livres ont été 
écrits. Mais il faudrait être d'une maladive, et presque criminelle, 
crédulité pour admettre que c'est Thermotis, la fille d'un Pharaon 
égyptien, qui a dicté l'ouvrage intitulé le Pharaon Menephtah l . 

L'esprit Rochester, qui a dicté, conjointement avec Thermotis, ces 
pages singulières, fruit d'un automatisme mental aussi humain que 
médiocre, a été, paraît-il, autrefois, un certain Cmos Lucilius. De 
pareilles fantaisies ne valent pas la peine d'être retenues. 

D'ailleurs c'est toute une littérature. Je citerai les Letters from a 
living dead man, par X... (Londres et New-York, 1914); X... était 
un magistrat américain, versé dans les sciences philosophiques 
(probablement David P. Hatch, de Los Angeles, Californie). C'est 
encore X... qui a écrit, par l'intermédiaire d'ELSA Barrer, donc par 
l'écriture automatique, les War Letters from the living dead man 
(Londres, Ryder, 1918). Même vague et généreux idéalisme que dans 
les écrits similaires. Rien, absolument rien ne prouve qu'il y eut une 

1. Le Pharaon Menephtah, 2 vol., 2°, Paris, Ghio, édit. et Libr. des se. psycho- 
log., et du même auteur : Episode de la vie de Tibère, 1 vol., L'Abbaye des Béné- 
dictins, 2 vol. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 95 

autre intelligence que l'intelligence inconsciente du scripteur auto- 
matique. Tout récemmeut un livre vient de paraître à New-York, 
qui a été tout entier écrit par l'écriture automatique, c'est le second 
de la série. Mais il n'y a pas le plus faible indice d'une intelligence 
différente de l'intelligence humaine ordinaire, très noblement idéa- 
liste, mais d'un idéalisme que toute personne d'esprit cultivé peut 
atteindre sans peine 1 . 

Le caractère de cette littérature de l'inconscient est assez nette- 
ment tranché pour qu'on le reconnaisse facilement. C'est avant tout 
une tendance aux grandes phrases mystiques et vagues sur les des- 
tinées de l'âme, sur les forces impérissables de l'âme humaine. 
Toujours ces divagations de l'inconscient sont très fortement reli- 
gieuses, comme s'il s'agissait de tracer les linéaments d'une religion 
nouvelle, avec rites et doctrines. C'est aussi toujours un amour 
de l'humanité qui serait touchant s'il ne s'agissait pas d'une philan- 
thropie nuageuse et emphatique. Les écrits automatiques détes- 
tent la précision. Ils se dérobent à toute indication précise, se 
complaisant à des banalités très banales. On dirait des poètes qui 
ne connaissent pas la poésie ; des philosophes qui ne connaissent 
pas la philosophie; des prêtres qui ne connaissent pas la religion ; 
mais qui fontles uns et lesautresun louable effort pour nous donner, 
en un langage poétique et nébuleux, des conseils sur une philo- 
sophie et des préceptes pour une religion. 

En tout cas, sauf de rarissimes exceptions, malgré leurs puéri- 
lités comiques, toutes ces émanations de l'inconscient sont, comme 
Myers l'indique justement, d'une incontestable moralité, ten- 
dant à développer ce qu'il y a de meilleur dans la générosité 
humaine. 

Un petit livre, intéressant, sur l'écriture automatique a été donné 
par Mad. Hesther Travers Smith, qui raconte elle-même les carac- 
tères de sa médianimité. Elle opérait d'ailleurs, tantôt par l'écri- 
ture, tantôt par la planchette. Elle avait quatre guides, Peter, Eyen, 
Astor et Shamar. Les résultats ne sont pas bien démonstratifs, soit 
comme cryptesthésies pragmatiques (psychométrie) soit comme 

1. To woman from Meslom, a message from Meslom in the life beyond, received 
automatically by Mary Me Evilly, New- York, Brentano, 1920. Voir aussi A Record 
of Psychic experiments. 



96 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

prémonitions. Mais on trouvera des données utiles sur lacon_ 
duite à tenir dans les séances d'écriture automatique ou de plan- 
chette. 

A côté de l'écriture automatique, il y a le dessin automatique, 
et parfois les résultats en sont intéressants. Hélène Smith a tracé 
des tableaux spirites curieux 1 . Elle avait une vision (hallucina- 
toire) devant elle, et elle reproduisait sur le tableau les contours 
et les couleurs de cette vision. Mais, comme elle mettait lougtemps 
à peindre, ne donnant parfois que deux ou trois coups de pinceau 
par jour, il fallait plus d'une année pour achever tel ou tel tableau. 
Elle l'achevait pourtant, et chaque fois qu'elle voulait peindre, ou 
qu'elle était poussée à peindre, la vision reparaissait. 

D'autres dessins ont été reproduits aussi par M. Glaparède 2 . 

Le commandant Le Goarant de Tromelin m'a envoyé souvent de 
très étranges dessins spirites, composés par lui-même dans un état 
de demi-somnambulisme. Chaque lettre est constituée par des figures 
humaines ou animales juxtaposées.' 

Geley connaît une dame qui lui a montré des cartons où ont été 
automatiquement représentées, avec beaucoup de finesse, diverses 
abstractions, la colère, la gourmandise, l'avarice, sous des formes 
de personnages caricaturesques. 

Je viens de voir les dessins produits, en état médianimique, 
par Mad. Blocus, de Saint-Amand (Cher). Elle n'est nullement 
médium professionnelle, quoique sa mère ait depuis longtemps 
l'écriture automatique. Ses dessins, parfois d'une esthétique char- 
mante, sont des dessins d'ornementation, très variés, et composés 
avec une rapidité étonnante. 

Jules Bois a cité de très nombreux cas de dessins médianimiques. 
Il raconte l'histoire de Victorien Sardou qui composa un dessin 
inspiré par Bernard de Palissy, et qu'il a intitulé la Maison de Mozart 
(Bernard de Palissy était un drame que Sardou avait composé, et qui 
lui avait été refusé). Il y a aussi la Maison de Zoroastre dessinée 
dans le même style, par Victorien Sardou encore . Fernand Desmoulin, 

1. A. Lemaitre, Une étude psychologique sur les tableaux médianimiques de 
Mad. H. Smilh (Arch. de Psychologie, de Genève, juillet 1907). 

2. Bull, de la Soc. Méd. de Genève, 3 juin 1918, A. S. P., 1909, XIX, 147. 



ÉCRITURE AUTOMATIQUE 97 

Hugo d'Alési, peintres de talent quand ils sont dans leur état cons- 
cient, ont pu, dans l'état médianimique, c'est-à-dire daus l'incons- 
cience, composer des tableaux curieux et des dessins parfois 
remarquables. 

Le mécanisme est tout à fait le même pour les dessins automa- 
tiques que pour l'écriture automatique. La main dessine, et même 
colorie, au lieu d'écrire ; voilà toute la dilïérence. L'impulsion est 
irrésistible, involontaire, paraissant tout à fait indépendante, non 
seulement delà volonté, mais encore de la conscience du médium. 
Eu un point du papier est indiqué un trait dont personne, et le 
médium, pas plus que les autres, ne comprend le sens. Pourtant ce 
trait se relie curieusement à d'autres traits analogues, qui parais- 
saient, étant isolés, dépourvus de toute signification, et qui finalement 
en acquièrent une, qui est très nette. Parfois des individus incultes, 
et inbabiles au dessin, produisent ainsi des compositions singu- 
lières et compliquées, toujours symboliques. Ce sont là phénomènes 
propres au somnambulisme. Il semble difficile d'y voir une influence 
métapsychique quelconque. 

La littérature spirite abonde en productions de cette nature. Mais 
il faudrait une coupable dose de crédulité pour voir là autre chose 
que les élucubrations esthétiques de l'inconscient. Elle ont à peu 
près toutes un caractère de symbolisme vaguement oriental, qui 
parfois n'est pas sans quelque étrange beauté l . 

En réalité toutes ces écritures, toutes ces peintures, eussent abso- 
lument pu être des œuvres humaines. Nulle part nous n'y voyons 
le quid divinum, qui nous permettrait de les attribuer à quelque 
intelligence supérieure à une intelligence humaine, de niveau 
moyen. Par conséquent, voulant rejeter du métapsychique tout 
ce dont le psychique est capable, nous ne les ferons pas entrer dans 
la science métapsychique. Elles n'en constituent pas moins un très 
curieux chapitre de la psychologie normale, que nous engageons 
tous les psychologues à étudier soigneusement. 

§ 4. — CLASSIFICATION DES MODALITÉS DE LA CRYPTESTHÉSIE 
Les phénomènes de cryptesthésie sont si nombreux, si variés, si 

1. Voir les dessins médianimi<|ues de Machneb (.4. S. i'., 1908. XV, 86) et de 
Petit Jean (^ .S. P., 1911, XXI, 360). 

liisfti. — McUjjsj chique- 



98 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

mystérieux, qu'on doit, pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos, 
en tenter une classification. 

Mais il ne faudra pas se faire illusion sur la valeur absolue de 
pareils groupements. Ils sont nécessaires pour un enseignement 
dogmatique ; insuffisants pour l'interprétation adéquate des phé- 
nomènes complexes qui se présentent. Jamais les choses réelles ne 
se classent dans nos cadres arbitraires avec la précision que nous 
leur attribuons. , 

Nous séparerons tout d'abord la cryptesthésie expérimentale, sus- 
citée intentionnellement dans uue expérience, et la cryptesthésie 
accidentelle, qui se manifeste à l'improviste. On pourrait l'appeler 
spontanée; mais le mot spontanée ne serait pas tout à fait exact ; car 
cette cryptesthésie accidentelle est provoquée par un phénomène 
extérieur. 

Il est fort possible qu'il n'y ait pas d'essentielle différence 
entre ces deux sortes de cryptesthésie ; mais la méthode d'étude 
est toute différente; car elles ne se produisent pas de la même 
manière. 

La cryptesthésie expérimentale s'observe dans une expérience 
provoquée, et par conséquent, en principe au moins, elle est mieux 
analysée, tandis que la cryptesthésie accidentelle survient soudaine- 
meut, sans être voulue par un expérimentateur, mais par hasard, 
sans effort, chez tels ou tels individus normaux, rêvant, ou éveillés, 
ou à demi-éveillés, qui sont surpris^par le phénomène même. 

Cette division méthodique de la cryptesthésie en expérimentale et 
accidentelle prouve que la métapsychique est une science à la fois 
d'expérimentatiou et d'observation. Ce serait la mutiler douloureu- 
sement que de négliger soit l'expérience, soit l'observation. 

La cryptesthésie expérimentale peut être étudiée : 

A. — Chez les sujets normaux. 

IL — Chez les individus hypnotisés. 

C. — Chez les médiums. 

D. — Chez les sensitifs. 

De là quatre chapitres distincts, encore que la séparation ne soit 



CLASSIFICATION DES CHYPTESTHÉSIES 99 

jamais très nette entre ces diverses conditions. Car dune part 
les médiums entrent dans des trances qui ressemblent singuliè- 
rement à l'hypuose. (Quelquefois même on les hypnotise pour 
que se produise l'état médianimique). D'autre part nous ne 
savons jamais jusqu'à quel point les iudividus que nous croyons 
normaux sont voisins de l'état hypnotique ou de l'état médiani- 
mique. 

Il y a cependant entre les médiums et les hypnotisés cette 
différence, que, dans la plupart, sinon dans la totalité, des cas, 
les médiums parlent, ou écrivent, ou meuvent table ou plan- 
chette, comme s'ils étaient inspirés par une personnalité étran- 
gère ; tandis que les hypnotisés n'invoquent aucun guide. Mais 
cette distinction est plus artificielle que réelle ; car sans doute 
lWucata'imdessensitifs. des médiums, des hypnotisés, joua un rôle 
prépondérant dans le maintien ou la perte de leur personnalité 
normale. 

Quant aux sensitifs, ce sont des individus d'apparence normale, 
mais qui semblent, sans être ni médiums, ni somnambules, capables 
de lucidité et de clairvoyance, dans de certaines conditions non 
accidentelles, mais expérimentales (vision par le cristal, psycho- 
métrie, etc.). 

La cryptesthésie accidentelle, c'est celle qui ne survient, ni dans 
l'état hypnotique, ni dans l'état médianimique, et qui se manifeste 
soudainement chez des individus tout à fait normaux. 

Toutes les cryptesthésies accidentelles peuvent être appelées des 
monitions. 

Les monitions sont la révélation (par une voie qui n'est pas celle 
des sens normaux) d'un événement passé ou présent. Les prémoni- 
tions sont les révélations d'un fait à venir. 

Comme les monitions sont nombreuses et diverses, nous sépa- 
rerons les monitions portant sur des événements quelcon- 
ques, tantôt légers, tantôt graves (graves s'ils sont terminés par la 
mort). Les monitions de mort, en effet, représentent un groupe 
considérable de faits assez homogènes qu'il y aurait inconvénient 
à dissocier. 

Les monitions collectives formeront un chapitre séparé : car elles 
constituent une transition entre les phénomènes subjectifs et les 



100 MÉTAPSYCHIUUE SUBJECTIVE 

phénomènes objectifs de la métapsychique, et par conséquent com- 
portent une discussion tout à fait spéciale. 

Enfin il faut à la cryptesthésie rattacher les phénomèues de 
divination par la baguette, et peut-être aussi les singulières mani- 
festations d'intelligence calculatrice donnés par certains animaux 1 . 

1. Si l'on me trouve trop sévère pour les théories, je me contenterai de 
répondre en citant Claude Behnakd, le maître incontesté des sciences expérimen- 
tales. 

« Dans les sciences la foi est une erreur, et le scepticisme un progrès. Tous les 
systèmes... que les sciences ont créés dans leur époque embryonnaire doivent plus 
tard, quand la science tend à se constituer, être oubliés, et disparaître comme des 
moyens transitoires devenus inutiles. Le progrès n'est donc pas de restaurer ou 
de réveiller les anciens systèmes : le vrai progrès consiste à les oublier, et à les 
remplacer par la connaissance de la loi des phénomènes. » (Leç. de pathologie 
expérimentale, 1872, 3'J9). 



CHAPITRE III 

CRYPTESTHÉSIE EXPÉRIMENTALE 

. | 1. — CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES INDIVIDUS NORMAUX 

Des expériences, assez nombreuses, insuffisantes d'ailleurs, ont 
été faites sur les personnes normales. 

Bien entendu elles donnent des résultats très différents, suivant 
qu'il s'agit de telles ou telles personnes. Tout de même, si la luci- 
dité, comme cela est démontré, existe chez certains êtres excep- 
tionnels, il est probable qu'elle va exister aussi, fût-ce à l'état de 
trace infime, chez les autres individus. Il est hautement invrai- 
semblable qu'à côté des sujets souvent lucides il n'y ait pas d'au- 
tres sujets possédant quelque lucidité, si rare et si faible qu'on la 
suppose. 

11 faut donc rechercher, et, si possible, déceler cette trace de luci- 
dité chez les personnes normales, ce qui peut s'indiquer sous cette 
forme : 

Quand un individu désigne au hasard un fait, un nom, un chiffre, 
un dessin, dont la probabilité est connue, la 'probabilité de cette désigna- 
tion change-t-elle par le fait de la cryptesthésie ? 

J'ai, il y a longtemps, proposé cette méthode, et j'ai fait, à cet 
effet, de nombreuses expériences, répétées et confirmées par mes 
savants collègues de la S. P. R. l . 

Ces expériences, portant sur des personnes non sensibles, ou à 
peine sensibles, ont été faites avec des cartes de jeu, avec des dessins 
et des photographies. Parfois pour cette divination j'ai fait usage 
de la baguette divinatoire (qui révèle des mouvements musculaires 

1. Ch. Richet, La suggestion mentale et le calcul des probabilités. (Rev. Philo- 
sopha 1884, XVIII, 609-671), — Phantasms ofthe Liv., I, 31-70. 



102 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

inconscients). Dans tous ces cas, la probabilité pouvait être calculée 
exactement. 

Or il s'est trouvé que le nombre des succès a été toujours légère- 
ment supérieur au nombre probable. Par exemple sur 1103 tirages, 
(cartes de jeu) le calcul des probabilités indiquait 525, et le nombre 
trouvé a été 552. L'excès est très faible. Mais, pour bien juger, il 
convient d'éliminer les expériences faites le même jour en trop 
grand nombre — au delà de 100 par exemple, — car alors il y a sans 
doute fatigue et confusion. En ne tenant pas compte des expériences 
qui par jour n'excèdent pas 100, on trouve que, le nombre probable 
des succès sur 1 .132 tirages étant de 280, le chiffre des succès obtenus 
a été de 315. Ce n'est presque rien encore. 

Des expériences, dont nous parlerons plus loin, faites en Angle- 
terre par cette même méthode, ont donné, pour 17.653 tirages, un 
nombre de succès égala 4.760, excédant de 347 le nombre probable. 
C'est quelque chose, mais c'est peu. 

Il semble d'ailleurs qu'on puisse ainsi distinguer telles ou telles 
personnes ayant plus ou moins de lucidité. 

Mes amis G. F... et H. F... étaient certainement, l'un et l'autre, 
mais très vaguement, des sensitifs. Opérant avec la baguette divi- 
natoire, alors que les probabilités étaient : 

l l 1 

8 6 48 

Ils ont obtenu sur 5 expériences : 





1 

8 


1 
6 


1 
48 


1 


succès, 


échec, 


échec. 


2 


succès, 


échec, 


échec. 


3 


succès, 


succès, 


succès. 


4 


succès, 


échec, 


échec. 


5 


succès, 


succès, 


succès 



Ainsi, quand la probabilité était de l/8 e , il y a eu 5 succès sur 
o expériences ; la probabilité de ces o succès n'était que de 32 ooo ; 

c'est la certitude morale qu'il y a eu cryptesthésie. 
Au contraire, pour A. P... et moi-même, dépourvus l'un et l'autre 



CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES NORMAUX 103 

de toute lucidité, et qui opérious à côté de G. F... et de H. F... le 
résultat a été : 

1 succès, échec, échec. 

2 échec, échec, échec. 

3 échec, échec, échec. 

4 échec, échec, échec. 

Pour A. P... et moi, il u'y a pas eu d'écart appréciable eutre le 
nombre probable des succès et le nombre réellement obtenu, tandis 
que cela fut tout différent pour G. F... et H. F... 

Plus récemment, dans une série de 5 expériences, faites simulta- 
nément sur des cartes que personnelle voyait, par B..., par S... et par 
moi, il y a eu 5 échecs, pour B..., 1 succès pour moi, 2 succès pour 

S... douée de puissances médianimiques. La probabilité composée 

1 
(de 2 succès pour 5 expériences, à probabilité simple de ■=_■ ) est de 

6k 



250 



Nous ne pouvons entrer daus tous les détails consignés au rapport 
de sir William Barrett 1 . Tout de même il convient de signaler à 
cause de sou importance une expérience de Sir Oliver Lodge, faite 
sur des jeunes filles qui n'étaient ni hypnotisées, ni médiums. 
C'est M. Malcolm Guthrie qui avait institué le dispositif expéri- 
mental et qui opérait -. 

Il s'agissait de la reproduction de dessins. Dans un cas le dessin 
à deviner était le drapeau national ; cette figure fut reproduite en 
entier sans hésitation. 

Les conditions de ces expériences étaient parfaites. Vingt ans 
après, Sir Oliver Lodge écrit : « Je déclare énergiquement que l'expé- 
rience était tout à fait satisfaisante, et qu'aucun doute ne m'est venu 
depuis sur sa valeur ». 

218 tirages ont été faits par six personnes, la probabilité étant 
de 1/6*. Sur 54 expériences, Mad. H... et Mad. B... (qui ont 
l'une et l'autre de vagues facultés médianimiques) ont eu 22 suc- 
cès, alors que le chiffre probable était de 10; tandis que les 
quatre autres personnes ont eu, sur 162 expériences, un chiffre réel 

1. P. S. P. R., Expérimental Telepathy. Ph. of the L„ I, 20-29 ; [, 47-63. 

2. 0. Lodge, Nature, XXX, 145. et la Survivance humaine, tratl. fr., 1912, 26. 



104 



METAPSYCHTQUE SUBJECTIVE 



de 45 succès, alors que le chiffre probable était de 32 ; le rapport 
du chiffre réel au chiffre probable était de 220 pour Mad. H... et 
Mad. B... ; de 140 pour les quatre autres personnes. 

Dans une expérience faite chez M. Herdmann, professeur à Cam- 
bridge, on a eu : 



DESSIN DEVINE 

Rouge. 

Jaune. 

R. 

E. 

Triangle rectangle. 

Un tétraèdre. 

'ô de trèfle. 



DESSIN REEL 

Rouge. 

Couleur d'or. 

R. 

E. 

Triangle isocèle. 

Pyramides d'Egypte. 

5 de pique. 



De pareilles expériences sont très démonstratives. 

De même celles qu'OcHORowicz indique dans son excellent livre 
sur la suggestion mentale (livre qu'il faut lire si l'on veut se 
rendre compte des multiples précautions qu'il convient de prendre 
pour éliminer les causes d'erreur). 

A Brighton, en 1882, avec G. A. Smith, comme percipient, 
Ed. Gurney et Myers ont obtenu des résultats fort remarquables, que 
les bizarres dénégations ultérieures de M. Smith ne parviennent 
pas à infirmer (P. S. P. R., VIII, 536). 



PENSÉ 


l re RÉPONSE 


2° RÉPONSE 


Barnard. 


Harland. 


Barnard. 


Bellairs. 


Hamphreys. 


Ben Nevis. 


Johnson. 


Jobson. 


Johnson. 


Régent Street. 


Rembrandt Street. 


Régent Street. 


Hobhouse. 


Hanter. 


» 


Black. 


Drack. 


Blacke. 


Queen Anne. 


Quechy. 


Queen. 


Wissenschaft. 


Wissie. 


Wisenaft. 



Plus récemment, Sir Oliver Lodge, expérimentant avec Mlles de 
Lyro, a constaté qu'elles étaient l'une vis-à-vis de l'autre très 
sensibles. Elles se tenaient la main, de sorte que, comme le dit 
0. Lodge, on peut à l'extrême rigueur admettre, non pas une fraude, 



1. Cités par Delanne, hoc. cit., p. 268. 



CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES NORMAUX 105 

mais une transmission par contact, ce qui n'est plus tout à fait de 
la cryptesthésie, mais ressemble à une transposition des sens, phé- 
nomène très voisin de la cryptesthésie : « Les réponses devenaient 
incohérentes, dès que le contact cessait, il semblait que l'on coupât 
ou rétablit un fil électrique 1 ». Il est à noter que la réponse était 
extraordinairement rapide, même pour des chiffres un peu com- 
pliqués. Le nombre pensé « 3145 » fut répété très rapidement : 
3146. Au nombre 715, il fut dit : 714, non, 715. Pourtant, malgré 
l'autorité de Lodge, je pense que ces très intéressantes expériences 
sont profondément différentes des expériences dans lesquelles il 
n'y a pas contact. 

Dans de bonnes expériences de transmission mentale, F. L. 
Usheu et Burt 2 oot constaté sur eux-mêmes, quoique n'étant pas 
sensitifs dans le sens ordinaire du mot, que la désignation d'une 
carte par le percipient se rapprochait plus de la réalité que ne 
pourrait le faire supposer le hasard, même si la distance était 
considérable (de Bristol à Londres, 200 kilomètres, ou de Prague à 
Londres, 1.C00 kilomètres). Sur 60 tirages il y a eu : 

NOMBRE OBTENU NOMBRE PROBABLE 

Succès complets 4 1,1 

Valeur de la carte 14 4,5 

Couleur de la carte 28 30 

Mais, si la distance était moindre, dans la même chambre, toutes 
les précautious d'ailleurs ayant été prises pour qu'il n'y eût aucun 
signe extérieur donné par l'agent, on a eu sur 36 tirages : 

NOMBRE OBTENU NOMBRE PROBABLE 

Succès complets 9 0,7 

Valeur de la carte 15 2,7 

Couleur de la carte 20 18 

L'ensemble est très satisfaisant, puisque, sur 96 tirages, alors 
que le nombre des succès n'eut dû être que de 2, il a été de 13 ; 
pour la désignation de la valeur, les succès ont été de 29, alors 
qu'ils n'eussent dû être que de 7. 

1. La Survivance humaine, trad. fr., p. 44. 

-1. Quelques expériences de transmission de la pensée à grande distance {A. S. P., 
1910, XX, 14-21 et 40-54). 



106 MÉTAPSYCHTQUE SUBJECTIVE 

Ce qui prouve que l'expérience a été bien faite, c'est que pour 
les couleurs le nombre des succès a été 48, et que le nombre 
probable était aussi de 48. 

D'autres expériences ont été faites avec des dessins. Quelques- 
unes des reproductions sont intéressantes, mais elles se prêtent 
mal au calcul des probabilités. Nous aurons dailleurs l'occasion 
d'y revenir, à propos de la clairvoyance des sensitifs. 

Un mémoire important sur la lucidité a été présenté en 1913, à 
Konigsberg, comme dissertation inaugurale, par MaxHoppe. M. Hoppe 
fait l'analyse méthodique, détaillée, des cas de lucidité pour divi- 
nation des cartes et des chiffres. Et il peut établir, ce que je lui 
accorde volontiers, que les preuves ne sont pas extrêmement 
rigoureuses, même quand on a opéré sur des sujets sensibles. Mais 
il faut aussi reconnaitre que, malgré la facile application du calcul 
des probabilités à ces divinations, ce n'est pas par ces sortes 
d'expériences que se peut définitivement démontrer la cryptes- 
thésie. Les somnambules et les médiums n'aiment pas ces épreuves, 
qui n'ébranlent pas leurs sensibilités comme peuvent le faire la 
flamme d'un incendie ou le fracas d'une automobile renversée. 
Pourtant la critique de M. Hoppe est pénétrante. Il critique avec 
juste raison mes expériences faites avec Léonie ; mais je n'avais 
pas attendu le mémoire de M. Hoppe pour les trouver très 
médiocres. Il n'admet pas non plus la lucidité de M. Reese. Or, 
sur ce point, ses objections me paraissent sans aucune valeur. 
Quant aux expériences qu'a faites M. Hoppe avec une seule per- 
sonne, elles sont négatives : mais cela ne prouve absolument rien. 
En somme M. Hoppe s'est limité à la critique, justifiée d'ailleurs, 
de mes vieilles expériences de 1884. Je pense qu'il lui serait difficile 
maintenant de garder la même opinion, sur mes expériences ulté- 
rieures, et sur celles des innombrables savants qui ont étudié la 
lucidité. 

Le D'BlairThaw, de New-York, expérimentant avec Mad. Thaw, 
a obtenu des cryptesthésies très nettes pour les couleurs, sugges- 
tions mentales télépathiques évidentes 2 . 

1. Ueber Hellsehen, Berlin, Haussmann, 1916. 
"2. Hyslop, Science and future life, 25-30. 



CRYPTESTHESIE CHEZ LES NORMAUX 



107 



COULEURS l'ENSÉES 


COULEURS DITES 
i"> fois. 


COULEURS DITES 
2° fois. 


Bouge clair. 


Kouge clair. 


» 


Vert. 


Vert. 


» 


Jaune. 


Bleu. 


Jaune. 


Jaune clair. 


Jaune clair. 


» 


Kouge foncé. 


Bleu. 


Rouge foncé. 


Bleu foncé. 


Orange. 


Bleu foncé. 


Orange. 


Vert. 


Héliotrope. 



Misses Wïngfield, qui ont certainement des pouvoirs médiani- 
miques notables, ont fait une belle série d'expériences (400) qui 
entraîneraient la certitude absolue s'il ne s'est pas introduit 
quelque erreur systématique (que j'ignore). 

Sur 400 tirages, le nombre probable des succès était de 4. Or le 
nombre des succès obtenu par lecture de pensée a été de 27. Dans 
41 cas le nombre a été donné renversé. La probabilité de ces deux 
nombres est extrêmement faible, et si elle ne donne pas la certitude 
mathématique, elle donne la certitude morale. Le hasard ne four- 
nit pas de pareilles concordances. Mais l'expérience est-elle irré- 
prochable ? x 

Miss Lindsay - et M. Shilton 2 ont eu aussi de notables succès, 
bien au delà du chiffre probable 3 . 

Mais en de telles expériences, si intéressante que soit l'appré- 
ciation mathématique, il faut toujours se rappeler que celle-ci n'a 
de valeur que lorsque aucune défectuosité n'est cachée dans le 
procédé expérimental. C'est la rigueur expérimentale absolue qui 
est la condition essentielle. 

Un sujet observé par Lombroso a les oreilles et les yeux com- 



i. Ph. of Ihe L., II, 653, 669. 

2. A. S. P., 1909, XIX, 123. 

3. La bibliographie est vaste. Je citerai surtout J. Ochorowicz, La suggestion 
mentale, Paris, 1884. — Gh. Richet, La suggestion mentale et le calcul des proba- 
bilités, Rev. Philosophique, décembre, 1884. — Fr. Myers, On a télépathie expia- 
nation ofsome so called spiritualistic phenomena (P. 6. P. R., 1883, 1884, p. 217). 
Automatic writing. ibid., 1885, p. 1, mai, 1887, 209 ; juin, 1889, 222. D'autres cas 
curieux ont été cités dans la 2° édition des Phantasms of Living, II, 670-671. Il 
ne faut pas tenir compte des expériences faites par les demoiselles Creery (et 
rapportées dans les Phantasms of Living, I, 25) car il a été prouvé qu'il y avait 
fraude (Note relating to some of Ihe published expeviments in thoughl transfe- 
rence, P. S. P. R., 1884, 269-270). 



108 MÉTAPHYSIQUE SUBJECTIVE 

plètement bouchés, et on écrit derrière son dos, quelque chose 

qu'il essaye de lire. D'abord on écrit Margharita : il écrit Maria, 

puis Margharita. On écrit Amore : il écrit Moirier, puis Amore. On 

écrit Andréa, il écrit Andréa. 

Le D 1 J. Ch. Roux, étant étudiant en médecine, a fait, avec 

un jeu de cartes de 32 cartes, en des conditions irréprochables, 

diverses expériences qui établissent nettement la cryptesthésie. Il 

a eu 5 succès complets, ce qui donne une probabilité composée de 

l 
3.000 

Dans une autre série de 81 expériences, 54 fois la valeur a été 

donnée, alors que le hasard comportait seulement 20 succès. Il y a 

eu 8 succès complets, alors que la probabilité n'en indiquait 

que l 1 . 

Un instituteur, dont le nom n'est pas indiqué, a fait une expé- 
rience de ce genre dans une classe, non plus avec des cartes, mais 
avec des lettres (six lettres). Sur 7 expériences de 30 tirages faites 
avec plusieurs élèves simultanément, le nombre probable était de 

5 940 

—rr— , soit 9 ( ,)0 ; le nombre obtenu des succès (c'est-à-dire des 

voyelles indiquées par les percipients), a été de 1.050, c'est-à-dire 
dépassant un peu, mais très peu, le hasard. Pourtant dans les 
7 séries d'expériences, constamment, il y a eu excès : 

NOMBRE PROBABLE NOMBRE OBTENU 

180 196 

170 180 

150 154 

140 149 

40 44 

175 179 

135 148 

La probabilité d'un excédent quelconque (sur les nombres pro- 
bables) des nombres obtenus étant de 1/2, il s'ensuit que la proba- 

/ 1 \ "' 1 » 

bilité de 7 séries avec un excédent est de (— J , soit j^r • 

1. A. S. P., III, 1893, 205. 



CRYPTESTHESIE CHEZ LES NORMAUX 



109 



Si, au lieu de prendre la totalité des 30 tirages, ou ue prend 
que les 12 premiers, alors le résultat est bien meilleur : 



NOMBRE PROBABLE 
108 
102 

90 
84 ' 
24 
105 
81 



NOMBRE OBTENU 

129 
109 
105 

86 

32 
110 

90 



soit' au total 594 nombre probable, et 661 nombre obtenu. 

Une expérience de télépathie pour les cartes, sur une petite 
fille de treize ans, a donné à 0. Lodge 1 des résultats intéressants. 
Nous mentionnons seulement les résultats obtenus alors que le 
père de l'enfant n'avait pas vu la carte. 



CARTE REELLE 

Cinq de carreau. 
Quatre de cœur. 

» 

» 
As de cœur. 
Roi de carreau. 

» 

» 
Dix de carreau. 
As de carreau. 
Trois de carreau. 
Trois de pique. 



Valet de trèfle. 



Dix de trèfle. 



Dix de cœur. 

» 
» 

» 



CARTE DÉSIGNÉE 

Cinq de trèfle. 

Deux de cœur. 

Trois de cœur. 

Quatre de cœur. 

As de cœur. 

Un huit. 

Un roi. 

Un roi de trèfle. 

Un roi de cœur. 

Dix de carreau. 

Deux de trèfle. 

Quatre de pique. 

Deux de cœur. 

Quatre de pique. 

Deux de pique. 

Deux de cœur. 

Une figure. 

Valet de trèfle. 

Une figure. 

Un six. , 

Neuf de trèfle. 

Un huit. 

Une figure. 

Un sept. 

Cœur. 

Dix de cœur. 



1. Report on a case of telepathy. J. S. P. R., mai 1913, 103. 



HO MÉTAPSYCHÏQUE SUBJECTIVE 

Ce qui est bien instructif dans l'expérience de Lodge, c'est que 
l'enfant réussissait bien quand la carte avait été vue par Lodge, et 
né réussissait pas quand il ne l'avait pas vue. De sorte que Lodge, 
sans le dire expressément, incline à penser qu'il y avait télépathie 
et non lucidité (non télépathique), autrement dit que la cryp- 
testhésie s'exerçait par la transmission mentale. 

Les expériences de M. Henry Rawson avec des dessins sont tout à 
fait positives, et elles entraîneraient la certitude absolue de la 
cryptesthésie télépathique, s'il n'y avait pas quelque erreur expé- 
rimentale, que d'ailleurs, je ne peux pas plus trouver que pour 
les expériences de Misses Wingfield. Dans les premières expé- 
riences, M. Rawson était seul dans la chambre avec Mad. L..., 
l'agent, et Mad. B..., le percipient (Mad. B... et Mad. L... sont 
sœurs). Elles avaient le dos tourné, et il était absolument impos- 
sible à Mad. B... de voir le dessin que retraçait Mad. L... l . 

Des faits analogues out été observés par M. Kirk. Il y eut de très 
beaux succès, et cependant Miss G... la percipiente, était très loin 
de l'agent, à 600 kilomètres de distance-. Il y eut dans ces con- 
ditions des succès remarquables : notamment une main a été 
figurée par M. Kirk, et une main a été reproduite par Miss G... 
(p. 621). Daus un autre cas, ce fut uu petit chien. Plus tard, 
M. Kirk. ayant essayé de magnétiser à distance, et à son insu, 
Miss G..., ne semble pas avoir réussi. 

Fr. Myers mentionne aussi, d'après M. A. Glardon. des expé- 
riences de transmission de pensée, à grande distance, de Tour de 
Peilz, eu Suisse, à Ajaccîoen Corse, ou Florence, entre M. Glardon 
et une sienne amie, Mad. M... Les résultats ont été parfois excel- 
lents. Il y a eu des échecs, mais les succès sont tels qu'ils entraînent 
la conviction d'une véritable cryptesthésie. 

Nous verrons plus loin que les correspondances croisées, très 
analogues à ces expériences, ont eu de bons résultats aussi, peut- 
être moins décisifs. 

M. Max Dessoir, très averti sur les phénomènes hypnotiques, a 

1. Myers, Humait personality, I, 614. 

2. Mveks, ibid., 620. 









Fig. I. — Trois expériences faites par M. Guthkie et rniss Edwards. 
A droite le dessin reproduit par miss Edwards, à gauche le dessin original. 
Miss E... avait les yeux bandés : elle était trop loin pour pouvoir rien voir, 
même si le bandeau n'avait pas été mis. 



112 MÉTAPSYCHlyUE SUBJECTIVE 

essayé, sur lui-même, de voir ce que donuait la diviuation, les 
dessins. Les résultats ont été très médiocres, dépassant à peine ce 
que peut donner le hasard l . 

Des expériences analogues, mentionnées plus haut, avaient été 
faites antérieurement par M. Guthrie, deLiverpool 2 avec Miss Relph 
et Miss Edwards. Le nombre des expérieuces a été d'environ 150 
(octobre 1883). Quelquefois le succès a été complet. Pour qu'on 
puisse se faire une idée de la similitude des reproductions, nous en 
donnerons (fig. I, p. 111) trois qui sont satisfaisantes. Le percipient 
avait les yeux bandés, et le dessin à reproduire, au lieu d'être 
daus une enveloppe opaque, était regardé par la personne qui 
voulait transmettre son impression, tandis que le sujet avait les 
yeux bandés. 

M. J. Edgar Cùover s dans un mémoire volumineux, a relaté beau- 
coup d'expériences faites avec des cartes de jeu, qui ne sont pas 
absolument négatives, quoi qu'il en dise. Elles semblent indiquer 
qu'il y a chez les personnes normales un certain degré (extrême- 
ment faible) de cryptesthésie (lucidité). 

Sur 5. 135 expériences de télépathie, les nombres probables étaient 
513 et 128 (succès complets;, les nombres obteuus ont été 538 et 153 
(succès complets) C'est très peu, douloureusement peu ; mais c'est 
quelque chose. 

Sur 4.865 expériences (de lucidité) les nombres probables étant 
486 et 122 (succès complets) les nombres obtenus ont été 488 et 141 . 
C'est encore un presque imperceptible excès sur les nombres pro- 
bables. 

Il est bon de constater que certaines personnes paraissent mieux 
douées que d'autres. 

En choisissant quatorze personnes qui semblent avoir quelque 
lucidité, on a pour leurs résultats 119 et 54, (711 expériences) les 
nombres probables étant 71 et 18. 

L'excès est considérable, mais il faut faire des réserves quant à 
cette méthode de choisir les meilleures expériences. 

1. Phantasms of the Living, II, 642. 

2. Phantasms of the Living, I, 38. 

3. Experiments in Psychical Resewck, Stanford University (Calif). Analysé in 
P.S.P.R. par F.G.S. Schiller ; nov. 1916, XXX, 261-273. 



CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES NORMAUX 113 

On ne peut suivre M. Coover dans les détails qu'il donne, trop 
longs pour être exposés ici. En définitive, malgré tous ses efforts, 
M. Coover a plutôt montré par ses expériences mêmes le fait qu'il 
y a un peu (très peu) plus que le hasard dans la désignation d'une 
carte tirée, que ce soit la télépathie ou la lucidité. 

Pickmann, qui présentait sur un théâtre des séances publiques de 
transmission de pensée (très probablement grâce aux mouvements 
musculaires de l'individu dont il tenait la main) n'était peut-être 
pas sans avoir quelque faculté cryptesthésique assez développée. Il 
aurait donné à Lombroso, avec grand succès, une séance de sugges- 
tion mentale 1 . 

Il est venu chez moi un jour, et j'ai fait avec lui une expé- 
rience qui est, je crois, irréprochable quant à la méthode. J'étale 
sur une table à jeu, sans Pickmann qui est dans une autre pièce, 
un jeu de 52 cartes. Le hasard me désigne une de ces cartes (par 
tirage dans un autre jeu de cartes, ou par un autre moyen). 
Alors je regarde, attentivement, mais sans la déranger, la carte 
que le hasard a désignée, en tâchant de me la représenter visuel- 
lement, puis je vais chercher Pickmann, dans la pièce voisine, 
et, en tournant le dos au jeu de carte étalé, je prie Pickmann de déter- 
miner la carte à laquelle j'ai pensé. Il eut dans la première 
expérience un succès complet (l/52 e ), succès qui nous a énormé- 
ment surpris et enchantés l'un et l'autre. Mais les expériences 
ultérieures n'ont pas réussi (trois échecs). 

Je noterai par curiosité, sans y attacher d'importance, une expé- 
rience qui m'est personnelle. Elle est à noter, encore qu'elle soit 
unique et que le hasard puisse être mis en cause. 

J'avais dans la matinée acheté un jeu de tarots, précisément 
pour les donner à deviner à quelqu'un des sujets sur lesquels 
j'expérimentais. Dans la journée, Henri Ferrari vint me voir. Je 
lui dis : « Faisons une expérience, regarde attentivement un de ces 
tarots, j'essaierai de dire ce que tu as vu ». Après quelques instants, 

1. Lombroso, cité par Delanne, Gaz. litl. Turin, 1892; mais, n'ayant pu recourir 
à l'original, je ne saurais dire exactement dans quelles conditions l'expérience a 
été faite. 

Rickit. — Métapsychique. 8 



114 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

je ne sais pourquoi, je lui dis : «Ce sont des paysans qui fauchent, 
qui moissonnent ». De fait, le tarot représentait la mort squelette 
tenant une faux. Il n'y avait qu'un seul tarot avec une faux dans 
tout le jeu, et je n'avais pas regardé le jeu. 

Il est regrettable que ces études de cryptesthésie chez les indi- 
vidus normaux ne soient pas plus souvent entreprises, car le calcul 
de la probabilité est très simple ; et c'est une méthode qui permet 
de découvrir à telle ou telle personne des puissances de lucidité. 

Mais il ne faut pas croire qu'il soit facile de réaliser une expé- 
rience irréprochable. Au contraire, cette expérimentation est très 
délicate, et certaines règles sont à observer : 

1° L'agent doit être absolument immobile, muet, le dos tourné. C'est 
là le précepte fondamental ; 

2° Le choix du chiffre, de la carte, du dessin doit être donné par 
le hasard seul ; 

3° Le résultat (échec ou succès) ne doit pas être communiqué 
avant la fin de la séance au percipient ; 

4° Le nombre des expériences ne doit pas dépasser une vingtaine, 
tout au plus, par jour ; 

5° Tous les résultats, quels qu'ils soient, doivent être intégra- 
lement donnés. 

6° Il faut que le percipient ne puisse, en aucune manière, voir 
quoi que ce soit, même par la vision indirecte. Mieux vaut qu'il 
ait les yeux bandés et le dos tourné ; 

Ici se pose une question importante que nous examinerons plus 
loin. Y a-t-il lucidité (sans télépathie) ou lucidité (avec télépathie) ? 
La cryptesthésie télépathique existe certainement. Elle est prouvée 
par de multiples expériences. La cryptesthésie non télépathique 
est prouvée aussi, mais de nouvelles expériences sont néces- 
saires *, 



i . Voici alors, semble-t-il, comment, pour éclairer ce problème ardu et essen- 
tiel, l'expérimentation pourrait être tentée. On trouverait sans doute dans une 
école primaire un instituteur intelligent et dévoué qui consentirait à la faire. 
Soit une classe de 30 élèves, l'instituteur demanderait à ces 30 élèves de dire à 
quoi ils pensent, et leur donnerait le choix entre 36 images. Il y aurait, je sup- 



CRYPTE9THESIE CHEZ LES NORMAUX 



H5 



Cette méthode ne conduit pas à des résultats dramatiques 
émouvants, comme les autres expériences de lucidité faites avec 
des médiums puissants, comme les monitions de mort, mais elle 
est précise, indiscutable, quand l'expérimentation est bien faite, 
et que les résultats sont nets. On n'admet pas le hasard dans les 
sciences physico-chimiques : pourquoi l'admettrait-on dans les 



pose, 6 groupes, dont chacun serait constitué par 6 images homologues, mais 
différentes, que je donne ici, comme schéma possible : 



1° Règne végétal : 
Chêne, 
Rose, 

Champignon, 
Pommes de terre, 
Champ de blé, 
Palmier. 

3» Hommes célèbres : 
Ésope, 
César, 

Christophe Colomb, 
Napoléon, 
Charlemagne, 
Président Carnot. 

5° Figure anatomique : 
Oreille. 
OEil, 

Squelette, 
Main, 
Cœur, 
Bouche et lèvres. 



2° Règne animal : x 

Poisson, 
Araignée, 
Cheval, 
Eléphant, 
Pigeon, 
Troupeau de moutons. 

4° Objets fabriqués : 
Clef, 
Livre, 
Lampe, 
Voiture, 
Navire, 
Fusil. 

6° Scène historique ou tableau 
La crucifixion du Christ, 
La bataille d'Eylau, 
La mort de César, 
Les Pyramides, 
L' Angélus de Millet, 
Les noces de Cana. 



Chacun de ces dessins porterait un numéro d'ordre de 1 à 36, et serait repro- 
duit sur un jeu de 36 cartons. Les sujets choisis sont tels qu'il n'y a pas de con- 
fusion possible. Dans chaque groupe, il y en aurait deux en bleu, deux en 
rouge, deux en jaune. De sorte que la probabilité du choix porterait : 1° sur le 
groupe 1/6, 2° sur la couleur 1/3, 3° sur la totalité 1/36, 4° sur le "groupe et la cou- 
leur 1/18. 

L'expérience se ferait alors de la manière suivante : 

1° Pour la lucidité télépathique. L'Instituteur tirerait au sort une de ces 36 cartes, 
et la regarderait avec attention en essayant de se représenter l'image et d'en pro- 
noncer mentalement le nom, et il prierait chacun des 30 élèves d'écrire silencieu- 
sement, sans communication avec les voisins, le dessin pensé. Ce serait la pre- 
mière réponse. 

2° Pour la lucidité, non télépathique. Une ou deux minutes après la première 
expérience, l'instituteur tirerait au sort une des 36 cartes, mais ne la regarderait 
pas, et personne ne pourrait savoir quelle a été la carte tirée. Alors les élèves 
feraient une seconde réponse. 

En répétant avec 30 élèves cette expérience pendant dix jours, on aurait un 
total de 600 expériences, ce qui permettrait déjà une conclusion. 

A l'Institut métapsychique de Paris, nous tiendrons ces jeux de 36 cartes à la 
disposition de ceux qui voudraient tenter cette décisive expérience. 

Bien évidemment, il faudra donner toutes les réponses, sans exception, éviter 
toute possibilité aux élèves de voir la physionomie de l'agent pendant la lucidité 



H6 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

sciences métapsychiques ? Si un événement se produit, dont la 
probabilité n'est que de 100 000 > je n'irai pas en conclure que 

c'est le hasard, et, si l'événement m'est indiqué, il me suffira de deux 
ou trois indications aussi peu probables pour me donner la certitude. 
Toute la question est de savoir jusque à quel point l'expérience a été 
bien faite. C'est à réaliser cette impeccable expérience que doivent 
se concentrer tous nos efforts. 

Concluons donc que, par ces expériences auxquelles le calcul 
peut s'appliquer, la lucidité, ou transmission de pensée, existe, 
même chez les personnes normales, sans qu'on puisse invoquer 
l'hypnotisme ou le spiritisme. Autrement dit, il existe à peu près 
chez tous les hommes, même les moins sensibles en apparence, une 
faculté de connaissance autre que les facultés de connaissance habi- 
tuelles. Mais, chez les non-sensitifs, cette faculté de connaissance est 
extrêmement faible, presque négligeable. 

Sans doute cette connaissance s'exerce plus facilement pour une 
grande émotion, pour une scène tumultueuse, que pour la repré- 
sentation d'un chiffre abstrait, ou d'une carte de jeu. Pourtant on 
réussit (très faiblement) même en employant un chiffre abstrait ou 
une carte de jeu. 

Ainsi chez la plupart des non sensitifs la cryptesthésie n'existe 

télépathique, et, si possible, prendre les noms de ceux qui auront répondu, pour 
savoir si, parmi les 30 élèves, il ne s'en trouve pas quelques-uns ayant, plus que 
les autres, des pouvoirs cryptesthésiques développés. 

M. Carré, instituteur à Oissery, a eu l'obligeance de faire cette expérience. 
Avec télépathie, c'est-à-dire connaissance par lui du dessin, la probabilité étant 
de 1/36, sur 1.215 réponses (27 élèves), le nombre des succès a été de 31, le nombre 
probable était de 33; c'est tout à fait le hasard. Sans connaissance par l'institu- 
teur de la carte, le nombre des réponses a été de 1.125 (25 élèves) ; le nombre 
des succès a été de 48, alors que le nombre probable n'était que de 31. Il y a eu 
une différence notable entre les divers élèves. Le nombre probable sur 90 réponses 
pour chaque élève, étant de 2, il y en eut un qui a bien dit 7 fois ; deux autres, 
6 fois. 

Il y a là, à ce qu'il semble, ample matière à de nombreuses et curieuses 
recherches.. 

M. Warcollier a signalé aussi un ingénieux procédé ; c'est d'utiliser le jeu 
(ancien) dit de la rencontre. Soit les 13 cartes de carreau par exemple ; on prend 
les 13 cartes de pique et on choisit, pour en accoler à un des carreaux (qu'on 
n'a pas vu), un des piques (qu'on voit). La probabilité du succès, c'est-à-dire du 

1 
même point pour le carreau et le pique, est-ry. On peut intéresser le jeu, et 

dire que le banquier payera 13 fois la mise à chaque rencontre et recevra 1 franc à 
chaque non rencontre. Le jeu est équitable et amusant. Le problème change-t-il 
si le banquier connaît la carte de carreau (télépathie) ou s'il l'ignore (lucidité) ? 



CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES NORMAUX 117 

que très vague, très indistincte, à peine marquée, difficile à cons- 
tater, mais, en multipliant les expériences, on arrive à prouver 
qu'elle existe à l'état de traces. 

Il est probable que cette cryptesthésie est souvent télépathique. 
Mais sans doute la télépathie n'est qu'un cas particulier, quoique 
le plus fréquent peut-être, de la cryptesthésie. En tout cas, dans 
les expériences faites sur les normaux, on constate souvent aussi 
bien la télépathie que la lucidité. Toutes deux, si faibles et si impar- 
faites qu'elles soient, sont probables. 

Donc, par des liens mystérieux, la pensée d'un homme est reliée 
à la pensée des autres hommes. Nous ne sommes plus des isolés. 
Nous sommes en communion obscure avec tous les humains. Et 
sans doute il y a quelque vérité dans ce qu'on a appelé l'âme des 
foules. Un courant vague et puissant, de sympathie ou de colère, 
d'indignation ou d'enthousiasme, détermine dans une assemblée, 
réunie en un théâtre, ou en un forum, ou en un Parlement, un 
sentiment presque unanime : c'est un torrent qui emporte toutes 
les digues. Est-il permis de comparer cette émotion d'une foule 
à la transmission mentale observée dans les expériences mention- 
nées plus haut? 

Malheureusement les mathématiques n'ont pas grande force de 
conviction. On objecte toujours le hasard, et on a peut-être raison ; 
car l'écart entre le nombre probable et le nombre obtenu par cryp- 
testhésie n'est pas suffisant pour convaincre. Mais nous allons voir 
que ce phénomène étrange de la cryptesthésie se développe énor- 
mément par l'hypnotisme et par la médiumnité. Et alors la con- 
viction sera complète. 

§ II. — CRYPTESTHÉSIE DANS L'HYPNOTISME 
ET LE SOMNAMBULISME 

L'histoire de l'hypnotisme est très singulière : elle nous donne 
un éclatant exemple de l'évolution des idées ; évolution qui est une 
révolution, car, pendant longtemps, de 1790 à 1875, le somnanbu- 
lismeetle magnétisme animal passaient pour des sciences occultes, 
et il était presque interdit aux savants, non seulement d'y croire, 
mais de s'en occuper. C'était un domaine maudit, une terre infâme. 



118 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Certes Mesmer, puis, après Mesmer, Puységur, Deleuze, Husson, 
Braid, Liébeault, avaient fait de très remarquables expériences, 
mais elles étaient assez imprécises pour ne pas entraîner la consé- 
cration officielle, toujours très lente, toujours retardataire. Elles 
n'avaient pas pu dégager la physiologie de l'hypnotisme des nuages 
magiques où ce phénomène s'enveloppait. 

J'ai pu, en 1875, étant étudiant encore, établir que l'hypnotisme 
n'était pas une illusion due à des fraudes habiles ou grossières, que 
c'était un fait physiologique et psychologique, aussi naturel, aussi 
expérimentalement démontrable que le tétanos provoqué par la 
strychnine, et le sommeil provoqué par l'opium. 

D'ailleurs, pour indiquer quel était l'état des esprits en 1875, 
quand, deux ans avant Charcot et avant Heidenhain, je publiai mes 
recherches, il me suffira de citer les paroles par lesquelles je com- 
mençais mon mémoire : « il faut un certain courage pour prononcer 
le mot de somnambulisme. » Peut-être aujourd'hui faut-il moins de 
courage pour prononcer le mot de fantômes. 

Actuellement, le somnambulisme est un fait avéré, incontesté, 
qui n'appartient plus à la métapsychique. 

Tout de même, il y a dans l'histoire du somnambulisme deux ou 
trois chapitres qui relèvent de la cryptesthésie. On peut en effet se 
demander: l°si l'action dite magnétique du magnétiseur a quelque 
chose de spécifique, en d'autres termes s'il y a des effluves magné- 
tiques, appréciables seulement par les sensitifs ; 2° si l'état d'hyp- 
notisme crée la cryptesthésie. 

a. — Effluves magnétiques. 

Il s'agit de savoir si, quand on magnétise d'après l'ancien mode, 
par des passes magnétiques, comme le faisaient Du Potet, Deleuze, 
Lafontaine, comme je l'ai fait maintes fois, comme on le fait souvent 
encore, on dégage un certain fluide magnétique, spécial, une force 
humaine, agissant sur les êtres humains. Malheureusement nous 
ne pouvons à cette importante question apporter de réponse satis- 
faisante. Tout est encore incertain. 

L'hypothèse la plus simple, celle qu'on teud à adopter aujourd'hui, 
c'est que, si un sujet s'endort, c'est par suggestion, verbale ou non 
verbale, que par conséquent toutes les passes, dites magnétiques, 



CRYPTESTHÉSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 119 

sont accessoires, inutiles (sinon peut-être comme symboles de la 
suggestion). Ainsi, dit-on, il ne se dégage pas de fluide magnétique, 
mais le demi-silence, la demi-obscurité, une certaine tension 
d'esprit provoquée par ces manœuvres, une série de suggestions, 
exprimées ou tacites, parviennent à mettre un sujet en état d'hyp- 
uose. L'émotion un peu dramatique qu'amènent les passes contri- 
bue aussi au sommeil. Plus tard, après qu'un demi-sommeil a été 
une première fois obtenu, l'éducation et l'habitude jouent, pour 
les sommeils ultérieurs, un rôle prépondérant. Les passes ne sont 
toujours que symboles. Si un individu a été endormi une fois, il 
sera ensuite, non seulement par le même magnétiseur, mais même 
par d'autres individus, facilement endormi. Il n'y aurait donc nul 
besoin d'invoquer un fluide magnétique, une nouvelle force énergé- 
tique. Telle est au moins l'opinion actuelle de la plupart des méde- 
cins (Babinski). 

La suggestion par imitation suffit souvent, disent-ils encore, à 
expliquer les phénomènes de l'hypnotisme. On sait que, dans une 
salle de malades par exemple, ou dans une caserne, ou dans une 
école, ou dans un cloître, si l'on a réussi à endormir un malade, un 
soldat, un eufant, ou une nonne, on parvient sans peine à endormir 
la plupart de leurs camarades. Il existe une vraie contagion ner- 
veuse, comme en témoignent les épidémies démoniaques, observées 
au moyen âge, convulsionnaires ou hystériques, à des époques plus 
récentes. 

Chez les animaux, une sorte de sommeil hypnotique se produit 
par la fixation d'un objet brillant. On peut, comme déjà l'a indiqué le 
Père KiBCHERau xvn e siècle, paralyserles mouvements d'une pouleen 
la mettant sur le dos et en traçant à partir de son bec une raie blanche 
sur le sol. De même, en faisant regarder fixement à certaines per- 
sonnes un objet brillant, une boule de cristal, par exemple, on pro- 
voquerait, dit-on, l'état d'hypnose. 

Je n'ai jamais rien pu constater d'analogue. Chez les sujets habi- 
tués, le sommeil magnétique survient sans doute par la fixation 
d'un objet brillant. Mais chez ceux-là tout endort. Bientôt les yeux 
se ferment, et il y a une insensibilité, d'abord peu marquée, mais 
qui va bientôt en s'accentuant, à mesure que la conscience dis- 
paraît. 



120 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

A cette méthode d'hypnotisme par un objet brillant, il faut ratta- 
cher sans doute l'hypnotisme par fascination. Un individu nommé 
Donato était doué à cet égard d'une puissance (ou d'une habileté) 
prodigieuse. Dans une salle de théâtre, pleine de spectateurs, il 
choisissait cinq, six, douze, vingt personnes, qui assurément 
n'étaient ni des compères, ni des complices. 11 les amenait sur la 
scène, les regardait fixement, les yeux dans les yeux, et, au bout 
d'une demi-minute, peut-être plus vite encore, parvenait à les 
rendre automates, à leur faire perdre toute iuitiative. Si au bout 
d'une demi-minute il n'avait pas réussi, — ce qui arrivait assez 
souvent, — il laissait de côté le sujet rebelle et passait à un autre. 
En quelques minutes, il avait récolté ainsi une quinzaine d'indi- 
vidus, le plus souvent de très jeunes gens, qui lui obéissaient doci- 
lement, suivaient tous ses mouvements et acceptaient les sugges- 
tions (verbales) les plus invraisemblables. 

On a rapproché ces cas de fascination de la fascination qu'exer- 
cent parfois les regards des animaux ; celui du chien d'arrêt, ou 
du serpent. Mais ce ne sont que des analogies assez vagues. 

Quoi qu'il en soit, le sommeil hypnotique peut être provoqué non 
pas chez tous les individus, mais chez beaucoup d'individus, par 
certaines manœuvres. Et ces manœuvres sont différentes : passes, 
fixation d'un objet brillant, fixation parle regard, suggestion ver- 
bale. L'imitation et la répétition favorisent beaucoup les phéno- 
mènes. 

Mais est-ce tout? Avons-nous quelque preuve positive qu'il se 
dégage une vibration volontaire du corps du magnétiseur, et que 
par conséquent une force inconnue, qu'on a appelée magnétique, 
intervient, qui se transmet à l'individu hypnotisé ? Si l'on était 
aussi peu exigeant et aussi imprécis que le furent les magnétiseurs 
de 1840, on pourrait alléguer quelques raisons en faveur de l'hy- 
pothèse d'un fluide humain . Mais nous sommes devenus plus 
difficiles. 

Je laisserai donc de côté les idées de Reichenbach sur l'od, de 
Babaduc sur les effluves, de Chazabain sur la polarité humaine; car 
leurs allégations, en général plus mystiques que scientifiques, ne 
sont fondées que sur des données insuffisantes. Mais tout de même 
il y aurait quelque imprudence à repousser sans examen l'hypo- 



EFFLUVES MAGNETloUES 121 

thèse d'un fluide magnétique 1 . Aussi en ferons-nous une étude 
sommaire. 

D'abord il est très vraisemblable que certains magnétiseurs 
peuvent, plus que d'autres, exercer une action hypnotisante. Et 
cela n'est guère contestable, pour peu qu'on ait su observer. 

Si je pouvais citer mon propre exemple, je dirais que jadis, 
quand j'opérais certainement moins bien qu'aujourd'hui, je provo- 
quais le sommeil assez facilement, chez maintes personnes même 
peu sensibles, tandis qu'aujourd'hui je ne puis presque plus jamais 
chez qui que ce soit provoquer la moindre hypnose. La même 
observation a été faite par le D r Maingot et le D r Emile Magntn, 
qui ont été de très puissants magnétiseurs... Ils faisaient ce qu'ils 
voulaient, me disent-ils. Et maintenant, quoiqu'ils ne soient pas 
très âgés, ils s'étonuent d'être presque impuissants à amener 
l'hypnose profonde. 

J'ai cru voir, dans diverses circonstances où il fut essayé de 
m'hypnotiser, que certaines personnes, comme par exemple 
J. Ochorowicz, le magnétiseur Cannelle, le D r Faivre, agissaient 
assez vite sur moi pour provoquer nettement un état de vague som- 
nolence, tandis que tout essai fait par d'autres personnes restait 
infructueux. 

M. Sydney Alrutz, professeur à l'Université d'Upsala 2 , incline à 
croire — et c'est aussi l'opinion de sir William Barrett — que par 
le magnétisme humain on dégage un certain fluide, qui agit direc- 
tement sur la sensibilité. En magnétisant un doigt de son sujet, à 

* 

travers un verre épais, les yeux du sujet étant bandés, il produit 
l'insensibilité absolue de ce doigt. Mais il est presque impossible 
d'éviter toute suggestion, et l'expérience paraît uue des plus diffi- 
ciles à bien faire. 
Donc actuellement la question est encore ouverte. Il serait inté- 

1. Baréty, Le magnétisme animal étudié sous le nom de force neurique rayon- 
nante et circulante dans ses propriétés physiques, physiologiques et thérapeu- 
tiques, Paris, Doin, 1887. — Baraduc (H). Les vibrations de la vitalité humaine, 
Paris, J.-B. Baillière, 1904. — La force vitale, notre corps vital, fluidique, une 
formule barométrique, 1905. — M. Benedikt. Die latenlen Emanationen der C/ie- 
mikalien (C. Konegen, Wien, 1915). 

2. Sydney Alrutz, Erscheinungen in der Hypnose [Zeitsch. fiir Psychologie, 1909). 
— W.-F. Barrett, Some récent hypnotic e.rperiments (J. S. P. R., janvier 1912, 
179-186). 



122 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

ressant d'en faire une étude approfondie. Est-ce un fluide magné- 
tique? Est-ce la suggestion verbale? Est-ce l'hypersensibilité 
des sens normaux? Est-ce la télépathie? Toutes les hypothèses 
sont également admissibles. Malgré d'innombrables travaux, il est 
impossible de conclure. Myers disait : « Il est probable que les 
passes magnétiques ont un certain pouvoir spécifique per se» l . 

Je vais un peu plus loin dans le doute, et je dirai que c'est 
presque probable. 

On ne peut guère ajouter grande confiance aux dires des magné- 
tisés sur la vision des effluves. « La plupart des somnambules, 
disait Deleuze, en 1813, voient un fluide lumineux et brillant envi- 
ronnant leur magnétiseur et sortir avec force de sa tête et de ses 
mains. » Mais cela n'a pas été répété, et cette vision est assurément 
un cas de suggestion. De même, malgré son grand talent et ses admi- 
rables efforts, A. de Rochas n'a pu en toute rigueur scientifique 
démontrer l'extériorisation de la sensibilité. Je laisse de côté la 
perception des effluves de l'aimant, car l'étude de cette radia- 
tion de l'aimant ne rentre pas dans le domaine de la métapsy- 
chique. 

Si je ne puis accepter les idées de A. de Rochas sur l'extério- 
risation de la sensibilité, c'est qu'il n'a vraiment pas su se mettre 
en garde contre la suggestion . Sauf les cas où il agissait sur 
les malades de Luys, à la Charité (malades qui certainement frau- 
daient) les sujets de A. de Rochas étaient de bonne foi ; mais 
les succès qu'obtenait de Rochas — et que rarement d'ailleurs 
d'autres ont pu obtenir après lui — ne semblent dus qu'à des sugges- 
tions. 

D'après J. Maxwell, on peut, en se mettant dans une obscurité pro- 
fonde, et après que les yeux sont restés longtemps dans cette obscu- 
rité, voir des effluves lumineux qui se dégagent des doigts. Cette 
question des effluves lumineux a été traitée par A. de Rochas d'une 
manière approfondie 2 . Il rapporte des observations dues au 

1. Human Personality, I, 404. Voy. aussi Mad. Sidgwick et À. Johnson, S. P. R., 
janvier 1912, 184. 

2. Les radiations lumineuses du corps humain (A. S. P., XXI, septembre 1911, 
264. • 



EFFLUVES MAGNÉTIQUES 123 

D r Walter Kilner de l'hôpital Saint-Thomas de Londres, et d'autres 
du D' Donnell, du Mercy Hospital à Chicago. Il paraît qu'eu 
regardant le corps nu d'une personne humaine, à travers certains 
écrans, on peut voir, dans une obscurité complète, des effluves 
lumineux se dégager, qui suivent les contours du corps. Mais, 
comme ces deux médecins ne nous révèlent pas quelle est la nature 
de ces écrans, c'est absolument comme s'ils ne nous disaient 
rien 1 . 

A. de Rochas cite à ce propos, fort justement, les belles recherches 
de Reichenbach, contestables, mais qu'on devrait cependant méditer 
et reprendre. 

Quant à l'auréole des saints et aux mains lumineuses , on ne 
peut guère leur accorder la moindre valeur scientifique. 

En somme toute cette étude est à reprendre ab ovo, avec les 
procédés rigoureux d'investigation que nous possédons aujour- 
d'hui. 

Ce n'est pas à dire que le problème soit facile à résoudre. La 
curieuse histoire des rayons n, de Blondlot, nous montre combien 
il est difficile de se défendre contre les illusions et les hypothèses. 

L'aura, le corps astral, le pénsprit, l'effluve odique, sont des 
expressions diverses pour exprimer un même phénomène, une 
radiation humaine (ou animale). Il est possible que cette radiation 
existe, puisque tout est possible ; mais jusqu'à présent on n'a pas 
pu la démontrer. Le jour où elle sera enfin établie, sans doute 
alors on pourra la rattacher à tout ce qui a été dit par Reichenbach, 
par A. de Rochas, par les anciens magnétiseurs, et nous ne serions 
pas énormément surpris si cette très grande découverte était faite. 
Elle ne l'est malheureusement pas encore, et il n'y a pas même un 
bon commencement de preuve. 

Le D r Joire a fait sur l'extériorisation de la sensibilité quelques 
expériences 2 , desquelles il semblerait prouvé qu'il y a bien une 
certaine extériorisation de la sensibilité. Mais il n'y a pas lieu de 
supposer que cette sensibilité s'exerce près de la surface cutanée à 

1. Est-ce la dicyanine? Voy. G. de Fontenaï, L'aura humaine et les écrans du 
D* Walter Kilner {A. S. P., mars 1912, 74). 

2. L'extériorisation de la sensibilité. Etude expérimentale et historique, par 
A. de Rochas, 1 vol., 8», Paris, Chacornac, 6« édit., 1909. 



124 MËTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

1, 2, 10 centimètres de distance. Il est plus probable qu'elle n'est 
qu'un cas spécial de lucidité, ou cryptesthésie. Le mécanisme en 
est certainement moins simple que ne l'a supposé de Rochas (voyez 
la figure schématique qu'il en donne, fig. A, p. 57) quand il figurait 
une série de couches sensibles formant une enveloppe imaginaire 
du système cutané 1 . 

Les magnétiseurs appelaient rapport la relation qu'ils suppo- 
saient exister entre le magnétiseur et le magnétisé ; relation 
telle que les sensations ressenties par le magnétiseur étaient res- 
senties par le magnétisé, lequel devinait la pensée de son magné- 
tiseur, même sans qu'une parole fût prononcée. P. Janet, obser- 
vateur attentif et sceptique, a constaté que Léonie B..., endormie 
par lui (ou par son frère avec lequel magnétiquement elle le 
confondait), reconnaissait exactement la substance qu'il mettait 
dans sa bouche, sucre, sel, ou poivre. Un jour, dans une chambre 
voisine, son frère J. J. se brûle le bras droit au-dessus du poignet. 
Léonie, sans rien en savoir normalement, témoigne alors une vraie 
douleur, et montrée P. Janet, qui l'ignorait, le point exact où était 
la brûlure. Evidemment ce n'est pas le hasard ; mais, plutôt que 
de croire à un transfert de sensibilité, je dirais que c'est un fait de 
cryptesthésie, ce qui ne nécessite aucune hypothèse. 

G. Delanne cite les diverses expériences dans lesquelles le som- 
meil a été provoqué à distance, sans que le sujet ait pu avoir con- 
naissance normale des efforts du magnétiseur pour l'endormir 2 . 
Mais la perspicacité, consciente ou inconsciente, des sujets est si 
grande qu'on ne peut guère adopter une conclusion ferme. Dans les 
célèbres expériences du D r Husson avec Mad. Sanson, on n'a pas 
pris, selon toute apparence, les précautions nécessaires 3 . 

Rien n'est donc moins démontré que l'existence d'un fluide vital, 

1. A. S. P., 1897, voir la discussion qui s'est engagée J. S. P. R., décembre, 
1906, p. 535. — Voy. aussi : Reichenbach, Le fluide des magnétiseurs, précis 
d'expériences sur ses propriétés physiques et physiologiques, classées et annotées, 
par A. de Rochas, d'AiGLux, 8°, Paris, Carré, 1891. 

2. F. Delanne, Rech. sur la médiumnité, 1902, 259-280. 

3. On pourra consulter sur le même sujet, qui demeure très obscur, Fr. Myers 
(Human perso?iality , I, 524-533). Il y a des observations de J. Héricourt, de Dufay, 
de Wetterstranu, de Man. de Tolosa-Latour ; mais, je le répète, il me paraît diffi- 
cile de conclure. 



SOMMEIL MAGNÉTIQUE A DISTANCE 125 

d'un effluve magnétique. Pourtant je pencherais à croire que, si 
des individus sensibles à l'hypnotisme, mais n'ayant pas été 
hypnotisés encore, étaient magnétisés successivement par deux 
personnes, A et A' ; A étant doué d'un fort pouvoir magnétique, A' 
procédant (en apparence) exactement comme A, mais dépourvu de 
toute puissance magnétique personnelle, presque tous les sensitifs 
seraient endormis par A, alors que presque aucun ne pourrait être 
endormi par A'. Bien entendu, il s'agit là d'une allégation témé- 
raire, sans preuves à l'appui. Je l'indique seulement, car elle me 
paraît pouvoir se prêter à une expérimentation directe qui don- 
nerait quelques résultats nets, si elle était faite correctement. 

Si Donato — ainsi que d'autres — provoque une rapide et brutale 
fascination, quelle est la part de l'habileté acquise par une longue 
expérience? et quelle est la part de l'action personnelle? Je ne 
saurais me prononcer : mais je m'imagine qu'on n'a pas tout dit en 
parlant de l'habileté de Donato, et qu'une action physiologique, 
spéciale à Donato, et émanant de lui, n'est pas sans quelque vrai- 
semblance. 

En réalité tout cela est bien vague. 

Les passes magnétiques agissent-elles sur les animaux ? On peut 
hypnotiser des lapins, des grenouilles ; ou du moins les mettre 
dans un certain état de torpeur et d'inertie qui se rapproche 
quelque peu de l'état hypnotique chez l'homme. Mais si l'hypnose 
des animaux (cataplexie de Prbyer) est vraie, et absolument vraie, 
et facile à vérifier, autant que toute expérience de physiologie élé- 
mentaire, on n'en peut rien déduire au point de vue des soi-disant 
effluves humains. Si, ainsi que je l'ai noté maintes fois, une gre- 
nouille, après avoir été massée doucement pendant quelques 
minutes, se tient alors tout à fait immobile, et semble paralysée, 
faut-il voir là l'effet de petites excitations cutanées répétées épui- 
sant le système nerveux de la grenouille? Faut-il admettre la 
frayeur possible? car certains animaux (des insectes notamment) 
ont comme procédé de défense le moyen de rester soudainement 
immobiles, et de faire le mort. 

Pour cette action physiologique des effluves magnétiques, nous 
errons dans une terre absolument inconnue. Je ne vois même 



126 MÉTAPHYSIQUE SUBJECTIVE 

pas comment l'expérience pourrait être faite — et bien faite — pour 
établir la réalité de ces effluves. 

Le magnétiseur La. Fontaine raconte qu'il a magnétisé un lion. 
L'histoire est amusante, mais ne résiste pas à la critique. 

Le magnétisme humain agit-il thérapeutiquement sur les mala- 
dies? Certes, assez souvent, si un magnétiseur exercé pose la main 
sur une région malade, il soulage la douleur. Mais quelle est la part 
de la suggestion, puisqu'on sait, depuis Bernheim et beaucoup 
d'autres médecins, que par la suggestion on atténue énormément 
certaines névralgies, céphalées, douleurs rhumatismales? 

Liébeault a pu obtenir des effets thérapeutiques sur des enfants de 
moins de trois ans : il cite aussi 46 cas de traitement chez des enfants 
de moins de quatre ans, ce qui exclut la suggestion. Ochorowicz 
m'a maintes fois affirmé avoir pu nettement, sur des enfants de 
moins de deux ans, soulager la douleur, diminuer des actions mor- 
bides, par l'imposition des mains. Des guérisseurs procèdent parfois 
ainsi, et l'action curative n'est peut-être pas imaginaire 1 . 

En somme tout cela est assez peu de chose, ou même, à un point 
de vue strictement scientifique, ce n'est rien. Il n'y a rien encore 
qui établisse nettement qu'un fluide particulier est dégagé par la 
volonté 2 . 

Le seul procédé démonstratif pour prouver l'action magnétique 
serait d'établir que le magnétiseur peut endormir un sujet à dis- 
tance. 

Malheureusement l'expérience n'est pas simple du tout, car il 
faut tenir compte de la vigilance extraordinaire des sujets, qui, 
consciemment ou inconsciemment, en recueillant les plus faibles 
indices, cherchent avec une sagacité déconcertante, — mais qui n'a 



1. A. et Fr. Myers, Médium Faithcure, and the miracles of Lourdes, 1893, et 
M. Mangin (A. S. P., décembre 1907, 813-866). 

2. Je ne puis aborder ici l'bistoire du magnétisme curatif, thérapeutique, qui 
commence avec Paracelse et Goclenids, De magnetica vulneris curatione citra 
ullam et superstilionem et dolorem et remedii applicationem, Marpurgi, 1 6 J . 
Les guéiïsons par la foi, les miracles de Lourdes, les stigmates, pourraient être 
aussi examinés ici. Mais l'action du système nerveux central psychique sur les 
cellules vivantes ne rentre pas du tout dans le cadre de la métapsychique. Il est 
vraisemblable que tout n'est pas suggestion dans le magnétisme thérapeutique. 
Mais quelle est la part de la suggestion ? C'est indéterminé encore. 



SOMMEIL MAGNÉTIQUE A DISTANCE 127 

rien de métapsychique — à deviner les intentions du magnétiseur. 
Le moindre bruit, le moindre regard des personnes de l'ambiance, 
suffisent pour qu'elles devinent la présence du magnétiseur ou ses 
intentions, et s'empressent de s'y conformer. Dans une expérience 
célèbre, Du Potet en 1827 a endormi Mad. Sanson, sans que Mad. 
Sanson pût, dit-il, connaître sa présence. Mais de cela est-on bien 
assuré ?Hcfsson et Récamier assistaient à l'expérience ; mais leur pré- 
sence même n'était-elle pas, pour Mad. Sanson, un indice? 

De nombreuses expériences ont été faites à diverses reprises pour 
établir une action fluidique à distance. Je citerai, parmi les der- 
nières, celles de Pierre Janet et Gibert, de Boirac, de J. Ochorowicz, 
de J. Héricourt, du D'Dusart, et les miennes. Pour le dire tout de 
suite, ni les unes ni les autres n'entraînent la conviction. 

Et pourtant, si, comme nous le démontrerons abondamment plus 
loin, il existe vraiment une sensibilité spéciale, cryptesthésique, 
qui nous révèle des faits que nos sens normaux ne peuvent nous 
apprendre, on conçoit bien que cette influence du magnétiseur 
puisse être perçue plus ou moins nettement par le sujet sensible. De 
sorte que la magnétisation à distance n'est qu'une des modalités de 
la cryptesthésie. 

Même en admettant l'effluve humain, émission d'un fluide spé- 
cial, vibration particulière, rien ne dit que cette vibration soit 
comparable à la force rhabdique, celle qui fait tourner la baguette 
divinatoire, force émanant des choses et éveillant la cryptesthésie. 
Les émanations des choses ne sont probablement pas identiques au 
fluide des magnétiseurs. La volonté n'y est alors pour rien, puis- 
qu'il s'agit de l'action de choses inintelligentes. 

La distance n'y est pour rien non plus. Des cas de lucidité ont été 
signalés, alors qu'il y avait plus de mille kilomètres de distance 
entre l'agent et le percipient, de sorte que l'extériorisation de la 
sensibilité, par des cercles entourant notre tégument cutané et ne 



1. P. Janet et Gibert, Sur quelques phénomènes de somnambulisme, Bull, de la 
Soc. de psychologie de Paris. Revue philosophique, 1886, (1), XXI, 190-198. — 
Ch. Richet, Un fait de somnambulisme à distance, Ibid., 199-200. — J. Héricocrt, 
Un cas de somnambulisme à distance, Ibid., 200-204. — A. Ruault, Le mécanisme 
de la suggestion mentale hypnotique. Revue philosophique, 1886, (2), G91. — Boirac 
(cité par Flammarion), L'inconnu et les vroblèmes psychiques, 310. — Dus art (cité 
par Flammarion), Ibid., 308. 



128 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

dépassant pas quelques mètres, ne peut être une explication plau- 
sible. 

Il semble enfin que l'impression soit parfois tellement précise 
(une figure, un nom, une image) qu'on ne peut se contenter de 
dire : un effluve amenant le sommeil. La connaissance des choses 
est détaillée, minutieuse, complète. Autrement dit, il est prouvé 
que certains individus acquièrent, grâce à la cryptesthésie, des con- 
naissances que les sens ordinaires ne donnent pas. Mais voilà tout 
ce qui est démontré. On n'a pas encore pu établir qu'il y a des 
effluves humains que dégage la volonté du magnétiseur et qui ont le 
pouvoir de provoquer le sommeil. 

Quant à l'influence d'une pensée humaine sur une autre peusée 
humaine (thought transference, suggestion mentale, télépathie), ce 
n'est plus un cha pitre de l'hypnotisme ; c'est le chapitre fondamental 
de la métapsychique subjective, et nous l'étudierons plus loin avec 
détails. A ce point de vue le sommeil somnambulique à distance 
et l'action du fluide magnétique rentrent tout à fait dans la cryp- 
testhésie. Mais la cryptesthésie est prouvée, tandis qu'il n'y a 
encore rien qui établisse] la réalité d'un fluide magnétique, émis 
par la volonté du magnétiseur et déterminant le sommeil. 

(J. — Développement de la cryptesthésie par l'hypnotisme. 

Assurément, dans certains cas, on constate la lucidité en dehors 
de toute hypnose ou de tout sommeil, puisque la plupart des 
exemples de monitions (que nous donnerons tout à l'heure) se réfè- 
rent à des individus normaux. De même certains faits très remar- 
quables de lucidité expérimentale, observés pendant les séances 
spirites, ont été fournis par des médiums que personne n'avait hyp- 
notisés, et qui semblaient — mais ce n'était peut-être qu'une appa- 
rence, — absolument dans leur état normal . 

Ainsi il est évident qu'il y a cryptesthésie en dehors de l'état hyp- 
notique. Tout de même il n'est pas moins établi que l'hypnotisme 
augmente la cryptesthésie. Mainte personne, incapable quand tous 
ses sens sont éveillés, de donner quelque phénomène transcen- 
dental, deviendra, par moments, lucide, quand on l'aura hypno- 
tisée. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 129 

Au lieu de supposer l'existence, très douteuse, d'un fluide magné- 
tique (inconnu) qui aurait provoqué la cryptestbésie, il vaut mieux 
admettre que l'état hypuotique facilite la cryptesthésie, parce qu'il 
abolit ou diminue V esthésie normale . 

C'est une hypothèse, mais une hypothèse vraisemblable. 

A l'état normal nous sommes conscients de notre existence, nous 
percevons très distinctement des sensations multiples, celles que 
nos sens nous apportent. La vue, l'ouïe, nous donnent à chaque 
instant de multiples indications qui arrivent à la conscience, et la 
maintiennent éveillée. Ces sensations sont tellement fortes, et si 
nombreuses, qu'il n'y a plus de place pour les autres vagues et 
confuses notions que peuvent nous donner d'autres sensibilités 
mystérieuses. Nous sommes à peu près comme un individu qui se 
promène, au grand soleil de midi, sur une route. Alors il ne pourra 
pas voir la lueur falote du ver luisant qui rampe sous une feuille. 
Mais que la nuit vienne à tomber, cette luminosité du ver luisant 
sera très facilement et nettement perceptible. 

Ce n'est là qu'une comparaison. Tout de même cette comparaison 
explique assez bien pourquoi l'hypnotisme et le sommeil nor- 
mal, qui tous deux abolissent ou diminuent les sensibilités nor- 
males, favorisent la lucidité. 

Les sujets très profondément hypnotisés sont insensibles. On a 
pu faire des opérations chirurgicales, sans provoquer de douleur, 
sur des personnes hypnotisées. J'ai souveut vu une jeune femme, 
plongée en un sommeil hypnotique profond, qui ne faisait ni 
un mouvement, ni un geste, quand les mouches se promenaient 
sur sa figure, déambulant sur ses lèvres et ses narines. Parfois 
les bruits les plus violents ne les réveillent pas, et ne sont pas 
entendus. Les grands sujets magnétisés sont insensibles aux 
excitations seasorielles ordinaires ; ce qui les rend peut-être plus 
sensibles à ces excitations de nature inconnue qui émeuvent la 
cryptesthésie. 

De même beaucoup de monitionsont été relatées, qui ont eu lieu 
pendant le sommeil normal. M. Warcollier a statistiquement cons- 
taté la fréquence des monitions pendant le sommeil ou le demi- 
sommeil. C'est qu'alors, comme dans l'hypnotisme, les sens sont 
engourdis. Alors les vibrations inconnues, très faibles sans doute, 

Ricbet. — Métapsj chique. 9 



130 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

qui émeuvent la eryptesthésie, peuvent mieux être perçues. Pour 
entendre certain faible bruit, il ne faut pas que nous soyons 
entourés par des bruits multiples et retentissants, car ils masquent 
ce léger bruit qu'il faut percevoir. L'bypnotisme et le sommeil 
mettent la conscience dans le silence et dans l'obscurité néces- 
saires pour la perception de minuscules énergies. 

11 faut rattacher à l'étude de la eryptesthésie les soi-disant divi- 
nations faites par les somnambules (consultations) sur le dia- 
gnostic ou sur la thérapeutique des maladies. 

Je n'insisterai pas sur la thérapeutique. L'appréciation d'une 
action thérapeutique efficace, même dans la médecine non occulte, 
est si délicate, qu'il est impossible de dire quoi que ce soit de sérieux 
sur la thérapeutique recommandée par les somnambules. Et puis 
sur les malades la suggestion peut agir, et avec beaucoup de force, 
comme dans certains cas cela a été surabondamment démontré. 
Personne n'ignore qu'on a raconté des cas de guérisons extraordi- 
naires observés à Lourdes, de notre époque, comme ceux qu'il y 
a deux siècles ou a vus sur la tombe du diacre Paris. Peut-être y 
aurait-il lieu d'introduire dans la science métapsychique quelques- 
unes de ces guérisons miraculeuses et authentiques. Je me conten- 
terai, sans conclure, d'en signaler trois qu'il faut pourtant men- 
tionner, à cause de la complexité des phénomènes, qui à certains 
égards touchent à la métapsychique. 

Il s'agit d'abord d'une observation remarquable très bien prise 
par Emile Mag.mn 1 . 

Une jeune fille de vingt-huit ans, M lle B..., est paraplégique depuis 
vingt-cinq mois : « les bras seuls peuvent faire quelques mouve- 
ments ; c'est à peine si elle peut tourner la tête. Il y a au rachis 
deux convexités, aux poumons râles et submatité ; la température 
est de 39 a le soir. » Trois médecins portent successivement les 
diagnostics suivants : 

1° Paraplégie : pronostic très grave ; - 

2° Mal de Pott : compression de la moelle et paraplégie; 

3° Paraplégie : lésion médullaire ; pronostic très grave. 

1. Devant le mystère de la névrose. De la guérison de cas réputés incurables, 
in-12, Paris, Vuibert, 1920. 



CRYPTESTHESIE DANS LA DIAGNOSE DES MALADIES 131 

Lorsque M. Magnin la vit le 26 février, M 110 B... aperçut à côté de 
M. Magnin la forme d'une jolie dame, qui dit à M" e B... qu'elle gué- 
rirait, et qui même put préciser eu disant que le 8 mai elle pourrait 
se lever. Du 26 février au 8 mai, souvent M. Magnin la magnétisa. 
Or, pendant son sommeil magnétique elle voyait toujours apparaître 
la jolie dame. Le 8 mai, M llc B... est complètement guérie. Elle se 
lève, pose les pieds à terre, marche, embrasse la tête imaginaire de 
sa petite amie (la jolie dame), et le 15 mai elle semble être revenue 
à l'étal normal ; les lésions thoraciques et rachidiennes ont disparu. 
Depuis lors la guérisou s'est maintenue, M 1Ie B... s'est mariée, a eu 
deux enfants '. 

Assurément ce cas est remarquable : il n'est guère vraisemblable 
qu'il y a eu trois colossales erreurs de diagnostic, et qu'il s'agissait 
uniquement de phénomènes hystériques. 

Voici deux autres cas, cités par Marcel Mangin, pour lesquels 
l'explication par l'hystérie est également insuffisante. 

Un ouvrier, nommé Derudder, avait été blessé en février 1867, 
à la jambe. Les deux os étaient brisés. Le mal s'aggrava; il y 
avait une suppuration abondante, nulle tendance à la consoli- 
dation osseuse. La partie inférieure de la jambe était mobile clans 
tous les sens. Huit ans après, faisant une visite (avec prière) à 
Oostaker, près de Gand (Belgique) — il y a là une grotte sacrée, 
du genre de la grotte de Lourdes — Derudder se sent soudaine- 
ment guéri; il peut se tenir droit; il marche; ses deux jambes 
appuient à terre. Or, depuis huit ans, il ne marchait qu'avec des 
béquilles. 

Tout dépend évidemment de l'exactitude de cette observation rap- 
portée par deux médecins. 

La seconde observation n'est pas moins étrange. En 1897, Gargam, 
à la suite d'un grave accident de chemin de fer, est pris de para- 

1. M. Magnin rapporte un fait de prémonition bien singulier que lui aurait 
donné M»° B... 

Un jour, après avoir été endormie, la petite amie revint (la petite amie étant 
la seconde personnalité de M lle B...) et assura a M. Magnin qu'elle le ferait mourir. 
M. Magnin la dissuada, non sans peine, de ce projet sinistre : alors elle lui dit : 
« Je vous montrerai qu'il m'eût été facile de mettre mon projet à exécution. » 
Deux jours après M. Magnin alla au bord de la mer à Veules et pour lire il s'assit 
sur un rocher, au pied d'immenses falaises. Après quelques heures de lecture, il 
retourna au casino. A peine était-il parti que la falaise s'éboula. 



132 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

plégie, avec atrophie musculaire et commencement de gangrène. 
Deux rapports médicaux (daus un procès contre la G ie P. 0.) 
concluent à l'incurabilité et à l'évolution progressive de la 
maladie. 

Or, arrivée Lourdes, Gargam guérit presque subitement quand il 
entre dans la grotte. Il peut faire quelques pas chancelants. Le len- 
demain, les blessures du pied, qui suppuraient, paraissent guéries. 
Il peut marcher sans appui, malgré l'atrophie musculaire. Trois 
semaines après, il a augmenté de 10 kilogrammes, et peut faire un 
service actif 1 . 

Même si ces deux observations sont exactes, elles ne prouvent 
nullement une force métapsychique nouvelle ; elles indiquent 
seulement que le système nerveux central, dans certaines condi- 
tions, possède un inhabituel et tout à fait extraordinaire pouvoir 
sur les phénomènes organiques. 

Ce qui complique énormément la question, ce n'est pas seulement 
la difficulté même de l'appréciation thérapeutique, c'est que des 
considérations étrangères l'ont obscurcie. Pour les guérisons mira- 
culeuses, ce furent les idées religieuses, comme eu témoigne 
l'enthousiasme des foules qui vont aujourd'hui à Lourdes et qui 
allaient jadis au cimetière de Saint-Médard '. 

1. A. S. P., décembre 1907. 

2. Il y a les Faith Cures et de nombreux faits relatifs à la C/irislian Science. 
Cette société a été l'ondée vers 1866, par Mrs Mahy Gloveh Eddy (morte en 1910). 
Voir Ramacharaka (le Yogi), The science of psychic Healing, Chicago. Yogi 
Publication Society, Masonic Temple, 1909. — Une secte dissidente s'est formée, 
celle de l'évoque Oliver Sabin, qui a écrit de nombreux livres qui ont eu de 
multiples éditions. Christology, Science of Health and îlappiness, etc., Washington, 
32 e édit. Mais le point de départ de tous ces livres est l'ouvrage de Miss Mary 
Eddy, ouvrage qui, en 1898, avait déjà 140 éditions. Science and Health, with Key 
to the Scriptures, Boston, Armstrong, 1898. Pour l'historique complet de cette 
secte, on consultera aussi Dresser H.-W., Health and the inner Life, New-York, 
Putman, 1906. 

Relativement aux miracles de Lourdes, voir : Diday P., Examen médical des 
miracles de Lourdes, Paris, Masson, 1873. 

Boissarie(D.), Histoire médicale de Lourdes, 1838-1891, 1 vol.,in-12°, Paris, 1891. 

Baucher, Lourdes et un cas de tuberculose aiguë généralisée, A. S. P., 1895, 
156-158. 

Berteaux, Lourdes et la science, Rev. de l'Hypn. et Psychol. Physiologiques. 
Paris, 1894, 1895, IX, 210-216 et 275-278. 

Backer (F. de), Lourdes et les médecins, Paris, Maloine, 1905, iu-12». 

Artus (Ei.), Les miracles de Notre-Dame de Lourdes, guérison de Juliette Four- 
nier, Paris, Palmé, 1872. Histoire complète du défi, à la libre pensée sur les 
miracles de Lourdes, Paris, Palmé, 1877, in-12°. 

Noriagok, Notre-Dame de Lourdes et la science de l'occulte, Chanuel, Paris, 



CRYPTESTHÉSIE DANS LA DIAGNOSE DES MALADIES 133 

Quant aux guérisons que prétendent apporter les consultations 
des somnambules, c'est toute une industrie, assez peu lucrative sans 
doute, mais tout de même qui est exploitée intensivement en tous 
les pays, et d'ailleurs réprimée par toutes les législations comme 
constituant exercice illégal de la médecine. 

L'exploitation abusive de l'industrie des somnambules profes- 
sionnels fait que les soi-disant guérisons merveilleuses consécutives 
à des révélations somuambuliques ne peuvent être considérées 
comme autheutiques. 

Et cependant on aura quelque peine à admettre que les consulta- 
tions innombrables données depuis plus d'un siècle dans tous les 
pays du monde par des somnambules eussent pu prendre pareille 
extension et se généraliser avec autant de force et de promptitude, 
s'il n'y avait pas quelque minime parcelle de clairvoyance théra- 
peutique dans leurs conseils. Sans cela elles ne pourraient guère 
continuer à exercer leur métier, et seraient vite abandonnées. 
D'ailleurs, entre elles, elles disent volontiers : « X... a beaucoup 
de lucidité, Y... en avait autrefois, elle n'en a plus maintenant; 
Z... en a rarement, mais à certains jours elle est tout à fait 
lucide ». Il ne faudrait peut-être pas repousser trop dédaigneu- 
sement l'histoire de cette divination thérapeutique exercée par 
les somnambules. 

Il faut être plus réservé encore avant de nier toute clairvoyance 
dans le diagnostic des maladies. Il semble que naturellement, ins- 
tinctivement, pour ainsi dire, les somnambules soient incitées à 
parler de l'état de santé des personnes qui les entourent. Même sans 
qu'on leur demande une consultation, elles ont tendance à dire que 
tel ou tel qui leur parle ou qui les touche est malade du cœur, de 
la tête, ou de la poitrine. Tout se passe comme si elles ressentaient, 
par une vraie télépathie (organique plutôt que psychique), les affec- 
tions morbides des personnes qui sont près d'elles. 

Cette télépathie organique s'aperçoit nettement dans toutes les 
paroles qu'elles prononcent. Alice, qui n'a jamais donné de consul- 
tations, et qui n'est ni somnambule, ni médium professionnelle, 

18'JS, et surtout les divers ouvrages de H. L\sskkre (uu des premiers malades 
guéris à Lourdes), Notre-Dame de Lourdes, 4» édit., Paris, Palmé, 1885, et nouv. 
ôdit.j Paris, Sanard, 1898, 2 vol. in-4°. 



134 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

quand on lui remet les cheveux d'un malade, dit : « J'étouffe, je me 
sens toute saisie, cela me donne des crampes, des spasmes, et une boule 
à la gorge. » Eugénie, qui est une professionnelle, toute jeune d'ail- 
leurs, et croyant très naïvement en son art, parle de même. De 
même aussi, Héléna, qui n'est pas une professionnelle, mais qui 
jadis, à des amis, a donné des consultations l . 

Mais tout est encore trop incertain pour qu'on puisse affirmer 
quoi que ce soit sur la lucidité de cette cryptesthésie organique 
spéciale. Peut-être, si l'on voulait, sans préjugés, l'étudier méthodi- 
quement, arriverait-on à des résultats curieux. Dans les 53 expé- 
riences (diagnostics de maladies par des somnambules), que j'ai 
menées avec assez de soin pour éviter toute suggestion de ma part, 
et toute perspicacité normale de la part des somnambules, je n'ai 
eu que des résultats bien médiocres. 11 y a eu des réponses assez 
précises, mais insuffisantes à éliminer l'hypothèse des coïncidences 
fortuites. Pour un individu atteint d'une forte diarrhée, Eugénie a 
dit : « Inflammation de l'intestin ». Pour un enfant atteint de rou- 
geole, Héléna a dit : « C'est la rougeole, j'ai misa figure toute rouge ». 
La meilleure expérience peut-être est celle d'HÉLÉNA (Exp. XIII) 
Héléna dit : « Angoisse, étouffement, douleur là (montrant le creux 
épigastrique). C'est comme une poche qu'il faudrait vider, lly a de la 
fièvre. Cette poche-là, sous le cœur, me donne de l'angoisse. Il faut vider 
cela. » Or il s'agissait d'un malade tuberculeux, ayant une caverne 
tuberculeuse, remplie de pus, à la base du poumon gauche, avec 
suffocation, dyspnée, œsophagisme. Dans tous ces cas, la consul- 
tation était donnée sans que le malade fût présent : il s'agissait de 
psy chômé trie, — ce que j'appelle cryptesthésie pragmatique — c'est- 
à-dire que je remettais des cheveux, ou un objet, ou une lettre, 
venant du malade en question. 

Ce ne sont là que des résultats bien imparfaits. Pourtant, dans les 
nombreux traités du magnétisme animal de 1825 à 1855 on trouve- 
rait sans peiue assez de documents pour encourager les métapsy- 
chistes — parmi lesquels il y a beaucoup de médecins — à étudier 
de nouveau la question, à la reprendre ab ovo, sans craindre les 
railleries. L'histoire du somnambulisme et du spiritisme nous 

1. P. S. P. R., juin 1888, 119. 



AUTOSCOPIE 135 

montre douloureusement combien la science officielle a été mal 
inspirée eu rejetant a priori, sans examen, des faits que plus tard 
elle a été forcée, eu faisant amende très honorable, de recon- 
naître. 

Il est uu cas particulier de cryptesthésie organique qui mérite 
quelque attention ; il a été signalé et bien indiqué par les magnéti- 
seurs de la première moitié du xix e siècle : c'est ce qu'on appelle 
ïautoscopie. 

Souvent, en effet, les somnambules sont en état de voir leurs 
organes, et ils en donnent de curieuses descriptions. 

Mais c'est à peine si l'autoscopie relève de la métapsychique ; 
c'est presque de la psyclio-physiologie. 

A l'état normal, nos organes viscéraux n'éveillent dans la cons- 
cience aucune sensation précise. Le cœur, les poumons, le foie, les 
intestins, le cerveau fonctionnent sans qu'il y ait perception de 
l'organe et connaissance de son fonctionnement. Cependant, ainsi 
que toutes les expériences de physiologie le prouvent, nos viscères 
possèdent des nerfs de sensibilité qui font parvenir aux centres 
nerveux quelques notions sur l'état même de ces organes. 

Ces notions sont indistinctes. Elles arrivent certainement à la 
moelle, au bulbe et au cerveau, mais elles ne touchent que rarement 
la conscience. C'est seulement lorsqu'ils sont malades que nous sen- 
tons notre estomac, nos intestins, notre foie. Ce n'est pas par défaut 
de conduction nerveuse sensible que nous les ignorons, c'est parce 
que leurs nerfs de sensibilité n'émeuvent pas la conscieuce. Aussi 
pouvons-nous admettre comme vraisemblable que, dans certaines 
conditions psycho-physiologiques spéciales comme par exemple 
l'état d'hypnose, la conscience modifiée (amplifiée) puisse être 
ébranlée par ces sensations viscérales. 

Encore que l'autoscopie ait été couramment observée dès le début 
du magnétisme, c'est probablement Féub qui en prononça le mot 
le premier 1 (?) Mais il appliquait le mot d'autoscopie à la vision de 
son double par le personnage probablement halluciné. Or cette 
sorte d'hallucination (autoscopie externe), si intéressante qu'elle soit 

1. Note sur les hallucinations auloscopiqites ou spéculaires, et su>' les halluci- 
nations altruistes illull. de la Soc. de Riol. de Paris, 1891, 451.) 



136 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

au point de vue médical, n'a aucun intérêt métapsychique, 
quoique les théoriciens du spiritisme aient fait de grands efforts 
pour lui attribuer une importance dont elle me paraît tout à fait 
dépourvue. 

L'autoscopie interne, mentionnée par Du Potet, a été bien étudiée 
par le D r Comar l et ensuite par le D r Sollteh, qui en a fait l'objet 
d'uue monographie intéressante 2 . 

Nous n'avons pas à examiner ici dans le détail les modalités de 
l'autoscopie, puisque aussi bien nous sommes ici au vrai border iand 
qui sépare le psychique et le métapsychique. Pour que notre con- 
science ait la représentation visuelle de nos viscères, il n'y a pas 
à supposer quelque propriété nouvelle de l'esprit ou du système 
nerveux. 

Tout de même cela conduit à une conclusion curieuse. 

S'il est vrai que certains individus, hypnotisés, hystériques, 
anormaux, ont la notion visuelle de leurs organes, — et on est 
forcé de considérer le fait, quelque exceptionnel qu'il soit, comme 
établi, — il s'ensuit que, dans certains cas de maladie, la patiente 
(hypnotisée ou hystérique) pourra se rendre compte qu'elle a telle 
ou telle lésion organique, dont elle peut diagnostiquer le siège, en 
voyant cette lésion. Et en effet, parfois des malades magnétisés 
ont tendance à décrire leur maladie, son étendue, sa localisation, 
en même temps qu'à en indiquer les remèdes. 

C'est même peut-être par cetteautoscopie interne que peuvent s'ex- 
pliquer les cas assez nombreux et bien authentiques d'auto-prémo- 
nitions. Or ces auto-prémonitions de mort ou de maladie ne sont 
pas des prémonitions véritables. C'est l'autoscopie qui permet à 
un somnambule de faire une prévision sur sa mort ou sur sa mala- 
die, absolument comme un médecin expérimenté peut, en exami- 
nant les organes d'un de ses malades, prévoir qu'il est en danger 
de mort, et annoncer révolution de sa maladie. 



4. L'autoreprése?ilalion de l'organisme chez quelques hystériques. Revue neuro- 
logique. 1901, 491. 

2. Les phénomènes d'auloscopie, Paris, Alcan, 1903. Pour qu'il n'y ait pas de 
confusion, il faut distinguer l'autoscopie interne et l'autoscopie externe. Elle est 
externe quand l'halluciné voit son double distinct de lui. Elle est interne quand un 
somnambule aperçoit ses organes, cœur, foie, intestins, et en décrit les formes, 
pathologiques ou non. 



CRYPTESTHÈSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 137 

§ II. — CKYPTESTIIÉSIE DANS L'HYPNOTISME 

La cryptesthésie expérimentale peut être étudiée tautôt chez les 
individus hypnotisés, tantôt chez les médiums. Pourtant, le plus 
souvent, le médium, pendant la séance, est daus un état de trance; 
mais cette trance spontanée se coufond singulièrement avec l'état 
hypnotique proprement dit, comme si le médium s'était, pour ainsi 
dire, hypnotisé lui-même, sans que des mauœuvres dues à un 
magnétiseur aient été nécessaires. 

Or ce n'est pas encore là une différence essentielle. La différence 
principale, c'est que le médium croit qu'il est en rapport avec 
des personnalités réelles, différentes de lui, et que ces personnalités 
nouvelles, ses guides, parlent par sa voix, écrivent par sa main. 
En tout cas, chez l'hypnotisé comme chez le médium, il y a, à des 
degrés divers, assoupissement des sens normaux, et diminution de 
la conscience. 

Cependant en apparence chez beaucoup de médiums la conscience 
est restée intacte. Ilscontinuentà parler, à causer avec les personnes 
présentes, alors que leur inconscience élabore d'autres conversa- 
tions, d'autres actes, lesquels se traduisent par des mouvements 
musculaires qu'ils connaissent et qu'ils contrôlent à peine (écri- 
ture automatique ou mouvements de la planchette). C'est ce que 
j'ai appelé Y hémi-somnambulisme. 

Parfois même cette dissociation entre la personnalité consciente, 
normale, et les nouvelles personnalités qui apparaissent, est plus 
compliquée encore. Car, dans certains cas, avec la main droite, le 
médium écrit des phrases cohérentes, répondant à la personnalité 
d'une personne D... — tandis qu'avec la main gauche, il écrit de 
tout autres phrases cohérentes, comme si c'était une autre person- 
nalité G... — Et pendant ce temps, il continue à paraître normal, il 
rit, il cause, il chante, il discute avec les diverses personnes du 
cercle. 

Mais cette dissociation de la personnalité, soit dans le somnam- 
bulisme, soit dans l'hémi-somnambulisme, n'a rien de métapsy- 
chique. C'est encore de la psychologie classique. Il suffit d'admettre 
le fait banal, qu'on a si souvent constaté, d'un dédoublement, et 



138 MÉTAPSYCHTQUE SUBJECTIVE 

même parfois, quoique bien plus rarement, d'un détriplement de la 
personnalité. 

Or ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas tant ces variations 
de la personnalité que les manifestations de lucidité, c'est-à-dire 
de cryptesthésie. 

De cette étonnaute cryptesthésie, les preuves sont tellement nom- 
breuses et certaines qu'il faut se contenter de faire un choix, et de 
ne citer que les principales l . 

A. — Expériences sur les sujets hypnotisés. 

Les anciens magnétiseurs, dès le début du magnétisme animal, 
ont insisté sur la clairvoyance ou lucidité. 

J'en citerai seulement quelques cas 2 . 

Le général Noizet 3 raconte qu'une somnambule (en 1842) lui a 
raconté avec une précision extrême ce qu'il avait fait dans la journée, 
et cependant ce n'était pas ordinaire. Il avait été aux Tuileries dans 
l'appartement du duc de Moutpensier, fils du roi, de là en voiture 
avec le duc de Moutpensier à l'Hôtel des Invalides, pour étudier les 
plans reliefs des places fortes. Tout cela fut dit très exactement. (Le 
récit en est trop long pour être donné ici.) 

D'après une lettre du D r Despine à M. Charpignon 4 , Mad. Sghmitz, 
à Genève, étant malade, demande au D r Julliard d'écrire une con- 
sultation pour elle. Le D 1 ' Julliard, dans la plus profonde obscurité 
de toute la salle, lui met le papier sous les pieds. Elle dit : « Voilà 

4 . On me permettra de citer avec quelque prédilection mes expériences person- 
nelles. Je m'excuse d'avance pour la part, probablement trop grande, que je 
donne à mes propres recherches, mais quelques-unes sont inédites, et méritent, 
je crois, d'être retenues. 

2. Dans les vieux journaux de magnétisme (allemands, français, anglais, italiens), 
on trouve nombre de cas de lucidité des magnétisés. Mais il n'est pas certain 
que le bandeau ait toujours été assez bien mis sur les yeux pour empocher toute 
vision; car, même en mettant de l'ouate de chaque côté du nez, le tampon 
d'ouate peut se déplacer, et permettre de voir un peu. Or un peu, c'est trop. Il 
est probable que la clairvoyance de la petite fille de Pigeaire, par exemple, était 
aulhentique, mais la preuve n'en est pas suffisante (voir Journal du magnétisme 
animal, parJ.-J.-A. Ricard, Paris, Bourgogne et Martinet, 1840, et Toulouse, 1839, 
t. I, p. 624. 

3. Cité par Flammarion, loc. cit., 339. 

4. Physiologie, médecine et métaphysique du magnétisme, Paris, J. Baillière, 
1848, 114. 



CRYPTESTHÉSIE DANS [/HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 139 

ma lumière! » et elle lit ce qu'avait écrit M. Julliard. Charpignon cite 
aussi d'autres cas de clairvoyance ou transposition des sens. Mais 
alors on n'avait pas la même sévérité qu'aujourd'hui pour l'authen- 
tification de pareils faits, de sorte qu'il est permis, et même néces- 
saire, d'en douter. 

Il faut toujours être très prudent dans les conclusions. Aussi bien 
vais-je rapporter un exemple de cryptesthésie qui probablement 
comporte une erreur. Ce sera comme une indication des précau- 
tions nécessaires à une bonne expérience. , 

En présence de M. Legludic, directeur de l'École de Médecine 
d'Angers, le D r Binet Sanglé 1 fit quelques expériences de cryptes- 
thésie. Une femme de quarante-cinq ans est endormie, face au mur, 
et les yeux bandés. Le D r Legludic ouvre un livre au hasard et sou- 
ligne le mot vautour. Sans rien dire, M. Binet Sanglé dessine la 
tête d'un vautour et M... dit : « C'est un drôle d 'oiseau, il n'a pas 
d'ailes, c'est un vautour ». Dans une autre expérieuce, ouvrant un 
livre au hasard, M. J... souligne le mot limace. Alors M... dit : « C'est 
une limace ». Dans une autre expérience, plus étonnante encore, 
M. J... souligne le vers suivant : 

Souffle, bise, tombe à flots, pluie ! 

0... dit : S... SS... S... et enfin : Souffle, bise... 

Enfin, dans ce même livre ouvert au hasard, M. J... souligne ce 
vers : Le Dieu ne viendra pas. L'Église est renversée. M... dit alors : Le 
Dieu ne viendra pas. 

Cette expérience serait décisive, si une complicité n'était pas 
possible, et, à ce qu'il semble, probable, entre 0... et M... les 
deux sujets qui étaient présents. Aussi ne faut-il pas plus l'ad- 
mettre que les expériences de Misses Creery. Il faut se méfier des 
complicités, voulues ou inconscientes, dans toute expérience de cryp- 
testhésie. 

William Gregory-, professeur de chimie à l'Université d'Edim- 
bourg, a constaté que le major Bcckley a pu développer la lucidité 

1. Expér. sur la transmission directe delà pensée, A. S. P., 1902, XII, 131-143. 

2. Letters to a candid inquirer on animal magnetism (18-ïl) cité par E. Boirac, 
in A. S. P., 1893, III, 242. 



140 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

chez maints individus hypnotisables, assez pour leur faire lire avec 
exactitude des devises, des lettres, des adresses, des empreintes 
postales, enfermées dans des enveloppes ou des boîtes de carton et 
de bois. Dans un cas Sir T. Wilshire avait écrit le mot concert, et 
croyait avoir écrit correct. Le voyant lut concert. Sir Wilshire lui 
dit que c'était une erreur, mais, en ouvrant la boîte, il constata que 
c'était bien concert qui avait été écrit. 

La statistique que donne le major Buckley serait absolument 
décisive, s'il n'y avait pas possibilité de quelque erreur systéma- 
tique. Il a été lu des devises contenues dans 4.680 coquilles de 
noix, et comprenant environ 36.000 mots. 

Herbert Mayo, médecin et physiologiste anglais éminent, qui 
soignait en Angleterre le colonel C... envoya à un ami américain 
qui habitait Paris, une boucle de cheveux d'un de ses malades, 
le colonel G... Une somnambule de Paris déclara que C. . avait uue 
paralysie partielle des hanches et des jambes, et que pour une 
autre affection il avait l'habitude de se servir d'un instrument de 
chirurgie. 

Si je cite ce fait de lucidité, ce n'est pas qu'il soit plus remarquable 
que beaucoup d'autres, mais c'est parce qu'il est attesté par un 
physiologiste expérimenté, tel que M. H. Mayo, et qu'il fut assez 
net pour avoir convaincu ce savant distingué que la lucidité existe l . 

Le D r Dufay de Blois a eu avec une somnambule non profession- 
nelle, nommée Marie, de bons exemples de cryptesthésie 2 . 

Il reçoit le matin une lettre d'un officier de ses amis qui est en 
Algérie, malade, dysentérique, forcé de coucher sous la tente. Il 
place la lettre sous deux enveloppes qui ne portent aucune indica- 
tion, et met le soir la lettre entre les mains de Marie. Elle dit qu'il 
s'agit d'un militaire, malade de dysenterie. Et, pour aller le 
retrouver, elle s'embarque (imagiuairement), a le mal de mer, 
voit des femmes en blanc, qui ont de la barbe (sans doute des 
Arabes). Elle voit l'officier, très maigre, malade, avec un lit, trois 
planches sur des piquets au-dessus du sable humide. 

1. Cités par Boirac, La métagnomie {A. S. P., novembre 1916, 159-162). 

2. C. Wallace, loc. cit., tr. fr., 92. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 141 

L'autre exemple donné par le D r Dufay est peut-être plus remar- 
quable encore. Un iudividu dans la prison de Blois venait de se 
suicider, eu s'étrauglaut avec sa cravate. Le D r Dukay coupe un 
morceau de cette cravate, l'enveloppe dans plusieurs doubles de 
papier, et remet l'objet à Marie. Celle-ci déclare qu'il s'agit de 
quelque cbose qui a tué un homme, une corde..., non, une cravate; 
c'est un prisonnier qui s'est pendu parce qu'il avait assassiné un 
homme. Elle dit qu'il l'a tué avec un gouel (une hachette de bûche- 
ron) et elle indique l'eudroit où le gouet a été jeté- De fait, en sui- 
vant les indications données par Marie, on a retrouvé, au lieu indi- 
qué, le gouet, instrument du crime. 

Le D' Vidigal, à Saint-Paul (Brésil), amène chez lui une jeune 
domestique de douze ans, qui vieut d'arriver d'Espagne comme 
émigraute. Le soir même de son arrivée, elle est endormie par un 
ami du D r Vidiual, et elle voit une vieille femme dont la description 
ressemble à celle de la mère du D r Vidigal, morte il y a trois mois. 
La fillette ajoute que, dans la chambre de la défunte, il y a un vête- 
ment de soie noire et une poche cousue dans le vêtement, où se 
trouvent 75 milreis. On entre dans cette chambre en laquelle personne 
n'avait pénétré depuis longtemps, et on trouve eu effet dans la 
robe de soie noire 75 milreis. Il est à noter que M. Vidigal avait 
pu à peine pourvoir aux frais de l'enterrement de sa mère *. 

En 1837 à New- York, Loraine Brackett, de Dudley, une jeune 
femme qu'un traumatisme avait rendue complètement aveugle, 
étant hypnotisée, fait mentalement divers voyages témoignant de 
sa lucidité. Notamment elle a pu décrire exactement un tableau 
vu par M. Stone, en une autre ville, représentant trois Indiens 
autour d'un tronc d'arbre énorme, avec des hiéroglyphes sur le 
tronc. Loraine dit : Three Indians sittmg in a hollou) three, which 
looks as though it had been dug out on pur pose ; and the trees filled 
with marks. Personne, sinon M. Stone, ne connaissait ce tableau 2 . 

Mad. Sidgwigk(E. H.) rapporte divers cas de lucidité magnétique 

1. Bozzaxo, A. S. P., 1910, 120. 

2. Animal magnetism, Letter of M. Stone to D r Bigham, P. A. S. P. R., 1907, 
106. 



142 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

donnés par Jane 1 . Ils sout extrêmement intéressants, et nous 
renverrons au mémoire de Mad. E. H. Sidgwick pour plus de 
détails. 

LeD'F... qui magnétisait Jane, avertit un de ses clients, M. Eglin- 
ton, relevant d'une maladie, qu'il va essayer de faire dire à Jane 
ce qu'il fera dans la soirée de 8 à 10 heures. Jane dit : « Je vois un 
monsieur très gras, il a une jambe de bois, il lïa pas de cerveau. Il 
s'appelle Eglinton. Il est assis devant une table où il y a du brandy, 
mais il ne boit pas. » 

Résultats bien curieux ; car M. Eglinton, qui est très maigre, 
avais mis sur une chaise un mannequin bourré de vêtements, de 
manière à lui donner une forte corpulence, et avait placé ce man- 
nequin devant une table chargée d'une bouteille de brandy. 

Dans uue série de quatorze séances à Brighton, Alexis joua aux 
cartes les yeux bandés, nommant les cartes de ses adversaires aussi 
bien que les siennes, déchiffra les lignes d'un livre fermé, décrivit 
le contenu enfermé dans des boîtes opaques. 

Robert Houdin, le célèbre prestidigitateur, eut une entrevue avec 
Alexis. R. Houdin tira un livre de sa poche, et, l'ouvrant, demanda 
à Alexis de lire une ligne à un niveau particulier huit pages aupa- 
ravant. Le clairvoyant enfonça une épingle pour marquer la ligne, 
et lut quatre mots qui furent trouvés sur la ligne correspondant à 
la dite page antérieure. Houdin trouva cela stupéfiant, et signa cette 
déclaration : « f affirme que les faits relatés plus haut sont scrupuleu- 
sement exacts ». 

Robert Houdin, après avoir constaté que les phénomènes de clair- 
voyance se produisant chez Alexis ne pouvaient être imités par 
aucun prestidigitateur, raconte que, le D r Chomel ayant montré une 
médaille à Alexis, Alexis lui dit (ce qui était absolument exact) : 
« Cette médaille vous a été donnée dans des circonstances bien singu- 
lières. Vous étiez dans une mansarde, étudiant, à Lyon. Un ouvrier à 
qui vous aviez rendu service, ayant trouvé cette médaille dans les 
décombres, vous l'offrit '-. » 

Alexis a donné aussi au premier Président Seguier une preuve 

1. A. S. P., 1891, I, 280. 

-. Del anne, Rech. sur la médiumnité, 1902, 2o6. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 143 

de lucidité (et non de télépathie) très curieuse 1 . Alexis, faisant uu 
voyage dans la chambre du Président (qui n'avait pas donné sou 
nom), voit sur la table une sonnette. « Non, dit M. Seguier, il n'y a 
pas de sonnette. » Mais, rentré chez lui, M. Seguier constate que, 
dans l'après-midi, une petite sonnette avait été déposée sur sa table 
de travail. 

Beaucoup d'autres preuves de la lucidité extraordinaire d'ALExis 
sont rapportées par C. Flammarion. D'autre part le D r Bertrand, les 
magnétiseurs Petetin et Lafoxtaine, et surtout le D 1 Frapart, en ont 
réuni tant d'exemples, variés et probants, qu'il est impossible de 
mettre en doute les facultés métapsychiques extraordinaires 

d'ALEXIS DiDIEIt. 

A diverses reprises, Robert Houdin, qui fut certainement uu des 
plus experts prestidigitateurs de tous les temps, a constaté et attesté 
la clairvoyance d' Alexis 2 . Il atteste que, pendant qu'il jouait aux 
cartes avec Alexis, Alexis devinait les cartes que lui, Robert Houdin, 
avait dans son jeu, et môme celles qu'il allait tirer d'uu paquet de 
cartes neuf. 

Alphonse Karr, Victor Hugo, ont obtenu aussi avec Alexis 
(endormi par Maiullat) des preuves décisives de cryptesthésie. Evi- 
demment les témoignages d'ALPHONsE Karr et de Victor Hugo 
seraient insuffisants s'il s'agissait d'uue partie de cartes jouée avec 
Alexis, môme Alexis eut-il eu les yeux baudés ; car, en fait de tour 
de cartes, les prestidigitateurs font ce qu'ils veulent. Mais il y a 
beaucoup mieux. Alexis a dit à Alphonse Karr qu'il avait mis une 
branche d'azalée blanc dans une bouteille vide (ce qui était vrai). 
Victor Hur.o avait préparé chez lui un paquet ficelé sur lequel il 
avait écrit le mot politique : le mot fut lu par Alexis. Alexandre 
Dumas a raconté aussi une séance mémorable, mais son témoignage 
est moins précis. 

Alexis 3 , que M. Vivant vient consulter, lui dit que c'est pour 

1. Cité par Delaage, Les mystères du magnétisme. 

2. Confidences d'un prestidigitateur, une vie d'artiste, Paris, libr. nouvelle, 
18o9, 2 vol. in-8°. Si l'on ne peut pas recourir aux journaux du temps, on lira 
avec profit l'étude qu'en vient de faire Camille Flammarion, La mort et son mys- 
tère, Paris, E. Flammarion, 1920, I, 12», 209-233. 

3. Cité par Delaage. Le sommeil magnétique, d'après Bozzano. Dei fenomeni di 
telestesia. Luce e ombra, 1920, XX, 124. 



144 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

retrouver une chose qui a été perdue ; quatre billets de mille fraucs, 
ce qui était exact. Et il ajoute : « ne faites pas de plainte à la police ; 
car on ne vous a pas volé ces billets, vous les trouverez dans votre 
secrétaire : ils sont tombés derrière un tiroir de ce secrétaire ». Et 
en effet, rentrant chez lui, M. Vivant retrouve ces billets à l'endroit 
que lui avait indiqué Alexis. 

Je ne comprends guère comment Hyslop se refuse à admettre la 
cryptesthésie d'ALExis, alors qu'il l'admet, si complète et si parfaite, 
chez Mad. Piper 1 . 

M. Osty 2 a donné de nombreux documents sur les conditions de 
l'hypnose et delà lucidité chez Mad. M.... Il doit d'ailleurs prochai- 
nement publier un ouvrage détaillé où les beaux cas de lucidité 
donnés par Mad. M... seront complètemeut iudiqués. J'en connais 
quelques-uns qui sont remarquables. Mais, dans l'ouvrage publié, 
qui représente un si persévérant effort, il n'y a guère un seul cas 
qui puisse être cité comme témoignant de quelque lucidité. Il 
est vraisemblable, d'après ce que dit M. Osty, que Mad. M. Freya 
et M. Flourière lui en ont donné beaucoup ; mais nous sommes forcés 
de croire M. Osty sur parole. Cependant (p. 304), il cite un cas de 
lucidité qui paraît positif, tout en omettant de nous dire jusque à 
quel point les déclarations du sensitif était exactes. 

Le D r Souza Coûta, de Lisbonne, dans une séance à laquelle assis- 
tait le D 1 d'O... de Lisbonne, demande à un médium intrancé d'aller 
visiter la maison du D r d'O... Le médium dit qu'il voit deux dames, 
dont une jeune fille, lisant un livre : le Diable à la cour. Il décrit la 
pièce, une salle à manger avec deux vases dont il donne la forme, 
et un piano 3 . 

M- Melvil Roux, architecte, raconte qu'il eut l'occasion de voir 
une femme, d'une soixantaine d'années, domestique, magnétisée 
par M. Salles, libraire à Nîmes. Trois années auparavant, M. Roux, 
comme architecte, avait été chargé de faire des réparations au 

1. Enigmas of psychical Research, Boston, 1906, 274. 

2. Lucidité et intuition, Etude expérimentale, Paris, Alcan, s. d. 

3. A. S. P., 1905. XV, 707. 



CRYPTESTHÉS1Ë DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 145 

caveau funéraire du collège d'Alais. Le sujet de M. Salles décrivit 
exactement le caveau, et malgré sa frayeur regarda : elle dit tout 
d'abord : « Il y a de la neige » (c'était de la chaux) ; puis dit qu'il y 
avait des vêtements sacerdotaux. Elle lut même quelques mots 1 . 

Dariex cite le cas de lucidité d'une femme nommée Marie. La 
personne qui la magnétise lui a mentalement donné maintes fois 
des ordres qui furent exécutés. Un jour, est cachée une montre dans 
la bibliothèque. Elle va à la bibliothèque, se précipite sur les livres, 
et saisit la montre, toute joyeuse. C'était Tordre mental qui lui 
avait été donné. Une autre fois, conformément encore à l'ordre 
donné mentalement, elle va chercher un verre, y met de l'eau avec 
quelques gouttes d'eau de Cologne. 

En 1850, alors que onze navires de pêche étaient partis de 
Peterhead pour chasser la baleine, un individu magnétisé annonça 
que le premier bateau qui reviendrait serait VHamilton Ross, et que 
le second de ce bâtiment, M. Cardno, avait, par suite d'uu accident, 
perdu quelques doigts de la main. Les deux faits étaient exacts 2 . 

Un de mes parents, distingué magistrat, m'a raconté que dans 
sa jeunesse, étant étudiant en droit, il avait entendu la vieille 
bonne d'uu de ses amis, mise en somnambulisme, lui annoncer 
que le frère de cet ami, officier du génie, alors à Sébastopol, était 
blessé grièvement au bras droit : la nouvelle était exacte. 

La femme du major d'artillerie de Colaba, à deux milles de 
Bombay, magnétisait une indienne, Ruth, métisse, qui voyait dans 
un verre d'eau, et qui lui donna maintes preuves de lucidité. Avant 
un grand tournoi de polo, Ruth décrivit un des officiers qui devait 
prendre part au tournoi, et finit par nommer le capitaine X... 
annonçant qu'il allait être mordu à la jambe par un cheval. Ce qui 
fu-t exact. Une autre fois, devant le juge d'un canton ( voisin, Ruth 
décrivit la chambre du juge, le coffret qui s'y trouvait, et indiqua 

1. Flammarion, loc. cit., 329. 

2. A. S. P., 1891, I, 270. 

3. A. S. P., 1893,111, 145. 

Richet. — Mélapsycliique- 10 



146 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

que les papiers en avaient été volés par un individu qu'elle décrivit, 
que le juge reconnut, et dont la culpabilité fut démontrée. 

Le D r Ferroul, maire de Narbonue et député de l'Aude, fit quel- 
ques expériences remarquables de lucidité avec une jeune femme 
nommée Anna B... qu'il mettait en état de somnambulisme. Un fait 
amusant a été à ce propos signalé par lui. Étant directeur de la 
République Sociale, journal socialiste de Narbonne, et ayant maille 
à partir avec le préfet de l'Aude, il avait pu obtenir par A . . . , hypno- 
tisée, des renseignements confidentiels qu'il publia dans son 
journal. A la suite de cette publication, le préfet, imaginant que 
cette révélation était due à l'indiscrétion de deux agents du service 
de Sûreté, les renvoya. Il fut prouvé alors qu'ils étaient innocents. 
C'est uniquement par la lucidité d'ANNA que M. Ferroul avait eu 
connaissance des faits qu'il divulguait dans son journal. 

Des expériences très intéressantes ont encore été faites avec la 
même Anna, qui semblaient d'abord établir nettement la vision à 
travers les papiers opaques. Un pli fut remis où étaient ces mots : 
« Votre parti certainement se tue par l'asservissement. » Ce papier 
était dans une enveloppe extérieure, verte, opaque, enfermant une 
autre enveloppe en papier anglais et recouverte de deux feuilles de 
papier quadrillé. Les lignes furent lues par Anna. Grasset, l'éminent 
professeur de la Faculté de Médecine de Montpellier, donna ensuite 
à Ferroul une autre enveloppe opaque contenant deux vers qui 
furent en une minute lus par Anna 1 . 

Il y eut, cependant, après cette expérience, qui paraissait décisive 
à Grasset, une expérience négative. Une commission fut nommée, 
et le succès fut nul. Mais on sait qu'en général, pour des raisons 
diverses, les commissions scientifiques ne peuvent arriver que 
rarement à des conclusions formelles. Néanmoins un grave doute 
persiste pour les expériences du D r Ferhoul avec Anna B.... 

Les corps peuvent être plus opaques encore, sans que la vision 
soit interceptée. Mon savant ami, Abelous, professeur de physio- 
logie à la Faculté de Montpellier, plaça dans une boîte d'un bois 
épais, à côté de deux plaques photographiques, non impressionnées, 

i.A. S. P., 1896, VI, U5. 



CRYPTESTHES1E DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 147 

une enveloppe blanche fermée par un cachet de cire rouge. Sous la 
pression du cachet la cire avait fusé tout autour en formant des 
bavures rouges. Un jeune homme, sensitif, hypnotisé par le 
D r Marques, vit quelque chose de rond et de rouge qui semble dégager 
des rayons. En une autre boîte, Abelous avait mis dans un écrin 
la médaille du professeur Grasset. Le voyant dit que c'était « une 
médaille représentant une physionomie d'homme, avec une barbe et 
des cheveux emmêlés ». C'était assez caractéristique de l'image du 
professeur Grasset. Il n'est pas probable qu'il s'agit là d'une hyper- 
acuité rétinienne. Il semble que nous soyons en présence d'une 
faculté nouvelle, inconnue l ; 

Le Rév. Lefroy, ne croyant nullement à la lucidité, fait une expé- 
rience avec Miss X... à Zermatt. Il écrit le mot Heautontimoroumenos 
sur un bout de papier que Miss X... ne peut pas voir. Elle dit : 
« C'est un mot très long-, il y a deux M, cela commence par un H. » 
Alors M. Lefroy essaie des mots plus simples, il écrit Ink et 
Miss X... dit : « Ink ». Il écrit Toy et Miss X... dit : « Yot » 2 . 

Le D 1 Terrien, président de la Société de médecine de Nantes, va 
voir un malade à Chauché à 8 kilomètres de la ville qu'il habi- 
tait. Là divers malades le retiennent, entre autres un enfant qui en 
tombant d'une échelle s'était blessé au genou. Tout cela fut dit 
par une jeune fille de quatorze ans, qui travaillait à la couture 
chez Mad. Terrien, et qui avait des accès de somnambulisme 3 . 

M. Adamson, qui occupe une position élevée dans l'administration 
de l'Australie du Sud \ ayant perdu un porte-crayon auquel il atta- 
chait grand prix, interroge une jeune fille présumée clairvoyante, 
qui lui déclare que l'objet a été trouvé sur la grand'route et que 
quelqu'un l'a ramassé, mis dans une boîte. Elle décrit la maison et 

1. Sur une observation de vision extra-sensorielle, Mélanges biologiques pour le 
jubilé de Ch. Richet, Paris, Alcan, 1913, 1-5. 

2. Phantasms of the Living, II, 1885, 655. 

3. Essai d'interprétation d'un cas curieux de vision et d'audition à grande dis- 
tance chez une hystérique de quatorze ans durant l'état de somnambulisme . 
(A. S. P., juillet 1914, XXIV, 198-203). 

4. A. S. P., 1891, I, 159. 



148 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

l'aspect de la personne ayant trouvé l'objet. En réalité ce porte- 
crayon fut rapporté le lendemain ; mais tous les détails sur la 
maison, la forme et la découverte du porte-crayon, puis sa mise 
dans une boîte, furent reconnus exacts. 

Le D r Osty a étudié dans les plus grands détails un cas admirable 
de cryptesthésie, un des plus complets qu'on ait encore pu cons- 
tater. Mais, par suite de diverses circonstances, on ne peut donner 
les noms. Je prendrai donc des pseudonymes, et changerai les dates 
et les lieux. 

Le 23 septembre 1919, M. Nicolas Cordier, conseiller municipal, 
célibataire, possesseur d'une assez grande fortune, adonné aux 
recherches botaniques, part pour aller faire une excursion botanique 
dans les montagnes des Vosges : mais le soir il ne rentre pas chez 
lui. Sa mère et les parents qui demeurent avec lui s'inquiètent : 
toute la nuit du 23 au 24 on cherche à avoir des détails sur son 
excursion. Le lendemain matin on ne le revoit pas. Ou sait seule- 
ment qu'à 3 heures deux passants Font aperçu dans la montagne, 
en une région accidentée, et relativement dangereuse. Alors on 
fait des recherches plus actives ; non seulement la police, mais 
encore des soldats du régiment voisin explorent les ravins, les val- 
lons abrupts ; on ne trouve aucun indice. Les journaux de la 
localité, et même les journaux de Paris, mentionnent la dispari- 
tion deM. Cordier. Safamillepromet unerécompense de 5.000 francs 
à celui qui pourra découvrir le corps, et les recherches, assidues, 
persistantes, continuent du 23 septembre au 7 octobre. 

Le 7 octobre, en désespoir de cause, le frère de M. Cordier adresse 
une lettre au D r Osty, en le priant d'essayer la clairvoyance de 
quelque somnambule. M. Osty, averti par un télégramme, est à 
peine au courant des conditions dans lesquelles M. Cordier a dis- 
paru. On lui envoie quelques vêtements habituels de M. Cordier; 
il prend simplement une jarretelle, et, sans autre objet, sans 
donner la moindre indication sur la personne et sa disparition, 
met la jarretelle entre les mains deMad. M. .., endormie. Mad. M... 
tout de suite dit qu'il s'agit de quelqu'un, qu'elle décrit assez exacte- 
ment, qui a été dans la montagne, qui avait des touffes d'herbes 
à la main, et qui a été précipité dans un ravin qu'elle décrit, 



CRTPTESTHÉSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 140 

en mentionnant un lac, et en fournissant quelques indica- 
tions. 

Nouvelles indications plus précises le 8 octobre, et enfin, le 
9 octobre, grâce aux renseignements donnés par Mad. M... au 
D' Osty, et transmis par M. Osty au frère de M. Cordier, on retrouve 
le cadavre fracassé de M. Nicolas Cordier. 

D'autres détails, très exacts, ont été donnés, que je ne puis indi- 
quer ici. Il mesuffitde constater qu'il est absolument impossible que 
Mad. M... ait pu, par la voie normale de la connaissance, savoir : 
1° qu'il s'agissait de M. Cordier ; 2° qu'il avait été dans la montagne; 
3° en quel endroit précis il était tombé. 

La prime de 5.000 francs n'a été attribuée à personne, puisque 
c'est la famille, qui, guidée par les indications de M. Osty, a fait la 
recherche et la découverte du corps. Je ne sais pas si Mad. M... 
qui y avait cependant quelques droits, a touché cette prime. 

M. Suhr cite le cas d'un sieur Balle 1 magnétisé par Hansen, un 
avocat de Copenhague. M. Balle, hypnotisé, fait un voyage (imagi- 
naire) pour aller retrouver la mère de M. Suhr à Roeskilde. Balle 
la voit légèrement malade, au lit, dans la rue Skromagerstrade. 
M. Suhr croit que c'est une double erreur, mais il a été prouvé que 
la mère de M. Suhr, contrairement à toute prévision, était malade 
rue Skromagerstrade. M. Balle n'avait jamais été à Roeskilde. 
Deux autres cas de clairvoyance ont été donnés par M. Balle. 

Voici un très beau fait de cryptesthésie somnambulique qui 
vient de m'être adressé par Madame D... une femme de haute élé- 
vation morale et de grande intelligence. 

Mad. D... va, pour la première fois de sa vie, en compagnie de sa 
fille, Mad. R..., consulter une somnambule (qui ne peut savoir son 
nom), à propos d'un vol qui vient de lui être fait. La somnambule 
lui dit : « C'est le nom d'un mort qui a servi à pénétrer chez vous, et 
quel mort ! Un vrai héros, extraordinairement courageux, et qui a fait 
plus que son devoir. Il s'est sacrifié pour un autre. » Tout cela était 
absolument exact ; dépassant debeaucoup soit le hasard, soit la saga- 

1. Cité par H. Sidgwick (P. S. P. R., VII, 1892, 366. 



150 MËTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

cité. Le fils de Mad. D... avait été mortellement blessé au Bois de la 
Caillette, en se portant, sous un affreux bombardement, au secours 
d'un de ses hommes, blessé. En 1919, le jour anniversaire de cette 
mort glorieuse, un individu s'était introduit chez Mad. D..., en se 
disantl'ami de Marcel D..., le fils de Mad. D..., et il avait dérobé, 
en attendant Mad. D..., un tableau, un Corot, auquel Mad. D... 
attachait un grand prix. • 

La lucidité de la somnambule a été plus loin encore, jusqu'à la 
prémonition. Elle a dit que le tableau était un paysage, que le 
voleur avait donné son nom, et que le tableau serait rapportée 
Mad. D... : car c'est le mort qui l'a voulu. Et en effet, ce qui est bien 
singulier, le voleur avait donné son véritable nom, et le lendemain 
il faisait rapporter chez Mad. D... le tableau volé. 

Dans le grand hypnotisme spontané de Charcot (qui est la mani- 
festation d'une attaque d'hystérie) il y a eu parfois accès de lucidité 
et de cryptesthésie. Les faits de voyance allégués dans les vies des 
saints se rapportent le plus souvent'à leurs périodes de crises ou 
d'extases, quelle que soit la forme que prenne l'accès (catalepsie, 
léthargie, convulsions). Les démoniaques qui parlaient des langues 
inconnues (?), qui devinaient les pensées de leurs interlocuteurs (?), 
nous fourniraient l'occasion de citations nombreuses. Mais il y 
avait tant de crédulité et d'aveuglement chez les juges qu'on ne 
peut guère, scientifiquement, en faire état. 

Voici, à cet égard, une observation plus moderne due au 
D r Fanton 1 . A Marseille, il reçoit de M. X... habitant Genève, 
une lettre dans laquelle M. X... lui annonce son retour. En même 
temps, M. Fanton est appelé auprès de Mad. X... habitant Mar- 
seille et en proie à une violente attaque hystéro-cataleptique. Dès 
l'entrée de M. Fanton, Mad. X... lui dit : « Vous mangiez de l'ome- 
lette et vous faites dire que vous n'êtes pas chez vous! » ce qui était 
exact. Mad. X^.. ajoute : « Mon mari vous a envoyé un télégramme 
et vous dit qu'il arrive, mais il n'arrivera pas, car il s'endort dans le 
train ». 

Cependant Mad. X... ne pouvait rien savoir, ni de l'omelette, ni 

1. A. S. P., décembre 1910. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME loi 

du télégramme de M. X..., ni surtout du fait singulier, qui s'est 
vérifié (prémonition), que M. X... s'endormirait dans le train (à 
Culoz). 

J'ai rapporté une expérience de lucidité remarquable obtenue 
par moi il y a très longtemps. Elle m'a énormément frappé. Et, 
pendant près de trente ans, je n'ai rien pu obtenir de semblable. 
Etant très jeune étudiant, à l'Hôtel-Dieu, je magnétisais une jeune 
fille convalescente, mais qui était encore à l'hôpital. Un jour 
j'amène avec moi un de mes camarades, étudiant américain, qui 
n'était jamais venu à l'Hôtel-Dieu encore, et [je dis à T... endormie : 
« Connaissez-vous le nom de mon ami^. » Elle se met à rire. Alors je 
dis : « Regardez... quelle est la -première lettre de son nom 1 ? » — 
« II y a cinq lettres, dit-elle, la première est H, puis E, je ne vois pas 
la troisième, la quatrième est R, et la cinquième N. » — Mon cama- 
rade s'appelait Hearn 1 . 

J'ai fait avec certains sujets hypnotisés, en particulier avec Alice, 
des expériences de voyage, comme agissaient les anciens magné- 
tiseurs avec leurs sujets, et parfois le succès fut étonnant. 

Alice va visiter la maison de M. C..., au Mans, maison que 
je ne connais pas, mais que connaît très bien M. P. Renouard, pré- 
sent à la séance. Elle voit un jardin avec des murs et une balan- 
çoire (détail exact, mais que P. Renouard ignorait, car la balan- 
çoire avait été mise depuis qu'il avait été au Mans). Elle voit 
une pendule à colonnes, qu'elle décrit assez exactement pour 
que je puisse faire le dessin. Après ce dessin (voy. plus loin fig. 2 
et 3, p. 152), P. Renouard dessine la pendule qui se trouve réelle- 
ment dans le salon de M. G... 

Un autre jour, Alice décrit la maison du D r P. Rondeau (qui 
est présent). Sur la cheminée des draperies, un cadran, un person- 
nage appuyé sur le bois, qui regarde le cadran, et dont on voit l'épaule. 
Un grand tab.leau, qui représente un paysage. Entre la ville et la mer, 
quelque chose de pointu, comme une tourelle ou le toit d'une église... 
De fait, dans la maison de campagne de M. Rondeau, qu'AncE n'a 
jamais vue ni pu voir, il y a une cheminée et une statue (Pénélope) 

1. Phant. of the Living, II, 1886, 665. 



152 



METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 



dont l'épaule est en saillie et dont la tête est tournée vers le cadran. 
Le tableau est une copie d'un tableau de Canaletti qui représente 




Fig. 2. — Pendule que je dessine grossièrement 
(d'après les indications d'AucE). 



Venise. Au premier plan le canal, au second plan se détache l'église 
San Georgio Maggiore. 




^vr—sss---^"» 



«*u 



Fig. 3. — Pendule réelle de la maison de M. C..., dessinée 
par Pli, Renouàrd. 



Certains faits de lucidité m'ont été donnés par Léonie B.. 1 , très 

d. Léonie B... est celte personne avec laquelle le D r Gibkht du Havre, et Pierre 
Janet, ont essayé de prouver qu'on peut provoquer le sommeil à distance. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 153 

rarement d'ailleurs, encore que j'aie beaucoup expérimenté avec 
elle. 

Un jour, Pierre Janet lui fait faire, quand elle était au Havre, un 
voyage, dans le seus que les anciens magnétiseurs attachaient au mot 
voyage. Elle va (dans son rêve hypnotique) à Paris, — M. Gibert 
étant parti pour Paris où j'étais alors, — pour me voir, et voir 
M. 'Gibert. Tout d'un coup, elle dit : « Ça brûle ». P. Janet essaye de 
la calmer. Elle se rendort et se réveille de nouveau en disant : 
« Mais, M. Janet, je vous assure que ça brûle ». 

Eu effet, à 6 heures du matin, quelques heures auparavant, 
mou laboratoire de la rue Vauquelin était, le 15 novembre, détruit 
par un incendie. Janet avait endormi Léonie ce même jour, à 
17 heures, et à cette heure-là personne au Havre ne pouvait con- 
naître l'incendie 1 . 

Léonie m'a donné un jour un magnifique exemple de lucidité, 
encore qu'il ne s'agisse que d'une lucidité accidentelle plutôt 
qu'expérimentale, et que les détails donnés par elle portent sur 
des faits minuscules. Expérimentant un soir avec elle, sans aucun 
succès d'ailleurs, sur les cartes et les chiffres, je lui parle de mon 
ami J.-P. Langlois, et je lui demande : « Qu est-ce qui lui est arrivé, 
à M. Langlois? » Alors, très vite, elle me dit (peu respectueusement) : 
« Il s'est brûlé la patte. Pourquoi ne fait-il pas attention quand il verse ? 
— Quand il verse, quoi? — Une liqueur rouge dans un petit flacon... Sa 
peau a soufflé tout de suite. » Or rien n'était plus exact. Deux heures 
auparavant, en préparant une solution d'hypobromite de soude, 
J.-P. Langlois, qui était mon chef de laboratoire, avait versé trop 
rapidement du brome (liqueur rouge) qui s'était répandu sur sa 
main et sur sou avant-bras. La brûlure instantanée avait provoqué 
immédiatement la formation d'une phlyctène assez étendue. Or 
Léonie n'avait pu aller au laboratoire, et personne, venant du labo- 
ratoire, n'était venu chez moi. J'étais alors seul à Paris, et je n'avais 
rien dit à qui que ce soit de ce petit accident survenu deux heures 
auparavant. 

1. A propos de cet incendie, il y a eu deux prémonitions bien intéressantes 
(prémonitions ou monitions : car l'heure du rêve n*est pas déterminée). Dans cette 
nuit du 14 au 15 novembre, mes deux plus intimes amis, H. Ferrari et J. Héri- 
coort, ont rêvé l'un et l'autre, indépendamment l'un de l'autre, qu'il y avait de 
grandes llammes, et le feu. 



154 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Le D r Bagkmann (de Kalmar, Suède) a observé une jeune fille, 
Alma L..., servante chez lui, qui lui a donné de fréquents exemples 
de lucidité en sommeil hypnotique 1 . Dans un cas très intéressant, 
et qui semble indiquer plus que de la lucidité, Alma est priée 
d'aller chez le directeur général du pilotage, à Stockholm où elle 
n'avait jamais été. Elle voit le directeur assis devant sa table à 
écrire et décrit exactement la chambre où il se trouve. Alors on 
donne à Alma Tordre formel de saisir le trousseau de clefs qu'ALMA 
avait vu sur la table, de serrer les clefs, et de mettre son autre 
main sur l'épaule du directeur pour attirer son attention. Alma 
déclare que le directeur général faisait attention à elle. Le direc- 
teur, qui n'avait pas la moindre idée qu'on faisait sur lui une expé- 
rience, dit plus tard qu'il avait ressenti quelque chose de singulier 
au jour et à l'heure en question. Il était assis, occupé à un travail, 
quand, sans aucune espèce de raison, ses yeux tombèrent sur le 
trousseau de clefs, posé près de lui sur la table, et cependant il 
n'avait jamais eu l'habitude de les poser là. Il entrevit alors comme 
une forme de femme. Pensant que c'était la femme de chambre, 
il n'y attacha pas d'importance. Mais, le fait se répétant, il appela 
et se leva pour voir ce qui se passait. Or, personne, ni sa servante, 
ni aucune femme, n'était venu dans la chambre. Il n'observa d'ail- 
leurs aucun bruit, ni aucun mouvement venant du trousseau de 
clefs. 

Un individu ayant été arrêté pour un meurtre, un des sujets du 
D r Backmann, Agda Olsen, décrivit très exactement la maison où le 
crime avait été commis, et, quoique n'ayant jamais vu le meur- 
trier, elle dit que celui-ci avait une cicatrice à la main droite. 
Le constable de Kalmar, M. Ljung, qui avait interrogé l'assas- 
sin, n'avait pas d'abord constaté de cicatrice, et c'est après que le 
D r Backmann le lui eût dit qu'il a vérifié qu'en effet cet individu, 
à la suite d'un ancien abcès, disait-il, avait une cicatrice à la main 
droite. 

Alma ayant donné de notables preuves de lucidité, je résolus, avec 
Fr. et A. Myers, d'aller à Kalmar, pour faire quelques expériences 
avec elle. Voici le cas intéressant de lucidité qu'elle me présenta, 

1. A. S. P., 1892, II, 98. 



CRYPTESTHÉSIE DANS l'hYPNOTISMK ET LE SOMNAMBULISME 155 

tel qu'il a été raconté par Fr. Myers, dont la sagacité et la perspi- 
cacité étaient irréprochables l . 

« M. Richet me remit une lettre qu'il venait de recevoir, et que 
je ne connaissais pas, et sortit de la pièce où Alma, hypnotisée, était 
interrogée par le D r Backmann. Alma dit : « L'auteur de cette lettre 
exprime un désir. Il est question de quelque chose en métal; l'objet de 
métal peut s'ouvrir et se fermer. C'est une qtiestion de temps et d'oppor- 
tunité. C'est quelque chose de scientifique qui sera déterminé. » Or, 
cette lettre était de V. Tatin avec qui j'expérimentais en ce moment 
(avril 1891) sur les aéroplanes. Il était dit dans cette lettre : « Nous 
avons essayé la petite machine; elle tournait toujours du même côté. 
Nous avons eu un temps satisfaisant. Le fonctionnement des lames 
était parfait. » 

Il va de soi que je n'avais jamais parlé à M. Backmann de mes 
essais d'aviation (1891), tenus par moi extrêmement secrets. 

Évidemment la réponse d'ALMA n'est qu'un succès incomplet : 
pourtant il est difficile de n'y voir qu'une simple coïncidence. 
Mais Alma, par le fait de notre présence sans doute, était alors dans 
un état d'assez grande émotion. Lorsqu'elle était seule avec le 
D r Backmann, elle était peut-être plus lucide. Elle a lu une fois la 
première lettre H du mot écrit par le D r Kjelmann, dans la salle 
voisine, une autre fois, le mot écrit étant Land (pays) elle a dit : 
la première lettre M, la seconde A, la troisième R ou iVet le mot 
suggère l'idée de printemps. Ce n'est pas très démonstratif, mais 
on verra bientôt, en étudiant les magnifiques cryptesthésies de 
Mad. Piper, que la lucidité peut aller beaucoup plus loin. 

Les preuves de lucidité données par la reproduction ou la des- 
cription des dessins enfermés dans des enveloppes opaques, sont 
de très grand intérêt : elles ont maintes fois conduit à des résul- 
tats remarquables. Mais là, plus que pour toutes autres épreuves 
de lucidité peut-être, il faut se mettre en garde contre deux causes 
d'erreurs possibles : 

A. Une inconsciente assistance donnée au sujet lucide; 

B. La possibilité d'une coïncidence fortuite. 

1. Fr. Mveus, Notes sur une visite à Kalmar, A. S. P., 1892, II, 160. 



156 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

A. Il faut s'abstenir, quand on connaît le dessin enfermé, de tout 
signe d'approbation ou d'impatience. C'est très difficile. Eu effet, 
quand on voit le sujet pendant une heure, deux heures, et parfois 
davantage, tâtonner, questionner, hésiter douloureusement, on est 
tenté d'en avoir pitié, et naïvement de l'aider pour que l'expé- 
rience réussisse. Il est pourtant nécessaire de rester absolument 
impassible. Ou n'arrive qu'à grand'peine au mutisme absolu, à 
l'immobilité absolue ; car on est tenté de renforcer les bons résul- 
tats, de corriger les mauvais. On se tait dans un silence désap- 
probateur quand le sujet est en mauvaise voie : on l'encourage 
à continuer quand il est en bonne voie. J'en parle par expé- 
rience. Ce n'est pas sans de longues études qu'on peut arriver, 
imparfaitement peut-être, à cette glaciale impassibilité. Et je 
suppose que les personnes moins expérimentées que moi ne pour- 
raient pas toutes et toujours garder la même attitude silencieuse et 
impartiale. 

Aussi le meilleur moyen pour obtenir, dans ces épreuves de luci- 
dité, des expériences irréprochables, me paraît-il être d'ignorer 
totalement quel est le dessin enfermé dans l'enveloppe. Il est vrai 
qu'on exclut ainsi la transmission mentale, et qu'il ne reste plus 
d'autre explication du succès que la cryptesthésie non télépa- 
thique. Mais, ainsi que je l'ai dit, la transmission mentale n'est 
qu'un cas particulier de la lucidité, et je serais disposé à croire 
que, si l'on paraît réussir mieux avec la transmission mentale 
qu'avec la lucidité sans transmission mentale, c'est bien souvent 
parce que, connaissant la réponse qu'on veut obtenir, on opère 
avec moins de rigueur. 

B. L'hypothèse du hasard et de la coïncideuce fortuite, malgré la 
parfaite similitude entre le dessin enfermé et le dessin reproduit, 
n'est pas négligeable. 

Voici à cet égard une constatation instructive. J'avais fait deviner 
aux divers sujets sur qui je tentais des essais de lucidité environ 
180 dessins *. Sur ces 180 dessins, j'ai eu maints échecs; mais, 

1. Je ne donne pas ici le détail de ces expériences, et je me contente de résu- 
mer ici le mémoire qui a paru dans P. S. P. R., 1888, XII, 18-168. Relation de 
diverses expériences sur la transmission mentale, la lucidité, et autres phéno- 
mènes non explicables par les données scientifiques actuelles. 



CRYPTESTHKSIE DANS L'HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 157 

somme toute, 20 succès, dont quelques-uns absolument remar- 
quables. 

Alors j'ai, par une série de combinaisons, dans le sens des com- 
binaisons mathématiques, associé ces dessins les uns aux autres, et 
je suis arrivé à réaliser ainsi 5.408 tirages dans lesquels, pour l'as- 
sociation de deux dessins quelconques, le hasard était seul en 
cause. Le nombre des succès a été 192, et sur -ces 192 il y en eut 
10 qui étaient tout à fait remarquables comme identité. Par consé- 
quent le hasard m'a donné (pour 100 épreuves), 3,5 succès : et la 
lucidité 12. La différence est notable, mais moins grande qu'on 
n'eût pu le supposer a priori. 

Remarquons d'ailleurs qu'à ces expériences il est presque impos- 
sible d'appliquer rigoureusement le calcul des probabilités, car, 
pour juger si un dessin a été plus ou moins exactement reproduit, 
l'appréciatiou d'un échec ou d'un succès est éminemment arbi- 
traire, tandis que, si, au lieu de prendre des dessins, on prend 
des cartes à jouer ou des nombres, la probabilité se calcule faci- 
lement. 

D'ailleurs, on pourra juger tout à l'heure à quel point il est diffi- 
cile d'admettre le hasard pour quelques-uns des succès. 

Je ne peux, bien entendu, citer toutes mes expériences relatives 
aux dessins, ni reproduire tous les dessins, ce qui serait pourtant 
presque nécessaire. 

Alice, qui n'est pas un médium professionnel, et qui n'a 
jamais été endormie que par moi, m'a donné de très beaux cas de 
lucidité. 

Un jour, ayant fait chez lui, pour le soumettre à Alice, devant 
moi, un dessin, J. Héricourt a choisi un passe-partout de photogra- 
phie ayant la forme suivante (fig. 4, p. 158). 

Alice dit : « C'est un médaillon, un ovale dans le cadre, une tête 
d'homme. Il a des soutaches transversales sur le devant, c'est montant, 
et cela ferme. Il y a six ou sept soutaches transversales. Il n'a pas la 
tête nue, mais un képi. Ce képi a trois galons. Aux manches quatre ga- 
lons, qui sont en bas de la manche, circulaires. C'est la figure de 
quelqu'un qui est maigre, peut-être assis. Je le reconnais, mais je ne 
peux pas dire qui c'est. » (Fig. 5, p. 158.) 



158 



MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 



L'expérience est admirable, car la ressemblance est absolue 
entre la description de la photographie et la photographie dont le 
cadre seul avait été dessiné, et remis à Alice, en enveloppe cachetée. 
Cette photographie, qu'HÉRicouRT 
avait sous les yeux en dessinant 
le passe-partout, est sa photogra- 
phie, à lui, en uniforme mili- 
taire. Alice ne l'avait jamais vu 
ainsi, et ne savait pas qu'il avait 
été militaire. Si l'on pouvait dé- 
duire une conclusion, on dirait 
qu'il y a eu là télépathie et non 
lucidité. Alice a vu l'ancienne 





Fig. 4 et 5. — Cadre de photographie qui avait été mis dans une enveloppe 
opaque cachetée, et dans laquelle Alice a vu la photographie suivante (fig. 5) 
qui n'était'pas dans l'enveloppe, mais qui, chez M. Héricourt, était placée 
dans le cadre. Il y a donc eu deux cryptesthésies successives. 



pensée d'HÉRicooRT, mais nullement le dessin qui était dans l'en- 
veloppe. 

Dans une autre expérience faite avec Alice, était présent mon 
éminent ami Th. Ribot, directeur de la Revue Philosophique. Ribot 
avait apporté une photographie dans une enveloppe opaque. Je dis 
à Alice qu'il s'agit de la photographie d'une ville. 

Alice dit : « Ce n'est pas seulement une rue : c'est l'ensemble d'une 
ville. Ce que l'on voit le plus, c'est une grande maison. On a voulu 
prendre cette maison plutôt que le reste. Elle domine le reste. Il faut 
monter pour aller à la maison et passer à gauche en faisant un tour, » 



CRYPTESTHÉSIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 159 

Et la photographie (de la ville de Tolède) est tout à fait conforme à 

cette description donnée par Alice. 
Le dessin suivant (fig. 6) (que j'ignore absolument) m'a été remis 

par H. Ferrari, qui n'est pas 
présent. L'expérience est 
sans défaut; et le résultat 
excellent (fig. 7). Tout com- 
mentaire est inutile. 

M. Hanriot me remet un 
dessin fait d'un trait léger, 
le papier est en triple dans 
une enveloppe fermée. J'en 





Fig. 6 et 7. — Dessin donné par H. Ferrari. Je l'ignore absolument. Ferrari est 
absent. Le dessin a été mis dans une enveloppe opaque, et choisi parmi vingt 
enveloppes opaques. 

Dessin reproduit par Alice. La similitude est saisissante. 

D'après les conditions irréprochables de l'eipérience, c'est donc ou le hasard ou la cryptesthésie. 



ignore absolument la nature. Alice en fait une description confuse, 
mais très nettement cette description éveille en moi l'idée d'un 
serpent. Alice avait dit : « Des ronds entrelacés comme de petits 
anneaux le long de la tige, comme une ancre. » Alors je pense à la 
marque de librairie des éditions d'A.-A. Renouard, mon arrière- 
grand-père, et je la dessine. 

Le dessin d'HANRiox était l'image d'un serpent. 

Le 24 janvier 1888, je donne à Alice trois dessins que j'ignore : 

A. — Une épée : elle dessine deux fleurets, réunis ensemble. 

B. — Un tambour : elle dit un chapeau. 



160 MËTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

C. — Un chapeau : elle ne dit rien. 

Eugénie, somnambule professionnelle, qui souvent donne de bons 




Fig. 8. — Dessin (une grappe de raisin) mis dans une enveloppe opaque, 

et dont j'ignore le contenu. 

Dessin fait par Alice. Successivement elle a fai t cim( dessins (que je ne donne pas ici, brevi- 
tatis causa) s'approchant de plus en plus du résultat final. 

exemples de lucidité, dit : « C est une tête de cheval, une petite tête de 
mouton ou de bœuf. » 
Or, le dessin original représentait une silhouette de gazelle 1 . 




Fig. 9. 



Dernier dessin donné par Alice pour la grappe de raisin. 
1. Experiments in Thouqht transference, P. S. P. R., 1888, XII, 169-216. 



CRYPTESTHÉSIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 161 

Mais je ne puis insister davantage, car il faudrait entrer dans 
trop de détails, hors de proportion avec les autres phéno- 
mènes métapsychiques. 

Ces expériences faites avec Eugénie et Alice sur des dessins ont 
un intérêt tout spécial, car il ne peut pas être question de télépathie, 
ni de transmission mentale : c'est'de lacryptesthésie. Si l'on suppose 
que les rayons lumineux peuvent filtrer à travers les corps 
opaques, cette prodigieuse hyperesthésie rétinienne serait évidem- 
ment une modalité de la cryptesthésie. 

Je ne citerai que ces six exemples : 

DESSINS ENFERMÉS DANS L'ENVELOPPE DÉSIGNATION 

1° Une table. 1° Un ovale avec un bâton (Eugénie). 

2° Une ancre. 2° Une épée en croix — 

3° Une bouteille. 3° Un oiseau avec une tête 

et un cou — 

4° Un valet de cœur. 4° Une croix de Malte (Alice). 

5° Une épée. S Des fleurets — 

6° Un chapeau et un tambour. 6° Un chapeau — 

M. Schmoll et M. Mabire ont fait 121 expériences de dessins, 
peut-être dans des conditions moins rigoureuses, puisque le sujet 
qui devinait était entouré de plusieurs personnes qui savaient 
toutes quelle était la nature du dessin à reproduire par vision 
mentale. Et en outre ce dessin n'était pas enfermé dans une enve- 
loppe hermétiquement opaque : mais le papier était tout ouvert, le 
sujet ayant le dos tourné et les yeux fermés. 

Les résultats ont été parfois excellents. Sur 121 expériences, il y 
eut 6 succès très remarquables; ce qui dépasse la limite du hasard; 
sans que cependant l'excès soit bien considérable. 

B. — Conclusions. 

En étudiant de près ces exemples de cryptesthésie (que j'aurais pu 
rendre beaucoup plus nombreux) on en trouvera sans doute quel- 
ques-uns qu'on jugera peu démonstratifs. Il en est qui peuvent être 
dûs au hasard : il en est d'autres qu'explique une expérimentation 
défectueuse. Mais il y en a tant qui ont été si bien observés, et 
avec tant de scrupuleuse exactitude, que le doute est impossible. 

Dans l'ensemble, il est inadmissible que cette immense et répétée 

Richet. — Métapgyichque. \\ 



162 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

erreur se soit prolongée depuis près d'un siècle, propagée par 
des savants illustres de tous les pays, acceptée par des incrédules, 
soumise à des contrôles multipliés. Le hasard ne joue pas 
dans les expériences un rôle assez considérable pour que des 
probabilités d' ———' d' in nnn interviennent sans cesse. Loin de 

1.000 10.000 

là. Nous nous mouvons dans des probabilités bien plus fortes. 

1 
L'événement qui a ■ ■ QQ0 de probabilité en fait ne se produit pas. 

On n'a peut-être pas suffisamment réfléchi à ceci : c'est que, dans 
la vie quotidienne, les événements improbables ne se produisent 
que rarement. Nous évoluons dans l'enchaînement de petits évé- 
nements très probables. Les visites que je reçois, les lettres qui 
m'arrivent, les personnes que je rencontre, les nouvelles qu'on me 
donne, ne sont que très rarement invraisemblables. Le probable et 
le vraisemblable mènent notre vie. C'est un truisme et une naïveté 
que de le dire ; mais cependant il faut le dire. 

De là, en effet, une conséquence qui s'impose : c'est que nous ne 
prévoyons pas V invraisemblable. Donc, quand, par le fait de quelque 
cryptesthésie monitoire ou prémonitoire, l'invraisemblable est 
annoncé et prévu, c'est qu'il y a une raison d'être à cette indication. 
Et cette raison d'être, c'est l'avertissement donné à notre inconscience 
par quelque vibration inconnue. 

Pour prendre, parmi des centaines de monitions, un exemple 
concret, M. Fraser Harris voit par la pensée sa femme causant avec 
un mendiant qui tient un balai, au moment même où sa femme 
cause avec un mendiant tenant un balai. Voilà un fait assez peu 
probable, auquel M. Harris n'aurait certainement pas pensé, si 
quelque chose n'avait pas provoqué dans son cerveau cette image. 
Il est absurde de dire : c'est le hasard. C'est à peu près comme 
si l'on avait tendu sur la route une corde. Qu'un bicycliste vienne à 
tomber en ce point, on ne dira jamais : c'est le hasard qui l'a fait 
tomber. On en conclura avec raison que, s'il est tombé, c'est à cause 
de la corde. Il n'y a pas d'effet sans cause. Annoncer un fait invrai- 
semblable et voir se réaliser ce fait invraisemblable, cela ne peut 
être dû qu'à la cryptesthésie, car, dans le cours de notre existence, 
— sauf exception, bien entendu — nous ne prévoyons pas l'invrai- 
semblable, et l'invraisemblable ne se produit pas . 



CRYPTESTHESIE DANS L HYPNOTISME ET LE SOMNAMBULISME 163 

Si je fais une expérience sur le poids atomique de l'argent et. 
que je trouve 108,4, je ne vais pas attribuer le résultat au hasard. 
Si j'interroge Stella et que je lui demande le nom du fils de N... et 
qu'elle me réponde Jean, pourquoi vais-je dire : « C'est le hasard » 
plus que je ne l'eusse dit pour avoir trouvé 108,4 au poids atomi- 
que de l'argent ? 

Certes, il eût été préférable, au lieu d'opérer avec des dessins, 
des voyages, des prénoms, des événements quelconques, d'expéri- 
menter uniquement avec des cartes ou des nombres, car les indi- 
cations de cartes et de nombres comportent des calculs mathéma- 
tiques rigoureux ; mais il faut savoir que les somnambules se 
prêtent malaisément à ces sortes d'expériences. M. Osty dit avec 
raison que c'est alors demander à la lucidité ce qu'elle ne peut pas 
donner. 

Quand j'essaye de faire deviner des cartes ou des nombres à Léonie, 
je n'ai que des échecs piteux (peut-être parce que sa volonté inter- 
vient, qui masque les enseignements de son sens cryptesthésique), 
tandis que. s'il s'agit d'un incendie de mon laboratoire, ou de la 
brûlure de mon ami Langlois, elle dit la réalité très exactement, 
(sans d'ailleurs que je lui en aie fait la demande) avec une précision 
telle que la probabilité (encore qu'elle ne puisse être exprimée par 
un nombre déterminé) est très faible. 

Les faits de lucidité chez les somnambules se présentent le plus 
souvent avec la même imprévoyabilité que la chute des aérolithes. 
On ne peut pas, — sauf en de rares circonstances, — compter sur le 
succès quand on expérimente, pas plus qu'on ne peut escompter, 
à heure dite, en un endroit précisé par avance, l'arrivée d'un 
bolide. 

Des choses vraies, inaccessibles à nos sens normaux, sont indi- 
quées, mais souvent — ce qui est fâcheux — ce ne sont pas des 
réponses précises à des questions précises. Les somnambules (et 
aussi les médiums) ne répondent pas exactement aux questions 
qu'on leur pose, et, tout en disant des choses vraies que leurs sens 
normaux n'ont pu leur faire connaître, disent des choses à côté. 

Je l'avoue, il est regrettablequ'avec les sujets hypnotisés, dont la 
sensibilité morale est très aiguë, on ne puisse agir comme on ferait 
avec une machine à calculer. Mais un voyage les intéresse beaucoup 



164 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

plus que l'indication d'un huit de pique. Ils s'intéresseront plus à 
une maison qui brûle ou à un bateau qui arrive, qu'à compter le 
nombre de points noirs qu'il y a sur une carte. Je reconnais que 
c'est malheureux, mais il faut accepter les conditions des expé- 
riences. 

Elles sont décisives, ces expériences. A elles toutes seules, elles 
suffiraient pour établir solidement cette supérieure et mystérieuse 
faculté de connaissance que j'ai appelée la cryptesthésie. On va voir 
que les expériences faites avec les médiums l'affirment avec plus 
de force encore. 

§ 3. — CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 

A. — Exposé des faits. 

Nous appelons cryptesthésie spiritique la cryptesthésie expéri- 
mentale qui se manifeste dans les expériences de spiritisme. 

Précisons ce qu'il faut entendre par expérience spiritique. 

Le spiritisme est une théorie d'après laquelle les morts n'ont pas 
perdu la conscience. Leur âme continue à exister sous forme d'es- 
prit. Ces esprits, âmes des morts, peuvent entrer en communication 
avec les vivants, grâce aux médiums. 

Par définition, nous dirons que l'état spiritique est un état psy- 
chologique tel que l'individu avec lequel on expérimente, et qu'on 
appelle médium, gardant ou ne gardant pas la nette conscience de 
sa personnalité normale, fait des mouvements (parole, écriture, 
mouvements ou bruits dans la table, manœuvres de la planchette) 
qui ne sont pas voulus par lui. Il prétend qu'une personnalité autre 
que la sienne agit sur lui et l'influence. 

Cette définition, bien entendu, ne préjuge rien quant à la réalité 
objective de cette personnalité étrangère. Nous examinerons la 
question plus tard avec tous les détails nécessaires. Dans ce cha- 
pitre nous n'en indiquerons que les résultats au point de vue de la 
cryptesthésie, sans traiter de son mécanisme. 

Autrement dit, nous rechercherons si, chez les médiums, dans des 
expériences instituées à cet effet, il y a, par un procédé quelconque, 
révélation ou indication de faits que leur intelligence humaine 
normale ne pouvait connaître, c'est-à-dire cryptesthésie. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 165 

Que ce soit par des raps (vibrations sonores de la table), par des 
messages écrits automatiquement, par récriture directe, par des 
voix entendues, par des paroles prononcées, il importe peu, pourvu 
que le fait de cette connaissance supra-normale soit dûment constaté. 

Or le fait est établi par des preuves si abondantes, si indiscu- 
tables, qu'on est surpris de voir qu'il a été nié et contesté. Il est 
vrai qu'il n'est contesté et nié que par des gens qui n'ont ni expé- 
rimenté, ni lu, ni étudié, ni réfléchi. 

La cryptesthésie, rendue assez probable par les expériences sur les 
individus normaux, extrêmement probable par les expériences sur 
les hypnotisés, devient d'une évidence éblouissante quand on étudie 
sa modalité dans les expériences de spiritisme. 

«J'ai amené, dit Richard Hodgson, résumant ses expériences avec 
Mad- Piper, au moins cinquante personnes que je savais étrangères 
à Mad. Piper, et j'avais pris toutes les précautions possibles pour 
l'empêcher d'obtenir des renseignements sur ces personnes 1 . A la 
plupart il fut parlé de faits qui ne pouvaient certainement pas être 
connus de Mad. Piper. On se servit même, pendant plusieurs jours, 
de détectives pour s'en assurer. » 

En étudiant les comptes rendus de ces innombrables séances, on 
voit que plus de deux cents noms différents ont été dits cor- 
rectement. Il m'est par conséquent impossible de les mentionner 
ici, même en résumé. A moins de supposer cette prodigieuse absur- 
dité de la mauvaise foi ou de l'imbécillité, aussi bien de M. Hodgson 
que de M. Hyslop, on est forcé d'admettre, comme deux cents fois 
démontrée, la cryptesthésie chez Mad. Piper. 

Il faudrait un volume pour résumer tous les récits de cryp- 
testhésie que R. Hodgson nous a transmis. Après avoir lu les 
comptes rendus détaillés de ces expériences, il est vraiment impos- 
sible de mettre en doute la cryptesthésie. Et d'ailleurs il apparaît 
bien que, si en général cette cryptesthésie est télépathique (ce qui 
s'explique parce que, lorsqu'on fait une question, on connaît la 



1. A côté de ces nombreux faits, si bien étndiés. mon témoignage personnel 
est sans intérêt. 11 me sera permis de dire cependant que, dans l'expérience 
que j'ai faite avec Mad. Piper (je ne l'ai vue qu'une fois), elle m'a indiqué, après 
maintes erreurs diverses, le nom d'un petit chien, Diqk, que j'avais eu dans mon 
enfance, nom qu'elle ne pouvait absolument pas connaître par les voies senso- 
rielles normales. 



166 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

réponse qu'il convient de faire) elle ne l'est pas dans certains cas, 
comme par exemple quand M. Thaw apporte à Mad. Piper des che- 
veux dans un papier. Mad. Piper dit que c'était un sachet religieux, 
et c'était vrai. M. Thaw s'était trompé dans la remise de l'objet. 

Si, parmi les médiums puissants au point de vue objectif, les 
plus remarquables ont été Florence Cook, Home et Eusapia, on peut 
affirmer qu'au point de vue subjectif, pour manifester une cryptes- 
thésie intense, le plus puissant a été certainement Mad. Piper. 

R. Hodgson, William James, James Hyslop, P. Bourget, Fr. Myers, 
Mad. Verrall, sir Oliver Lodge, ont eu avec elles de nombreuses 
séances et ont conclu formellement, indiscutablement, à la télépa- 
thie. 

Voici ce que dit Myers'. 

« Les faits à moi personnels, et accessibles — bien que je ne pense 
pasqu'ils l'aient été — par des documents imprimés, ou par des collu- 
sions et des enquêtes, n'ont pas été indiqués en plus grand nombre 
que les autres : des messages me furent donnés comme émanant 
d'un ami mort depuis nombre d'années, et certaines circonstances 
indiquées, dont Mad. Piper était dans, l'impossibilité d'avoir con- 
naissance. Je connais des faitsénoncés, quifureut supprimés comme 
trop intimes. La relation d'un ou deux de ces faits est plus con- 
cluante en faveur d'une connaissance supranormale 2 que la men- 
tion de douzaines de noms de personnes diverses, que le consul- 
tant n'avait aucun motif de taire, 

« Tous les observateurs s'accorderont à affirmer que beaucoup 
des faits énoncés ne peuvent avoir été connus même par un habile 
détective et que pour les autres faits il eût été nécessaire de faire 
des dépenses de temps et d'argent invraisemblables. » 

« Je suis absolument certain, dit William James, comme je le suis 
de n'importe quel fait personnel, que Mad. Piper connaît, pendant 
sa trauce, des choses dont il lui est impossible d'avoir eu connais- 
sance à l'état de veille. » 

« En introduisant des étrangers anonymes, et en l'interrogeant 
moi-même de différentes manières, dit sir Oliver Lodge, je me suis 

1. Cité par Lodge, loc. cit., tr. fr. 153. 

2. C'est le mot que Myers employait pour désigner ce que j'ai appelé la cryp- 
testhésie. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 167 

assuré que beaucoup de renseiguements qu'elle fournit dans l'état 
de trance ne sont point acquis par les méthodes banales ordi- 
naires. Elle peut alors diagnostiquer les maladies, et désigner les 
possesseurs ou les anciens possesseurs de menus objets, dans des 
conditions qui excluent l'emploi des voies sensorielles normales. » 

Voici quelques exemples donnés par sir Oliver Lodge : 

Le professeur Gonner fut amené par Lodge sous un nom d'em- 
prunt. Alors il fut parlé de son oncle William, mort d'un trou à la 
tète. De fait, le professeur Gonner avait eu un oncle William, mort 
dans une émeute électorale, il y a très longtemps, avant même la 
naissance de M. Gonner. Une pierre le frappa à la tête. 

« Le père de ma femme, dit Lodge, est mort alors qu'elle n'était 
âgée que de quinze jours, d'une mort dramatique et émouvante. 
Phinuit fit le récit des circonstances de cette mort d'une manière 
saisissante. De même la cause de la mort du beau-père de ma femme 
(chute au fond de la cale de son bateau) fut exactement précisée. » 

Un médecin de Liverpool fut présenté sous le nom du D r Jones. 
Sir Oliver Lodge et Lady Lodge le connaissaient peu. Mad. Piper lui 
parla dune de ses filles, nommée Daisy, dit qu'elle était char- 
mante, mais infirme (Daisy est sourde et charmante) : « Il y a près 
d'elle une femme nommée Kate, que vous appelez Kitty. » Kate est 
la bonne des enfants du docteur. 

Le sténographe était venu à une séance pour écrire ce que dirait 
Mad. Piper. Phinuit le prit à partie et lui dit qu'il avait un cousin 
s'appelantCHARLEY : « Six enfants dans votre famille (quatre garçons, 
deux filles) ; Minnie est votre sœur ; vous vous appelez Ed. . . » Tous ces 
détails étaient exacts. 

Par Mad. Piper des souvenirs, extrêmement anciens, et qui se 
vérifient exacts, sont mentionnés sur tous les parents et les grands- 
parents de la personne qui l'interroge. Très souvent il faut de 
longues vérifications pour savoir s'ils sont vraiment authentiques. 
Un des frères du père de Lodge avait un frère jumeau dont Mad. Piper 
dit le nom. Jerry pour Jeremiah, ainsi que Robert, le frère jumeau. 
Mad. Piper dit qu'il était aveugle (exact) et que dans son enfance il 
avait mis de côté une peau de serpent, détail absolument authen- 
tique d'un fait qui s'était passé il y a soixante-six ans, fait qu'OLivER 
Lodge ignorait, et qui s'est trouvé véritable. Il parla aussi d'une 



168 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

traversée à la nage d'un bras de rivière, traversée que Jerry avait 
faite. 

Mad. Piper, dans une deslpremières séances, s'était assise sur un 
certain grand fauteuil. Phinuit, en touchant ce fauteuil, déclara 
qu'il avait été donné par la tante Annie, que la tante Annie avait un 
fils nommé Charley (tous détails exacts). La tante Annie, parlant 
par Phinuit, dit : « Je suis triste que Charley ait mangé l'oiseau. Cela 
l'a rendu malade. » De fait, exactement à cette époque, Charley, 
qui était au Canada, avait tué indûment à la chasse une poule d'eau , 
l'avait mangée, et avait été malade quelques jours après. 

Les premières communicatiousde Georges Pelham par l'intermé- 
diaire de Mad. Piper, sont très importantes, aussi bien pour la cryp- 
testbésie que pour la possible identification. Nous les donnerons 
sommairement 1 . 

En présence de R. Hodgson, M. Hart (un ami de Georges Pelham) 
reçut des détails circonstanciés se rapportant à des actes ou à des 
paroles de Georges Pelham. Georges Pelham (pseudonyme de Robin- 
son), par la voix de Mad. Piper, lui dit que ses boutons de man- 
chettes avaient appartenu à G. P... 11 donna les noms de M. et 
de Mad. Howard, amis de G. P..., et de leur fille Kalérine, et ajouta : 
« Dites-lui, pour qu'elle me reconnaisse, que je veux résoudre les pro- 
blèmes Kalérine. » M. Hart, ne comprenant pas ces paroles, alla trou- 
ver la famille Howard (que Mad. Piper ne connaissait nullement), et 
là il apprit que G. P..., la dernière fois qu'il vit Kalérine, jeune fille 
de quinze ans, lui avait parlé de Dieu, de l'Éternité, du Temps, de 
l'Espace, en lui disant qu'un jour il lui parlerait de ces problèmes. 

Après cette séance, les Howard eurent d'autres réunions avec 
Mad. Piper. « Les questions traitées, dit R. Hodgson, étaient carac- 
téristiques, et de la nature la plus intime et la plus personnelle. 
Les amis communs furent cités par leurs noms. Les Howard, qui 
ne prenaient aucun intérêt aux recherches psychiques, acquirent, 
dans ces séances avec Mad. Piper, l'intime conviction qu'ils avaient 
causé en réalité avec la personnalité de l'ami qu'ils avaient connu 
pendant tant d'années. » 

Après la mort de R. Hodgson, ce fut un autre savant et conscien- 

4. Si malheureusement on ne peut pas recourir aux documents originaux, on 
les trouvera bien résumés par Delanne. loc. cit.. 363. 



CRYPTESTHÉSIE SP1RITIQUE 169 

cieux psychologue américain, secrétaire général de Y American 
Society for psijchical Research, M. James Hyslop (mort récemment, 
en juin 1920), qui étudia Mad. Piper'. Le guide de Mad. Piper fut 
alors R. Hodgson lui-même, et les faits de cryptesthésie furent tout 
à fait éclatants. 

M. Hyslop, l'ayant interrogée sur son père à lui, Hvslop, Mad. Piper 
fit allusion à maints détails exacts : elle dit l'endroit où il avait 
laissé ses lunettes quand il mourut. Elle parla de ses livres, d'un 
bonnet tricoté pour lui, d'un couteau à manche brun avec lequel 
il avait l'habitude de se nettoyer les ongles. Elle mentionna diverses 
cannes que possédait M. Hyslop père, une canne avec un anneau, 
une autre avec un insecte doré (un scarabée), une autre avec un 
manche recourbé, qui avait été brisée; tous détails qui furent 
reconnus exacts, et que M. J. Hyslop, au moins consciemment, 
ignorait. 

Mad. X... se fait introduire sous le faux nom de Marguerite 
Brown, apportant, pour avoir quelque réponse, trois boucles de 
cheveux, X. B. S. Elle ne connaît comme origine que la boucle S. 
Pour la boucle X., Mad. Piper lui dit : «.Mais c'est de Fr éd.. . Imogène? 
Qu'est-ce que Fmogène? » En effet, la boucle de cheveux était d'iMO- 
gène Garnay, que M. Fred. Day avait coupée pour la donner à Mar- 
guerite Brown. Pour la boucle B., Mad. Piper dit : « Une personne 
très malade. » En effet la personne dont les cheveux étaient présen- 
tés est morte dans l'année. Pour la boucle S., Mad. Piper dit : «Elleest 
avare de ses cheveux. » Or Marguerite avait coupé cette mèche 
de cheveux à sa mère par surprise. « C'est votre mère, elle a quatre 
enfants, deux garçons, deux filles. «Tous ces détails sont exacts-. 

R. Hodgson, dans une séance avec Mad. Piper, reçoit un message 
de Mad. Éliza qui dit avoir assisté M. F... au moment de sa mort. 
F... venait de mourir la veille, et la nouvelle de sa mort avait été 
donnée par les journaux de Boston. Deux ou trois jours après, R. Hod- 
gson apprit qu'en effet, au moment de mourir, F... dit avoir vu Mad. 
Éliza qui l'appelait. Mad. Piper ne connaissait pas Mad. Éliza. 

1. Voir l'analyse donnée par Marcel Mangin, A. S. P., 1902, XII, 218. La vie 
après la mort. 

2. Voir Bozzano, A. S. P., 1906. XVI, 546. 

3. A. S. P., 1909. XIX, 107. 



170 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Un phénomène curieux est le mélange de diverses personnalités. 
Il semble — mais ce n'est sans doute qu'une symbolisation — , que, 
lorsque telle ou telle personnalité, qu'il s'agisse de Phinuit, d'HvsLOP 
père, de Georges Pelham, ne peut pas donner tels ou tels détails, 
alors elle appelle à son secours une autre personnalité mieux ren- 
seignée. Le professeur Newbold donne une phrase en grec, langue 
que Mad. Piper ignore complètement. Mais Georges Pelham dit : 
«Je vais demander à Stainton Moses, qui est helléniste» et peu après 
la traduction des mots grecs est donnée. Une autre fois Rector 
et Hodgson, parlant par l'intermédiaire de Mad. Piper, ne peuvent 
trouver le nom de la belle-mère de Robert Hyslop. Ils sortent de la 
machine, selon l'expression pittoresque de Mad. Piper, c'est-à-dire 
qu'il se fait un certain silence, et que, quelque temps après, 
Georges Pelham revient en disant : « Elle s'appelle Marguerite. » 
Mais il est vraiment difficile de croire à la réalité de ces diverses 
personnifications qui, dans le monde des esprits, se cherchent, se 
trouvent, se renseignent. 

Le cas de Hannah Wild, bien analysé par M. Sage, est curieux, 
car il est un très bel exemple de télépathie, coïncidant avec défi- 
cience complète des faits connus du décédé seul. Mad. Blodgett 
interroge Mad. Piper, et c'est la sœur de Mad. Blodgett (Hannah Wild) 
décédée depuis deux ans, qui revient. Or Hannah Wild avait écrit 
une lettre où se trouvaient des paroles que personne ne pouvait 
connaître. Rien de cette lettre ne put être dit par Mad. Piper, et 
pourtant toutes les pensées (et les actions) secrètes de Mad. Blodgett 
furent dites avec précision. De sorte que cette expérience, si impar- 
faite pour la théorie de la survivance personnelle, est excellente 
au point de vue de la télépathie et de la cryptesthésie. 

Avec Mad. Verrall, une observatrice d'esprit pénétrant etsagace, 
les résultats ont été très beaux. Mad. Piper lui dit : « Votre grand- 
père était paralysé, il avait une sœur qui s'appelait Suzanne, et un 
fils qui s'appelait Henri. Cet oncle s est marié avec une de ses 
parentes, une dame Keley. » Mad. Verrall, qui n'était plus en rela- 

1. Si l'on ne peut pas lire dans le texte original les gros volumes que Hodgson, 
Hyslop, YAmeric, S. P. R. et la S. P. R. anglaise ont consacrés à l'étude de cette 
admirable Mad. Piper, on en aura une idée suffisante par le livre de M. Sage 
(Madame Piper, par M. Sage, 4 e édit., Paris, Leymarie, 1902). C'est un ouvrage 
de lecture facile. 



GRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 171 

tious avec cette partie de sa famille, a pu ensuite, en faisant de 
laborieuses recherches, constater que tout cela était exact. Son 
grand-père avait une sœur Suzanne, née en 1791, et un de ses 
enfants, Henri, s'est marié à Mad. Keley 1 . 

Paul Bourggt-, interrogeant Mad. Piper qui avait alors la per- 
sonnalité de Phinuit, lui montre une petite pendule de voyage. 
Mad. Piper a pu lui dire à qui elle avait appartenu, ce que faisait 
autrefois le possesseur de cet objet et sou genre de mort (suicide 
par un poison). « Elle décrit avec une exactitude remarquable l'ap- 
partement que j'occupais à Paris. Elle a dit Fétage et mentionné un 
escalier intérieur. Elle a vu sur le mur un objet qu'elle a décrit et 
un portrait sur la cheminée qu'elle a pris pour le portrait d'un 
jeune homme. C'est une photographie de femme avec des cheveux 
coupés courts ! » 

M. Hyslop, parlant à son père défunt (incarné en Mad. Piper) 
demande des nouvelles de M. H. C... Il lui est répondu que M. H. C... 
s'occupe de l'église et de l'orgue de l'église. Or précisément, — ce 
que M. Hyslop ignorait — M. H. C... s'était retiré de l'église, parce 
qu'on y avait placé un orgue, ce qu'il désapprouvait 3 . 

M. Vernon Buiggs, qui avait été à Honolulu, interrogeant 
Mad. Piper à propos de Kalua, petit garçon indigène qu'il avait 
amené en Amérique, reçoit de Mad. Piper deux mots de langue 
kawaienne Lei (guirlande de fleurs) commeKALUA aimaità en tresser, 
et A loha qui veut dire salutations. Comme M. Briggs lui demande 
le nom de l'île qu'habitait Kalua, elle dit Tawaï, et sa main écrit 
Kawaï. Or, le nom s'écrit en réalité Kawaï, mais les indigènes 
disent Tawaï. 

A Mad. veuve M..., Mad. Piper écrit les noms de Brown et de 
Parker : ce sont les noms du docteur et de la garde-malade qui ont 
soigné M. M .. pendant sa dernière maladie. «Il me fut alors parlé, 
dit Mad. M..., par Mad. Piper, comme pouvait seul le faire mon 
mari. Des affaires qui le concernaient, et que j'étais seule à con- 
naître, furent mentionnées. Il me fut parlé aussi d'un ami intime de 
mon mari, désigné par son nom. Il fut fait allusion à notre der- 

1. Voir pour les détails Hyslop, Science and a future lïfe, Boston, 1905, 157. 

2. A. S. P., 1895, V, 72. 

3. Hyslop. loc. cit., 222. 



172 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

nière promenade dans le parc, à T... et répondu à la question que 
je lui fis quand il était mourant et trop faible p'our parler. Et cette 
réponse fut faite de façon que M. Hodgson ou tout autre étranger 
ne pouvaient comprendre ce dout il s'agissait : mais c'était parfai- 
tement clair pour moi 1 . » 

A Mad. William James et à son frère, dans une séance avec 
Mad. Piper, il est appris (par Phtnuit), que la tante Kate est morte à 
2 heures ou 2 heures 30 du matin, et qu'ils vont recevoir lettre ou 
télégramme qui l'annonce. Et en effet, un télégramme arrive dans 
la matinée, annonçaut que la tante Kate était morte quelques 
minutes après minuit. 

Je pourrais multiplier de tels récits relatés avec un soin minu- 
tieux par des observateurs habiles. Le phénomène de la cryptes- 
thésie est maintenant indiscutable. 

Si, pour affirmer cette puissance mystérieuse de notre intelli- 
gence, nous n'avions que les expériences faites avec Mad. Piper, 
ce serait largement suffisant. La preuve est faite, et d'une manière 
définitive. 

Par conséquent, nous pouvons aller de l'avant, et indiquer, parmi 
des centaines d'exemples, les expériences coufirmatives faites avec 
d'autres médiums. 

Si l'on désire faire l'étude complète de ces beaux phénomènes, 
si démonstratifs, il faudra recourir aux P. A. S. P. R. (passim) et 
aux P. S. P. R. (passim). Mais on en aura une excellente notion 
dans les ouvrages de Myers, et de Lodge, et de Hyslop. 

Hyslop divise en trois périodes les périodes de lucidité de 
Mad. Piper : premier Rapport de Hodgson ; deuxième Rapport de 
Hodgson ; Rapport de Hyslop. 

Déjà, après le premier Rapport de Hodgson, quand Georges Pelham 
n'était pas venu encore, et qu'il n'y avait que Phinuit, Hodgson 
disait' 2 : « Les résultats très compliqués, très suggestifs, établissent 
qu'il y a indications de noms et d'incidents qui sont inconnus des 
assistants (ce qui exclut l'hypothèse de la télépathie comme cause 
unique des phénomènes). » Après le second Rapport de Hodgson, 
la majorité de ceux qui assistaient aux séances avaient acquis la 

1. Hyslop. Science and a future life, 1905, 179. 

2. Voyez Hyslop, loc. cit., 192. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 173 

certitude (indubitable évidence) qu'il y avait là quelque chose de 
supranormal. Telle semble être aussi la conclusion de M. J. Hyslop 
pour ses expériences, comme aussi celle de Lodge. 

Ilest vrai que certains savants, qui n'eurent que quelques séances 
(Weir Mitchell, James Mark Baldwin, professeur Trowbiudge, pro- 
fesseur Eliot Norton), ne furent pas convaincus. Pourtant j'oserai 
leur déclarer qu'en uue question si difficile on ne peut se per- 
mettre quelque conclusion, dans un sens ou dans un autre, 
qu'après une longue série d'expériences. Or ils n'ont pas prolongé 
leurs études sur Mad. Piper. Et c'est une grave erreur. 

M. Hyslop, répondant à Fr. Podmore, a fait une étude très minu- 
tieuse du calcul des probabilités appliqué aux cryptesthésies de 
Mad. Piper 1 . Il n'a pas de peine à montrer que la probabilité du 
succès, dans la plupart des cas, est tellement faible, qu'on ne peut 
l'expliquer par le hasard. On arrive, en faisant la preuve des 

j 147 

succès, à des chiffres comme -rr • Or, comme nous l'avons dit à 
maintes reprises, le calcul des probabilités, quand on le manie 
correctement, est un procédé admirable de coutrôle, à la condition 
que les expériences aient été bien faites. Tout est là. Et il semble 
que les expériences de Hyslop avec Mad. Piper aient été irrépro- 
chables. 

Voici, pour l'application du calcul des probabilités, quelle fut 
l'ingénieuse idée de Hyslop. Il a interrogé diverses personnes (en 
grand nombre) en leur faisant les mêmes questions qu'il adressait 
à Mad. Piper, et comparé ces réponses des non-sensitifs aux réponses 
de Mad. Piper, sensitive. Il a fait ainsi 105 questions (auxquelles 
Mad. Piper avait bien répondu), il a supposé alors, avec raison, que 
les réponses des non-sensitifs étaient celles que donne le hasard, et 

il arrive ainsi au chiffre prodigieux d'une probabilité de \tq) 
Pour donner un exemple de cette méthode, voici la question 46 : 
Votre père a-t-il fait un voyage dans l'Ouest ? 

a. A-t-il eu alors un accident de chemin de fer ? 

b. A-t-il été traumatisé dans cet accident? 

c. Votre belle-mère était-elle avec lui? 

1. Chance coïncidence and r/uessing in a mediumistic experiment (Proc. Ame- 
ric. S. P. R., août 1919, XIII. 1-89). 



174 MÉTAPSYCH1QUE SUBJECTIVE 

d. Le train a-t-il eu cet accident sur un pont ? 

c. Y a-t-il quelque temps que cet accident a eu lieu ? 

/'. A-t-il été malade à la suite de cet accident ? 

Pour la question générale, sur 420 personnes, il y en a eu 1/4 qui 
ont répondu oui, 10 ont eu un accident de chemin de fer et une 
seule personne a eu cet accident sur un pont. En réalité, sur 
420 réponses, personne n'a répondu « oui » à toutes les questions, 

de sorte que la probabilité est certainement inférieure à -j^r- Mais 

on doit aller plus loin, et calculer la probabilité séparée de chaque 

1 
question, ce qui donne une probabilité totale de : o kqq qqq quo 

c'est-à-dire la certitude (morale) que le hasard n'a pas pu donner 
ces réponses à Mad. Piper. 

La méthode que j'ai employée dans mes expériences avec Stella 
est plus simple, mais conduit aux mêmes conclusions ; impossibi- 
lité d'expliquer par le hasard les résultats, à la condition que l'ex- 
périence a été rigoureuse, comme je crois qu'elle le fut pour mes 
expériences et celles d'HysLOP. 

William James relate 1 les expériences faites avec Mad. Piper 
qui paraissent lui donner une preuve non seulement de lucidité, 
mais même de survivance, puisqu'il s'agissait de R. Hodgson, 
décédé, parlant par l'intermédiaire de Mad. Piper. Il cite le fait sui- 
vant : v Il y a un individu nommé Child qui arrive soudainement et 
qui envoie son amour à William (William James) et à sa femme (la 
femme de Child) qui est vivante. Il dit L... » Telles sont les paroles 
de Mad. Piper à Miss Robbins ; or, ni Miss Robbins, ni Mad. Piper 
ne connaissaient Child, lequel était l'ami le plus intime de William 
James (décédé). Le prénom de Mad. Child commence par L. 

Et William James, cet admirable savant, conclut à la supernor- 
malité des phénomènes (unquestionably suyernormal) . 

Il est impossible, mêmeauxplus sceptiques, de ne pas être ébranlé 
par ce consensus d'hommes comme Fr.Myers, Oliver Lodge, William 
James, R. Hodgson, J. Hyslop, qui tous, après des enquêtes multi- 
pliées, laborieuses, ayant duré vingt ans, s'accordent à reconnaître 
la lucidité de Mad. Piper. 

1. Report on Mrs Piper' S. Hodgson Control (Proceed. Americ. S. P. R., 1909, 
III, 470. 



CRYPTESTHESIE SPIRITIQUE 175 

Quoique la cryptesthésie, dans toutes ces expériences de 
Mad. Piper, soit absolument et irréprochablement démontrée, la sur- 
vivance, en réalité, ne l'est pas. Certes les divers personnages qui 
se présentent : R. Hodgson, Hyslop père, Phinuit, Georges Pelham, 
Stainton Moses, Fr. Myers, ont marqué en traits saisissants leur 
individualité psychologique, et l'ont conservée imperturbablement, 
qu'il s'agisse de la voix, de l'écriture, des gestes, du style ou de la 
pensée. Mais est-ce une preuve suffisante? Avec des personnalités 
factices, comme Marie-Antoinette d'HÉLÈNE Smith, il en est exacte- 
ment de même. 

Et alors une conclusion s'impose. Puisque avec un médium aussi 
puissant que Mad. Piper, — supérieure à tous les autres médiums — 
la survie n'est pas démontrée, elle pourra encore moins bien l'être 
par d'autres médiums. Mais il ne faut pas s'en émouvoir. A chaque 
époque suffît sa tâche. Notre tâche aujourd'hui est de prouver qu'il 
y a une faculté de connaissance supernormale, une cryptesthésie. 
Et Mad. Piper est, sans contestation possible, de tous les médiums, 
celui qui en a donné les preuves les plus nombreuses, les plus 
étranges et les plus décisives. 

Non seulement ces expériences prouvent une faculté supernor- 
male, mais encore elles établissent que la télépathie n'est pas une 
explication suffisante. C'est bel et bien la clairvoyance, la lucidité, 
c'est-à-dire la connaissance de faits qu'aucun être vivant ne 
connaît. 

Quoique Home fût surtout remarquable par sa médiumuité 
objective, il a donné des preuves éclatantes de lucidité. Il avait 
parlé, chez des visiteurs qu'il voyait pour la première fois, à Hart- 
ford, d'une petite femme vêtue d'une grande robe de soie grise qu'il 
avait entrevue, et qui, paraît-il, était un fantôme, puisqu'elle avait 
disparu du monde des vivants. Home alors entendit une voix qui 
lui disait : « 11 me déplaît qu'un autre cercueil soit placé sur le mien; 
je ne le souffrirai point. » Il ne comprit pas ce que cette phrase énig- 
matique signifiait. Comme le lendemain on était allé au cimetière 
pour visiter la tombe de la dame à la robe de soie grise, au moment 
de mettre la clef dans la serrure du caveau, le gardien dit : « Par- 
donnez-moi; mais, comme il y avait un peu de place au-dessus du 



176 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

cercueil de Madame, nous y avons mis hier le petit cercueil de l'enfant 
de L... Nous n'avons pas eu le temps de vous prévenir. » 

Devant Home, Miss Andrews, non professionnelle, mais douée 
d'une notable lucidité, reçut la visite de M. Colley Grattam, auteur 
distingué, consul à Anvers et à Boston, et qui raillait quelque peu 
le spiritisme : « Ne raillez pas, dit Miss Andrews, vous avez près de 
vous un esprit qui s'appelle Emma, debout à vos côtés... — Que savez- 
vous d'elle? dit M. Colley Grattam, tremblant... — Elle veille sur 
cous pour vous protéger ; car vous avez été bon pour elle. Par une 
nuit d'orage vous lui avez porté secours et la fîtes entrer chez vous, en 
lui donnant à boire du vin chauffé : vous avez provoqué son mari 
pour sa conduite lâche et inhumaine... — Oui, dit Colley, le 
monstre, quoique membre du Parlement, avait mérité l'échafaud. Adieu, 
je ne puis en entendre davantage, jamais plus je ne raillerai votre 
doctrine 1 ». 

M. Britton, écrivain célèbre, raconte qu'en faisaut une expérience 
avec Home, à Greenfield, la table, sur laquelle étaient frappés des 
coups d'une violence inusitée, s'adressant à M. Britton, lui dit : 
« On vous demande chez vous : votre enfant est très malade, partez tout 
de suite, ou ce sera trop tard... ». « Alors, dit M. Britton, je saisis ma 
valise, et je partis. Dans la rue j'entendais le sifflet de la locomo- 
tive; c'était le dernier train. En courant de toutes mes forces, je 
pus arriver au moment où le train allait partir ; je m'accrocbai à 
l'arrière du dernier wagon. Arrivé chez moi, je constatai l'absolue 
vérité du fait annoncé 2 . » 

M. Hyslop a fait des expériences, très intéressantes aussi, quoique 
moins brillantes qu'avec Mad. Pipkr, avec Mad. X... qui n'est pas 
une médium professionnelle. Il se présenta chez elle sous le nom 
de Robert Brown. Or, dès qu'il entra, Mad. X... l'appela James H... 
en lui disant que le nom de Robert n'était pas sou vrai nom, mais 
le nom de son frère. Elle donna aussi le prénom Mary de la femme 
(décédée) de M. Hyslop. 3 

Un message médianimique annonce au prince Wittgenstein que 

1. Home, La lumière et les ombres, 1883, trad. fr., 247. 

2. Home, ibid., trad. fr., 1883, 259. 

3. Science and a future life, Boston, 1905, 255. 



CRYPTESTHÉSIE SPIR1TIQUE 177 

le testament de son ami le général de Korff, mort depuis quelques 
mois, est dans uue armoire spéciale de la maison où il est mort. Le 
prince écrit alors à la sœur du baron Korff pour le lui apprendre. 
Or on avait vainement cherché ce testament, et, quand est arrivée 
la lettre du prince, on venait de trouver ce testament juste à l'en- 
droit qui avait été indiqué par le message l . 

M. Heueward Carrington 2 rapporte l'histoire suivante. Le père 
d'un soldat anglais, tué en novembre 1916 à Beaumont, se décide, 
après avoir lu Raymond, de Sir Oliver Lodge, à aller trouver (sans 
dire son nom) un médium, M. A. Vout Peters, qui lui dit d'emblée 
quatre noms : John, Elisabeth, William et Edouard. Or le père de 
M. X... s'appelait John; sa mère, Elisabeth; son frère, William. 
Edouard est le nom d'un neveu mort il y a longtemps. Peters dit à 
M. X... que le fils mort s'appelait Po...r. Eu réalité il se nommait 
Rogeu, et ce qui est singulier, c'est qu'on l'appelait familièrement 
Poger et non Roger. 

Mad. X... avait cru voir un matin le fantôme de sou fils en 
pleine lumière du jour. Elle va dans la journée consulter 
Mad. Annie Brittain, qui lui dit : « Votre fils me charge de vous dire 
que, si vous l'avez vu, c'était bien lui, et non un rêve, et que Jeanne 
l'a vu aussi. » Et en effet la jeune Jeanne, que ne connaît pas du 
tout Mad. Brittain, avait vu aussi l'apparition. 

Le capitaine James Burton, écrivant par l'écriture automatique, 
communique 3 avec son père décédé : «Je ne savais pas, dit-il, que 
ma mère, qui habitait à une distance de soixante mille environ, 
avait perdu le chien que mon père lui avait donné. La même nuit, 
j'eus par mon écriture automatique une lettre de lui prenant part à 
la peine de ma mère. Un secret des plus sacrés, connu seulement 
de mon père et de ma mère, concernant une chose arrivée plusieurs 
années avant ma naissance, me fut révélé avec cette recommanda- 
tion : « Dites ceci à cotre mère, et elle comprendra que c'est moi, votre 

1. a. s. P., 1910, XX, 120. 

2. Psychical Phenomena and the war (New- York, 1919, 272). 

3. Cité par Conan Doyle, La Nouvelle révélation, trad. fr., 1919, 159. 

Richf.t. — Métnp«ychir|iic. 12 



178 MKTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

« père, qui écris. » Quand j'appris cela à ma mère, jusque-là incré- 
dule, elle s'évanouit. » 

Il est à noter que l'écriture automatique du capitaine Burton est 
tellement fine qu'il faut une loupe pour la lire. 

Voici un récit fait à C. de Vesme, récit qui a agi sur lui avec 
assez de force pour le décider à s'occuper désormais de sciences 
occultes. Le narrateur était Albert deN... qui en avait été témoin à 
Rome. 

Une nuit, en 1871, la mère de M. de N... tout d'un coup se mit à 
pousser des cris désespérés. Le jeune Albert de N... et sou père, 
M. de N..., accoururent. Mad. de N... était par terre, terrorisée, les 
cheveux en désordre. Elle raconta quelle avait été transportée par 
les esprits au bas de son lit. 

Le lendemain, à 7 heures du matin, on sonne à la porte. C'est le 

colonel baron Daviso qui arrive, absolument inconnu de M. et 

de Mad. de N... pour demander des nouvelles de ce qui s'était passé. 

t ... 

On lui avait annonce, dans une séance spintique, que les esprits 

allaient jouer un tour à une dame habitant précisément la maison 

où était Mad. de N... et le baron Daviso était venu pour vérifier le 

fait l . 

Un fait de cryptesthésie spiritique, obtenu par les mouvements 
de la table, a été observé à Cambridge par Hélène Verrall 2 . 

Le 29 janvier 1907, à 18 heures, les mots suivants ont été dictés : 
Felloiv of Royal Society Potter, dead this afternoon 4. 30 Edditor of 
Physiological Review London 43 Belsize gardens Kensington, married, 
fixe children. 

Le message s'applique bien à l'éminent physiologiste Foster (et 
non Potter) éditeur du Journal of physiologij, membre delà Société 
royale, marié, père de cinq enfants, et demeurant à Londres (il y a 
eu erreur sur l'adresse), Le professeur Foster n'est pas mort le 29 à 
16 heures 30, mais dans la nuit du 28 au 29. La nouvelle n'en est 
arrivée à Cambridge que tard dans la soirée du 29 par les journaux 
londoniens du soir. D'ailleurs Hélène Verrall et M. Bayfield, qui 

1. A. S, P.. 1909, XIX, 109. 

2. Journ. S. P. R., mars 1907, 36. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 179 

était à la table avec elle, n'avaient vu personne dans la journée et 
n'avaient regardé aucun journal. 

Il est à noter toutefois que M. Michael Foster a été longtemps 
professeur de physiologie à Cambridge, et que, ainsi que M. Verrall, 
le père d'HÉLÈNE, il a appartenu à l'Université. 

J'ai fait plusieurs expériences très nettes avec Stella. Stella, qui 
n'est pas un médium professionnel, mais une jeune fille qui ne s'est 
occupée de spiritisme que par hasard. Un jour elle a découvert 
qu'en mettant la main sur la table ou sur la planchette elle donnait 
des réponses curieuses. Avec Stella j'ai pu obtenir des preuves 
éclatantes de lucidité, sans pouvoir décider d'ailleurs si cette luci- 
dité était, ou non, télépathique. 

J'ai procédé avec autant de rigueur expérimentale que possible. 
Nous étions, dans ces huit expériences, trois personnes : Stella, 
G... et moi. G..., licencié es sciences, physicien habile, n'avait 
jamais vu Stella, et moi-même je ne connaissais absolument rien 
de la famille de G... Dans ces expériences, non seulement G... ne 
mettait pas la main sur la table (soulèvement de la table à telle ou 
telle lettre de l'alphabet) ; mais encore il nous tournait le dos, ne 
pronouçait pas une parole, et ne faisait pas un geste. Or, dans ces 
huit séances, Stella a pu dire les prénoms de la femme, des frères, 
du fils, du père, du beau-père de G..., tous prénoms que Stella 
et moi nous ignorions absolument. En admettant une probabilité 
de 1/40% calculée en supposant qu'il y a à peu près 40 prénoms usuels 

masculins, et 40 prénoms usuels féminins, on a comme probabi- 

/ 1 \ 6 1 

lité l-^-J c'est-à-dire 25 000 000 000 ' ce ^ U1 équivaut sinon à la 

certitude mathématique, au moins à la certitude morale. 

Mais le calcul des probabilités doit être manié avec plus de pru- 
dence, car il n'est pas tout à fait exact de dire que, sur ces six 
expériences, il n'y a pas eu d'insuccès, de sorte que, si des insuccès 
sont mêlés aux succès, il n'est pas possible d'admettre la probabi- 
lité (tq-) Admettons, en exagérant, qu il y eut six hésitations, 
équivalant plus ou moins à des insuccès, on a alors la formule : 

s! 
TTJT paq * 



180 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

formule dans laquelle les succès a ont une probabilité p, les insuccès 
p une probabilité q. Naturellement p + q — l 

a -f- p 4 ==s. 

Alors, en admettant six écbecs et six succès, sur douze expé- 
riences, la probabilité composée devient ^ Q00 0QU ; ce qui est la 
même certitude morale que si la probabilité est mille fois plus 
faible. 

Même certains de ces écbecs sont très instructifs. Ainsi il est 
demandé le prénom de l'enfant de G... La réponse est Georgette 
(ce qui est une erreur, puisque l'enfant est un garçon qui s'appelle 
Jean). Alors G... nous dit (ce que Stella et moi, naturellement, nous 
ignorions), quesa femme et lui, sil'eufantavaitétéunefille, l'eussent 
appelée Georgette. 

G... demande le nom d'un frère mort. La réponse est « André, il 
vit ». 

Le nom du frère mort de G... n'est pas André. Or G... a un autre 
frère vivant, qui s'appelle André. "Et il semble bien que cela ait 
voulu être précisé, puisque, tout de suite après André, sont venus 
les deux mots étonnants : il vit. On peut presque dire que cet échec 
est plus intéressant qu'un succès. 

Stella et moi nous savions que G... est né eo Bretagne, mais rien, 
déplus. Nous demandons le nomde la ville où ilestné. La réponse est 
Loria. Nous peusionsà Lorietit: maisdefaitG... est né à Morlaix. Or, 
comme il y a confusion possible entre les lettres voisines, L peut très 
bien avoir été dit pour M et /pour L. Quoique Stella et moi nous 
fussions, après les premières lettres, convaincus qu'il s'agissait de 
Lorient, la cinquième lettre qui est venue, malgré nous, a été .4... 

Stella a pu dire aussi, toujours par la table, le nom d'un ami 
d'enfance de G... et le mot de Kerveguen, qui f ut le nom de l'habita- 
tion de G... à Morlaix. G... venait de recevoir une lettre conte- 
nant quelques détails sur son fils, qui avait de la fièvre. On demande 
ce qu'il y a dans cette lettre, tout à fait inconnue de nous La 
réponse a été : « Jean fièvre » et il a été ajouté « Rit voiture ». Or 
G... avait récemment donné à son petit Jean une voiture avec 
laquelle l'enfant s'était énormément et anormalement amusé. 

A maintes reprises, Stella m'a donné des preuves de lucidité 



r.RYPTKSTHESIE SPIRITIQUK 181 

remarquable, mais je ne veux pas — encore qu'elles soient à mes 
yeux très probantes — les mentionner ici. Je n'accepte comme 
démonstratives que les expériences dans lesquelles il est rigoureu- 
sement impossible à Stella, consciente ou inconsciente., d'avoir eu 
par les voies sensorielles normales la connaissance de ce qu'elle dit. 

Je citerai seulement deux faits : 

1° J'avais été porter une lettre à mon ami le professeur W. Stirling 
de Manchester, qui venait d'arriver à Paris, boulevard Saint-Michel. 
Bien entendu, jamais je n'avais prononcé devant Stella le nom de 
M. Stirling. Or, le lendemain du jour où j'avais été porter cette 
lettre, je dis à Stella : « A qui ai-je été porter une lettre, boulevard 
Saint-Michel! » Elle répond immédiatement : « A votre ami de 
Londres. » Réponse très invraisemblable, car rien ne pouvait faire 
soupçonner à Stella, parmi les nombreuses lettres que je pouvais 
aller porter au boulevard Saint-Michel, que ce fût à un ami anglais 
dont elle ignorait l'existence. Un ami anglais au boulevard Saint- 
Michel, c'était bien peu vraisemblable! 

L'observation suivante, est encore plus remarquable. Je vois 
Stella, le 2 décembre, dans la journée, et en partant je lui dis : 
« Je vais faire une leçon sur le venin des serpents. » Elle me répond 
aussitôt : « J'ai rêvé de serpents, ou plutôt d'anguilles, cette nuit. » 
Alors — et naturellement sans lui dire pourquoi — je la prie de 
me raconter son rêve, et voici textuellement ses paroles : « C'étaient 
plutôt des anguilles (deux anguilles') que des serpents ; car je voyais leur 
ventre blanc, luisant, et leur peau visqueuse, et je me disais : je n'aime 
pas beaucoup ces bêtes-là, mais cependant cela méfait de la peine quand 
on leur fait du mal. » Ce rêve a été étonnamment conforme à la réalité 
de ce que j'avais fait la veille, le 1 er décembre. J'avais ce jour-là — 
pour la première fois depuis vingt ans, — expérimenté avec des 
anguilles. Voulant leur prendre du sang, j'avais mis les deux 
anguilles sur une table. Leur ventre blanc, nacré, reluisant, visqueux, 
m'avait frappé. Elles avaient été fixées sur la table pour qu'on pût 
leur enlever le cœur. Je n'en avais, en toute certitude, pas parlé à 
Stella (que je n'avais pas vue depuis longtemps) et Stella n'est 
en relation avec aucune des personnes qui fréquentent mon labo- 
ratoire. 

Je noterai ici, comme caractéristique de la médiumnité de Stella, 



182 MÉTA.PSYCHIQUE SUBJECTIVE 

et sans doute aussi de beaucoup d'autres sensitives, que rarement, 
sauf dans le cas cité plus haut de ma lettre à Stirling, elle fait 
une réponse précise à la question précise que je lui adresse. Je ne 
l'avais pas du tout interrogée sur l'emploi de ma journée la veille, 
et le rêve qu'elle a fait ne se rapportait nullement à moi dans son 
idée. Elle a vu deux anguilles, et voilà tout. 

Ce n'en est pas moins un fait remarquable de cryptesthésie ; car, 
après les paroles prononcées par Stella, qui répondent si bien à 
l'impression que la veille j'avais très fortement éprouvée, on ne 
peut parler de hasard. 

Lady Mabel Howard, écrivant par l'écriture automatique, est 
interrogée par une de ses amies au sujet d'un vol de bijoux. Elle 
écrit qu'on les trouvera au-dessous du pont de Tebay, ce qui 
était, paraît-il, tout à fait invraisemblable. Un moisaprès on retrouva 
les bijoux au-dessous du pont l . 

Miss A..., médium écrivain, donne à Lady Radnor le nom d'ANNA 
Chambers. Ce nom était tout à fait inconnu de la famille actuelle. 
Après de minutieuses recherches, on arriva à découvrir par Y Office 
des Armoiries qu'une certaine Lady Exeter, ancêtre de Lady Radnor, 
s'appelait avant son mariage Anna Chambers. 

M. Gordigiani, ancien élève de l'Ecole militaire de Florence, dès 
l'âge de quinze ans, eut des phénomènes médianimiques spontanés. 
Un jour, en 1883 (il avait alors dix-sept ans), comme une dame 
américaine, Mad. veuve B. M..., faisait faire son portrait par 
M. Gordigiani, le père de ce jeune homme, elle voulut avoir une 
séance avec le médium, qui écrivit : « H y a une inimitié, que je ne 
puis comprendre, entre Madame et feu son mari ». Lorsque la phrase, 
écrite en français, fut traduite à Mad. B. M..., elle se leva, toute 
pâle, et dit : « Comment ! encore ! » 

Puis, comme on demandait une autre réponse, plus conciliante, 
l'inexorable écriture automatique répondit : « Impossible, il est en 
Nigritie : il a pour mission d'influencer pour l'abolition de l'esclavage. 
C'est un nègre. » 

l.P. s. P. fi., IX, 44. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 183 

Mad. B. M..., très émue, se retira. Le lendemain, elle raconta que 
son mari était homme de couleur, ce qui avait amené entre les 
deux époux une longue inimitié l . 

Le vendredi 3 octobre 1906, à Naples, Zingaporoli, à 8 heures du 
soir, fait une séance de spiritisme avec un jeune médium et 
M. Marzoiuti, directeur de l'excellente Revue Luce e Ombra. Pen- 
dant le cours de cette séance, le médium annonça qu'un sous-lieu- 
tenant d'infanterie de la caserne de Piedigrotta, Guillaume Pater- 
nostro, venait de succomber d'un coup de revolver. Le fait était 
exact, et a été relaté dans le Maltino de Naples, 4 octobre 1906 -. 

Dans des expériences spiritiques avec Mad. Frondoni Lacombe, 
des réponses furent faites par le moyen de raps à l'éminent profes- 
seur Feijao, de Lisbonne. Le nom de son père lui fut donné. Il 
retira ses mains aussitôt de la table et pourtant il obtint des réponses 
nettes, et absolument exactes, à des questions auxquelles aucune 
des personnes présentes ne pouvait répondre'. 

Le D r Mouïin avait donné des soins à une dame Joubert, qui, 
atteinte de choléra, cria, quelques minutes avant de mourir : 
« Glace ! glace ! » en montrant un miroir qui était sur la cheminée. 
M. Joubert, le mari, marin, était absent. Le D r Moutin lui écrivit 
pour lui raconter le fait, et M. Jodbert, sachant que la défunte 
cachait souvent de l'argent, chercha de l'argent partout, et n'eu 
trouva pas. Quinze mois après, dans une séance spiritique, l'esprit 
de Mad. Joubert revint, et annonça à M. Moutin qu'une obligation de 
la C ie Fraissinet était cachée dans une glace que M. Jcubert n'avait 
pas visitée et qu'elle indiqua. M. Moutin écrivit alors à M. Joubert, 
qui fit aussitôt de nouvelles recherches et trouva l'obligation en ques- 
tion v . 

Lady Mabel Howard a donné à Fr. Mvers de bous exemples 
de clairvoyance. Myers avait été invité à un luncb, et il lui est 

1. A. S, P., 1898, VIII, 261. 

2. A. S. P., 1906, XVI, 718. 

3. Les expériences de Mad. Fhondoni Lvcombe portent presque uniquement sur 
la métapsychique objective. Nous en parlerons plus loin avec détail. 

4. Bozzano, A. S. p., 1910, XX, 1222. 



184 MÉTA.PSYCHIQUE SUBJECTIVE 

dit, alors que Lady Mabel ignorait même que ce lunch avait 
eu lieu, qu'il y avait là six personnes, et que le gentleman qui 
était à côté de lui à table s'appelait Mo... En réalité, il y avait 
six personnes, et M. Moultrie était àcôté de Myers. 

Dans une autre expérience, on demande : « Où est Don ? » Le 
crayon écrit « Don est mort » ce qui était vrai et ce que personne 
ne savait. — « Quelle est la meilleure amie d'une petite fille qui est 
là ? » La réponse a été : « Mary », et c'était exact. Un livre a été 
découvert qu'on avait vainement cherché pendant longtemps. 

Le cas Tausch, observé par Hyslop, prouve une.cryptesthésie écla- 
tante. Mad. Chenoweth (pseudonyme du médium de M. Hyslop), est 
interrogée au sujet d'un Allemand, dont la veuve avait écrit à 
M. Hyslop pour avoir quelques communications de son mari défunt. 
Hyslop, sans rien à dire Mad. Chenoweth, obtint le nom de Taussh, 
Tauch,Taush; il fut dit que Taush connaissait William James, qu'il 
était un philosophe, qu'il n'était pas chez lui quand il est mort, qu'il 
avait la manie de mettre les montres à l'heure exacte, qu'il possédait 
un sac où il mettait ses manuscrits et ses lunettes ; détails minuscules 
que la télépathie ne peut expliquer : c'est de la clairvoyance. 

M. Isaac Funk, le grand éditeur de New-York, expérimentant 
avec Mad. Pepper, lui remet une lettre cachetée dans laquelle il a 
écrit le mot Mère . Alors Mad. Pepper prend la lettre, donne le 
prénom de la mère de M. Funk et lui indique que Mad. Funk mère 
ne marchait que sur une seule jambe. « Est-ce que vous ne vous sou- 
venez pas de cette aiguille ? » (Mad. Funk s'était blessée en s'enfonçant 
une aiguille dans le pied.) Mad. Pepper voit aussi, à côté de Mad. Funk 
mère, son petit-fils, Ciiester. A ce moment M. Funk ne se rappelle 
aucunement ce nom deCHESTER. Pourtant, après enquête, il s'assure 
que sa mère avait en effet un petit fils nommé Chester, mort, il y a 
vingt ans, en bas âge, dans les États de l'Ouest 1 . 

Yza Trisk, dans une séance spiritique à Stockholm, reçut la com- 
munication suivante : « J'ai quitté la terre depuis vingt-quatre heures, 
et je viens te remercier ». Il y avait aussi un dessin médianimique 

1. A. S. P., 1905, XV, 246. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 185 

qui fut reconuupour être le portrait d'un poète finlandais que tout 
le monde croyait vivant. De fait, ce poète, qu'YzA Tuisk connaissait 
uu peu., auteur de l'hymne finlandais, venait de mourir en Italie. 

Est-il avéré qu'aucun journal à Stockholm n'avait déjà annoncé 
cette mort au moment de la séance? 

Le commandant L arget, accompagné de sa femme et de sa fille, 
interroge Mad. Bonnard, une médium professionnelle qui parle 
alors comme si elle était la mère de Mad. Darget. Mad. Darget 
insistant pour avoir une preuve d'identité, il fut dit : « J'ai eu 
grande satisfaction de voir qu'on a mis des fleurs toutes blanches sur ma 
tombe- » De fait, en passant à Poitiers où était enterrée la mère de 
Mad. Darget, une cousine avait mis sur la tombe un bouquet de 
fleurs toutes blanches. 

W. Stead, en présence de Mad. R... écrivit, par l'écriture auto- 
matique, venant soi-disant de Jdlia, amie de Mad. R..., que Mad. R... 
avait -fait une chute et s'était lésé l'épine dorsale. Dénégation de 
Mad. R... Julia (toujours par la main de Stead) dit : « Elle l'a 
oublié : c'était il y a sept ans, à Streaton dans V Illinois : il y avait de la 
neige. En arrivant devant la maison de Mad. Buell, Mad. R... glissa 
sur le bord du trottoir, tomba et se lésa le dos. » A ce moment, 
Mad. R... se souvint de ce petit fait qu'elle avait totalement oublié. 

En 1874, après avoir été magnétisé par le baron Du Potet, Stainton 
Moses écrit automatiquement : « Je me suis tué aujourd'hui. » L'écri- 
ture est accompagnée d'un dessin très grossier avec ces mots : 
« Sous le rouleau à vapeur, dans Baker Street, où le médium a 
passé. » Le lendemain, après enquête, St. Moses apprend qu'un 
homme a été écrasé à Baker Street par le rouleau à vapeur*. 

M. MACKENSiE 5 ,-quoique n'étant pas chasseur, passe une journée à 
la chasse ; le soir il fait deux parties de billard avec son père, et 

1. Bozzano, A. S. P., 1910, 264. 

2. Bozzano, A. S. P., 1909, XIX, 322. 

3. A. S. P , 1909, XIX, 110. 

4. Delanne, loc. cit., 34. 

;;. a. s. p.. 1919, xxix, n « ho. 



186 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

gagne les deux parties. Or, ce même jour, M. Nicholson, qui 
demeurait à 200 kilomètres de là, et qui connaissait à peine 
M. Mackknsie, obtient par la table le nom delVUcKENsiE « il joue au 
billard avec son père, il gagne deuxpai'ties, il a été à la chasse ». 

Mad. Effia Bathes fut convertie au métapsychisme par le fait 
suivant, absolument démonstratif. 

Elle se rendit chez une clairvoyante professionnelle qu'elle ne 
connaissait pas, et qui ne la connaissait pas. Celle-ci lui décrivit 
minutieusement un frère défunt, lequel, prenant (médianimique- 
mentj la parole, lui dit qu'il s'était rendu à la maison paternelle, 
qu'il avait vu que sa collection de fossiles ne se trouvait plus dans 
sa chambre et qu'il en était profondément attristé. 

Or le frère de Mad. Bathes, étudiant à Cambridge, passionné 
pour la géologie, avait réuni une belle collection de fossiles. Après 
sa mort, une partie de ces fossiles avait été léguée au Musée de 
Cambridge. L'autre partie était restée chez lui, dans sa chambre. 
Quelque temps après, Mad. Bathes apprit que leur mère avait 
donné ces fossiles au Musée de Bristol, ce que Mad. Bathes igno- 
rait. 

A Vilna, le 15 janvier 1887, chez l'ingénieur Kaigodoroff, 
M He Emma Sthamm, servant de médium, révèle qu'AuGusi-E Duvanel 
est mort d'un engorgement de sang. Quinze jours après, le père 
d'EMMA Stkamm écrit une lettre à sa fille pour lui annoncer 
qu'AuGusTE Duvanel est mort d'un engorgement de sang. Puis une 
autre communication survint, annonçant au contraire qu'AuGusTE 
Duvanel n'était pas mort d'un engorgement de sang, mais qu'il 
s'était tué à Zurich le 15 janvier 1887. Il paraît que le père d'EMMA 
Stramm, aussi bien que le guide qui donnait les réponses par la 
table, avaient voulu l'un et l'autre éviter à Emma la douleur 
d'apprendre qu'AuGusTE Duvanel s'était tué (par désespoir d'amour 
malheureux pour Emma). Cette histoire romanesque ne signifie rien. 
Il est regrettable que dans des livres sérieux ou fasse état de 
pareils récits. 

Un médecin émineut, le D 1 Santo-Liquido, directeur de l'Office 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 187 

d'Hygiène de Rome, a aualysé avec une grande pénétration des 
phénomènes de cryptesthésie qu'il a eu l'occasion d'observer sur 
une personne de sa famille, une dame de grande distinction, qui 
s'est trouvée présenter, sans les avoir recherchés, des phénomènes 
de typtologie et d'écriture automatique. M. Santo-Liquido, comme 
chacun de nous, était d'abord absolument sceptique sur tous les 
phénomènes dits spiritiques. Mais il lui a fallu se rendre à l'évi- 
dence, et accepter qu'il y a parfois chez les médiums des connais- 
sances qui dépassent nos connaissances normales. Une fois, Louise 
— c'est le nom du médium — lui dit, en état de trance : « Au lieu 
de critiquer mes expériences, tu devrais V occuper de ton rapport qui 
n'est pas achevé. » Or le rapport important que M. Santo-Liquido 
devait remettre au ministre de l'Intérieur avait été depuis quinze 
jours achevé et envoyé. Du moins M. Santo-Liquido en était absolu- 
ment convaincu. Mais le lendemain il acquit la preuve que, par la 
singulière négligence d'un de ses subordonnés, le mémoire était 
resté enfoui dans un carton. 

Maintes fois Louise a indiqué avec précision des faits imprévus, 
et elle a donné de très beaux exemples aussi bien de cryptesthésie 
que de prémonition. Une fois elle dit à M. Santo-Liquido : « Tu vas 
être appelé à Gênes, mais M. Giolitti ne te permettra pas d'y aller. » 
C'étaient deux invraisemblances. Le lendemain de ce même jour, 
M. Santo-Liquido est rappelé d'urgence à Gênes par un membre de 
sa famille, et en même temps M. Giolitti lui télégraphiait qu'il 
avait un absolu besoin de lui, et qu'il fallait à tout prix rester à 
Rome l . 

M. Tola Dorian, faisant une expérience spiritique, apprend que son 
ami H . de Lacretelle vient d'être désincarné, c'est-à-dire de mourir à 
Paris. Et, en effet, M. H. de Lacretelle mourut ceite nuit-là (16 février 
1899) à Paris, et non à Mâcon, comme le croyaitM. Tola Dorian. 2 

Quelques faits de cryptesthésie spiritique se trouvent men- 
tionnés dans le livre de E, Cornillier :î . Malheureusement ils sont 

1. Communication faite en juin 1920 à L'Institut métapsy chique de Paris. Bull, 
de l'Institut mélapsychique, 1020, n° 1. 

2. A. S. P., XXIX, 242. 

3. P.-E. Cornillier, La survivance de l'âme, et son évolution après la mort, 
Comptes rendus d'expériences, Paris, Alcan, 1920, 570 pp. 



488 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

rares, cet ouvrage étant destiné moins à démontrer la clairvoyance, 
qu'à faire connaître les imaginations du subconscient sur les 
théories spirites, de sorte que Ton peut très difficilement citer 
quelques exemples, à peine probants, de lucidité. 

Il s'agit d'une jeune fille, Reine X..., âgée de quinze ans, qui, 
la première fois qu'elle a fait une expérience spiritique, a obtenu 
des coups sans contact. Alors elle fut magnétisée par M. Cornillier, 
et tous les phénomènes (uniquement subjectifs) présentés ensuite 
par elle l'ont été dans l'état de somnambulisme. Toutefois nous 
devons les classer comme relevant plutôt du spiritisme, car elle 
avait un guide (Vetteli.ini ?) qui lui dictait ses réponses. Peu 
importe d'ailleurs que ce soit somnambulisme ou spiritisme ; car 
les deux modalités psycho-physiologiques se confondent bien 
souvent. 

La première fois que M. Cornillier endormit Reine, celle-ci, 
descendant en pensée dans l'appartement de M. Cornillier, distinct 
de son atelier, et où elle n'avait jamais été, donne des détails 
précis, brosses en ivoire posées sur une table, une glace ovale, 
deux petits portraits de M. C... sur la cheminée. 

Une autre fois, Reine va visiter M. S. 0..., un ami de M. Cornil- 
lier. Elle le voit assis à son bureau, et écrivant une lettre d'affaires. 
A côté de lui, une dame, dans un fauteuil à la droite du bureau. 
Tous ces détails sont exacts. Mais que prouvent-ils? 

Reine, étant envoyée pour visiter la demeure de M. X..., décédé il 
y a six ans à R... dit qu'il y a une haute tour, datant des temps 
anciens (ce qui estexact),etparlautdeM. X... dit :«. Il aimait le plus 
se promener et la peinture » ce qui est tout à fait caractéristique 
deX... 

Elle sembla aussi avoir eu une prémonition (p. 417). Elle a vu le 
26 août 1913, M. Cornillier prenant le chemin de fer, vêtu en habit 
noir ; l'air triste. Cette vision s'est répétée dans la nuit du 28 août. 
Le 30 août, elle voit M. C... préparant sa valise. Or, le 1 er septembre, 
M. C.-., recevait la nouvelle qu'un sien cousin était mort, et il prit 
le train aussitôt pour suivre le convoi (en habit noir). Malheureu- 
sement, M. Cornillier ne nous dit pas si Reine n'a pas pu, par 
les voies sensorielles normales, connaître la maladie de son 
cousin. 



CFtïPTEStHÉSfE SPltUTlQUE ÎH'J 

Reine a pu donner «aussi le nom d'une dame Jeanne B... morte à 
quarante-sept ans, qui s'est incarnée eu elle (p. 504) et qui a donné 
maints détails exacts : sur un fils, nommé Marcel, soldat dans la 
cavalerie, et sur sou mari, avec qui elle avait divorcé, et qui 
l'avait rendue très malheureuse. Tous ces détails ont été ultérieu- 
rement vérifiés. Mais il est impossible d'admettre comme démontrée 
(et presque comme vraisemblable) qu'il y a eu cryptesthésie : car 
ou ne nous dit nulle part que Reine n'avait pas pu connaître 
Mad. B... modiste. 

Tous ces faits n'ont donc qu'une très mince valeur. 

Ainsi, malgré tout le labeur dépensé par M. Cornillier, dans son 
livre, il y a de telles faiblesses et de si graves lacunes que nous 
n'en pouvons tirer aucun parti. Les opinions de Vettellini, c'est-à- 
dire de l'inconscient de Reine, sur les choses et les hommes de ce 
monde et de l'autre, nous laissent terriblement indifférents. La plus 
petite constatation rigoureuse d'une cryptesthésie ou d'une prémo- 
nition irréprochables, auraient une valeur scientifique autre. A cet 
égard les précieux rapports de Mad. Sidgwick, de R. Hodgson et de 
J. Hyslop s,ont incomparables. C'est surtout l'admirable rapport 
donné par Sir Oliver Lodge de ses séances avec Mad. Piper, qui 
me paraît être le modèle du genre. 

M. Mamtchitch assiste à une séance spirite pour la première fois 
en 1875 à Kieff, Rentré chez lui, il se met à la table, et interroge 
l'alphabet. Le nom de Palladia lui est donné, et cette phrase : 
« Remets l'ange à sa place, ou il va tomber. » M. Mamtchitch se rend 
le lendemain au cimetière, où il n'avait jamais été, et finit par 
découvrir la tombe ensevelie sous la neige. La statue de marbre, 
représentant un ange, avec une croix, penchait fortement d'un 
côté 1 . 

M. M.vssey 2 , allant voir une médium, Mad. Lottie Fi.ower, lui 
donne le gant d'un de ses amis, M. Pigott, absolument inconnu à 
Miss Flower ; elle dit : « C'est absurde, je ne peux rien dire que Pig. 
Pig...». 

1. Bozzano, A. S. P., 1909, XIX, 324. 

2. Mvers, Humatt Personnalily , II, 5G2. 



190 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Sir William Barrett 1 raconte un fait de cryptesthésie dû à la 
femme d'un éminent médecin Irlandais, laquelle a la faculté de 
l'écriture automatique. Cette dame écrit le nom d'un sien cousin 
tué aux armées, qui annoncequ'il avait une fiancée, et donne de sa 
fiancée le nom, le prénom et l'adresse. Or ces fiançailles avaient 
été tenues absolument secrètes pour la famille même du défunt. 

Le D r Speakman, expérimentant avec deux demoiselles anglaises, 
à Pau, avec la planchette, leur parle d'une dame Sahah Lamy, morte 
depuis quelques jours. Sarah, par la table, annonça que sa fille 
s'appelait Rose (exact) et qu'elle, Sarah, manifesterait sa présence 
à son mari en frappant au pied du lit. Et, en effet, le soir même, 
M. Lamy entendit des coups répétés dans le dossier du lit. Elle 
ajouta qu'il aurait des difficultés avec les notaires, et en effet des 
difficultés imprévues, indépendantes de la mort de Mad. Lamy, 
survinrent. D'autres détails véridiques furent encore donnés 2 . 

Mad. Léonard, celle-là même qui a douné à Sir Oliver Lodge 
d'admirables témoignages de clairvoyance, a donné à Miss Radcylffe 
Hall et Lady Tuoubridge de très bonnes preuves de cryptesthésie 3 . 

Le mémoire est divisé en cinq chapitres*. 

1° Description du communicateur, c'est-à-dire du personnage 
évoqué. 11 s'agit de Mad. A. V. B... une amie de Miss R. H... et de 
LadyT... morte à cinquante-sept ans, totalement inconnue de 
Mad. Léonard, qui a été exactement décrite par Féda, le guide de 
Mad. Léonard. Dans quelques circonstances, Miss R. H... touchait 
très légèrement la table; mais le plus souvent la réponse se faisait 
par des paroles. Féda a pu dire que Mad. A. V. B... avait une 
paralysie de la bouche, à droite, ce qui était exact. Toute la des- 
cription de Mad. A. V. B... a été faite avec une remarquable préci- 
sion. 

1. Cité par Mad. Dallas, A. S. P., XXVI, juillet 1916, 112. 

2. A. S. P., XIX, 330. 

3. On a séries of siltings with Mrs Osborne Léonard, par Miss Radclyffe Hall et 
lady Tuoubridge, P. S. P. R., décembre 1919, XXX, 330-547. 

4. Quoique sûres de la sincérité de la médium, comme il s'agissait, somme 
toute, d'une médium professionnelle, Miss R. H... et Lady T..., qui n'avaient d'ail- 
leurs jamais fréquenté les médiums et les cercles spirites, se sont assurées, par 
des détectives, qu'aucune enquête secrète n'avait été conduite par Mad. Léonard. 



CRYPTESTHÉS1E SP1RITIQUE 191 

2° Des descriptions complètes ont été données de lieux absolu- 
ment inconnus de Mad. Léonard, et que Mad. A. V. B..., pendant 
qu'elle était en vie, a visités avec Miss R. H... Il s'agit notamment 
de Ténérifïe et des Iles Canaries. Elle parle de deux petits singes, 
d'un climat ni trop chaud, ni trop froid, d'une route où on marche 
sur des cendres, d'un endroit nommé Cruth, Vera.,. Vera Cruth... 
Téuérifïe, Mazagal. (Ténérifïe, Santa Cruz, et (au Maroc) Mazagra, 
sont les lieux que Miss R... et Mad. A. V. B... ont visités.) 

3° D'autres preuves de grande lucidité ont été ensuite données, 
pour lesquelles Miss R... et Lady T .. ne peuvent fournir de détails, 
car il s'agit de choses trop intimes pour être publiées. La maison 
de Lady T..., sa robe de chambre bleue, sa salle à manger, ont été 
exactement décrites. 

4° Des détails abondants out été apportés par Féda sur une 
personne nommée Daisy (pseudonyme) que Mad. A. V. B... 
avait conuue, détails que ne pouvaient savoir ni Miss R... ni 
Lady T.. 

Sans pouvoir entrer dans un récit plus circonstancié, il demeure 
évident que la cryptesthésie de Mad. Léonard est très puissante, 
et eu outre qu'elle a, tout comme Mad. Piper, connaissance de faits 
qu'aucune transmission mentale ne peut expliquer. Ainsi ces 
expériences remarquables prouvent, une fois de plus, que la cryp- 
testhésie existe et que, dans nombre de cas on ne peut, pour l'ex- 
pliquer, invoquer quelque télépathie 

Mad. Thompson a donné de beaux exemples de cryptesthésie à 
Fr. Myers » et à d'autres personnes. 

Cette cryptesthésie se manifeste chez elle quand elle tombe en 
état de somnambulisme, état qui survient spontanément, dès 
qu'elle veut faire une expérience. Alors c'est une petite fille (Nelly, 
une enfant qu'elle a perdue) qui s'incarne en elle et parle avec un 
langage enfantin (comme Féda de Mad. Léonard). 

Les phénomènes présentés par Mad. Thompson sont intermédiaires 
entre la cryptesthésie hypnotique et la cryptesthésie spiritique. 

Mad. Thompson m'a donné une très belle preuve de lucidité. 

1. Voir auisi D r Fr. van Eedeh, Quelques observations sur les phénomènes dits 
spirites. Congr. Univ. de psychologie de Paris. 1900 et A . .S. /'.. 1901, XI, 240-52. 



192 MÉTAPSYCHNjUE SUBJECTIVE - 

Fr. Myers l'avait amenée chez moi, pour expérimenter. Ce soir-là, 
mon fils Georges lui remet sa montre, en lui demandant si elle ne 
pourrait pas en dire quelque chose. Mad. Thompson prend la montre, 
et, après quelque hésitation, dit : « Three générations mixed. » Il 
était difficile de mieux dire. En efïet cette montre avait été donnée 
par le grand-père de Georges (Félix Aubry) à son fils Georges Aubry. 
Après la mort de Georges Aubry, tué à la bataille de Vendôme en 
1870, M. Félix Aubry avait repris cette montre, et en mourant il 
l'a laissée à mon fils Georges. 

Mad. Thompson, étant dans le jardin de la terrasse de Monaco, voit 
un vieux monsieur et une vieille dame jouant avec un petit chien. 
Alors elle s'approche d'eux et leur adresse la parole, tout de suite, 
sans aucune raison valable, ex abrupto. Bientôt elle leur dit qu'elle 
leur a parlé parce qu'elle a vu le mot de Carqueiranne au-dessus 
de leur tète. Or, précisément, M. et Mad. Moutonnier devaient aller 
à Carqueiranne pour rencontrer Mad. Thompson elle-même, avec 
Myers qui était à ce moment mon hôte à Carqueiranne. Mad. Thomp- 
son n'avait jamais entendu parler de M. et de Mad. Moutonnier. 

Le D 1 ' Fkédéric van Eeden, médecin hollandais, habitant Bussum, 
fut mis par Myers en relation avec Mad. Thompson. On prit un soin 
extrême pour cacher son nom et sa nationalité. Or, dans le cours 
de la séance, Mad. Thomson l'appela M. Bussum, dit qu'il avait un 
parent s'appelant Frédéric, et qu'il était jardinier d'EDEN. M. van 
Eeden avait apporté une pièce de vêtement d'un jeune homme 
qui s'était suicidé, sans mettre personne dans la confidence. 
Mad. Thompson a donné son prénom et décrit son caractère. Elle 
a indiqué qu'il avait du sang sur la gorge (ce qui est con- 
forme au genre du suicide). Quand M. van Eeden s'exprimait en 
hollandais, Mad. Thompson, sans cependant parler cette langue, la 
comprenait très bien. Elle a rappelé exactement à M. van Eeden 
la conversation qu'il avait eue avec le suicidé. M. van Eeden 
a fini par être absolument convaincu qu'il y a eu réelle communi- 
cation avec une personne décédée. Or cette conviction personnelle 
d'uu psychologue expérimenté comme M. van Eeden a un grand 
poids. 

James Hyslop a étudié avec un soin extrême un cas de cryptes- 



GRYPTESTHIÎSIIC SPIRITIQUE 103 

thésie qui lui paraît une preuve d'identification personnelle . 
M. Thomson, orfèvre-photographe, avait un peu connu un peintre 
distingué, Robert Swain Gifford, qu'il avait rencontré une ou deux 
fois aux marais de Nord Bedford. Une fois même il lui avait rendu 
visite. 

Gifford meurt en janvier 1905, et Thompson, dans l'été de 1905, res- 
sent une première impulsion (l'impulsion d'esquisser et de peindre). 

A l'exposition des œuvres de Gifford, il lui sembla entendre une 
voix lui disant : « Finissez ce que j'ai commencé. » A la sortie de 
cette exposition, Thomson se mit à dessiner des tableaux tout à fait 
dans le style de Gifford, quelques-uns d'une étonnante similitude. 

S'il était rigoureusement prouvé que Thomson n'avait ni vu ni pu 
voir les dessins de Gifford, la démonstration de la cryptesthésie serait 
étonnante. Or Thomson, malgré toute sa loyauté, ne peut répondre 
des souvenirs pantomnésiques de son inconscient, et alors le cas 
n'est pas bien probant. Il faudrait établir que les dessins de Gifford 
ont été absolument inconnus de Thomson. Flournoy a été bien plus 
sévère, et avec raison, pour Hélène Smith. 

Il nous paraît impossible d'admettre la possession de Thomson 
par Gifford. 

De môme le cas cité par Aksakoff ne peut être considéré comme 
démonstratif. Dans la petite ville de Tambofî, en Russie, meurt 
une infirmière, Anastasie Perelyguine, qui s'est empoisonnée le 
16 novembre. Le 18 novembre, dans cette même ville de Tambofî, 
le nom d'ANAsTAsiE arrive, avec des détails sur son suicide. Il 
importe peu que les assistants et le médium déclarent avoir ignoré 
tout. Il suffit qu'ils aient pu en entendre parler dans la ville (et 
l'avoir oublié) du 16 au 18 novembre, soit pendant deux fois vingt- 
quatre heures, pour que leur mémoire inconsciente soit en cause. 

Ce sont là des cas douteux, extrêmement douteux, dont il ne faut 
pasfaireétat;car, en métapsychique comme dans les autres sciences, 
les démonstratious insuffisantes font plus de tort que de bien. 

Grasset, dans son livre de 1908, semble avoir délibérément omis 

\. Amer. S. P. U.. 1910 et A. S. P., 1910, XX, 193-264. 

Ricukt. — Métapsychique. 13 



194 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

les cas (Je télépathie probante, et, comme il ne fait mention que des 
récits médiocres, incertains, il n'a pas de peine à établir le néant 
de la télépathie (cryptesthésie). Mais ce ne sont pas là procédés de 
discussion équitables. Les histoires de Y Écho du merveilleux, comme 
aussi trop souvent les récits d'AKSAKOFF, sont en général très contes- 
tables, autant pour l'observation môme que pour l'interprétation *. 

Mad. G..., qui n'est nullement médium professionnelle, donna 
une séance à M. Venzano et à M. Bozzano au Cercle Minerve à Gênes. 
Dès le début, il est indiqué par les raps à Mad. C.., que son jeune 
enfant Robert, qu'elle avait laissé bien portant chez elle, est 
atteint d'une forte fièvre. Aussitôt Mad. C... quitte la séance, et elle 
constate qu'en effet son fils Robert, à la grande iuquiétude de la 
domestique, était en pleine crise fébrile (40°). 

Le fait n'est guère probant pour maintes raisons. 

M. Venzano, expérimentant avec Mlles G... qui ne sont pas des 
médiums professionnelles, et qui ont seules les mains sur la 
table (les réponses s'opérant par des raps), pense à un sien ami, 
camarade mort il y a quelques anrîées. Ce nom est donné, et aussi 
le nom d'un des condisciples de Venzano lui-même et de l'ami. Au 
moment où l'expérience allait prendre fin, le nom de Giompari est 
donné. Or, en fouillant dans sa mémoire, Venzano découvre que 
c'était le nom (familier) d'un sien parent assez proche, mort octo- 
génaire il y a quelques années. Puis la table donne, sans que 
Venzano l'ait demandé, le nom de Teresa Bartolini, qui fut la 
femme de Ciompari 2 . 

Le comte Ugo Baschieri 3 dans une séance privée, chez Mad. J. H... 
à Paris, rue Saint-Charles (XV e Arr.) près des fortifications, le 
31 juillet 1914, dit tout à coup : « Un personnage très important 
va être assassiné. Que de sang ! Quelle heure est-il ? » Alors on 
regarde l'heure : il est 21 heures 40. « Eh bien! il se passe quelque 

1. Grasset, Loc. cit., 316. Le chapitre Exposé des faits a 13 pages, sur les- 
quelles Mad. Gouesdon (la voyante de la rue Saint-Denis), en a deux, et M. Dace 
(ce jeune occultiste bien connu) (??) en a deux aussi. Est-ce une critique digne de 
Grasset ? 

2. A. S. P., 1905, XV, 694. 

3. De Vesme, Un clairvoyant, A. S. P., XXV, novembre 1915, 263. 



CRYPTESTHÉSfR SPHUTIQUE 195 

chose vers te boulevard des Italiens. » Or, le 31 juillet 1914 entre 
9 heures 35 et 9 heures 40, à quelque 300 mètres du boulevard des 
Italiens, le graud orateur Jaurès était lâchement assassiné. 

On ne peut faire entrer ce cas dans les prémonitions ; car le fait 
a été indiqué au moment même où il se produisait. 

Encore qu'on puisse comme toujours, quand on est résolu à tout 
nier, invoquer le hasard, c'est une bien médiocre explication. 

On rapprochera ce cas du cas de l'assassinat de la reine Draga, 
mentionné plus loin, et aussi du cas célèbre, cité par de Vesme, 
d'ApoLLONius de Tyane, qui, faisant un discours à Éphèse, s'inter- 
rompit subitement en disant qu'on venait de tuer le tyran Domitien 
(à Rome) . Le récit en a été donné par Philostrate et par Dion Cassius 
dans son histoire romaine. Mais peut-on y croire ? 

M. Lemaire, professeur à Genève, expérimentant avec H. Smith 1 , 
raconte que le médium, au début de la séance, a senti une odeur 
de pierres. Elle prétend que Jean est venu pour Mad. N... qui avait 
assisté à quelques séances déjà. Or Mad. N..., consultée ensuite, 
interrogeant d'anciens souvenirs, se rappelle que, lorsqu'elle était 
enfant, un ouvrier carrieur, nommé Jean, l'avait prise en grande 
affection. Le genre de son travail était d'ailleurs de préparer et 
d'allumer des mèches de soufre. C'est peu de chose : ce n'est rien. 

M. Arthur Hill 2 rapporte des expériences très concluantes. Un 
de ses amis, M. Franck Kmght arrive, absolument incognito, chez 
Miss Mac Donald, médium professionnelle, qui lui dit son prénom 
(Franck), le nom de sa mère, Freda Katherine, les noms (Janet et 
Herbert) de ses frères et sœur, et de Benjamin, son oncle. 

Un autre médium, M. Watson, a donné à M. Fr. Knight le nom 
de sa mère, Mary Katherine, de son arrière grand-père, Oliver 
Upton, de deux parents de M. Fr. Knight, Kathleen Thornes et 
Benjamin Thornes, auxquels noms Watson ajouta le nom de Carter, 
qui est celui de la famille de M. Knight, mais à une date très 
ancienne, remontant à plus d'un siècle. 

1. À. S. P., 1897, VII. 74. 

2. New Evidence in Psyckical Research, avec une introduction de Sir Oliver 
Lodge, London, W. Ridder, 1911. 



196 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

D'autres expériences très nombreuses, avec Watson, ont été faites 
encore, qui paraissent avoir entraîné l'évidence de la cryptesthésie 
même chez une personne aussi peu crédule que M. Arthur Hill. 
En supposant, ce qui est assez absurde, que M. Watson a été faire 
une enquête dans les cimetières, de manière à prendre connais- 
sance des noms inscrits sur les tombes, se rapportant à la nom- 
breuse famille de M. Knight, tout n'est pas explicable. Il reste Vim- 
possible. Toute cette discussion est soigneusement établie, avec tous 
les détails nécessaires, par M. A. Hill (p. 113-1 16). 

Je crois donc que M. A. Hill a raison de dire : 

1° Que les fraudes dues à des recherches persévérantes, difficiles, 
presque impossibles, et multipliées, faites parles médiums pour 
mieux tromper la personne qui les consulte, sont à l'extrême 
invraisemblables. Les détectives qu'on a mis aux trousses de 
Mad. Piper n'ont rien obtenu. 

Remarquons bien — ce qui est important à noter — que les 
médiums qui feraient de telles recherches s'exposeraient toujours 
à être pris en flagrant délit d'imposture préparée, ce qui les per- 
drait définitivement. 

2° Il n'y a pas d'hallucinations de la part des observateurs. 

3° La probabilité de certains succès obtenus dans les recherches 
cryptesthésiques est parfois tellement petite, qu'on ne peut 
décemment invoquer le hasard. 

4° Tout dépend en somme de la rigueur dans l'expérimentation. 
Si l'expérimentateur reste complètement muet, sans donner le 
moindre signe d'approbation ou de négation : s'il est absolument 
impassible, et qu'il prenne des notes complètes sur tout ce qui est 
dit, alors l'expérience est valable. D'ailleurs l'impassibilité, aussi 
bien que le rigoureux et complet enregistrement de toutes les 
paroles du médium, c'est vraiment fort difficile. 

Mad. Briffaut, à Paris, a donné des preuves admirables, absolu- 
ment certaines, de lucidité ; je me contenterai, parmi beaucoup 
d'autres, de donner les suivantes. 

Mad. M. G. de Montebello, rendant visite à Mad. Briffaut, alors 
qu'en toute certitude Mad. Briffaut ne pouvait savoir son nom, ni 
rien d'elle, reçoit tout de suite une preuve démonstrative de la 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 197 

cryptesthésie. « Je vois quelqu'un qui se nomme L... — Louis, n'est-ce 
pas? — (Signe de tête d'acquiescement de la part de Mad. de M...) 
C'est votre fils?... — Oui. — lia été tué pendant la guerre? — Non... 
— Pourtant, dit Mad. Briffaut, il me fait signe qu'il est mort brus- 
quement, brutalement, tout d'un coup... » Or de fait Louis de Monte- 
bello, avant la guerre, a été, par un rare et tragique événement, 
frappé de la foudre. On remarquera que, si Mad. Briffaut a fait une 
erreur, c'est une erreur d'interprétation. Elle a vu la mort brutale, 
brusque, soudaine, de Louis, et elle en a conclu (à tort, mais selon 
toute vraisemblance) que c'avait été par un fait de guerre. D'autres 
indications précises et précieuses ont été données. A côté de 
Mad. de Montebello, Mad. Briffaut voit une vieille dame qui écri- 
vait, écrivait constamment. Il s'agissait très nettement de la grand' 
mère de Mad. de Montebello qui a passé à écrire ses mémoires les 
quinze dernières années de sa vie. 

Il est à remarquer que cette expérience avec Mad. de Montebello 
est très belle ; et que cependant avec d'autres personnes Mad. Brif- 
faut a eu des résultats tout à fait nuls. La clairvoyance, dans ces 
cas, semble dépendre presque autant du percipient que de l'agent. 
En général, Mad. de Montebello, quand elle va consulter un médium, 
un sensitif, un somnambule, obtient des réponses extraordinaire- 
ment détaillées et précises, de sorte que je serais tenté de supposer 
que la lucidité du médium ne s'exerce pas indifféremment pour 
tout le monde. Il y a des personnes qui les inspirent, et d'autres qui 
ne les inspirent pas. 

Mad. A. G. Le Ber, ma fille, dont Mad. B... connaissait le nom, 
a reçu quantité de précisions, dont la valeur se trouve à peine 
atténuée par ce fait que le nom de Mad. Le Ber était connu de 
Mad. Briffaut. En effet, pour savoir tout ce qu'elle a dit, Mad. Brif- 
faut eût dû se livrer à une prolongée et difficile enquête. En tout 
cas Mad. Briffaut a textuellement indiqué une conversation abso- 
lument intime que Mad. Le Ber a eue avec son frère, mon fils Albert, 
tué pendant la guerre, et cette conversation intime, personne de 
vivant ne le connaissait que Mad. Le Ber. 

Arnaud de Gramont, avec le pseudonyme docteur X..., va voir 
Mad. Briffaut et lui dit qu'il a perdu un fils à la guerre. Mad. B... 
lui dit, ce qui est vrai : « il a été tué d'une blessure à la tête, il est 



198 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

tombé de très haut : il était dans l'aviation... » Elle voit le prénom 
S... mont. (Le prénom du fils de A. de Gramont était Sanche.) 

Le Bulletin de l'Institut Métapsychique de Paris, 1920, numéros 1 
et 2, contient encore diverses indications très intéressantes sur 
les cryptesthésiesde Mad. Briffaut. A M. Jean Lefebvre, tout à fait 
inconnu d'elle, Mad. Briffaut dit le nom de son frère Pierre et de 
son autre frère Joseph. Elle dit que la femme de Joseph est morte 
il y a moins d'un an, d'une opération faite au foie, ce qui est 
exact. A M. Lange Mad. Briffaut donne des détails que personne ne 
peut connaître. A M. Lemerle, averti et sagace observateur, que 
Mad. Briffaut ne pouvait connaître, Mad. Briffaut dit tout de 
suite : « Je vois Jacques! un jeune homme mort d'une manière tra- 
gique... Et je l'entends qui appelle : il écrit Jean, Henri... » De fait 
les deux fils de M. Lemerle avaient été victimes d'un grave accident 
d'automobile : ils s'appelaient Henri et Jacques. Henri a été tué, et 
Jacques a échappé à la mort. Il y a aussi de Mad. M. Forthuny (Revue 
spirite, mai 1921, 144), un très beau cas de clairvoyance donné par 
Mad. Briffaut. 

Des faits tout à fait analogues à ceux que donna Mad. Briffaut à 
Paris, Mad. Léonard à Londres, ont été obtenus par un sensitif 
nommé Ludwig Aub, de Munich 1 . Un étudiant en médecine, ne 
donnant pas son nom, ni sa profession, va trouver Aub, qui lui dit : 
« Vous êtes étudiant en médecine, vous aimez la musique et surtout 
Mozart. Votre père était médecin ; votre grand-père, médecin de 
campagne à Stettin. » Au D r O... Aub dit : «Votre père était un philo- 
sophe, votre mère est d'origine anglaise, mais elle a vécu en Autriche. 
Vous venez de vous marier. » Tous détails exacts. Au D r S. . . Aub dit : 
« Ce qu'il y a de caractéristique, c'est que vous avez chez vous une 
grande peinture du temps d'ALBERT Durer. Elle est précieuse, et c'est 
votre orgueil. » Tout cela est exact. Au D r G. . . Aub dit : « Vous avez 
une prédilection pour Gustave Flaubert. » De fait le matin même le 
D r G... écrivait une préface aux œuvres de Flaubert 

M. Hayward a analysé méthodiquement les réponses de Mad. K. 

1. VonR.Tischner. Eine physiologisch-okkultistische Siudie {Psychische Studien. 
XLVII, 1920, 598-612). Tischner cite diverses publications sur Aub, qui ont paru 
à Munich, du D r Dingfelder, de G. W. Surga, etc. 



CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 499 

(près de Montréal). Mais il ne paraît pas qu'il y ait eu quelque luci- 
dité supérieure (Fortune telling. Am. P. S. P., R), 1021, 18Ti. 

En résumé, de toutes ces expériences de cryptesthésie, tant sur les 
sensitifsque sur les médiums et les somnambules, une conclusion 
très nette se dégage, incontestable, c'est qu'il y a une faculté de 
connaissance par d'autres voies que les voies sensorielles ordinaires. 

A l'heure actuelle (1921) il n'est plus permis d'en douter, et c'est 
devenu une notion presque banale, qui bientôt deviendra classique, 
et qu'on s'étonnera d'avoir été si méconnue, si raillée, si niée par 
toute la science officielle. 

Il me sera permis de rappeler avec quelque fierté qu'en 1888, P. S. 
P. R., (v), j'avais nettement affirmé ce fait étrange qui aujour 
d'hui domine toute la métapsychique subjective. 

« // existe, chez certaines personnes, à certains moments, une 
faculté de connaissance qui n'a pas de rapport avec nos facultés de 
connaissance normales. » 

Je n'ai rien à changer à ce que je disais en 1888 ; sinon qu'aujour- 
d'hui cette proposition, qui paraissait terriblement téméraire, est 
sur le point d'être unanimement acceptée, notamment par Mad. 
H. Sidwgick, par sir Oliver Lodge. Demain elle paraîtra tellement 
simple qu'on ne voudra pas croire qu'il y eut quelque témérité à 
la soutenir. 

Le phénomène de la cryptesthésie est aussi certain que tous les faits 
avérés, reconnus par la science. Pour nier cette cryptesthésie, il fau- 
drait être rebelle à tout ce qui est une démonstration scientifique. 

Toutes ces expériences de Mad. Briffaut, comme celle de 
Mad. Léonard, de Mad. Piper, semblent — et c'est à mon corps 
défendant que je fais cet aveu — apporter une sorte de confirma- 
tion à la théorie spirite. Car la lucidité de ces voyantes ne paraît 
s'exercer que parce qu'un esprit semble intervenir pour leur 
apprendre tel ou tel fait, Je n'ai garde d'en inférer que les choses se 
passent ainsi, mais tout se passe comme si l'esprit du mort inter- 
venait pour dire son nom, ses relations, les faits qu'il connaît et 
converser avec le guide du médium. 

Mais ce n'est sans doute qu'une apparence. Le procédé de connais- 
sance reste mystérieux. L'hypothèse que les faits nous sont com- 



200 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

muniqués par un être à apparence humaine est une hypothèse 
après tout très anthropomorphique. On peut en faire état, mais 
provisoirement : pourtant il est permis de prendre la position scien- 
tifique qu'en cette matière délicate j'ai adoptée : je considère la cryp- 
testhésie comme absolument démontrée, mais je me refuse, pour 
insuffisance de preuves, à toute hypothèse sur l'origine de ces révé- 
lations et de ces divinations. 

Il est maints autres faits intéressants, que nous ne mentionnons 
pas, signalés par Myers, par Bozzano, et par d'autres auteurs ; car 
on peut les expliquer — encore que le plus souvent l'explication 
soit assez invraisemblable — par des notions oubliées, incon- 
scientes, mais normales. Pour nous il faut qu'il y ait absolue 
impossibilité d'une connaissance normale pour permettre d'intro- 
duire l'hypothèse d'une cryptesthésie. M. Heintzer, par exemple, 
voit son père lui apparaître en frac, avec une barbe blanche. Il 
savait que son père était mort, mais il ne l'avait connu qu'avec une 
barbe non blanche. Or, pendant que M. Heintzer fils était à 
l'étranger, on avait enterré M. Heintzer père, en frac, et sa barbe 
était devenue rapidement blanche pendant le cours de sa dernière 
maladie. N'est-il pas possible que M. Heintzer fils l'ait su, encore 
qu'il affirme, très loyalement sans doute, l'ignorer? 

Il est possible que Flournoy ait raison en supposant que le nom 
de Burnier n'est pas arrivé par voies métapsychiques ou cryptes- 
thésiques. Quoique l'explication par voies normales soit terrible- 
ment entortillée et invraisemblable, il faut l'admettre toutes les 
fois qu'elle est possible. 

Il faut admettre aussi que la mémoire latente possède d'extraor- 
dinaires pouvoirs qui rendent l'illusion possible. Stainton Moses, 
écrit automatiquement, l , sous la dictée de Rector : « Allez dans la 
bibliothèque, et prenez l' avant-dernier livre sur le second rayon, voyez 
le dernier paragraphe de la page 94, et vous y trouverez cette phrase... » 
Suit une très longue phrase... Alors Stainton Moses se lève, va 
chercher le livre, et vérifie que la citation est exacte et à la page 94. 
Mais on doit supposer qu'il n'y a là qu'une réminiscence très par- 
faite, très complète, sans qu'il soit nécessaire d'y voir là un fait de 

1. Delanne, Rech. sur la médiumnité, 342. 



CRYPTESTHÉSIE SP1RITIQUE 201 

cryptesthésie. Peu après R... écrit : « Pope est le dernier grand écri- 
vain, etc.. Prenez le onzième volume du même rayon, ouvrez-le, 
et vous trouverez cette phrase... » Et, en effet, Stainton Moses se 
levant, ouvre le livre, et à la page 145 y trouve cette citation. 
Le récit est bien singulier. Comment le livre fut il ouvert juste à 
la page où était la citation ? Est-ce une conïucidence fortuite ? Mais 
le hasard n'explique rien. Est-ce qu'en état d'hémi-somnambulisme 
M. Stainton Moses avait déjà ouvert le livre à cette page ? 

Mad. R... m'a donné d'admirables exemples de cryptesthésie qui 
ne peuvent pas s'expliquer parla télépathie. 

Mad.R... est une dame de quarante ans, qui n'est pas une médium 
professionnelle. Elle est mariée, mère de famille. Si elle s'est 
occupée de spiritisme, c'est parce que, dans une tragique occasion, 
étant très jeune, elle a eu une vision qui l'a préservée, dit-elle, 
d'un grand danger. (Il y a eu pour Hélène Smith une protection 
analogue, au début de sa vie.) 

Les communications qu'elle donne sont tantôt par l'écriture auto- 
matique (le plus souvent) ; quelquefois par des paroles ; et, tout à 
fait rarement, par des raps. 

Je citerai trois faits très démonstratifs. 

1° Il s'agissait d'un de mes chers amis, mort depuis peu, qu'elle 
n'avait jamais connu, et dont, à ce que je crois, je n'avais pas pro- 
noncé le nom devant elle. Elle me dit qu'il s'appelait Antoine, que 
je suis entré dans sa chambre quelques instants après sa mort, et 
que je l'ai embrassé sur le front; elle ajoute qu'il m'appelait Car- 
los. Or, ce nom, le détail relatif à ce baiser, et surtout ce fait qu'il 
m'appelait, seul de tous mes amis, Carlos, est caractéristique. 

Antoine, parlant par Mad. R... dit encore qu'avec Lucie, sa femme, 
il a été à Fontainebleau. « Là, nous avons été tristement heureux. » Le 
séjour à Fontainebleau, et l'expression dont il se sert tristement 
heureux, d'après le témoignage de la veuve d'ANTOiNE, étaient détails 
absolument inconnus de tous, même de moi, et très exacts. Le nom 
de Lucie n'est pas tout à fait une erreur. En effet, comme me l'a dit 
plus tard la veuve d' Antoine, souvent Antoine lui disait : « Quel 
dommage que tu ne t'appelles pas Lucie ! c'est le nom que je préfère l » 

2° L'autre cas est plus saisissant encore. Un de mes proches parents, 



202 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

un jeune homme de vingt et un ans, un soir s'empoisonne (par de 
la strychnine). On tient absolument cachée à tout le monde la cause 
de cette mort. (Son père, son oncle, et moi, axons été seuls à le 
savoir.) Aucun journal bien entendu n'en avait parlé et n'en parla 
jamais. Trois semaines après, je demande à Mad. R... le nom d'une 
personne, proche parente de moi, qui est morte. Mad. R. me dit : 
« // s'appelle Georges » ; et elle ajoute : « Vous avez été à son lit de mort, 
il avait une écume rouge aux lèvres... » ce qui est absolument exact... 
puis elle dit : « Lulu, Lulu ». Or, dans sa famille on avait l'habitude 
d'appeler Georges, « Lolo ». Je laisse de côté de très graves et 
nombreuses erreurs. Mais il y a un détail caractéristique. Georges, 
parlant par Mad. R... dit : « Stephen, Stephen ! Oh ! cette écriture, il 
me semblait que je ne pourrais jamais la finir! » Or voilà un détail 
d'une précision étonnante, et absolument ignoré de tous. Avant de 
se tuer, le malheureux Georges avait écrit une longue lettre, laissée 
ouverte sur la table, à un sien ami Etienne. Cette lettre, personne 
(sauf son père, son oncle, et moi) ne l'a vue. Or, Mad. R... qui 
vivait très solitaire, qui ne connaît personne de ma famille, ne 
pouvait absolument rien savoir de tous ces faits, tenus rigoureuse- 
ment secrets par trois personnes. Pour ma part, j'ignorais complè- 
tement le nom d'ÉTiENNE, ami de Georges. (Le mot anglais Stephen 
répond au mot français, Etienne.) 

3° Le troisième fait, de majeure importance (car après réflexion, 
il me paraît un des cas les plus frappants de cryptesthésie qu'on ait 
pu obtenir encore), est le suivant : 

Je le donne en détails, car toutes les conditions en ont été rigou- 
reusement notées, et il témoigne dune lucidité éclatante, s'exerçant 
à 2.000 kilomètres de distance. 

En juin 1906, à 10 heures et demie du soir, après diverses phrases 
incohérentes, en présence de mon ami Octave Houdaille, de Mad. S..., 
de Mad. R... et de sa fille, âgée de douze ans, nous avons la phrase 
suivante par des raps, plus nets que nous n'en eûmes jamais. (Il y 
eut à peine, deux ou trois fois, dans le cours de toutes mes expé- 
riences avec Mad. R... des phrases intelligibles dites par les 
raps.) 

Bancalamo. 

Alors je ne peux m'empêcher de dire : « Hé ! c'est du latin, 



CRYPTESTHÉS1E SPIRITIQUE 203 

Calamo ! » Mais, imperturbable, la dictée par raps continue : 
« Banca la mort guette famille. » 
A partir de ce moment, les réponses furent incohérentes. 
Je crus d'abord qu'il s'agissait du mot italien, Bianca — Blanche. 
— Mais aucune des personnes présentes ne put attribuer à une 
Blanche quelconque cette phrase énigmatique. 

Le lendemain, jeudi, à 14 heures, arriva à Paris la nouvelle de 
l'assassinat de Draga, reine de Serbie. Des officiers serbes, après 
avoir acheté la complicité des vils personnages du palais, étaient 
entrés à minuit dans le palais du roi Alexandre, et l'avaient assas- 
siné, lui, et la reine Draga, sa femme. Les deux frères de Draga 
avaient été tués aussi. Draga avait deux sœurs, qui, ce soir-là, n'ont 
échappé à la mort que par miracle. 

Mais pas un instant je ne songeai à relier ce tragique événement 
à la séance intime que nous avions eue la veille. Ni personne de 
nous, ni Mad. R..., nous ne pensâmes à une relation quelconque, 
même lointaine. 

Le surlendemain vendredi, en lisant dans Le Temps quelques 
détails relatifs à ce crime, j'appris que le père de Draga s'appelait 
Panka, et ce fut pour moi comme un trait de lumière. 

1° Le mot de Banca, c'est à peu de chose près le nom de Panka (je 
reviendrai là-dessus tout à l'heure). 

2° La minute à laquelle le message a été donné, 22 heures 30, 
à Paris, correspond exactement, minute pour minute, au 
moment où les officiers assassins sortaient de l'Hôtel de la Cou- 
ronne de Serbie pour aller dans le palais tuer Draga (c'est-à-dire 
minuit). (L'heure de Belgrade avance de 1 heure 30 sur l'heure de 
Paris.) 

3° Les paroles s'appliquent exactement, avec une saisissante pré- 
cision, à un péril qui menace toute la famille de Panka. 

De fait, même en cherchant, on ne trouverait pas mieux que ces 
mots : La mort guette famille, pour indiquer quel était à minuit 
l'état menaçant des choses pour la famille de Panka. 
Venons maintenant à la question de savoir si les cinq lettres 

Banca peuvent s'appliquer au père de Draga. 

l 
Sur ces cinq lettres, à probabilité de-^z- , il n'y en a que trois de 



204 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

bonnes. La probabilité totale composée est alors en chiffres ronds, 
de 1/1 580 e . 

Mais, à l'analyse, on voit que la probabilité est encore beaucoup 
plus faible. D'abord, pour la totalité du mot, il y a le nombre de 
lettres qui est le même. On aurait pu avoir 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 lettres 
(Jean, Marie, Robert, Etienne, Julienne, Éléonore, Marguerite) : par 
conséquent, la probabilité qu'on aura le même nombre de lettres, 
est de 1/7 et la probabilité composée devient , ce qui com- 

mence à être assez faible. 

Il y a mieux. La lettre B pour la lettre P n'est pas une complète 
erreur, au cas où la communication aurait eu lieu par un son. 
Gomme on sait, le B et le P se prononcent à peu près de même ; les 
Allemands disent une pataille, une pipliothèque, comme ils disent 
un brophète. 

L'erreur relative à la quatrième lettre du mot Banca est bien 
curieuse. Dans le nom du père de Draga, cette quatrième lettre est, 
en alphabet serbe, une seule lettre qui se prononce dj ou dz ou tz, 
lettre que notre alphabet romain, le seul que nous pouvions épeler, 
ne contient pas. Il fallait donc trouver une lettre unique de 
l'alphabet romain qui répondît tant bien que mal à la lettre 
serbe, et il semble que le C soit à peu près celle dont la sonorité 
est la plus voisine. Admettons, si l'on veut, que B est une com- 
plète erreur ; mais au moins reconnaissons que C est la lettre 
juste, et nous avons la probabilité totale (composée) de 1/500. 000 e . 
Ce n'est pas la certitude mathématique : c'est l'absolue certitude 
morale. 

Dans toutes les expériences de métapsychique subjective, il n'y 
a que trois hypothèses possibles. 

A. — Celled'une mauvaise observation, d'une collusion, ou d'une 
illusion ; 

B. — Celle du hasard. 

C. — Celle de la cryptesthésie. 

Or, dans cette belle expérience, l'hypothèse d'une collusion ou 
d'une illusion doit être absolument écartée. Lamonition a été écrite 
avant que l'événement ait été connu. Personne à Paris ne savait le 
10 juin à 22 heures qu'un complot allait éclater contre la reine 



CRYPTESTHÉSIE SPIttlTIOUE 205 

Draga. A plus forte raison, parmi les cinq personnes qui se trou- 
vaient là, qui ignoraient probablement qu'il y avait une reine 
Draga, qui n'eurent oncques relation avec un balkanique quel- 
conque, et qui n'avaient sur la Serbie que des notions pri- 
maires. 

Donc il ne reste plus, comme hypothèses, que le hasard ou la cryp- 
tes thésie. 

Mais ce n'est pas le hasard ! Car non seulement un nom a été dit, 
dont la probabilité n'était que de 1/500.000°, mais encore la phrase 
fatidique : « La mort guette famille » prononcée à 22 heures, ne s'ap- 
plique peut-être pas à une seule des cinquante millions de familles 
existant ce soir-là en Europe, avec autant de précision qu'à la 
famille de Panca, dont trois enfants allaient périr dans quelques 
minutes. 

Grasset n'a cependant pas craint de dire que le hasard avait 
donné Banca pour Panka, et que les mots : la mort guette famille, 
pouvaient, à cette même minute, s'adresser à des milliers d'autres 
familles autres que la famille de Panka. L'objection est vraiment 
ridicule. 

En effet, si c'est une force intelligente qui a inspiré cette phrase 
— et l'apparence est pour cette hypothèse hardie — il semble que 
cette intelligence ait voulu faire une désignation dont V authenticité 
pouvait être constatée. Si Panka avait été un vieux ouvrier bou- 
langer des faubourgs de Belgrade, il m'eût été radicalement impos- 
sible de jamais savoir si cette monition était véridique ou fantai- 
siste. Ce n'est pas sur cinquante millions de familles de la planète 
terrestre que portent des constatations possibles ; c'est sur une cen- 
taine de familles tout au plus. 

B. — Méthode de l'alphabet caché. 

Ici je dois indiquer une méthode différente que j'ai imaginée 
pour constater la cryptesthésie. Elle n'a réussi, d'ailleurs, cette mé- 
thode, que parce que j'expérimentais avec un médium doué de la 
sensibilité spéciale qui s'y adaptait. Mais Sir William Barrett a 
montré qu'avec d'autres médiums elle pouvait réussir. Eu tout 
cas, Userait désirable d'en faire souvent usage, car elle a de précieux 



206 MÉTAPSYCRTQUE SUBJECTIVE 

avantages. C'est la méthode que j'ai appelée de l'alphabet caché 1 . 
Je n'oserais pas cependant la recommander avec insistance; car 
il me paraît plus sage de laisser chaque médium agir selon son ins- 
piration, sans lui indiquer par qnelles voies il doit donner ses 
réponses. 

Ces expériences étaient faites avec Gustave Ollendorff, Henri Fer- 
rari, Louis Olivier, Albert Père et Gaston Fournier, presque tous 
morts, hélas ! mes aimés et fidèles camarades. Le médium était mon 




Fig. 10. — Disposition de l'expérience dite de l'alphabet caché (Ch. Richet). 

E, D, C, sont à la table. Les mouvements de la table sont indiqués par une sonnerie, grâce à 
une disposition électrique telle que la sonnette retentit dès qu'un des pieds de la table se soulève 
A, parcourt l'alphabet qu'il tient caché à E, D, C, qui ont le dos tourné. B, au moment où la son- 
nerie (indiquant le mouvement de la table) retentit, inscrit la lettre correspondante sur laquelle A 
avait arrêté un instant le crayon. 



regretté ami Gaston Fournier, âgé alors de trente-deux ans, aimable 
homme, de sûre et perspicace intelligence (mort en 1917). 

L'expérience était faite de la manière suivante : 

G... le médium, tient les mains sur la table, et chaque mouve- 
ment de la table actionne une petite sonnerie électrique : C... et 
D... tiennent aussi les mains sur la table, mais n'ont aucune action. 
A trois ou quatre mètres de distance, à une autre table, est placé 
un alphabet derrière un grand carton, disposé de telle sorte que 
G..., qui lui tourne le dos, ne puisse rien voir, même s'il n'y a pas 
de carton pour cacher l'alphabet. A cette table sont assis A... et B... 
A... parcourt l'alphabet, B..., a un crayon et inscrit la lettre qui 

1. Voyez Ch. Richet, La suggestion mentale et le calcul des probabilités, Rev. 
Philosophique, octobre 1883, 609. — Des mouvements inconscients [Hommage à 
M. Chevreul), Paris, Alcan, août 1886 et Revue de l'hypnotisme, 1886, 170 et 209. 
— Une excellente analyse en a été donnée in P. S. P. R., 1884, i'asc. VII, 239. — 
Relation de diverses expériences, etc., P. S. P. R., juin 1888, 138. 



CRYPTESTHÉSIE SPIR1TIQUE 207 

répond au mouvement de la table, mouvement qui se passe loin de 
lui, mais qu'il connaît par la sonnerie (fig. 10, p. 206). 

Or il se trouve que les lettres ainsi indiquées donnent des mots 
et des phrases qui ont un sens. Par conséquent, les pressions mus- 
culaires inconscientes que G..., le médium, exerce sur la table 
sont déterminées par une étonnante lucidité, la perception de la 
lettre qui doit être dite. Tout se passe comme si G..., voulant 
envoyer un message, voyait l'alphabet. Or il ne peut pas le voir, 
car cet alphabet, auquel il tourne le dos, est caché par un carton, 
et les mouvements, forcément irréguliers, du crayon qui passe sur 
les diverses lettres de l'alphabet, se font sans le moindre bruit. Il 
faut ajouter que, pendant l'expérience, intentionnelremeut nous 
parlons, chantons, récitons des vers, en faisant un tel vacarme que 
c'est à peine si A. . . qui inscrit, peut entendre la sonuette. 

Un jour, par surcroît de précaution, au lieu d'un alphabet 
carré, j'ai employé un alphabet circulaire. En outre, je ne commen- 
çai pas par l'A, mais par une lettre quelconque, et je parcourus 
l'alphabet à une vitesse très différente. La réponse a été une réponse 
intelligente : Fa zol do. Or, c'est là un phénomène de cryptesthésie, 
car Fa zol do, ce ne sont pas des lettres jetées au hasard. 

Aussi bien toutes les réponses qui ont un sens, même si en elles- 
mêmes elles n'indiquent rien d'intéressant, sont-elles une indica- 
tion de la cryptesthésie, une cryptesthésie d'une nature spéciale, 
qui est la connaissance (par Gaston, le médium) de telle ou telle 
lettre de l'alphabet caché, sans que ni la vue normale, ni l'ouïe 
normale, ne puissent le lui apprendre. 

Il y a eu des phrases complètes, des vers français retournés, 
comme par exemple : 

« Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère. » 

ou des vers latins : 

« Infandum, rejina, jubés renovare dolorem » 

ou des phrases de vieux français : quand c'était soi-disant Villon 

qui répondait : 

« OU sont les neiges d'antan? 

« Louys le Cruel, 

« Essai sur daemoniomanie. 



208 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Ces phrases sont, en soi, parfaitement insignifiantes, mais elles 
témoignent toutes de la cryptesthésie, puisqu'il était absolument 
impossible à Gaston, dont les muscles mouvaient la table, de savoir 
en quel point était le crayon que je promenais irrégulièrement, 
silencieusement, sur l'alphabet caché. 

L'illustre William Crookes est venu un jour chez moi pour assister 
à une de ces expériences. Il avait fait une question mentale. « Quel 
est le nom de mon fils aîné? » Gaston ne sait pas du tout l'anglais. 
Pourtant par l'alphabet caché nous avons eu la réponse « I know 
only the slang. » Non seulement l'alphabet était caché, mais encore 
il n'était éclairé que par une petite lampe qui permettait à peine 
de voir les lettres. La réponse peut s'appliquer à peu près à toutes 
les questions, mais, ce qui est important, c'est que les mouve- 
ments de la table correspondaient aux mouvements du crayon sur 
l'alphabet, mouvements qui ne pouvaient pas être normalement 
perçus par Gaston. 

Ces expériences montrent en outre la puissance de l'inconscient, 
car Gaston, comme nous tous, pendant ces expériences très com- 
pliquées (parfois la dictée à l'envers d'un vers latin), chantait, riait, 
parlait, discutait. Toute la partie consciente de sa personnalité 
était en grande activité, pendant que la partie inconsciente, indé- 
pendamment de la consciente, avait une activité non moindre, et 
s'exerçant dans un domaine tout autre. 

Cette cryptesthésie spéciale pour l'alphabet est-elle télépathique? 
C'est fort possible. Rien ne nous permet de l'affirmer ou de le nier. 
Pourtant dans un cas il y a eu certainement cryptesthésie non 
télépathique, au moins pour les personnes présentes, encore que 
le résultat (calculé par la méthode des probabilités), ne soit pas du 
tout saisissant. Je dis à M. D... très sceptique, qui n'assistait pas 
à ces expériences : « Pensez à un nom quelconque, que ce soit un 
personnage historique ou un inconnu, nous le trouverons par la table 
et je vous le dirai demain. » La réponse a été F. N. T. B. T. Si l'on 
prend la lettre précédente (ce que l'on est parfaitement autorisé à 
faire), on a EM S A S. 

Or, le nom pensé par M. D... était César ou Coesar. Sur S lettres, 
il y en a donc, avec la probabilité de 4/25% 2 de bonnes, soit, 
comme probabilité totale, d'après la formule citée plus haut, 



MÉTHODE DE L ALPHABET CACHÉ 209 

environ 1 /42 e , ce qui est peu. Mais en réalité, il y eu a beaucoup 
plus. Car c'est un mot de 5 lettres, répondant à un mot pensé de 
5 lettres, soit une probabilité de 1/7 C environ, d'avoir 5 lettres. 

Alors cela devient-^. C'est même plus encore, car, si la table 

retardait la réponse, la dernière lettre H a été indiquée comme S, 
la première lettre C a été indiquée avec un retard un peu plus 
grand, et alors on a DMSAR, ce qui se rapproche passablement 
de Coesar. 

Si j'indique cette expérience qui, à côtéde toutes les belles expé- 
riences que j'ai mentionnées plus haut, est terriblement médiocre, 
ce n'est pas que j'en veuille faire état : c'est seulement pour mon- 
trer que le calcul des probabilités, quand l'expérience est irrépro- 
chable, comme celle-là, est d'une grande utilité. Pour ma part, je 
préfère une expérience irréprochable, qui se présente avec une pro- 
babilité assez forte, qu'une expérience dont la probabilité est énor- 
mément faible, mais où il y a un léger vice qui lui enlève toute 
valeur. 

Je mentionnerai une autre expérience encore. Paul, le frère de 
Gaston, assez sceptique, et qui n'est nullement médium, assistait 
à la séance sans toucher à la table. Nous lui demandons de penser 
un nom quelconque. Le nom qu'il pensait a été indiqué Cheval 
pour Chevalon. Or une Mad. Chevalon, morte il y a quelque temps, 
était l'amie de la famille de Gaston et de Paul. Nous demandons alors 
à l'esprit Chevalon de nous dire quelque chose de caractéristique. 
Par la table et l'alphabet caché, nous avons cette phrase : « Com- 
ment l va ta mère? » Là-dessus (il faut bien l'avouer), Gaston a été véri- 
tablement effrayé. A partir de ce moment il n'a plus voulu faire, ni 
ce soir-là, ni les soirs suivants, des expériences où il jouait le rôle 
de médium. Je n'ai jamais pu le décider à continuer. 

Les expériences sur l'alphabet caché, que je crois extrêmement 
importantes pour donner une preuve éclataute de la cryptesthésie, 
ont été reprises récemment avec grand succès par sir William 
Baurett l . 

1. Compte rendu par Miss Dallas. Expériences avec l'Oui-ja, les médiums opé- ', 
rant les yeux bandés (A. S. P., mars 1916, XXVI, 45). 

Richet. — M&apsychiquc. 14 



210 MKTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Les médiums, amis personnels de sir William Barrett, avaient 
les yeux complètement bandés ; un masque impénétrable couvrait 
leur visage; les lettres de l'alphabet ne leur étaient donc pas 
visibles, et en outre ces lettres, placées en désordre, étaient recou- 
vertes d'une plaque de verre et d'un tapis de table. Dans ces con- 
ditions il y eut des messages ayant un sens. Peu importe, dans le 
cas actuel, le sens de ce message ; il suffit d'établir que les lettres 
indiquées par le mouvement très rapide et très vigoureux de la 
planchette ne se succédaient pas au hasard, mais comportaient une 
signification très précise. 

Dans un castrés bien observé par Sir W.-F. Barkett, le médium, 
H. Travers Smith, avait un bandeau sur les yeux, ainsi que 
M. Lennox Robinson, et les lettres de l'alphabet étaient placées au 
hasard sous une glace transparente. Un soir, peu d'heures après le 
torpillage de la Lusitania, il fut indiqué par l'alphabet ainsi manié 
que M. Hugh Lane (un ami des deux médiums, qu'ils savaient d'ail- 
leurs en Amérique) avait été noyé. Pendant la séance même, alors 
que déjà cette indication avait été donnée par la table, un journal, 
dans son édition du soir, donnait le nom de Hugh Lane, comme une 
des victimes du désastre de la Lusitania l . 

Il n'est guère possible de considérer cette monition comme très 
probante, car le médium savait qu'il y avait eu torpillage de la 
Lusitania. Sir Hugh Lane était parti pour l'Amérique depuis quel- 
ques jours. De là, pour l'inconscient, facilité de conclure que Sir 
Hugh Lane était une des victimes. 

Il semble que l'expérience suivante, très analogue d'aillenrs, rap- 
portée aussi parMad. H. Travers-Smith, est bien meilleure. Un soir, 
après une séance infructueuse, tout d'un coup la table dit : « Ship 
sinking, ail bands lost, William East oner board. Women and children 
weeping and ivailing ; sorrow, sorrow, sorrow ! ! » Ace moment, un 
crieur dans la rue annonce une grande nouvelle ! Mad. Smith va 
chercher le journal. C'était le naufrage du Titanic. William East 
signifiait vraisemblablement William Stead. 

Si le cas de Sir Hugh Lane n'est pas probant pour la monition 



1. Le récit très détaillé de cette monition a été donné par Mad. Hesther Tra- 
veiss Smith, Voices from the voici. London, W. Rider, 1919, 35. 



MÉTHODE DR L ALPHABET CACHÉ 211 

même, il n'en reste pas moins que la production de messages par 
l'alphabet caché, ainsi que Mad. Travers-Smith en a donné beau- 
coup, est une très belle et décisive preuve de cryptesthésie. 

Un savant professeurde philosophie de l'Universitéde Groningen, 
M. Heymans, a entrepris, par une méthode un peu différente, des expé- 
riences qui lui ont donné des résultats remarquables. Il expérimen- 
tait avec un médium non professionnel, un étudiant, Il n'a encore 
rien publié à cet effet ; mais il m'a envoyé une lettre très explicite, 
que je donne textuellement. 

« Nos expériences de télépathie sont exécutées dans deux cham- 
bres superposées de mon laboratoire ; dans la chambre inférieure, 
qui est éclairée, se trouve le sujet, dont lesyeux sont bandés, et qui 
est placé dans une sorte d'armoire fermée de trois côtés et au-des- 
sus, et ayant dans la paroi de devant une ouverture, par laquelle le 
sujet passe la main. Cette main peut se mouvoir au-dessus 
d'un tableau horizontal divisé (ainsi qu'un échiquier) dans 
6 x 8= 48 cases quadrangulaires.Dans leplafondde cette chambre 
(qui est construit en béton armé) se trouve une fenêtre de 
32 x 52 centimètres fermée au-dessus et au-dessous par une vitre 
de verre ; et par cette fenêtre l'un de nous, qui se tient dans la 
chambre supérieure, regarde le tableau et la main du sujet, et 
tache de diriger (mentalement (R) cette main vers une case déter- 
minée d'avance par le sort. Comme cette chambre supérieure est pen- 
daut les expériences obscurcie, le sujet ne pourrait rien voir de ce 
qui se passe là, même si le bandeau et l'armoire avaient été enlevés. 

« Le son ne peut pénétrer le plafond. Même en criant on ne peut se 

faire comprendre, etcependautla bonne case (probabilité -ttt] aété 
indiquée 32 fois dans 80 expériences. » La probabilité de ces32 succès 
est de ("ïq-) à la 21° puissance. 

11 y a peut-être, dans ces élégantes expériences, télépathie ; mais 
en tout cas il y a cryptesthésie, puisque le succès dans l'indication 
de la case comporte deux éléments : 1° l'exécution de la pensée de 
l'agent, et là il y a télépathie, c'est-à-dire une des modalités de la 
cryptesthésie ; 2° après que la case a été pensée, l'indication même 
de cette case, ce qui ne peut être que de la cryptesthésie, puisque 



212 - MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

la chambre supérieure, pendant l'expérimentation, est obscure, et 
que l'agent ne peut rien voir, pas plus que le percipient. 

Le soin avec lequel ces expériences ont été faites par l'éminent 
psychologue donne beaucoup de prix à ces résultats excellents. 

Il semble qu'il y aurait grand intérêt à reprendre encore ces 
expériences de l'alphabet caché avec des médiums très puissants, 
qu'on pourrait sans doute exercer à correspondre de cette manière. 

On voit en tout cas que la cryptesthésie comporte une grande 
extension dans l'expérimentation même, et qu'elle recèle des fécon- 
dités imprévues. 

C. — Correspondances croisées. 

La méthode des correspondances croisées (cross correspondance) 
est un procédé ingénieux pour constater la lucidité, procédé que, 
dans ces derniers temps, les Anglais et les Américains ont très 
amplement développé. 

Voici quel en est le principe. Deux personnes, A... et P... con- 
viennent de s'écrire simultanément une lettre, pour savoir si leurs 
pensées coïncident. Les deux lettres sont datées et portent les 
timbres de la poste. Il y a donc un agent A... et un percipient P... 
L'expérience est irréprochable, surtout si c'est le hasard qui déter- 
mine A... à choisir telle ou telle pensée, telle ou telle image. Mais, 
même quand ce n'est pas le hasard qui a fait le choix, il y a peu 
de vraisemblance que les deux correspondants, dont la bonne foi 
est certaine, s'accordent sur telle ou telle idée. 

Miss Ramsden et Miss Miles ont eu par la Cross Correspondance des 
faits digues d'être notés l . Miss Miuss était à Londres et Miss 
Ramsden à Bulstrode (30 kilomètres de Londres). Miss M... était 
l'agent, et Miss R... le percipient. 

27 octobre. — Miss M... lunettes, 

27 octobre. — Miss R... lunettes, 

30 octobre. — Miss M... une montre, 

30 octobre. — Miss R... un médaillon sur une chaîne. 

31 octobre. — MissM... en peignant le soir, voit lecoucher du soleil 
sur l'oratoire de Brampton, dont la coupole, surmontée d'une croix, 

1. Expériences de transmission de pensée à distance, A. S. P., 1906, XVIII, 
160 et P. S. P. R., octobre 1907. 



CORRESPONDANCES CROISÉES 213 

se dessine dans le ciel. C'est l'objet même qu'elle veut transmettre 
par la pensée à Miss R... . 

31 octobre. — Miss R... croit que Miss M... a voulu lui faire voir 
une crucifixion. Elle est étonnée de ne voir que la croix sans les 
saintes femmes au pied de la croix. 

4 novembre. —Miss Ramsden décrit : des arches gothiques comme 
des cloîtres : des hérons à long cou, et des oiseaux d'eau : rang de 
fusils avec lesquels on fait feu : une femme habillée en plaid de 
berger : chien aux longs poils, un lévrier et un beau retriever. 

4 novembre. — Miss Miles va à l'église à Malnesburg, où il y 
avait des arches gothiques, semblables à celles d'un cloître. On a 
parlé de la chasse au lapin ; il y a des cygnes ; on a vu un héron ; 
il y avait des lévriers et des retrievers. Mad. de Beaufort, une 
amie de Miss Miles, portait un plaid de berger. 

Par la méthode des correspondances croisées, d'autres preuves 
de cryptesthésie ont été données. Je citerai seulement, d'après 
Mad. Johnson, le fait suivant 1 : « L'écrit de Mad. Forbes prétendant 
émaner de son fils Talbot mentionnait qu'il allait prendre congé 
d'elle parce qu'il cherchait un autre sensitif écrivant automatique- 
ment afin d'obtenir la confirmation de ses propres écrits. Le même 
jour, Mad. Verrall écrivit un message où il était question d'un pin 
planté dans un jardin. La communication était signée d'une épée et 
d'un clairon suspendu. (Tel était l'écusson du régiment auquel avait 
appartenu Talbot Forbes.) Mad. Forbes avait dans son jardin 
quelques pins provenant de graines envoyées par son fils. Tous 
ces faits étaient absolument inconnus à Mad. Verrall. Mad. Ver- 
rall, dans un autre cas (1904), donna des détails, vérifiés depuis, 
sur les occupations de Mad. Forbes : elle eut l'impression que 
Mad. Forbes était assise dans son salon, et que son fils, debout à 
côté d'elle, la regardait. Le même jour, Mad. Forbes écrivait que 
son fils était là, et qu'une preuve décisive était donnée, en ce 
moment, à Cambridge, de sa survivance ». 

C'est à la méthode des correspondances croisées qu'il faut ratta- 
cher les laborieuses études de M. Hubert Wales 2 . Il recevait les 

1. Voyez 0. Lodge, La survivance humaine, trad. fr., p. 257. 

2. A Report on a séries of cases of apparent thought transference without cons- 
cious Agency. P. S. P. R., XXXI, 1920, 924-218. 



214 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

notes que lui envoyait de Londres Miss Samuel presque quotidien- 
nement, et lui-même prenait des notes, à Hiudhead, à 20 kilomètres 
de Londres. Il s'agissait de voir s'il y avait une relation entre ces 
notes. La méthode est excellente ; tout de même il semble que les 
résultats ne sont pas bien démonstratifs au point de vue de la 
cryptesthésie. 

M. Wales a classé les notes en trois groupes : 

1° Véridiques, c'est-à-dire difficilement attribuables à des coïnci- 
dences, 16 ; 

2° Partiellement, incomplètement et confusément véridiques, 200; 

3° Sans relation, 159. 

C'est donc 375 observations recueillies pendant huit mois. 

Or même pour les 16 cas considérés par M. H. Wales comme 
véridiques (soit environ 4 p. 100), il est difficile de formuler une 
conclusion ferme. Et cependant il y eut des résultats très encoura- 
geants, notamment pour les apparent premonitory impressions 
(p. 200-205). 

L'étude des correspondances croisées a été poussée très loin. Avec 
patience ininterrompue, Mad. Verrall, Miss Hélène Verrall, Mad. 
Holland, Miss Alice Johnson, M. Piddington, le D r Verrall, Mad. Sid- 
gwick ont institué toute une série d'expériences remarquables, 
exigeant de longs efforts, et qui ne pouvaient être menées à bien 
que par des personnes ayant, comme Mad. Verrall, à la fois une 
sagacité scientifique admirable, une connaissance approfondie 
des littératures anciennes, et des pouvoirs médianimiques excep- 
tionnels. Mais l'analyse en est difficile et minutieuse. 

Assurément, dans certaines paroles de Mad. Piper, il semble que 
la personnalité de Myers se retrouve; de même dans certains 
écrits de Mad. Verrall. Mad. Piper ne sait nullement ni le latin, 
ni le grec, et pourtant elle fait des citations et des allusions 
si nombreuses, si habiles, si compliquées, qu'il est inadmissible 
qu'elle ait préparé cette perverse supercherie. Alors on a supposé 
que c'était Myers lui-même, mort depuis peu, et pendant sa vie 
très versé dans les littératures anciennes, qui était l'inspirateur de 
ces écrits. De nombreuses tentatives ont été faites pour trouver une 
relation entre les écrits de Mad. Verrall (Myers V.) et les paroles 



CORRESPONDANCES CROISÉES 215 

de Mad. Piper (Mvers P.). La coïncidence de ces paroles eùl été, non 
la preuve absolue, mais un commencement de preuve en faveur de 
la survivance personnelle l . 

Il n'est pas possible d'entrer ici dans plus de détails. Il me suffira 
de citer les opinions, ou mieux les conclusions (d'ailleurs diamétra- 
lement opposées), de J. Maxwell et de Mad. Sidgwick -. J. Maxwell 
pense qu'il y a une place exagérée accordée au symbolisme et à l'in- 
terprétation, parfois fantaisiste, parfois alambiquée, de ces sym- 
boles. Il est tenté de croire qu'en accordant cette confiance auda- 
cieuse à l'écriture automatique, et en voulant toujours y reconnaître 
des symboles lointains et compliqués, on finirait par trouver des 
relations transcendentales partout. 

Aussi n'admet-il pas qu'on puisse conclure dans le même sens 
que Mad. VERRALLetM. Piddington. «Il est impossible, dit-il (p. 139; , 
de conclure à l'intervention d'un esprit. Nous avons besoin d'une 
preuve et de faits. Or le système des correspondances croisées est 
fondé sur des faits négatifs, ce qui est une base instable. Au con- 
traire, les faits positifs ont une valeur en soi, ce que ne peuvent 
donner (jusqu'à présent au moins) les correspondances croisées. » 

Mad. Sidgwick pense tout autrement que J. Maxwell 3 . Selon elle, 
la probabilité de l'identité personnelle (p. 399), est appuyée par le 
caractère général des communications, qui montrent en toute évi- 
dence que les idées et les arrangements des mots sont plus en 
rapport avec les idées des communicateurs (dans le sens spirite) 
qu'avec les idées des médiums. Or cet argument de Mad. Sidgwick n'a 
pas grande force, car la souplesse de l'inconscient chez les médiums 
est assez grande pour reconstituer d'une manière saisissante les 
personnalités de Myers ou de tout autre. Mad. Sidgwick ajoute, 
avec grande raison, qu'il faut des preuves nouvelles plus positives. 

M. Gérard W. Balfour* (p. 236), conclut que cette longue et 
laborieuse étude conduit lentement, mais sûrement, à la conviction 

1. Voyez sur cette question les P. S. P. R., de 1910 à 1914, passim. 

2. J. Maxwell, Les correspondances croisées et la méthode expérimentale, P. 
S. P. R., Part. LXV, 1912, 54-144. 

3. A reply to D r Joseph Maxwell' s Paper on cross correspondances and the 
expérimental method, P. S. P. R , juillet 1913, part. LXVII, 375-401. 

4. Some récent sci-ipts affording évidence of personal survival, P. S. P. R., 
1914, XXVIT, 221-243. 



216 MÉTAPSYCHUjUE SUBJECTIVE 

que beaucoup de faits qui apparaissent dans cette correspondance 
croisée, ne peuvent recevoir d'explication satisfaisante que par l'hy- 
pothèse spirite. 

M. Balfour formule ainsi ses conclusions sur les longs écrits 
automatiques obtenus simultanément. 

« Les trois médiums mentionnent le nom d'EumpiDE. Tous les trois 
indiquent, plus ou moins clairement, qu'EuRipiDE est le sujet de la 
Cross Correspondance. Deux d'entre eux rattachent Euripide à Her- 
cules furens. » 

Dans un autre cas, considéré bon par M. Balfour, Mad. Piper dit : 
« Light in West » et Mad. Verrall dit : « Les mots étaient de Maud : 
vermeil est l'est ». La vraie citation de Maud est : « vermeil est 
l'ouest ». 

Certes ce sont des cas de cryptesthésie bien caractérisée. Mais 
qu'il y ait cryptesthésie, ou lucidité, ou télépathie, cela n'implique 
nullement la survivance d'une conscience personnelle. 

D'autre part, M. Hereward Carrington conclut ainsi (et je cite ses 
paroles parce qu'elles me paraissent résumer avec précision ce qu'il 
convient, selon moi, de conclure deces correspondances croisées). » 
L'ensemble de ces faits, « are ail fully explained upon purely psycholo- 
gical and naturalistic Unes. They almost invariabily résolves them 
into simple subconscious memory associations. Le hasard y a joué 
une beaucoup plus grande part qu'on ne le croit. Toutes ces com- 
munications, malgré le grand labeur qu'elles représentent, appor- 
tent pour la survie une moindre preuve que les séances de Mad. Piper 
incarnant Georges Pelham. » (') 

11 semble que ce jugement de M. Carrington est justifié : mais il 
faudra cependant reconnaître avec lui que beaucoup de phénomènes 
de correspondance croisée, s'ils ne prouvent pas la survie, établis- 
sent tout de même qu'il y a des phénomènes de télépathie et de 
cryptesthésie qui se manifestent avec évidence. 

§ 4. - CRYPTESTHÉSIE CHEZ LES SENSITIFS 

Si nous appelons spiritiques les phénomènes dans lesquels une 
personnalité étrangère a paru intervenir, toutes réserves étant faites 

1. A. S. P., 1909, XIX, 294. 

2. A Discussion of tke Willett scripts, P S. P. fi , Part., LXX, 1914, 458-465. 



i ; RVPTESÏH KSI E PRAGMATIQ U E 217 

quant à la réalité même de cette personnalité, nous voyons que la 
cryptesthésie apparaît avec une intensité croissante : 

1° Chez les normaux ; 

2° Chez les hypnotisés ; 

3° Cbez les médiums; 

Mais il est des crytesthésies qui ne peuvent entrer dans ce cadre : 
car certains individus sont doués d'une lucidité manifeste, encore 
qu'on ne puisse les classer, ni parmi les somnambules, ni parmi les 
médiums, ni parmi les normaux. 

Nous les appellerons des sensitifs. 

Comme les faits défient toujours toute classification, il s agit là 
de distinctions éminemment arbitraires : car les médiums, même 
quand ils ne sont pas en trance, sont des sensitifs, et les individus 
hypnotisables, même quand ils ne sont pas hypnotisés, sont bien 
souvent des sensitifs. Et enfin certains individus, non hypnoti- 
sables, non médiums, ont des pouvoirs cryptesthésiques assez fré- 
quents et assez intenses pour qu'on ne puisse les considérer comme 
normaux : ils sont, eux aussi, des sensitifs. 

D'ailleurs toujours le passage de l'état normalà l'état de trance, de 
l'état d'hypnose à l'état de veille, est graduel, parfois insaisissable, 
et toutes les transitions s'observent. Rien n'est plus factice que la 
séparation tranchée de ces quatre états : l'état normal, l'état d'hyp- 
nose, l'état de trance médianimique, l'état de sensitivité. Cette diffé- 
renciation n'a qu'une valeur didactique. 

Pour que, chez les sensitifs, la lucidité expérimentale s'exerce, il 
est parfois certaines conditions extérieures qui vont aider le pbé- 
nomèue : la psychométrie : la vision par le cristal. 

Psijchométrie ou cryptesthésie pragmatique. 

Le mot de psychométrie (mesure de l'àme) est si détestable que 
nous n'avons pas le courage de le maintenir dans le langage scien- 
tifique : il a été imaginé par Buchanan 1 . 

\. Voir sur cette question Buchanan, Manuel de Psychométrie, Boston. — 
W. Denton et Elisabeth Denton, Nature' s secret or psychométrie researchs, 
Londres, Houlston et Wight, 1863. — W. Denton, The soûl of things. — L. Dei- 
nh.uvd, Psychométrie, Sphinx, X. — Jos. Petbr, Psychométrie {Die Ubersinnliche 



218 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Eu réalité la psychométrie de Buchanan et de quelques expéri- 
mentateurs n'est qu'un procédé pour développer la cryptesthésie. 
Aussi proposerous-nous de dénommer cryptesthésie pragmatique, 
(c'est-à dire par les choses), ce qui a été jusqu'ici, si déplorable- 
ment, appelé psychométrie. 

La cryptesthésiepragmatiquedoilêtre entendue dans unsens assez 
différentdu sens que Buchanan avait donné au début à la psychomé- 
trie. Ce début est assez singulier. Elisabeth Denton (Mad. Buchanan), 
regardant et touchant un fragment d'une assise géologique, recons- 
tituait le paysage d'autrefois des époques siluriennes ou juras- 
siques ! Mais il faudrait être bien naïf pour s'en ébahir. Il n'y a là 
que le résultat d'une très brillante imagination chez l'épouse d'un 
géologue expérimenté ; nous ne pouvons donc à tous les récits 
d'E. Denton attribuer qu'une importance littéraire. 

Depuis lors la psychométrie a pris une extension assez grande. 
Si l'on donne un objet quelconque à un sensitif, celui-ci va fournir 
maints détails curieux sur les personnes à qui appartenait cet objet; 
dans ces conditions, on obtient parfois de beaux phénomènes de 
lucidité cryptesthésique. Les magnétiseurs de 1820 à 1850 procé- 
daient ainsi ; leur seule supériorité sur Buchanan, c'est qu'ils 
n'avaient pas employé le mot de psychométrie . 

Malgré ces beaux cas de lucidité si souvent observés, il n'est pas 
prouvé du tout que la présence même de l'objet soit indispensable. 
De même qu'il n'est pas certain du tout que la soi-disant transmis- 
sion de pensée soit autre chose qu'une connaissance d'un fait réel, 
connu parce qu'il est réel, de même il n'est pas certain que le con- 
tact d'un objet soit indispensable à la connaissance (métapsychique) 
de cet objet. La cryptesthésie, — dont la réalité, comme nous l'avons 
vu, ne peut être niée — s'exerce presque aussi bien sans contact 
matériel qu'avec contact matériel. 

Pourtant il est possible que les objets, malgré leur apparente 
inertie, émettent quelques vibrations (inconnues) capables d'éveil- 

Welt, Irad. in A. S. P., 1910, XX, 231-240. 276-280. — Thaneg (pseudonyme de Des- 
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thought Iransference, telepathy and allied phenomena (London and New-York, 
Fowler and Wells, 1909, in-8°. — Duchatel (Edmond), Enquête sur des cas de 
psychométrie. La vue à distance dans le temps et dans l'espace (préface de 
J. Maxwell), Paris, Leymarie, 1910, in-8°. 



CRYPTESTHÉSIE PRAGMATIQUE 219 

1er la cryptesthésie. Mais l'inclusion de vibrations cryptiques daus 
un objet est à peine une hypothèse présentable, et nous sommes 
réduits à d'assez piteuses conjectures pour l'appréciation des forces 
qui excitent le sens cryptesthésique. 

Les mers sont encore ébranlées par le sillage des, vaisseaux de Pompée. 
Certes. Mais que d'autres navires ont ébranlé les flots ! Toutes les 
fois que nous parlons de cryptesthésie, nous ne pouvons parler que 
du phénomène lui-même. C'est un fait : voilà tout. Et il nous est 
interdit d'en assigner les modalités, les conditions et les limites. 

La clairvoyance, dit G. Delanne *, est une faculté dont l'existence 
est certaine. Mais, dit-il, vouloir s'en servir pour tout expliquer, 
c'est aller contre la logique et les règles de la méthode scientifique, 
et il ajoute : « Elle obéit à des lois et se produit dans des conditions 
déterminées. » 

Certainement oui, la clairvoyance, ou cryptesthésie, obéit à des 
lois, mais ces lois, nous les ignorons totalement. Elles ne sont, 
hélas! nullement déterminées encore, quoi que prétende fièrement 
Delanne. Nous savons que certaines personnes sont mieux douées 
que d'autres, encore que peut-être la cryptesthésie ne fasse défaut, 
à un très faible degré, chez personne. Nous savons qu'il y a des 
sujets peu sensibles et des sujets très sensibles. Nous savons que, 
dans l'hypnotisme, la cryptesthésie se développe; nous savons que, 
chez les médiums, dans les expériences spiritiques, elle s'accentue 
encore, pour devenir, chez les grands médiums, extrêmement 
intense. Mais voilà à peu près tout ce que nous en pouvons dire. 
Pourquoi Gallet a-t-il prévu le chiffre de voix qu'allait obtenir, dans 
quatre heures, Casimir Périer? Pourquoi Thoulet a-t-il lu le télé- 
gramme qu'on enverrait à son ami dans deux jours? C'est tout 
aussi difficile à comprendre, — ni plus, ni moins, — que de com- 
prendre pourquoi Mad. Piper connaît si parfaitement tout ce qui 
touche Georges Pelham. Lorsque nous disons lucidité, clairvoyance, 
prémonition, cryptesthésie, nous sommes en présence d'une faculté 
qui nous est totalement inconnue, et dont nous ne pouvons voir 
que les résultats. Ses conditions nous échappent pleinement. A 
Londres, Mad. Gueen voit en rêve ses deux nièces se noyer (en Aus- 

1. Loc. cit., 334. 



220 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

tralie) et leurs chapeaux flotter à la surface. Mad. R. . . , à Paris, fait 
allusion à la mort des enfants de Panca, toute une famille que les 
officiers serbes vont assassiner, à cette minute même, à Belgrade. 
Nous ne comprenons pas. Et même, nous ne voyons pas par quel 
mécanisme se peut produire l'éveil de la sensibilité cryptesthésique. 

Cependant les apparences sont très fortes que les médiums, 
en certaines conditions de trance, reçoivent les inspirations d'un 
guide, qui se serait incarné en eux; — je parle le langage des 
spirites, sans que cela implique une adhésion quelconque à leurs 
doctrines — et alors les phénomènes de cryptesthésie deviennent 
parfois très intenses. 

Pour ce qui est de la psychométrie, on ne saurait préciser quel 
est le rôle véritable de l'objet tenu en main par le sensitif, ni la 
part qu'il prend à la sensation éprouvée. Mad. Thompson, dont j'ai 
plus haut raconté l'histoire, prenant en main la montre de mon fils, 
dit : « Three générations mixed » ; mais cette remarquable preuve de 
cryptesthésie n'établit pas du tout que c'est par des vibrations 
(antérieures) accumulées et contenues dans cette montre que la 
connaissance du passé a été acquise. M. Dufay a cité le cas de 
MariaB... Pendantque Maria est en étatdhypnotisme, il lui montre 
un objet ayant appartenu à un assassin. Alors elle décrit l'assas- 
sinat '. Mais l'objet était-il indispensable? Miss X... a conté à la 
S. P. R. 2 qu'on lui montra des papiers qui semblaient être 
insignifiants; mais qu'elle a aussitôt ressenti un intense senti- 
ment d'horreur et de sang. Or les papiers avaient été recueillis sur 
le champ de bataille de Sedan. 

Mad- Piper, à maintes reprises, en maniant des mèches de che- 
veux, ou des objets ayant appartenu à telle ou telle personne, 
donne de précis détails sur cette personne même. 

Je citerai seulement, parmi beaucoup d'autres, l'admirable 
exemple de cryptesthésie pragmatique qui a été donné par Mad. 
Piper à Oliver Lodge 3 . 

Le R. John Watson remet à Lodge, avec une lettre, une chaîne de 

1. Dufay et Azam, Rev. philosoph., sept. 1899 et fév. 1889, cités par Boirac. La 
psychologie inconnue. 

2. General meeting, mai 1895, J. S. P. R., V, 247. 

'à. La survivance humaine, trad. fr., 1912, 169 et 177. 



CRYPTESTHÉSIE PRAGMATIQUE 221 

montre qui avait appartenu à. son père. « Mad. Piper lut la lettre tant 
bien que mal : elle vit les mots : « Je vous envoie des cheveux Seflon 
Drive Poole J. N. W. » (en disant Cook à la place de Poole, et 
J. B. W. à la place de J. N. W.) Elle dit aussi que la montre avait 
appartenu à un vieillard qu'elle nomma ; James Watson, un prédica- 
teur absent pour cause de santé ; et elle ajouta quantité de détails 
connus de moi et tous exacts. » 

E. Bozzano a, comme toujours, très bien étudié la part possible 
de la psycbométrie dans les expériences de Mad. Piper, et il croit, 
avec quelque raison, ce semble, que ni la télépathie ni la cryptes- 
thésie pragmatique n'expliquent tout. Il arrive à cette conclusion 
que l'bypotbèse spirite seule est suffisante. Mais pourquoi va-t-il 
si loin ? Ne serait-il pas plus sage de dire, avec moi, que la cryptes- 
thésie, une faculté de connaissance inhabituelle, existe. Il est impru- 
dent d'aller au delà, quant à sa cause et à sou mécanisme. 

Une commission d'enquête, à la Société des Sciences psychiques, 
à Paris, a examiné quatre psychomètres, dont M. Phaneg 2 . Le rapport, 
rédigé par M. Warcollier, dit que les résultats ont été assez pauvres. 

Je ne sache pas d'ailleurs qu'il y ait eu d'études méthodiques 
entreprises sur ces individus qui ne sont ni médiums ni hypnoti- 
sables. 

Le maniement d'objets a été couramment pratiqué par tous les 
somnambules de profession, et paraît être une des conditions de 
leur lucidité. 

Toute la question est de savoir jusqu'à quel point est utile l'objet 
extérieur. Nous sommes à cet égard dans une ignorance absolue. 

Il n'est pas du tout absurde de supposer que les objets émettent 
certaines vibrations aptes à émouvoir nos facultés cryptesthé- 
siques. 

Cette cryptesthésie spéciale, qu'il faut appeler crypteslhésie prag- 
matique pour remplacer le vocable odieux de psychométrie, se 
rattache peut-être à une autre singulière propriété des corps 
d'émettre des vibrations qui émeuvent le système nerveux et pro- 

1 . Télépathie et psychométrie en rapport avec la médiumnité de Mrs Piper, A. 
S. P., nov. 1911, XXI, janv. 11)12, XXII, 9-15. 

2. Enquête sur la Psychométrie, A. S. P., 1911, XXI, 203-210. 



222 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

voquent des réactions iutenses sans qu'il y ait d'action chimique 
ou physique connue. 

Nous ne pouvons pas nier que quelque vibration des choses en 
apparence inertes ne soit parfois capable d'émouvoir notre sensibi- 
lité. Les faits relatifs à la baguette divinatoire sont là pour l'établir. 
On verra plus loin qu'il est maintenant démontré qu'il y a une force 
rhabdique qui détermine, indirectement c'est-à-dire en provoquant 
des contractions musculaires inconscientes, la flexion de la ba- 
guette. On ne peut expliquer le phénomène que par une certaine 
action rayonnante, une force inconnue, qui est la force rhabdique. 
Puisque cette force existe, il est vraisemblable que ce n'est pas 
seulement sur les sourciers, tenant en main la baguette, que cette 
force pourra se manifester. 

Par d'autres procédés que celui de la baguette, l'influence 
des corps et substances chimiques a été assez souvent étudiée, 
depuis Reichenbach et les métallothérapistes. Mais nous laisserons 
de côté les expériences pour lesquelles on peut alléguer une action 
magnétique ou électrique. 

Les D rs Bourrc et Burot 1 ont étudié l'action des substances chi- 
miques incluses dans des flacons bien bouchés. Or, malgré le 
soin avec lequel ont procédé ces distingués médecins, il ne paraît 
pas prouvé que les effets très nets qu'on observe alors ne sont 
pas dus a la suggestion (verbale) et à Yexpectant attention. 

MM Bourru et Burot expérimentaient sur des sujets hypnoti- 
sables et présentant tous les phénomènes du grand hypnotisme. 
Chez de pareils sujets, les suggestions sont extrêmement puis- 
santes. Qu'on leur mette dans la main un flacon de laudanum, 
bouché à la lampe, et qu'on leur dise : ((Attention ! » ils éprouveront 
maints effets physiologiques aussi accentués qu'on voudra, sans 
que soit justifiée l'hypothèse que les vibrations du laudanum ont 
traversé le verre. On ne peut éliminer l'hypothèse d'uue suggestion 
qu'en prouvant que ces effets sont spécifiques, c'est-à-dire qu'en 
mettant dans un flacon une solution de morphiue qui fait dormir ; 
dans un autre, d'émétique qui fait vomir ; dans un troisième, de 

1. La suggestion mentale et l'action à distance des substances toxiques et médi- 
camenteuses, 1 vol., 12», Paris, J.-B. Baillière, 1887. Voyez aussi Revue philoso- 
phique, mars 1886. — Alliot (E.), Même sujet, Paris, J.-B. Baillière, 1886. 



CRYPTESTHÉSIE PRAGMATIQUE 223 

strychnine qui convulsé ; dans un quatrième, d'alcool qui enivre, 
on aura des effets physiologiques tellement nets que l'expérimenta- 
teur (ignorant le contenu de ces flacons) pourra dire : celui-là ren- 
ferme une solution de morphine ; cet autre, d'émétique ; cet autre, 
de strychnine; cet autre, d'alcool. 

Or cette diaguose, nécessaire pour conclure à une action spéci- 
fique qui ne soit pas la suggestion (verbale) n'a pas été faite avec 
précision. Daus quelques cas, trop peu nombreux, j'ai essayé cette 
expérience avec une vague apparence de succès, mais je m'interdis 
toute conclusion. En somme, Bourru et Burot se sont contentés de 
noter des effets physiologiques intenses, très singuliers d'ailleurs. 
Mais ce n'est pas assez pour parler d'une action spécifique ; car la 
suggestion peut les expliquer. 

M. Wasielewski l a tenté une pareille épreuve sur Mile de B... Et 
son expérience a réussi très bien quand il s'agissait de substances 
odorantes, comme la menthe et le cognac. De sorte que je suis tout 
à fait convaincu qu'il s'agit là simplement d'une hyperesthésie 
de l'odorat. Quelque soin qu'on prenne pour boucher le flacon (au 
liège) il n'est pas possible qu'il ne reste pas quelque odeur appré- 
ciable à des sens hyperesthésiés. Il y a eu pour quatre substances 
non odorantes — quinine, saccharine, acide citrique, eau distillée 
— échec pour la quinine et l'eau distillée, succès pour l'acide 
citrique et la saccharine. 

Miss Edith HowTHORNEa donné de bons cas de cryptesthésie prag- 
matique. M. Samuel Jones lui envoie un fossile trouvé par un mi- 
neur dans des couches de charbon. Or le père de ce mineur avait 
été par unaccident tué dans la mine, il y a vingt ans. Miss Haw- 
thorne dit qu'elle a une vision horrible, un homme gisant sur le 
sol, inanimé, livide, avec du sang à la bouche et au nez. D'autres 
iudications intéressantes, mais vagues, sont données sur les nom- 
breux objets envoyés par M. Jones à Miss Hawthorne. 

M. Pagenstecher - a entrepris quelques recherches sur Mad. Z... 
qui lui ont semblé prouver une hyperesthésie sensorielle tellement 
intense qu'elle devient presque de la cryptesthésie. Mais il faut 
attendre, avant de se faire une opinion, que les expériences de 

1. Sur un cas de lucidité spontanée, A. S. P., juillet 1914, XXIV, 193. 

2. A notable Psychometric Test. Am. S. P. R., XIV, 386-418, 1920. 



224 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

M. Pagenstecher, de Mexico, soient données avec plus de détails. 
Dès maintenant, il semble bien qu'elles donnent un réel appui à la 
cryptesthésie daus l'hypnotisme. 

En somme, ces résultats divers sont bien peu satisfaisants. Tout 
de même, c'est assez pour tenter la curiosité des expérimentateurs 
qui auraient de grands sujets hypnotiques, ou des médiums, à leur 
disposition. Ce n'est pas tout à fait de la métapsychique. Mais 
qui sait si l'action des corps à distance n'apportera pas quelque 
éclaircissement au phénomène métapsychique de la cryptesthésie? 

L'action des métaux, l'action des aimants, l'action des substances 
toxiques à distance, voilà des problèmes qui me paraissent bien 
dignes de susciter des travaux et des recherches nouvelles 1 . 

Faut-il faire rentrer dans la cryptesthésie pragmatique toutes les 
superstitions relatives aux amulettes, aux fétiches, que non seule- 
ment les sauvages, mais encore des civilisés regardent comme des 
protecteurs efficaces? Les anciens magnétiseurs croyaient ferme- 
ment qu'on peut magnétiser de l'eau et un objet quelconque, de 
manière à douner à ces objets une vertu particulière. Mais ils 
n'ont pas suffisamment, même comme A. de Rochas qui a ébauché 
cette étude, éliminé la suggestion. 

Je puis donner à cet effet un cas qui m'est personnel, et qui est 
ud très beau cas de suggestion, mais nullement de fétichisme, 
malgré les apparences. 

Un de mes élèves, jeune homme très loyal, très naïf, d'une pro- 
bité et d'une délicatesse rares, le D r Mar..., quelques semaines 
après avoir passé sa thèse, vint me faire une confidence doulou- 
reuse. Il était hanté par des idées de suicide, si tenaces, si mena- 
çantes, qu'il me dit, en pleurant : «Je suis convaincu que je finirai par 
me tuer. Est-ce que vous ne pouvez pas me sauver? » Il n'avait d'ail- 

1. Loc. cit., p. 240. — Sur lorigine de la métallothérapie et sur l'action à dis- 
tance des métaux, phénomènes qui ne rentrent guère dans la métapsychique, on 
consultera Burcq (V.), Etude expérimentale sur la métallothérapie et la métallos- 
copie, Rapports faits à la Société de Biologie 1877-1878, 8°, Paris, 1876. — Mori- 
court (J.), Manuel de métallothérapie et de métalloscopie, appliquées au traite- 
ment des maladies nerveuses, etc., 12», Paris, 1888. — Dumontpalliek, Métalloscopie 
et métallothérapie. Union médicale, Paris, 1879, XXVIII, 333, 381, 421, 457, 473, 
£67. 



CRYPTESTHÉSIE PRAGMATIQUE 225 

leurs aucune raison, d'amour, d'argent ou de santé, qui justifiât ces 
idées sombres. Alors j'eus une inspiration. Il y avait sur ma table 
de travail un cachet, surmonté d'une toute petite figurine en bronze, 
un casque de chevalier (le chevalier de la Mort) dont la visière. se 
relevait et laissait voir le squelette de la face. Je dis à mon ami le 
D r Mar... : « prenez cette statuette; et gardez-la toujours sur vous; elle 
a des vertus magiques et elle vous protégera ». Mar... me remercia 
avec effusion. Quelque six mois après il revint me voir. Il était guéri, 
gai, souriant, et ne pensait plus du tout au suicide l . 

Est-ce coïncidence? N'est-ce pas plutôt une suggestion? En tout 
cas je ne suis pas assez enfant pour attribuer quelque influence 
pragmatique au chevalier de la Mort. 

Il me paraît que les fétiches, amulettes, cornes de corail, et 
autres bibelots n'agissent que par suggestion. Mais la suggestion 
n'est pas négligeable. Et puis, après tout, qui sait? Soyons presque 
aussi réservés dans nos négations que dans nos affirmations. 

C'est encore à l'influence des choses qu'il faudrait rapporter, s'il 
y avait l'ombre d'une preuve en faveur de leur efficacité, l'histoire 
des envoûtements, et des sorts jetés. De toutes les légendes popu- 
laires, ce sont les plus répandues ; encore aujourd'hui dans maintes 
contrées superstitieuses on croit qu'il y a des sorcières et des sor- 
ciers, des objets funestes, des pierres qui portent malheur, des jelta- 
turas, et autres billevesées de même farine. Pourtant, si les choses 
inertes ne sont inertes qu'en apparence, on comprend qu'il doit y 
en avoir de favorables, et d'autres qui sont funestes. Mais jusqu'à 
présent, en ce domaine, il n'y a rien de sérieux, et il faut laisser 
aux contemporaines de Catherine de Médicis ou de Mad. de Mon- 
tespan la croyance aux messes noires, et aux figurines de cire pour 
envoûtements 2 . 

Mais, je le répète, même pour ces superstitions ridicules, il faut 
être prudent dans la négation. Si nous admettons, comme cela 
paraît prouvé, qu'il y a parfois dans les choses comme une émana- 
tion qui agisse sur notre cryptesthésie, il ne serait pas absurde 

1. Le D r Mar. ., est mort de mort naturelle, quelques années après. 

2. On lira avec grand intérêt les pages spirituelles et érudites qu'A, de Rocius 
a écrites sur l'envoûtement {De l'extériorisation de la sensibilité). 

Richet. — Métapsychique. 15 



226 MÈTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

qu'une vibration quelconque se dégageât des choses, capable d'agir 
soit sur notre intelligence, soit sur celle des autres hommes. 

Et puis il y a un tel enchevêtrement des événements que tout est 
possible. 

Mais il ne faut pas se laisser aller à ces rêveries. Et, d'ailleurs, 
même en admettant qu'il y a quelques relations entre tel ou tel 
objet et tel ou tel événement, nous ne pouvons absolument pas 
savoir quelle est cette relation, et le mystère reste aussi profond, 
aussi inabordable que si cette relation n'existait pas. 

La cryptesthésie est, chez les sujets sensitifs, aidée par certaines 
conditions extérieures. 

Les somnambules de métier, qui sont, par intervalles, lucides — 
car si elles ne dounaieut pas, de ci, de là, quelques exemples de 
lucidité, elles ne pourraient guère réussir dans leur singulière 
profession — se servent souvent des cartes pour aider la lucidité. Il 
serait fou d'imaginer quelque rapport, autre qu'une coïncidence 
fortuite, entre telle ou telle carte, et tel ou tel fait. Mais ce qui 
n'est pas fou, c'est de supposer que, la cartomancie des tireuses 
de cartes est une préparation à leur lucidité. Une cartomancienne 
connue en a fait l'aveu à Osty. 

La chiromancie est déjà un peu plus près de la physiologie saine, 
car il n'est pas douteux que les formes de la main sont absolument 
différentes chez les diverses personnes, et que, très vaguement, 
mais très certainement, les mains, comme la physionomie, tra- 
duisent quelque peu la constitution physiologico psychologique 
des individus. De là à conclure quoi que ce soit sur le détail des 
événements passés, présents ou futurs, il y a loin. On distinguera 
les mains d'une duchesse et celles d'une cuisinière. Mais il n'y a 
rien là que de très banal. 

Pourtant les chiromanciens ont eu la prétention de lire dans les 
lignes de la main 1 . 

1. Voyez Desbarolles, Les mystères de la main. Paris. — Gaunier d'Arpentigny, 
La science de la main, Paris, 1857. — E. Magnin, Journal du magnétisme et du 
psychisme expérimental, décembre 1911. — Je citerai aussi le livre suivant, 
curieux, ne fût-ce que par son titre : Hôping, Inslitiiliones chiromanticae, oder 
Kurtze Unterweissung, Wie man aus denen Linien Bergen, und Ndgeln deren 
Hdnde, auch das Jahr,.Monat, Wocken und Tage in welchen einem was Gliick oder 
v ng lit c /clichés bevorsleht , mullimaslich judiciren kann, sampt einer ganlz 



CHIROMANCIE, GRAPHOLOGIE 227 

Si parfois il y a eu des divinations saisissantes, il faut les mettre 
sur le compte soit du hasard, soit de la lucidité stimulée par un 
fait extérieur ; le fait extérieur étant l'examen de la main pratiqué 
par un sensitif. 

La graphologie, à certains égards, se rapproche de la chiro- 
mancie. Mais il ne faut pas méconnaître que la graphologie a une 
base physiologique, nullement métapsychique, qui est inatta- 
quable. 11 est absolument certain que nos gestes, et par conséquent 
notre écriture, répondent à nos sentiments et à notre caractère. Un 
individu ivre laissera voir son ébriété par son écriture. Qu'il soit 
furieux ou serein, son écriture ne sera pas la même. Il est 
impossible qu'une personne très bête ne laisse pas transparaître 
un peu de sa bêtise. Les imbéciles et les gens d'esprit ne peuvent 
pas avoir le même graphisme. Quidmens imaferat scripto tuadextra 
notabit. Mais nous ne sommes plus du tout dans la métapsychique, 
et, si des sensitifs, comme Mad. Freya, emploient la graphologie, ce 
n'est sans doute que pour aider leur lucidité. La lettre qu'on confie à 
un graphologue lui révélera maintes particularités psychologiques 
du scripteur, à condition que ce graphologue ait antérieurement 
étudié beaucoup d'écritures, et qu'il soit observateur sagace et 
prudent. Mais on ne peut pas parler de lucidité 1 . 

Pour être complet, il faudrait mentionner Vastrologie, qui fut en 
si grand honneur autrefois, qui n'a rien de sérieux, quoique d'énig- 
matiques journaux, les Nouveaux Horizons, continuent obscurément 
à la défendre. 



neun und ausfùhrlichen Harmonia oder Uebereinstimmung aller Linien auck aus- 
fiihrlichen Abmessung der Saturninae, des Berges Lunae, und anderer Berge, mit 
Fleiss verfestiget, 3° édit., 8°, Iéna, 1681. — Voyez surtout Vaschide (N.), La 
psychologie de la main, Paris, 1909. — Chéiro's. Language of the hand : Complète 
practical work on cheirognomony and cheiromancy containing the System, Rules 
and expérience of Cherio (couito de Hamond), New-York, Tennyson. London, Ni- 
chols and C°, 1897, XV, 162 pages, avec 32 planches. 

1. Voyez sur la graphologie surtout Crépieux-Jamin, L'écriture et le caractère. 
Il existe en France un bon journal de graphologie, organe d'une intéressante 
Société de graphologie, qui a la sagesse de ne pas mêler la métapsychique à ce 
fragment de la psycho-pliysiologie normale. Mon expérience de graphologie avec 
H. Fertari et J. Héricourt, Revue philosophique, 1886, est demeurée classique. 
Chez deux personnes hypnotisables et tout à fait ignorantes de la graphologie, 
nous avons obtenu totale transformation de l'écriture, et adaptation de l'écriture 
à la personnalité nouvelle créée par suggestion hypnotique. 



228 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Nous sommes donc, de fait, absolument ignorants encore des 
conditions de la cryptesthésie. Nous ne pouvons même pas dire, — 
ce qui serait un commencement de science — que les objets exté- 
rieurs ont une action émouvante quelconque, et produisent une 
sensation cryptique qui, par association d'idées, éveille tel ou tel 
souvenir (comme par exemple l'odeur d'un parfum nous fait songer 
à la personne connue de nous qui a l'habitude de ce parfum). Nous 
devons nous résigner à ignorer les voies par lesquelles est mise au 
jour la faculté cryptesthésique. 

p. — Transposition des sens. 

Il est des cas où la sensibilité tactile, énormément accrue, 
paraît jouer un rôle. 

Un médecin de Lyon, Petetin (1744-1808) avait déjà, il y a plus 
d'un siècle, observé le phénomène du transport des sens (nous con- 
servons l'expression dont il se sert, sans qu'elle implique dans 
notre pensée aucune hypothèse '). Il a pu chez trois grandes hysté- 
riques constater des phénomènes d'hyperesthésie — ou pour mieux 
dire de cryptesthésie — qu'il a racontés avec détails, dans le style 
singulier de son temps. Il semble bien que l'observation ait été 
exactement prise. 

Il faut laisser de côté évidemment la soi-disant anesthésie audi- 
tive de l'oreille; car la surdité n'était qu'apparente; les malades 
n'entendaient pas quand on leur parlait à l'oreille, mais enten- 
daient quand on leur chuchotait quelques paroles au bout des 
doigts ou au creux de l'épigastre. Or l'insensibilité aux paroles pro- 
noncées à l'oreille est une de ces hallucinations négatives dont les 
recherches modernes sur le somnambulisme ont montré la réalité. 

Il n'en est pas de même pour la sensibilité visuelle. Ici la trans- 
position des sens est évidente. Voici comment s'exprime Petetin 
(p. 44). Sa malade, Mad. A..., âgée de dix-neuf ans, était en cata- 
lepsie (c'est-à-dire en somnambulisme). 

« Je glissai sous les couvertures une carte qu'enveloppait ma 

1. Petetin, père, Electricité animale. Catalepsie hystérique ances traie. Décou- 
verte du transport des sens, dans l'épigastre à l'extrémité des doigts et des orteils. 
— Rapports du fluide nerveux, principe de ce phénomène, avec le fluide électrique. 
Expériences qui les confirment (Lyon, 1808). 



TRANSPOSITION DES SENS 229 

main, et la fixai sur son estomac... je vis sa physionomie changer ; 
elle exprimait tout à la fois l'attention, l'étonnement et la douleur. 
« Quelle maladie ai-je donc? je vois la dame de pique. » Je retirai aus- 
sitôt la carte et la livrai à la curiosité des spectateurs. Ils pâlirent 
en reconnaissant la dame de pique. Je plaçai une seconde carte 
avec les mêmes précautions. « Cest, dit-elle, le dix de cœur. » Enfin 
une troisième... «■ Salut au roi de trèflel... » J'en fus bouleversé. 
J'entendis un bruit confus autour de moi, je ne remarquai même 
pas la consternation qui se peignait en traits énergiques sur toutes 
les physionomies. » 

Comme la malade hystérique de Tambow, la malade hystérique 
de Lyon distinguait, par les doigts, la saveur de diverses subs- 
tances : brioche, abricots, mouton rôti, pain au lait, bœuf bouilli, 
mais toutes les conditions étaient-elles bien notées? 

D'autre part, Mad. A... semble avoir présenté des phénomènes 
de cryptesthésie et de prémonition que le transport des sens ne 
peut pas expliquer. Elle reconnaissait les objets placés dans une 
boîte. « Formait-on une pensée sans la manifester par la parole, la 
malade en était instruite aussitôt, et exécutait ce qu'on avait l'in- 
tention de lui commander. » 

Sur une autre malade hystéro-cataleptique, Mad. de Saint-P..., 
âgée de vingt-quatre ans, les résultats ont été moins nets. D'ailleurs 
Petetin ne prenait pas les précautions -que nous jugeons aujour- 
d'hui absolument nécessaires. Il est probable qu'il y eut alors des 
cryptesthésies intéressantes, mais elles ne nous sont pas rapportées 
avec une suffisante précision. 

En tout cas la première observation de Petetin est remarquable, 
car les phénomènes sont étonnamment identiques à ceux qui ont 
été observés chez la malade de Tambow. Mais nous sommes 
devenus plus difficiles qu'on ne l'était en 1830 sur le caractère 
métapsychique des phénomènes. 

Peut-être Mad. Pigeaire, qui fut une somnambule très lucide, 
avait-elle une sensibilité de ce geûre. Elle lisait une lettre (cachetée) 
qu'on lui mettait sur le front. Sir 0. Lodge a observé qu'en expé- 
rimentant avec Mlles L... les phénomènes (suggestion mentale 
d'une sœur à l'autre) étaient beaucoup plus nets lorsqu'elles se tou- 
chaient à peine par le petit doigt, fût-ce pour la reproduction d'un 



230 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

dessin. Boirac a signalé un très beau cas de lecture par hyperes- 
thésie tactile 1 . Mad. V.. ., somnambule, se fait bander les yeux 
par un fort bandeau. On lui colle du papier gommé sur les 
yeux, et alors elle lit sans hésitation les lignes imprimées, même 
en caractères très fins. Elle lit l'heure sur une montre enveloppée 
d'un mouchoir. Tel fut le rapport du D r G. D... à Boirac, qui 
résolut d'expérimenter sur un autre sujet, préparé par lui. Le sujet 
de Boirac fut un certain Ludovic S..., qui parvint à lire avec le bout 
de ses doigts, comme s'il avait quelque extériorisation de la sensi- 
bilité. Une lecture fut faite quand l'obscurité était complète, toute 
lumière dans la chambre étant éteinte, Ludovic ayant en outre les 
yeux bandés. « Il ne me paraît donc plus possible de douter, dit 
E. Boirac, que le phénomène présenté par S... soit exclusivement, 
comme nous l'avons dit, un phénomène du toucher, auquel la vue 
reste complètement étrangère. » 

Une autre expérience, plus curieuse peut-être encore, a été faite 
par E. Boirac. Il plaça Ludovic près de lui, le dos tourné, les yeux 
bandés, et s'assit sur l'autre siège, en priant Ludovic de lui tenir le 
coude. Alors E. Boirac plaça les doigts sur les lettres d'un journal, et, 
à mesure qu'il passait sur telle ou telle lettre, Ludovic épelait et 
lisait. Le résultat fut le même, même lorsque E. Boirac, fermant 
les yeux, ne pouvait plus lire les lettres que parcouraient ses 
doigts. 

Il est bien désirable que des recherches nouvelles soient faites 
sur cette hyperesthésie tactile. Cela nous permettrait peut-être de 
conclure que, dans certains cas tout au moins, le sens du toucher 
a pris une telle acuité que cela devient presque de la cryptesthésie -. 

Un très beau cas de cryptesthésie, explicable peut-être, quoique 
difficilement, par une acuité prodigieuse du toucher et de la vision, 
a été signalé par le D r A. N. C. Chowrin, directeur de l'asile des 
aliénés de Tambow 3 . 

1. E. Boirac, La psychologie inconnue, Paris, Alcan, 1908, p. 245. Un cas d'ap- 
parente transposition des seîis. 

2. On ne peut aujourd'hui faire état des étonnantes recherches, inachevées encore, 
de Louis Farigoule. La vision extra-rétinienne et le sens paroptique. (Nouvelle 
Revue française, 1920, 104, pp.). 

3. Ce mémoire a paru en russe en 1898. Mais je ne le connais que par la tra- 



TRANSPOSITION DES SENS 231 

Il s'agit d'une femme fort intelligente, Mad. M..., très cultivée, 
de trente-deux ans, non mariée, qui fut prise de troubles ner- 
veux assez graves (grande hystéro-épilepsie). Le D 1 ' Ciiowrin fut 
amené à s'occuper d'elle, parce qu'un jour, en sa présence, ayant 
reçu une lettre qu'elle maniait en sa- main, sans l'ouvrir, elle se 
mit soudain à pleurer, disant qu'il y avait un grand malheur dans 
cette lettre. De fait la lettre annonçait la mort d'une de ses nièces. 

Diverses expériences ingénieuses furent alors entreprises. M. Ciio- 
wrin, parfaitement au courant des supercheries dont les hysté- 
riques sont capables, lit des expérimentations rigoureuses, de 
concert avec ses collègues de la Société médicale de Tambow. Des 
lettres cachetées entourées de noir d'aniline, enfermées parfois dans 
des papiers photographiques sensibilisés, étaient écrites en carac- 
tères si fins qu'on ne pouvait les distinguer qu'à la loupe. (Il faut 
étudier dans le mémoire original le détail de toutes les excellentes 
précautions prises.) 

La lecture de ces lettres fut faite quarante fois environ, et 
M. Chowiun ajoute : « Si M... a la propriété d'ouvrir ces lettres et 
de les recacheter intégralement, de manière à ramener au statu quo 
mite les signes, les cachets, les enveloppes, les papiers photogra- 
phiques sensibilisés et non impressionnés, c'est aussi extraordi- 
naire que de lire les lettres sans les avoir ouvertes. » 

Dans une autre série d'expériences, M... lut, eu présence de 
diverses personnes, des lettres hermétiquement closes. Tantôt la 
lettre était lue avec son texte, tantôt le sens de la lettre était indi- 
qué par des images qui se présentaient à elle. Par exemple, dans 
une lettre écrite par le D r Andréoff, il y avait : « Dans les sables de 
l'Arabie s'élevaient trois palmiers entre lesquels coulait une source 
murmurante. » M... dit : « Un grand espace. C'est du sable, blanc 
comme de la neige, mais ce n'est pas de la neige ; trois arbres, très 
hauts. Je n'ai jamais rien vu de pareil. Peu de feuilles, mais de 
larges feuilles, une source dont j'entends distinctement le mur- 
mure. » 

Dans une autre expérience, le D r Troizki écrivit sur un bout de 

duction allemande donnée par A. de Schrenck-Notzing, Experïmen telle Unter- 
suchunçjen auf dem Gebiete des raumlichen llellsehens, der Kryptoscopie und ina- 
daequaten Sinneserregung, E. Reinhardt, Miïnchen, 1919, 80 p. 



232 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

papier (qu'il eûroula seize fois sur lui-même) ces mots : « Sophie 
Alexandrovna est au lit, et regarde le mur ». Ce jour-là, Sophie 
Alexandrovna, c'est-à-dire Mad. M..., avait une fluxion dentaire et 
était au lit. Elle prit le papier, le tint pendant quelque temps dans 
une de ses mains, et dit : « Je vois un lit, c'est moi qui suis sur mon 
lit, avec une mentonnière», et elle regardait fixement le mur.TRonzKi 
et Speranski, qui étaient présents, n'ont pas quitté de vue un ins- 
tant le papier enroulé. 

D'autres expériences encore lurent très significatives. Par le tou- 
cher, Mad. M... put distinguer les couleurs. Devant la Société de 
Médecine de Tambow, elle put reconnaître la couleur de 
trente flacons, de diverses couleurs, placés sous une épaisse cou- 
verture, et entourés de papier. De même par le toucher M... pou- 
vait distinguer les saveurs. On prenait des flacons contenant des 
solutions de soude, de chlorure de sodium, de chlorhydrate de 
quinine, de sulfate de zinc, on trempait de petits fragments de 
papier dans une de ces solutions, on les lui mettait sous l'aisselle, 
et elle sentait aussitôt le goût du salé, de l'acide, de l'astringent ou 
de l'amer. Comme les expérimentateurs ne savaient pas quelle 
avait été la solution employée, toute transmission mentale, comme 
aussi toute erreur expérimentale, était écartée. 

C'est par une extrême hyperesthésie auditive qu'il faut expliquer 
les télépathies obtenues par le professeur Gilbert Murray, en appa- 
rence admirables, mais en apparence seulement l . 

M. Murray sortait du salon et allait dans une chambre voisine. 
Alors quelqu'un dans le salon, en général la fille aînée de M. Murray, 
prononçait quelques paroles tout haut qui étaient aussitôt écrites. 
Ces paroles indiquaientun tableau, un geste, une scène, un incident. 
M. Murray revenait, disait aussitôt ce qui lui venait à l'esprit, et on 
confrontait les paroles de Miss Murray et celles de G. Murray. Or la 
similitude est saisissante, et il est inutile de mentionner ces iden- 
tités indiscutables. Mais cependant, ainsi que Mad. Yeriull l'a 
d'ailleurs indiqué, on peut expliquer tout ou presque tout par 

1. Voir l'adresse de G. Muuk-vy à la S. 7'. R., juillet 1915 et Mad. Verkall P. S. 
P. R„ XXIX. Voir aussi S. M. Kingsford : Psychical Research for tke Plain Man, 
London, Kegan Paul, 1920. 



TRANSPOSITION DES SENS 233 

une hyperesthésie auditive. Or M. Murray n'avait nullement cons- 
cience d'avoir entendu quelque chose. De sorte qu'il s'agit là d'une 
hyperesthésie auditive inconsciente, phénomène très curieux et qu'il 
serait intéressant d'étudier à nouveau d'une manière approfondie. 
En tout cas l'hyperesthésie poussée si loin est très étonnante et se 
rapproche quelque peu de la cryptesthésie. Quelquefois d'ailleurs 
l'exactitude des paroles prononcées par M. Murray, confrontées 
avec la réalité, allait beaucoup plus loin que les paroles émises 
tout haut par Miss Mdrray. 

Les faits invoqués par M. Murray sont tout à fait insuffisants 
pour faire admettre la cryptesthésie, mais il y a tant d'autres 
exemples de cryptesthésie métapsychique qu'on peut à l'extrême 
rigueur supposer qu'elle a joué aussi quelque rôle dans ces expé- 
riences, quoi que j'adopte uniquement pour ce cas spécial, l'hypo- 
thèse d'une simple hyperacuilé auditive. 

Il s'agit sans doute d'hyperesthésie visuelle chez M..., une grande 
hystérique, soignée à l'asile d'Alexandrie par le D r Frigerio 1 . On 
lui fermait les yeux avec les doigts sur les paupières, et elle lisait 
couramment le titre d'un livre ; de même, au contre-jour, les yeux 
également fermés par les doigts, elle lisait le contenu manuscrit 
d'une carte postale. De même encore quand on tenait un livre 
tellement haut qu'il eût été impossible de le lire, même si elle 
avait eu les yeux ouverts. Mais ce cas d'hyperesthésie rétinienne 
n'a pas été suivi ayec autant de précision que le cas de Chowrin. 

Le D r Naum Kotik 2 a obtenu de bons résultats de cryptesthésie 
avec une petite jeune fille de quatorze ans, Sophie B. . . Quand le père 
de Sophie B... (un alcoolique qui a fini par suicide dans une mai- 
son d'aliénés), était avec sa fille, encore qu'on ne pût déceler une 
parole ou un geste qui indiquât ce qui devait être deviné, Sophie 
devinait la pensée de son père d'une manière étonnante. Mais il ne 
faut tenir aucun compte de ces expériences; car la tromperie est 

1 . Ravi fenomeni osservati in una ipnotizzata ed in particulare délia sugges- 
lione reciproca e délia lettura ai occhichiusi da essa presenlati. (Arch. di psi- 
chiatria, etc., Torino, XV, 1894, 101.) 

2. Die Emanation der psycho-physischcn Energie. Wiesbaden, 1908. 



234 



METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 



trop facile. Pourtant, d'autres fois, le père de Sophie étant absent, 
Sophie a pu deviner la pensée de M. Kotik. 



Chose pensée par M. Kotik. 
Spitschka. 
Noshik. 
Nilki. 
Plessimètre. 

Une mounaie. 
Patron. 
Bulewka. 
Noshuizy i . 



Chose dite par Sophie. 
Spitschka. 
Noshik. 
? 

Instrument analogue à ceux 

des verriers. 
Un bouton, une monnaie. 
Une Pa... da... 
Bulawka. 
Noshik... Noshhiry. 



Ces expériences ont réussi encore, même quand Sophie se trou- 
vait séparée de l'agent (le père ou M. Kotik) par une porte complè- 
tement close. 

Aussi pour M. Kotik le fait de la transmission mentale est-il 
absolument établi. 11 va même jusqu'à indiquer les lois de cette 
transmission mentale, en disant qu'elle se transmet principalement 
sous la forme phonétique et qu'elle peut traverser les murs en 
perdant une partie de sa force. 

M. Kotik a pu faire d'autres intéressantes expériences avec une 
jeune fille, Lydia W..., de dix-huit ans, capable de l'écriture auto- 
matique, et d'esprit très cultivé. 

Les preuves de cryptesthésie spiritique ont été'très abondantes ; 
pour ne citer qu'un exemple : 



Pensée de M. Kotik. 
Lumière. 
Baiser. 
Neige. 
Daprer. 
Cheval. 
Journal. 



Réponse de Lydia. 

Lumière. 
? 

? 

D'après. 
Cheval. 
Journal. 



1. Ces divers mots signifient en russe allumettes, couteau, ciseau, gomme, 
anneau, etc. 



TRANSPOSITION DES SENS 235 

Il y avait toujours une analogie phonétique entre la chose pensée 
et la chose indiquée par Lydia, môme quand elle se trompait. 

Mais cette transmission peut aussi être une transmission visuelle ; 
car, dans une autre série d'expériences, M. Kotik regardait une 
carte postale (que bien entendu Lydia ne pouvait pas voir) et 
alors, par l'écriture automatique, Lydia décrivait — parfois avec 
une exactitude admirable — ce qui était sur cette carte postale. Il 
paraît que la conduction de cette transmission mentale se fait mieux 
quand on relie l'agent et le percipient (Lydia et le D r Kotik) par uu 
fil métallique. 

Enfin daus ses dernières expériences, ingénieuses, M. Kotik 
a essayé de fixer sa pensée (pensée d'un objet, d'un paysage, d'un 
sentiment) sur une feuille de papier blanc, et il a donné cette feuille 
à Lydia pour qu'elle devinât ce qui y était fixé par la pensée. Les 
résultats ont été absolument remarquables. 

Je ne citerai qu'un exemple de ces fixations de la pensée sur le 
papier. Le D r Bernstein pense au paysage suivant — le bord de la 
mer : un bateau où il y a des individus : sur la rive un bâtiment qui 
est entouré de verdure. — Or ce que Lydia a vu est : « la surface de 
Veau, comme un miroir; sur le rivage çà et là des maisons entourées 
d'arbres ; sur Veau un bateau ». 

Le hasard n'a guère pu donner ces ressemblances, quoique il 
y ait quelque monotonie dans les paysages donnés à deviner. Tout 
de même, la similitude est saisissante entre l'image vue par Lydia, 
et l'image mentale que le D r Bernstein a fixée sur le papier donné 
à Lydia. 

Voici les conclusions de M. Kotik. La pensée est une énergie qui 
rayonne au dehors. Cette énergie a des propriétés physiques et psy- 
chiques, de sorte qu'on peut l'appeler énergie psycho-physique. 
Cette énergie, née du cerveau, passe aux extrémités du corps. Elle 
se transmet difficilement par l'air, se propage par Jes conducteurs 
métalliques, et peut se fixer sur le papier. 

D'après M. Kotik, il y a deux conditions à envisager : la sensibilité 
du sujet : l'énergie vibratoire qui met en jeu sa sensibilité. C'est 
cette énergie vibratoire qu'a surtout étudiée M. Kotik ; mais il ne 
semble pas qu'elle soit spéciale à la pensée humaine ; il est possible 
que toutes choses rayonnent d'une certaine énergie vibratoire. 



236 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

puisque les sujets sensibles indiquent non seulement les choses 
auxquelles tels ou tels individus ont pensé, mais même des choses 
inertes auxquelles nulle pensée n'a été attachée. 

Il nous semble plus prudent de ne pas adopter d'autre hypo- 
thèse que celle d'une sensibilité spéciale qui permet aux individus 
hypnotisés et aux médiums (peut-être parce que leur incons- 
cience a une grande force) de savoir ce qui est, qu'il s'agisse d'une 
pensée ou d'un objet. 

Le D r Rudolf Tischener l vient de publier un travail important sur 
la lucidité. Je ne le suivrai pas dans sa discussion théorique. Les 
temps ne sont pas mûrs : et tout est d'une désolante fragilité, mais 
je m'attacherai aux faits : et M, Tischener en cite de fort remar- 
quables. 

Après avoir expérimenté avec Mad de. B., qui a donné à Wasie- 
lewski de bons résultats cryptesthésiques, M. Tischener a expéri- 
menté avec un individu nommé Re..., un homme de trente-deux 
ans, fils d'un employé de la poste, et lui-même employé de com- 
merce. Plusieurs mots étaient, à l'abri de la vue de Re... écrits et 
mis sous une enveloppe opaque. Les phrasesou mots étaient repliés 
et mis dans des enveloppes cachetées, opaques (lichtdickt... mais 
quel était le degré de l'opacité ?) 

Les résultats de nombreuses expériences ont été remarquables. 
Il ne peut s'agir de lecture de pensée ; puisque plusieurs des enve- 
loppes cachetées étaient mélangées, et que M. Tischener ignorait ce 
que contenait l'enveloppe remise à Re... 

Sur 68 expériences, il y en eut 24 de -négatives. Mais cela 
n'importe pas, car, sur les 44 qui ont réussi, le succès est tel qu'il 
est radicalement impossible de supposer une coïncidence. 

Athen pour Athen. 
Barbara pour Baelbara, 
Eberhard pour Ebarhard. 
Madalene pour Madelene. 
Pater pour Dater. 

1. Uber Télépathie und Hellse/ien, Mùnchen, Bergmann, 19i0. 



TRANSPOSITION DES SENS 237 

M. Albert Hofmann (de Mehlen) ' a fait de curieuses expériences de 
télépathie avec ua docteur eu médeciue, M. Fueddenberg. M. Hofmann 
avait été percipient dans les expériences de M. R. Tischener : cette 
fois il a agi comme agent. Il demeurait dans une maison distante 
de 28 mètres. Daus l'expérience I, Hofmann suggéra Alaof Kôln, et 
Freudenuerc. dit Kôln. L'expérience II ne réussit pas. Dans l'expé- 
rience III, H... suggéra Groenendael, Freudenberg vit un joli bois, avec 
des étangs, ce qui est tout à fait le bois de Groenendael, près de 
Bruxelles. Dans une autre série d'expériences, plus récentes, les 
expérimentateurs habitaient deux demeures distinctes, à 800 mètres 
de distance. Il y eut des succès très nets, transmission de couleurs 
et de visions. Le mot encrier a pu être transmis. Notons aussi un 
résultat bien singulier. Freudenberg avait suggéré Jules César ; 
Hofmann a pensé au pont de Bonn, où il y a une statue de J. César. 
Malheureusement, après ces séances qui réussirent, il y eut une série 
d'échecs. 

Il est inutile de continuer cette énumération. Ce n'est pas le 
hasard : ce n'est pas non plus la télépathie. Est-ce l'hyperacuité 
rétinienne poussée au point d'être de la cryptesthésie ? ou bien y a- 
t-il — ce que je ne pense pas — quelque erreur systématique due à 
ce que Re... avait pu voir ce qu'écrivait M. Tischener ? Il est à noter 
que M. Tischener est très instruit des fraudes possibles sigualéespar 
les psychologues américains. 

Le D 1 ' Waldemar de Wasielewski 2 a rapporté des cas intéressants 
de cryptesthésie pragmatique, qu'il convient de rapprocher des 
faits de rhabdomancie, car vraiment il semble que ce soit un 
phénomène du même ordre. Mlle von B..., observée par lui, daus 
des conditions telles qu'aucune fraude n'était possible, a pu sou- 
vent dire quels étaient les objets enfermés daus une boite bien 
ficelée, dire s'ils étaient en bois, ou de tel ou tel métal. Daus la 
statistique très imparfaite qu'il nous donne, il dit qu'il y a eu cin- 
quante expériences et six insuccès. Mais il faudrait savoir quelle 
était la probabilité du succès. 

M. Wasielewski a fait aussi quelques autres expériences portant 

1. Versuche ùber Télépathie (Psych. Slud., janvier 1921, 1-12. 

2. Un cas de lucidité spontanée, A. S. P., juin 1914, XXIV, 165. 



238 MÉTAPSYCH1QUE SUBJECTIVE 

sur des dessins et sur des mots enfermés dans des boîtes. Il faudra 
lire le détail dans l'original. M. de W... avait écrit en écriture 
renversée ; Mlle de B... lut comme si l'écriture n'avait pas été ren- 
versée. Il est vrai que dans cette dernière expérience l'écriture 
n'était pas enfermée dans une boîte, mais simplement mise sous 
une enveloppe. 

Avec raison M. de W... pense qu'il ne s'agit pas là de télépathie, 
mais plutôt de l'influence des choses, plus ou moins analogue à la 
force rhabdique, cette vibration mystérieuse, qui, se dégageant des 
eaux souterraines ou des métaux, détermine les muscles des 
baguettisants à faire plier la baguette de coudrier. 

M. Warcollier, ingénieur chimiste, a fait sur la télépathie de 
nombreuses expériences, très méthodiques, qu'il a rapportées dans 
un livre qui n'a pas paru encore, mais dont le manuscrit m'a été 
obligeamment communiqué par M. Warcollier. 

Plusieursdesexpérieucesdetélépathieontété faites parM. Warcol- 
lier comme percipient, sur des dessins. Elles sont bien intéres- 
santes. 

Sur 10 expériences il y a eu une fois un succès remarquable (expé- 
rience IV). 

Le dessin fait était un ballon dirigeable avec une hélice ; le 
résultat a été un ballon dirigeable et une hélice. 

Dans d'autres cas il y a eu demi-succès : le dessin à deviner était 
un drapeau tricolore ; il y a eu 9 dessins successifs, parmi lesquels 
il y a un drapeau tricolore. Dans l'expérience VIII il y avait uncor de 
chasse ; sur 5 essais de divination il y a eu une coquille de limaçon 
qui ressemble tout à fait à un cor de chasse. Dans le dessin n° 10 
il y avait un perroquet ; le percipient a tracé, parmi douze dessins, 
un oiseau blessé qui tombe par terre. 

Résumant ses recherches, M. Warcollier arrive, sur 35 faits, à 
constater qu'il y en a eu 13 de négatifs ; 5 à éliminer par suite d'une 
coïncidence vraisemblablement due au hasard, 10 demi succès, 
et 7 succès complets. Mais la part de la probabilité est difficile à 
calculer. 

En comparant les diverses télépathies qu'il a eu l'occasion 
d'observer, et par des méthodes trop longues à exposer ici, qu'il 



TRANSPOSITION DES SENS 239 

faudra lire dans le livre original, M. Warcollier classe ainsi les 
diverses facilités de transmission. 

Couleurs 70 p. 100 

Attitudes 55 — 

Dessins 45 — 

Objets 38 — 

Idées 37 — 

Images mentales 10 — 

Mots, chiffres 10 — 



C'est une tentative intéressante de classification, rudimentaire 
encore, que seules pourront justifier de plus nombreuses expé- 
riences ; mais il ne sera pas facile de trouver des sensitifs, 
comme M. Warcollier, qui seront en même temps capables de cal- 
culs et d'analyses pénétrantes. 

Ce qui prouve que M. Warcollier est un sensitif, c'est la belle 
cryptesthésie qu'il a observée sur lui-même. Rentré tard dans la 
soirée chez un ami qui demeurait à la campagne, il se couche, s'en- 
dort, et, se réveillant à demi, il aperçoit, dausla pièce éclairée par 
une veilleuse, un gros paquet ficelé de forme quadrangulaire, enve- 
loppé d'un papier d'emballage jaune. Il s'écrie : « Qu'est-ce que ce 
paquet ?». Mad. Warcollier se réveille, s'étonne, — car il n'y a pas 
de paquet daus la chambre — et alors M. Warcollier lui décrit l'ob- 
jet qui en effet avait été monté par mégarde dans la chambre, et il 
y avait séjourné, avant l'arrivée de M. Warcollier dans la maison, 
quelque temps ; puis il avait été retiré. 

M. Abronowski (cité par M. Warcollier), sur 324 suggestions, dont 
le succès avait une probabilité de 1/3, a eu 157 succès, soit 50 p. 100, 
ce qui dépasse notablement le chiffre probable. Il est vrai que, 
dans ces expériences, il y avait contact des mains, ce qui enlève 
beaucoup de valeur à l'expérimentation. Toutefois, avec un perci- 
pient plus sensible que les autres, Jeanne Hirschberg, il y a eu, 
sans contact des mains, 62 p. 100 de succès. 

M. Warcollier d'une part, et d'autre part M. Abronowski, ont 
fait timidement des hypothèses pour expliquer la télépathie, et ils 
ont eu raison d'être timides. 

Après tout l'hypothèse de la télépathie, par vibration du cerveau 
A, à la suite de la vibration du cerveau B, n'est pas valable, au 



240 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

moins comme explication générale adéquate, car très souvent il y 
a lucidité sans vibration du cerveau B. Les spirites ont une expli- 
cation plus simple ; c'est celle des esprits omniscients et omnipo- 
tents. Mais c'est une explication enfantine. 

Mieux vaut se réfugier dans mon aveu d'absolue ignorance quant 
au mécanisme et à la cause. 

Lombroso 1 rapporte le cas d'une jeune fille hystérique, qui, à cer- 
tains moments, perdait la faculté de voir par les yeux, et voyait par 
les oreilles. Elle lisait, les yeux bandés, quelques lignes d'impri- 
merie qu'on plaçait à son oreille. 

A propos de cette transposition des sens, Flammarion dit que les 
sujets s'imaginent à tort voir par le front, ou l'épigastre, ou 
l'oreille. Je serais tenté cependant de croire qu'il y a en réalité une 
impression sensitive peut être tactile, une excitation sensorielle 
périphérique, au moins dans quelques cas. 

Ces faits d'hyperesthésie, ou de paresthésie, sont donc indubi- 
tables, tout comme dans le cas de Ludovic S... rapporté par Boirac. 
Mais il n'est pas possible d'adapterà l'hyperesthésie sensorielle les 
phénomènes multiples de la cryptesthésie. L'explication par 
l'acuité invraisemblable des sens normaux ou par la transposition 
des sens n'est valable que pour un petit nombre, très restreint, 
d'observations. Encore même là ne sommes-nous pas assurés que 
cette interprétation est exacte. Une rétine capable de percevoir des 
rayons lumineux qui ont passé à travers une triple enveloppe de 
cartons épais, c'est une rétine tellement différente de la rétine nor- 
male que son étude relève de la métapsychique plutôt que de la 
physiologie. 

Toutefois, c'est peut-être un réel progrès que d'avoir permis, 
pour quelques cas exceptionnels tout au moins, d'attribuer à 
l'acuité sensorielle des phénomènes qui passaient jusqu'alors 
comme inabordables. Et il sera très intéressant de l'étudier chez 
les sensitifs. On ne sait jamais, lorsqu'on commence une étude 
expérimentale, si des résultats inespérés, imprévoyables, inatten- 
dus, n'en seront pas le fruit. 

1. Cité par Flammahion : La mort et son mystère, 1920, p. 255. . 



TRANSPOSITION DES SENS 241 

C. Lombroso a indiqué quelques cas de cryptesthésie très nets *. 
Dans ses expériences, aidé des D rs Ottoi.enghi, Sartoris et Ronca- 
rini, il a trouvé un jeune homme de vingt et un ans, Régis, commis 
de magasin, qui a réussi à reproduire quelques-unes des expé- 
riences de Picivmann (mais sans contact). M. Lombroso a écrit sur une 
ardoise le mot de Pitckerel. Alors Régis, les yeux et les oreilles ban- 
dés, à une distance de 10 mètres, a écrit Vitche sur une autre 
ardoise. Ou lui remet un dessin dans une enveloppe, il a les yeux ban- 
dés, et il en fait un fac-similé très étonnant. Il y eut pourtant quel- 
ques échecs. Régis but ce jour-là un demi-litre de rhum, de manière 
à être très ivre., ce qui n'est pas une bonne condition pour machi- 
ner une fraude habile. M. B... (de Nocera), âgé de vingt ans, a 
donné aussi au D r Grimaldi, en présence de Lombroso, d'intéressants 
exemples de cryptesthésie. 

Des expériences de télépathie ont été récemment entreprises par 
les D rs F. -H. Van Loon et A. Weinberg 2 . 

Gomme leur mémoire n'a pas paru en totalité, on ne le peut juger 
définitivement. Il semble que les résultats soient favorables à la 
télépathie ; les sentiments émotionnels paraissent avoir été perçus 
plutôt que les noms, les chiffres, les figures. Avec les cartes, il y a eu 
échecs. Il y a eu succès quand un des agents mettait dans sa bouche 
de l'acide chlorhydrique ou un bonbon (mais est-ce que toutes pré- 
cautions ont été prises?) En somme il est difficile de conclure quoi 
que ce soit de cette laborieuse expérimentation, inspirée par cer- 
taines observations extrêmement douteuses de thought transference 
et de luiUing game. 

La bonne foi des percipients n'est pas contestable. Mais il peut y 
avoir des excitations sensorielles, faibles et inconscientes, qui déter- 
minent, sans aucune influence métapsychique, de vagues percep- 
tions. Même quand les percipients sont de bonne foi, il faut être 
aussi sévère que si on les soupçonnait de tricherie, car l'incons- 
cient est toujours éveillé et recueille les plus légers indices qui 
peuvent le mettre sur la voie. Quand l'agent soulève un poids lourd, 
et que le percipient dit éprouver une sensation de fatigue, il faut 

1. Mon enquête sur la transmission delà pensée, A. S. P., 1904, XIV, 264-273. 

2, A Metliod of investigation inlo thought transference (J. S. P. R., janvier 
1921, 3-23. 

Richet. — Métapsychique. 16 



242 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

prendre d'extrêmes précautions, pour que le percipient, dont les 
sens sont extraordinairement hyperesthésiés, ne comprenne pas 
que derrière lui on soulève un livre. Tout mouvement de l'agent 
doit être absolument éliminé, avant qu'on puisse conclure à une 
cryptesthésie. 

Il faut rattacher à la cryptesthésie pragmatique, les très beaux 
phénomènes donnés par M. Reese 2 . 

Les faits dont nous allons donner brève relation ont été constatés 
par des observateurs très avertis, Carrington, A. de Schrenck-Not- 
zing et J. Maxwell, qui ont isolément expérimenté avec Reese. 

Notons que M. Carrington a spécialement étudié la prestidigita- 
tion et est uu psychologue expérimenté. 

M. Reese était, en 1913, âgé de soixante-douze ans. Il est né en 
Pologne prussienne, à Posen, puis il a passé en Amérique où il a 
vécu. Il raconte volontiers qu'il a eu des entrevues avec tous les 
puissants de ce monde, surtout avec les grands financiers améri- 
cains, car un de ses pouvoirs, paraît-il, est de découvrir les sources 
d'eau ou même de pétrole. Le fait est qu'il a donné des preuves 
éclatantes de lucidité. 

Edison a rapporté 2 des expériences faites avec Reese qui lui ont 
paru décisives. Il va dans une pièce éloigDée de la chambre où se 
tenait Reese, et écrit cette question : « Y a-t-il quelque chose de 
mieux que ïhydroxyde de nickel pour une batterie de matières alca- 
lines? » Puis il rentre dans la salle où était Reese, qui lui dit tout 
de suite : « Non, il n'y arien de mieux que ïhydroxyde de nickel pour 
une batterie de matières alcalines. » Deux ans après, on annonce à 
Edison la visite inopinée de Reese. Alors Edison écrit, en caractères 
microscopiques, le mot de Keno, et met le papier dans sa poche. 
« Quai- je écrit ? » demande-t-il à Reese, et Reese lui dit sans hési- 
tation : « Keno ». Le D r Jamet Hanna Thompson, médecin aliéniste et 
sceptique avéré, fut absolument convaincu à la suite d'une séance 
qu'il eut avec Reese. 



1. Schrenck-Notzing (A), Un clairvoyant, A. S. P., 1913.XX1II, 65. — Maxwell (J.), 
Même sujet, ibid., 67. — Caurington, Compte rendu d'une séance avec Bert Reese 
(ibid., 357). 

2. A. S. P., août 1913. 



TRANSPOSITION DES SENS 243 

A. Schrenck-Notzing déclare que Reese est un des hommes les 
plus extraordinaires de ce temps. Schrenck écrit sur cinq bouts de 
papier des questions dilïéreutes : 1° Quel est le nom de ma mère? 
2° Quand irez-vous en Allemagne? 3° Mon livre aura-t-il du succès? 
4° Une question d'ordre intime? 5° Quel est le nom de mon fils aîné? 

Reese, sans avoir touché les papiers, ou à peine, répond correc- 
tement à quatre questions, très vite, en quatre ou cinq minutes, 
tout au plus, et il ne peut s'agir de lecture de pensée, puisque, après 
avoir mêlé les différents papiers, Schrengk ignorait ce que conte- 
nait tel ou tel de ces papiers. 

Avec J. Maxwell, Reese a obtenu des résultats tout aussi sur- 
prenants. Il n'a pas touché les sept papiers que Maxwell avait 
écrits, et il a répondu à chacun de ces papiers, encore que Maxwell 
ignorât, les ayant mêlés, quel était tel ou tel de ces sept. Le pré- 
nom, peu commun, de la mère de Maxwell (Marie-Angéline) a été 
donné avec une petite erreur insignifiante. MARiE-ANGELiEestlenom 
véritable. 

H. Carrington décrit avec beaucoup de détails une expérience 
analogue. Il note avec soin que les trucs classiques des prestidigi- 
tateurs n'ont pu être mis en usage. H. Carrington, après plusieurs 
expériences très méthodiques, a été convaincu complètement qu'il 
s'agissait d'un cas authentique de clairvoyance, et non d'un sys- 
tème d'escamotage quelconque. 

M. F. Hollaender 1 a donné aussi un très intéressant récit d'une 
séance qu'il eut avec Reese. D'après lui, Reese a pu, à une Société 
commerciale, indiquer la page où se trouvait une comptabilité 
frauduleuse. On lui a accordé de ce fait 5 p. 100 de la somme 
détournée, et il a touché 2.500 marks. Comme à Maxwell, comme 
à Carrington, comme à Schrenck-Notzing, Reese adonné des réponses 
exactes aux questions tout à fait personnelles, intimes, spéciales, 
que Hollaender avait écrites, en l'absence de Reese, sur des papiers 
qu'il gardait dans ses poches. 

M. Drakoulès a confirmé ces faits, d'après Miss Felicia Scatche- 
red 2 . C'est toujours la même expérience qui réussit également. 

1. Encore le voyant Reese, le juif éternel, A. S. P., septembre 1913, XXIII, 257- 
261. 

2. International Psychic Gazette, mars 1916. 



244 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

M. Drakoulès écrivit diverses phrases sur dix-huitpapiers qu'il plaça 
dans des tiroirs différents, et M. Reese les lut tous, alors qu'ils 
étaient encore plies et enfermés dans le tiroir. Il put dire le nom 
des jeunes filles (Pénélope, Anastasie, Giuletta), de Mad. Drakoulès. 

En 1916, à New-York, Reese fut condamné comme disorderly con- 
duct. En appel, il convainquit le juge Rosalsky non seulement de 
son innocence, mais encore de sa lucidité 1 . 

Les témoignages obtenus (à la suite d'expériences indépendantes) 
par des hommes aussi expérimentés, sagaces et prudents que von 
Schrenck-Notzing, J. Maxwell et H. Carrington, mettent hors de 
toute contestation la cryptesthésie pragmatique de Reese. C'est 
grand dommage qu'il ne consente pas à se soumettre à de nou- 
velles épreuves £ . 

Un autre cas remarquable de lucidité a été donné par Ludo- 
vic H..., israélite, âgé de quarante ans, observé par le professeur 
Schottelius, de Stuttgart 3 . 

Les expériences sont tout à fait identiques à celles que fait Reese. 
Schottelius, s'enfermant dans sa chambre, écrit sur trois papiers 
des phrases qui lui viennent à l'esprit ; il prend un papier dans sa 
main droite, un autre dans sa main gauche, les poings fermés; et le 
texte de ces papiers est écrit immédiatement par Ludovic. Un juge 
d'instruction, un médecin aliéniste, un médecin conseiller du dis- 
trict, l'assesseur de justice, tous personnages peu suspects de cré- 
dulité, ont fait avec Ludovic des expériences analogues *. 

Je viens de constater le phénomène cryptesthésique dans tout 
son éclat chez un individu remarquable, non professionnel, M. 0..., 
ingénieur polonais. Geley, Lange et moi, nous avons eu, à Var- 
sovie, en avril 1921, l'occasion de l'observer soigneusement. Nous 
nous sommes parfaitement rendu compte que les faits merveilleux 
qu'on nous avait racontés de M. 0. ., n'étaient nullement exagérés. 

i. A. S. P., mai 1916, 80. 

2. Max Hoppe (Uber Hellsehen, Diss. in., Berlin, 1916) a formulé diverses critiques 
de ces expériences de Reese, mais l'hypothèse qu'il propose (une part de hasard, 
une part de sagacité) me paraît bien faible. 

3. A. S. P., mars 1914, XXIV, 65. 

4. Quelques épisodes remarquables de clairvoyance ( A. S. P., 1914, 175). 



CRYPTESTHESIE CHEZ LES SENS1TIFS 245 

A la fin d'un dîner, Lange, très loin de l'endroit où était M. 0..., 
écrit quelques mots sur un bout de papier, et met le papier dans 
une enveloppe qu'il ferme. M. 0... lui dit, en chiffonnant le papier 
dans sa main, et sans ouvrir l'enveloppe : « C'est écrit en anglais... 
je vois une lettre isolée, puis cons... et puis vendredi. » Or M. Lange 
avait écrit en anglais « I consider that y ou are loonderful ». Gela 
est intéressant parce que c'est, à ce qu'il semble, plutôt une lecture 
visuelle {vendredi pour loonderful) qu'une lecture de pensée. 

Le lendemain matin, à l'hôtel d'Europe, M. 0... vint me rendre 
visite : j'écrivis sur un papier, très vite et avec une assez mauvaise 
écriture, une phrase qui me vint à l'esprit : M. 0..., debout dans la 
chambre, assez loin de moi. n'a pu rien lire ; en tout cas, il n'aurait 
pu voir que de très loin et à l'envers. La phrase écrite était la sui- 
vante, qui m'est venue à l'esprit, sans avoir été évoquée par une 
conversation antérieure quelconque : « Jamais la mer ne paraît plus 
grande que quand elle est calme. Ses colères la rapetissent. » Je pliai 
le papier et le mis dans une enveloppe que je fermai, et que 
M- 0..., malaxa fébrilement, sans l'ouvrir. Au bout d'une dizaine 
de minutes, il me dit : « Je vois beaucoup d'eau ! que d'eau ! C'est la 
mer ! vous voulez coller une idée à la mer..., une idée que je ne vois 
pas bien. La mer est tellement grande qu'à côté de ses mouvements... 
je ne vois plus. » 

Résultat admirable, rendu peut-être quelque peu incertain parce 
qu'à l'extrême rigueur, M. 0... a pu inconsciemment et imparfaite- 
ment voir ce que j'avais écrit. 

Cette objection n'est pas valable pour l'expérience suivante, plus 
démonstrative malgré quelques fortes erreurs. 

J'avais pris deux lettres que j'avais reçues l'avant-veille, et, étant 
seul dans ma chambre, je les avais mises chacune dans une enve- 
loppe soigneusement fermée, puis je prends au hasard une de ces 
deux lettres, ignorant d'ailleurs si c'était la lettre A ou la lettre B 
et je la donne à 0... quand il arrive. Alors 0... me dit : « C'est une 
lettre, en français, qui ne vient pas de Paris, c'est une réponse à une 
lettre de vous : un monsieur de cinquante ans parle d'une dame qui 
a un nom allemand plutôt que français : il vous invite de venir là où 
il est, au bord de la mer; il a l'intention de venir à Paris. » et il 
ajoute divers détails, soit non caractéristiques, soit erronés. Il me 



246 MÉTAPSYCHIQUK SUBJECTIVE 

dit alors : « Gardez la lettre, M. Geley me la remettra demain, et 
j'achèverai de la dire. » Or le lendemain Geley, à qui j'avais remis l'en- 
veloppe, toujours fermée, sans rien lui dire d'ailleurs au sujet de 
cette lettre, obtient de M. 0..., la réponse suivante, immédiate. — 
« Il est parlé d'une dame Berger. C'est un monsieur de cinquante ans 
qui a écrit cette lettre : c'est une invitation : elle vient d'un endroit 
près de la mer. » 

Or cette lettre, dont ni M. 0... ni Geley ne pouvaient rien con- 
naître, et qu'il était absolument impossible de voir par les sens nor- 
maux, est d'un Allemand, le professeur R. Berger, qui, en réponse 
à une lettre de moi, m'écrivait de Berlin, pour me prier de m'arrê- 
ter chez lui à mon retour. R. Berger a environ cinquante ans. 

Avec Geley l'expérience a été peut-être plus belle encore. 

Geley écrit sur une carte de visite : « Rien n'est plus émouvant que 
l'appel à la prière par les muezzins. » Geley a écrit ces mots sous 
la table, sur ses genoux. La carte a été mise (sous la table) dans 
une enveloppe épaisse, cachetée. M. 0... dit : « Ily a un sentiment 
de prière, un appel, des hommes qui sont tués, blessés... non, ce n'est 
pas cela... Rien qui donne plus d'émotion que l'appel à la prière, c'est 
comme une prière envers qui ? une certaine caste d'hommes, mazzi, 
madz... Une carte..., je ne vois plus. » 

A ces expériences admirables, M. 0... en a joint quelques autres, 
non moins étonnantes, mais je ne peux insister; car bientôt nous 
aurons l'occasion, à l'Institut métapsychique, d'observer avec toute 
la minutie nécessaire ces belles cryptesthésies. 

Somme toute, le phénomène de la cryptesthésie chez ces clair- 
voyants, êtres exceptionnels, ne peut être révoqué en doute. 

y. — Vision par le cristal. 

La vision par le cristal semble être une bonne condition pour le 
développement de la cryptesthésie chez les seusitifs. 

Il semble que ce procédé ait été employé par les magiciens de 
toutes les époques (miroir magique). 

Grasset 1 cite les procédés anciens de divination par l'eau d'une 
fontaine (hydromancie), ou des vases pleins d'huile (lécanomancie) 

l.Loc. cit., 135-143. 



VISION PAR LE CRISTAL 247 

(c'est ainsi qu'ULYssE interrogea Tirésias) ; ou des miroirs (cato- 
ptromancie), ou des boules de verres (cristallomancie). Plus simple- 
ment on regardait l'ongle de la main couvert d'un peu d'huile 
(onychomancie) . Au xvi e siècle, un petit cristal était montré par 
un Anglais, John Dee, et on y pouvait lire l'avenir. Saint-Simon 
raconte dans ses mémoires qu'un fripon montrait au Duc d'Orléans, 
dans un verre rempli d'eau, tout ce qu'il désirait savoir». 

Quand une personne sensitive regarde dans le cristal, souvent 
elle aperçoit des objets, des scènes vivantes, des figures. Voici com- 
ment s'exprime Mad. Verrall : « Les visions obtenues en regar- 
dant intentionnellement dans un verre d'eau ou une boule de 
cristal sont différentes des impressions visuelles : une certaine 
obscurité favorise l'apparition des images. 

« L'image semble construite avec lespoints brillants du cristal, et, 
quand une fois elle s'est produite, elle a une réalité qu'aucune ima- 
gination ne peut donner. Quelquefois il y a du mouvement. Quel- 
quefois je sais que c'est telle ou telle couleur, encore que je ne 
puisse pas voir (optiquement) la couleur. » 

Voici comment Miss A. .., qui n'est pas médium professionnelle, 
et dont le nom n'a pas été publié, décrit les impressions éprou- 
vées : « Je ne connaissais rien de la Crystal Vision. Un jour que je 
lunchais avec quelques amis, la conversation tomba sur ce sujet. 
Ils soutenaient qu'avec un verre d'eau claire on obtenait des résul- 
tats de vision... Je regardai, et je crus voir au fond de mon verre 
une petite clé en or. C'était si distinct que je cherchai sur le tapis 
de la table, croyant qu'il s'y trouvait réellement une clé. » Ayant 
fait, à la suite de cette première tentative, d'autres expériences avec 

1. Un historique très détaillé a été donné par Miss X..., Récents experimenlsin 
Crystal vision, P. S. P. R., mai 1889, V, 486-504. — Voir aussi Adeline Fr. von 
May. Visionen im Wasserglasse, 1876. — Hyslop, Experiments in crystal vision, 
P. S. P. R., XII, 259. — Myers (F.), Experiments in crystal vision, P. S. P. R., 
VIII, 459. — P. Janet. On experiment in crystal vision, lbid., XV, 385. — A. Lang, 
On crystal vision, lbid., XV, 48-50. — Fr. Myers, De la conscience subliminale, 
A. S. P., 1897, n- 5 ; 1898, n» 2, 3 et 4 ; 1899, n°» 3, 4 et 5 ; 1900, n» 1 et 2. 

La voyante de Prévorst voyait parfois des scènes toutes entières dans les 
bulles de savon qu'on faisait devant elle. 

Outre les écrits de Fr. Myers sur la Conscience subliminale, on consultera 
P. Janet, Automatisme psychologique, et Andrew Lang, The Making of religion, 
1897, trad. et anal, par E. Lefebvre, A. S. P., 1898, VIII, 129-148. — Andrew 
Lang, Dreams and Ghosts, 1897. — W. Stead, Real ghosts, 1897, 65-66. — P. Joiri, 
Méthode d'expérimentation, etc., A. S. P., 1901, XI, 329. 



248 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

une boule de cristal. Miss A... décrit ainsi ses sensations : « Le cris- 
tal est entouré d'une étoffe noire, et une seule partie en est décou- 
verte. Peu importe qu'il y ait de l'obscurité. Au bout d'une ou deux 
minutes apparaît une lumière très brillante, qui disparaît, devient 
un brouillard, daus lequel apparaissent des paysages, des lettres... 
qui sont quelquefois écrites à l'envers. Les images qui se présen- 
tent sont parfois très intéressantes, parfois sans rapport avec un 
événement réel ». D'après Miss X..., les choses vues dans le cristal 
ont de vraies couleurs : elles sont comme des images souvenirs, 
seulement plus distinctes. 

M. J.Hyslop a donné quelques exemples 1 de vision par le cristal, 
obtenues par Mad. D... qui voit des scènes très nettes. Il constate 
qu'il y a des coïncidences fréquentes entre la vision et l'événement, 
mais il ne croit pas qu'on puisse éliminer l'hypothèse de la coïnci- 
dence fortuite. Les exemples sont cependant assez nombreux et 
assez saisissants pour qu'il y ait vraisemblance que la vision soit 
due à une vraie lucidité. Dans un cas, Mad D... voit une per- 
sonne qu'elle ne connaît pas et qui est près de sa sœur dans un 
cercueil-. Or, à ce moment, une amie, inconnue à Mad D..., était 
dans la maison de la sœur de Mad. D..., extrêmement malade. Sur 
sept photographies que M. Hyslop a apportées, elle fut reconnue. 
En un autre cas, dans le cristal elle a vu le vieux cimetière autre- 
ment disposé qu'elle le pensait. L'arrangement nouveau des tombes 
et des monuments était en réalité tel qu'elle le vit, comme elle le 
constata quand elle y alla pour vérifier l'exactitude de sa vision. 
Mais il s'agit peut-être de paramnésie. En somme M. Hyst.op con- 
clut en disant que les visions par le cristal ne donnent pas, au 
moins dans le cas de Mad. D..., cette certitude d'une connaissance 
supérieure qu'exige la sévère science (strict science). 

LeR.P.LEscoEUR 3 raconte qu'il a connu une femme qui, en regar- 
dant dans un verre d'eau, a vu, à sa grande surprise, se dessiner 
une tête de Christ, infiniment douloureuse. «Je me retirai, poussant 
une exclamation d'étonnement; mais, regardant de nouveau, cette 
fois le visage d'un véritable Ecce homo m'apparut-de profil ; puis il 

1. Some experiments in Cryslal vision, P. S. P. R., 1898, XII, p. 259-276. 

2. Dans ce cas spécial il ne s'agissait pas de vision par le cristal, mais de rêve. 

3. Cité par Grasset, loc. cil., 140. 



VISION PAR LE CRISTAL 249 

diminua peu à peu et s'évanouit. Celaavait duré à peine une minute. » 

C'est un fait d'hallucination provoquée parla vision dans le cris- 
tal, mais qui n'a absolument rien de cryptesthésique. 

Myers décrit ainsi la vision dans le cristal, dont il a fait, expéri- 
mentant surtout avec Miss Freer, une étude attentive 1 . 

« On engage le sujet à regarder attentivement, mais sans le fati- 
guer, dans un miroir ou dans un fond transparent et clair, arrangé 
de façon à réfléchir le moins possible, aussi bien la figure de l'ob- 
servateur que les objets environnants. On entoure la boule de cris- 
tal d'une étoffe noire. Il est préférable que le sujet reste seul dans 
la pièce, et qu'il se trouve dans un état de passivité mentale. Au 
bout d'une dizaine de minutes, il commence parfois à s'apercevoir 
que la glace ou la boule se ternit et à distinguer quelque figure 
dans la boule même. Une personne sur vingt aura peut-être l'occa- 
sion de réussir cette expérience, et sur ces vingt visionnaires, un 
seul peut-être sera capable de développer cette faculté de vision 
interne au point de recevoir des informations (véridiques), qu'il 
est impossible d'obtenir par des moyens normaux. » 

La vision dans le cristal ne produit d'ailleurs pas le sommeil 
hypnotique, comme on l'a parfois affirmé. Elle ne paraît avoir 
aucun inconvénient pour la santé, sauf un peu de fatigue, si l'ex- 
périence se prolonge. 

Peu de phénomènes, ajoute Myers, sont aussi fantastiques et 
aussi invraisemblables. Les visions semblent n'être soumises à 
aucune loi ; c'est uu mélange de souvenirs, de rêves, de connais- 
sances télépathiques ou télesthésiques, de récognitions et de préco- 
gnitions. Pour tout dire, c'est un moyen très empirique, inconnu 
quant à son mécanisme, de mettre en jeu la cryptesthésie. 

Mad . Leeds 2 , dont le mari était de service la nuit au chemin de fer, 
se réveille en sursaut au milieu de la nuit ; elle aperçoit un verre 
d'eau qu'elle avait mis sur sa table de nuit, et, au moment où elle 
va pour porter le verre à ses lèvres, elle voit dans l'eau une peinture 
mouvante représentant un train de chemin de fer avec une guérite à 
l'extrémité. Ellevoit alors les voitures rouler les unes sur les autres ; 
celle du serre-frein est endommagée. Deux heures après M. Leeds 

1. hoc. cit., trad. fr., 208. 

2. J, S. P. R., décembre 1903. 



250 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

rentra chez lui, et apprit à sa femme qu'un accident de cette nature 
avait eu lieu, et que le serre-frein avait été grièvement blessé. 

Miss A... 1 regardant dans le cristal en présence de Sir Joseph 
Burnby, décrit une dame, grande, brune, qui est dans une chambre 
d'hôtel dont la porte est ouverte : elle est en train de sa laver les 
mains. Sir Joseph croit tout d'abord qu'il est question de sa 
femme. Miss A... ajoute : « Elle porte une robe en serge avec beau- 
coup de galons sur le corsage, et une bande de galon d'un côté de la 
jupe » Sir Joseph, à cette description, s'imagine qu'il ne s'agissait 
pas de sa femme; mais quand il retourna, quelques jours après, à 
Eastburne, où habitait alors LadyBcRNBY, il constata qu'elle venait 
d'acheter et de revêtir une robe de serge telle que Miss A... l'avait 
décrite. L'attitude de Lady Burnby se lavant les mains, devant la 
porte ouverte de la chambre d'hôtel, était exacte. Miss A... ne con- 
naissait pas du tout Lady Burnby. Or, quelques mois après, quand 
par hasard, elle la vit entrer dans une salle de théâtre, elle dit : 
« Voilà la dame en robe de serge que j'ai vue dans le cristal. » 

Dans certains cas, au lieu de regarder dans le cristal, on peut 
écouter par la coquille (les conques marines de certains grands gas- 
téropodes marins, dans lesquels les enfants s'amusent à entendre, 
disent-ils, le bruit de la mer). C'est encore un moyen empirique 
parfois employé pour développer la cryptesthésie. Quand Miss X... 
écoute par la coquille, elle entend des bruits confus, parfois des 
sons musicaux, parfois des voix humaines et des paroles distinc- 
tement prononcées. Un jour elle entend tout d'un coup les mots 
« Endsleighstreet » une rue qu'elle ne connaissait pas. Quelques 
minutes après, on lui dit que M. H... est arrivé d'Oxford à Londres. 

Habite-t-il ici, comme à l'ordinaire? Non, lui fut-il répondu. Il a 
pris une chambre à Endsleighstreet. 

Une autre fois, Miss X... entend ces mots : « Êtes-vous donc végé- 
tarien? » comme s'ils étaient prononcés par M. Smith qu'elle venait 
de quitter. Or, quelques instants après, M. Smith, causant avec 
M. M..., qu'il rencontre par hasard, lui demande : « Êtes-vous donc 
végétarien? » La lettre que Miss X... a adressée à M. Smith précède 

1. Citée par Mters. A. S. P., 1901, XI, 297. 



VISION PAR LE CRISTAL 2'ol 

le moment où elle a appris que réellement M. Smith avait prononcé 
ces mots. 

La vision par le cristal, ou l'audition par la coquille, ne semblent 
réussir que chez des sujets sensibles. Ce n'est donc pas un cha- 
pitre de cryptesthésie chez les personnes normales, mais chez les 
sensitifs. 

A côté des beaux résultats obtenus dans les séances spiritiques, 
la vision par le cristal donne assez peu de chose. 

| VF. - CONCLUSIONS RELATIVES A LA CRYPTESTHÉSIE 

EXPÉRIMENTALE 

En définitive, qu'il s'agisse de normaux, de sensitifs, de som- 
nambules, de médiums, le phénomène de la cryptesthésie est indis- 
cutable. 

Même, si nous admettons — ce qui est bien absurde — que les 
trois quarts des faits rapportés ici sont erronés, il n'en reste pas 
moins une série de constatations qui défient toute critique, et qui 
rendentabsolumentcertaine cetteétrange facullédel'homme d'avoir 
des connaissances que ses sens normaux ne peuvent lui apporter. 

Limiter ce pouvoir cryptesthésique, dire qu'il n'entrera en jeu 
qu'à tel jour, qu'à telle heure, dans de telles conditions, cela me 
paraît tout à fait antiscientifique. 

Puisque existe cette faculté de connaissance supérieure (supra- 
normale, disait Myers), pourquoi ne pas dire : nihil a me alienum 
puto? Nous avons vu qu'elle n'est limitée, cette cryptesthésie, ni 
par le temps, ni par l'espace. Alors servons-nous en pour caractéri- 
ser les phénomènes demonitions, de prémonitions, de clairvoyance, 
si nombreux, si incontestés. Elle suffit à rendre compte de presque 
tout ce qui apparaissait si merveilleux. Du moment que nous pou- 
vons, par un procédé quelconque, savoir ce qui est inclus dans une 
lettre fermée, ce qui émeut la personne qui est près de nous ou 
l'ami éloigné qui pense à nous, quelles limites va-t-on assigner à 
ce pouvoir? Pour ma part je n'en vois pas. En présence d'un fait 
de métapsychique subjective, si admirable qu'on le suppose, je me 
garderai de dire: « La lucidité ne peut pas le donner! » 

Certes, la cryptesthésie est très étrange, et nous ne la compre- 
nons nullement, mais ce n'est pas une raison pour faire intervenir, 



252 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

quand nous ne comprenons pas, les dieux, les anges, les démons, 
les esprits, à la manière des sauvages qui attribuaient aux forces 
de la Nature une Divinité, et une Divinité fantasque récompen- 
sant ou tourmentant les pauvres mortels. 

Il est donc peu rationnel de faire intervenir les morts. Nous ne 
reconnaissons dans les cryptesthésies qu'une puissance humaine, 
une faculté supérieure et inconnue encore de l'intelligence. Nous 
devons nous arrêter là, au moins provisoirement. 

Nous irons pourtant un peu plus loin. Pour qu'il y ait cryptes- 
thésie, il faut que quelque chose en nous soit ébranlé, car il n'est 
pas d'effet sans cause. Il y a donc quelque vibration extérieure 
mystérieuse, agissant sur notre organisme. C'est dans ce sens que 
la cryptesthésie est forcément pragmatique ; car, s'il n'y avait rien 
au dehors pour l'émouvoir, l'intelligence ne pourrait rien percevoir. 

Mais quelle est cette vibration? Nous l'ignorons totalement et 
étant donné l'état embryonnaire de notre science, nous ne le cher- 
cherons pas. 

Ce qui importe, c'est cette conclusion que parfois certains indivi- 
dus connaissent des choses, ressentent des impressions, qui sont en 
rapport avec des faits extérieurs réels, sans que les sens normaux 
puissent justifier de ces connaissances ou de ces impressions. 

Cette affirmation résulte de diverses preuves. Nous les résume- 
rons ici. / 

1° Si l'on fait des expériences de transmission mentale (thought 
transference) ou de télépathie (ce qui n'est qu'un cas particulier de 
cryptesthésie), on voit, même en expérimentant sur des personnes 
normales, pour peu qu'on multiplie les expériences, qu'il y a cons- 
tamment un très léger excès du nombre réel de succès (bonnes 
réponses) sur le nombre probable, donné par le calcul des probabi- 
lités, mais l'excédent est trop faible pour qu'on puisse conclure. 

2° Chez les hypnotisés et les sujets hypnotisables, l'écart entre le 
nombre probable et le nombre réel des succès est tellement grand 
qu'il est absolument impossible de supposer que l'excédent du 
nombre des succès a été donné par des hasards heureux. 

Chez certains somnambules, il y a eu parfois des réponses si pré- 
cises, des descriptions si exactes, des reproductions de paroles, 
d'écritures, de dessins, si complètes, si abondantes, que la réalité 



CRYPTESTHÉSIE EXPÉRIMENTALE : CONCLUSIONS 253 

de la cryptesthésie, déjà probable par les expériences sur les nor- 
maux, devient incontestable. 

3° Dans les expériences spiritiques, où une personnalité étran- 
gère semble apparaître et dicter des réponses, et spécialement cbez 
les grands médiums, comme Mad. Pipkr, par exemple, la preuve de 
la cryptesthésie apparaît avec une évidence éclatante, sans que cepen- 
dant il soit possible, en toute rigueur scientifique, de conclure à 
l'intervention d'une personnalité étrangère, intelligente. 

4° Dans les expériences sur les sensitifs, il y a des exemples mul- 
tiples, parfois éclatants, de belles cryptesthésies, aussi démonstra- 
tives que dans les expériences sur les hypnotisés ou sur les médiums. 

5° La cryptesthésie se manifeste avec une fréquence relative- 
ment plus grande parla télépathie (lecture de la pensée) ; mais elle 
existe aussi pour la connaissance de faits qui sont inconnus des 
personnes présentes. 

Et maintenant, puisque par l'accumulation de ces preuves la 
démonstration de la cryptesthésie est faite, essayons un peu de la 
comprendre. 

Une comparaison rendra l'explication plus simple, et abordable 
à chacun. 

Supposons qu'aucun individu de l'espèce humaine ne possède le 
sens de l'odorat, personne n'aura la moindre idée de ce que peut 
être une odeur. En passant à côté d'un tas de fumier, ou d'un 
champ de violettes, nous ne sentirons ni le fumier, ni les violettes ; 
et alors, si le fumier ou les violettes sont cachés derrière une 
planche ou un mur, comme ni les violettes, ni le fumier ne sont 
visibles et ne font de bruit, nous ne saurons absolument pas dire si 
nous passons près des violettes ou près du fumier. 

Si alors un individu quelconque, exceptionnel, est doué d'odo- 
rat, il nous surprendra tous énormément, parce que, même lors 
qu'il ne verra rien, en passant à côté d'un tas de fumier, il dira : 
« Il y a là du fumier » et en passant à côté des violettes, il dira : 
« Il y a là des violettes ». 

En outre cet individu, qui seul parmi les hommes est doué d'o- 
dorat, pourra par l'odorat connaître des faits très anciens. Si dans 
une vieille armoire a été placé, il y a quelque dix ans, un milli- 



254 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

gramme d'iodoforme, au bout de dix ans cette armoire sentira 
encore l'iodoforme. Alors quelle lucidité étonnante, au cas où toute 
la race humaine serait dépourvue d'odorat, si, après dix ans, un 
jour quelque individu, doué de sensibilité olfactive transitoire, 
venait dire : « Il y a eu de l'iodoforme dans cette armoire». 

Déjà nous avous quelque peine à comprendre la finesse de l'o- 
dorat dont sont doués certains animaux, par exemple comment les 
papilloDs mâles sont attirés à des distances considérables par 
l'odeur du papillon femelle, comment un chien peut suivre à la 
trace, dans une prairie, le lièvre qui y a passé il y a une heure. 
Nous sommes surpris, mais enfin nous comprenons, tant bien que 
mal, qu'il y a là hyperesthésie extrême d'un sens que nous possé- 
dons à l'état rudimentaire. Si nous étions dépourvus totalement 
de ce sens, nous ne comprendrions plus rien du tout. 

Revenons à l'individu qui, exceptionnel parmi les hommes, est, 
de temps à autre, capable de percevoir quelques vagues sensations 
olfactives. S'il ne peut pas analyser son imparfaite, et rudimentaire, 
et fugitive sensation, il sera très embarrassé pour expliquer pour- 
quoi il a dit : « Il y a du fumier à gauche, il y a des violettes à 
droite. » Comme sa sensation est fugace, il essaiera de la faire 
revenir, mais elle aura disparu, et il ne trouvera plus rien. Il a 
dit : « Il y a là des violettes, » et soudain l'odeur des violettes a dis- 
paru. Il ne sait même pas pourquoi il a dit : a II y a là des violettes. » 
Cette connaissance, dont il ne se rend pas compte, a traversé sa 
pensée comme un éclair, et maintenant il est devenu pareil aux 
autres hommes. Il n'a plus la moindre sensibilité olfactive : il 
ignore même ce que c'est qu'une odeur. Il sait qu'il a eu l'idée des 
violettes, et voilà tout. Plus il essaiera d'approfondir, moins il com- 
prendra ce qui lui a fait dire : « Voilà des violettes ! » 

Assurément, il ne faut pas prendre celte analogie pour autre 
chose qu'une analogie. Tout de même, nous pouvons, grâce à cet 
exemple, concevoir comment certaines vibrations du monde exté- 
rieur, éveillant des notions confuses et passagères, sont capables de 
nous arriver et de nous donner des connaissances dont l'origine 
nous est impénétrée et peut être impénétrable. 

C'est dans le domaine de l'inconscient que se meuvent ces idées, 
ces connaissances. Le moi conscient en est à peine ébranlé. Lodge 



CRVPTËSTHÉS1E EXPÉRIMENTALE : CONCLUSIONS 255 

compare ingénieusement le conscient et l'inconscient à un individu 
qui nage. La tête seule émerge et est à la lumière. Tout le reste 
du corps est dans l'obscurité, mais n'en existe pas moins. 

Il est probable que la cryptesthésie existe surtout chez les indivi- 
dus dont le moi couscieut est peu actif. Les mouvements automa- 
tiques, inconscients, de l'écriture ou de la planchette, se produisent 
presque toujours quand le moi conscient est en état de demi-somno- 
lence. Alors les sensations inconscientes deviennent plus efficaces 
et vont déterminer des mouvements plus précis que si le moi était 
envahi par le tourbillon des idées réfléchies, voulues, méditées, con- 
scientes. Si, dans le sommeil hypnotique, la lucidité est plus fré- 
quente que dans l'état normal, si, dans le sommeil il y a plus de 
monitions que dans la veille, c'est sans doute parce que, lorsque nous 
sommes bien éveillés et conscients, les énergies mécaniques exté- 
rieures, ambiantes, ébranlent fortement nos sens normaux et alors 
nous empêchent de percevoir les énergies inconnues (probablement 
beaucoup plus faibles) qui émeuvent notre cryptesthésie. 

Mais, quelle que soit la théorie, la cryptesthésie existe. Autre- 
ment dit, l'intelligence humaine a des procédés de connaissance qui 
nous sont inconnus. 

Pour peu qu'on y réfléchisse, on n'a pas à en être surpris, car 
tout d'abord il est évident qu'il existe dans la Nature, dans l'im- 
mense et féconde Nature, des forces que nous ne connaissons pas. 
Il faudrait être dépourvu de toute trace d'intelligence et de bon sens 
pour supposer qu'il n'y a pas d'autres forces dans le Kosmos que 
celles qui sont éuumérées et analysées en nos traités de physique. 

Donc, puisqu'il y a des forces inconnues dans l'univers, il est 
possible qu'elles ébranlent notre être. Toute la question est de 
savoir si notre être en est ébranlé. Affirmer qu'il y a des forces 
inconnues, ce n'est pas prouver que la cryptesthésie existe, mais 
simplement qu'elle est possible. 

Autrement dit encore, il y a des forces que notre conscience nor- 
male ne perçoit pas ; mais il est possible que notre inconscience les 
perçoive quelquefois. S'il était prouvé qu'il n'y a pas d'autres forces 
dans la Nature que la chaleur, la lumière, l'électricité, la pesanteur, 
alors nous aurions presque le droit de nier toute cryptesthésie, mais 



250 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

du moment qu'il existe d'autres forces 1 — et cela ne peut guère 
être nié, encore qu'on ne les ait pas décrites ou découvertes, — 
alors la cryptesthésie devient non seulement possible, mais même 
vraisemblable. 

Est-ce à dire que le fait de la cryptesthésie va bouleverser la 
science, et établir une ère nouvelle dans la psychologie, ou la phy- 
siologie, ou la physique ? Au point de vue théorique peut-être, mais 
pratiquement, si intéressant que soit ce phénomène, il modifiera 
peut-être bien peu notre existence sociale. 

La cryptesthésie semble se présenter dans des cas si exception- 
nels, ou avec des artifices d'expérimentation si particuliers que 
dans la vie quotidienne de chacun elle ne joue peut-être qu'un rôle 
assez effacé. 

Et cependant il est probable que le monde extérieur non percep- 
tible normalement, — et par le monde extérieur j'entends aussi la 
pensée des autres hommes, — peut influencer nos actes, notre 
volonté, nos sentiments, parce qu'il agit constamment sur nous, 
quoi que nous ne puissions nous en rendre compte. Pour être tou- 
jours faibles, et toujours vagues, souvent inefficaces, les pensées 
humaines ambiantes, et les vibrations inconnues des choses n'en 
ont pas moins quelque action. 

En tout cas ce n'est pas parce qu'elles sont encore profondément 
mystérieuses qu'il faut se refuser à les étudier. 

Elles existent, ces vibrations inconnues. Elles sont certaines. Elles 
sont à de rares moments capables de toucher les éléments incon- 
scients de notre intelligence et par là d'arriver ensuite jusque à la 
conscience. C'est déjà beaucoup que de faire cette précise affirma- 
tion en présence des négations dédaigneuses de la science officielle 
et de l'incrédulité sarcastique du vulgaire. 

§ VII. — DE L'IDENTIFICATION DES PERSONNALITÉS SP1RITIQUES 

En étudiant l'écriture automatique, nous avons fait allusion à 
l'hypothèse admise, presque comme un article de foi, par tous les 
spirites, qu'il y a intervention d'une personnalité humaine ayant dis- 

1. Voir à ce sujet l'admirable conférence de Sir William Grookes sur la conti- 
nuité probable dos phénomènes vibratoires de l'univers et les lacunes de notre 
organisation animale pour la perception de la plupart de ces vibrations. 



IDENTIFICATION SPIR1TE 257 

paru, incarnation, c'est-à-dire qu'un moi't revient, et que sou intelli- 
gence anime le corps du médium (que ce soit par la parole ou par 
l'écriture). L'identification des personnalités spiritiques avec les 
morts est uue grave question qu'il faut résolument aborder. Elle 
nécessite uue discussion approfondie ; car les personnalités qui 
apparaissent semblent vraiment réelles, et il faut un grand effort 
de rationalisme pour ne pas admettre l'hypothèse simple et sédui- 
sante que les morts sont revenus. 

La célèbre médium de Flournoy, Hélène Smith, avait pris la per- 
sonnalité de Marie-Antoinette, dont elle a joué le rôle pendant de 
longs mois avec une perfection que les plus habiles comédiennes 
pourraient lui envier. Mais tout de même il est difficile de voir là 
autre chose qu'une prolongée et merveilleuse auto-suggestion. A 
moins de preuves formidables, — qu'HÉLÈNE Smith n'a pas fournies, 
— je me refuse, ainsi que mon savant ami T. Flournoy, à admettre 
que c'est l'âme de l'infortunée reine de France qui est venue s'incar- 
ner dans l'humble personne d'HÉLÈNE Smith. 

Mad. Piper a eu une première incarnation, celle d'un certain méde- 
cin français, de Metz, portant le nom bizarre de Phinuit, son guide, 
et qui parlait par la voix de Mad. Piper. Mais jamais on n'a pu 
retrouver le nom de Phinuit dans les archives de Metz, et d'ailleurs 
Phinuit ne parlait pas français. Quand on lui demandait pourquoi 
il avait oublié le français, il répondait sérieusement qu'il avait 
parmi ses clients à Metz tant d'Anglais qu'il avait désappris sa 
langue maternelle. 

Entre la première hypothèse, que Marie-Antoinette s'incarna dans 
Hélène Smith ; Phinuit, dans Mad. Piper ; Dickens, dans le médium 
James, et la seconde hypothèse, que Hélène Smith, Mad. Piper et 
James, ont une assez aiguë et pénétrante intelligence (inconsciente) 
pour tenir les rôles de Marie-Antoinette, de Phinuit et de Dickens, je 
n'hésite pas un instant à préférer la seconde hypothèse. L'intelli- 
gence humaine est si magnifiquement et mystérieusement agencée 
qu'elle permet sans doute de jouer avec perfection les personnages 
les plus compliqués. Gela est fort étrange assurément ; mais cette 
étrangeté n'est pas tout de même l'énorme absurdité que, malgré la 
guillotine et les vers du tombeau, Marie- Antoinette et Dickens revien- 
nent nous voir, et que leur âme se mêle à notre existence. 

Richet. — Mélapsychique. . [~ 



258 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

D'autant plus qu'en réalité, comme maintes expériences l'ensei- 
gnent, l'âme des désincarnés (pour me servir encore de l'expres- 
sion des spirites) est extrêmement différente de leur âme réelle, 
c'est-à-dire de celle qu'ils avaient lors de leur passage dans la vie 
terrestre. Les cas aussi extraordinaires que celui de Marie-Antoi- 
nette et de Dickens sont des exceptions rarissimes. Presque toujours 
les désincarnés sont de très médiocre intelligence, et s'abandonnent 
à des banalités qui ont un type spécial, une allure spiritoïde, pour 
prendre le barbarisme pittoresque que Flournoy et Lombroso ont 
adopté. Ils ont à peine la souvenance de ce qu'ils furent. Ils répon- 
dent mal aux questions les plus élémentaires. Dans une séance avec 
EusapiaPaladino (qui d'ailleurs ne produisit jamais de phénomènes 
subjectifs digues d'intérêts), une main me toucha, et il fut dit par 
John King que c'était la main de mon père. Comme premier signe 
d'ideûtité, je lui demandai son prénom (qu'il était si facile de 
savoir). Mais même le prénom de mon père ne put m'être dit. 

Dans une autre expérience, faite avec un médium professionnel, 
écrivant par l'écriture automatique, et ne me connaissant absolu- 
ment pas, j'obtins un long message, verbeux et insignifiant, qui se 
termina par un calembour. « Je fais une — ; je dis nous, j'admire 
l'art; réunis ces trois mots et tu as le nom de ta mère. » Ma mère s'ap- 
pelait en effet Renouard. (Raie nous art.) C'est assurément un fait 
de cryptesthésie ; car ces mots — raie nous art — ne peuvent être 
fortuits ; mais je me refuse formellement à conclure que l'âme de 
ma mère n'ait trouvé à me dire que cet infâme jeu de mots. 

Qu'Aristote revienne parmi nous, pour nous dire en français, ou 
en anglais, ou en italien, que l'avenir de l'humanité est dans la 
croyance aux esprits, j'aurai toujours une répugnance extrême à 
admettre l'hypothèse que c'est bien Aristote qui parle. Ce qui est 
dicté par lui, c'est tellement loin de l'œuvre d'AïusioTE, que certai- 
nement ce n'est pas lui. 

Ce qui fait une personnalité, c'est le corps et l'intelligence. Ne 
parlons pas du corps, depuis deux mille ans transformé en pous- 
sière et en boue, mais de l'intelligence. Or l'intelligence d'un être 
humain, ce sont ses imaginations, ses espérances, ses volontés, ses 
sentiments, son langage, et surtout, plus que le reste, ses souvenirs. 
Si rien ne reste de cette collection d'images, de sentiments, de 



IDENTIFICATION SPIRITE 259 

volontés, de souvenirs, reliés entre eux par la conscience qui était 
lui, j'ai presque le droit d'afïirmer que l'intelligence, comme le 
corps, a disparu. 

Pourtant je ne veux pas me laisser aveugler par mon rationa- 
lisme. Et je reconnais qu'il y a certains cas, extrêmement troublants, 
qui tendraient à faire admettre la survivance des personnalités 
humaines; le cas surtout de Mad. Piper (Georges Pelham), le cas 
de Raymond Lodge, et quelques autres. 

Et, à cause de l'importance de la question, je dois entrer dans 
quelques détails. 

Le cas de Mad. Piper est sans doute le plus intéressant de tous. 
Dans toute la métapsychique subjective, Mad. Piper est vraiment 
le médium qui fut le plus remarquable. On a d'ailleurs étudié 
les manifestations de sa clairvoyance avec un soin extrême, comme 
jamais auparavant on n'avait eu la patience de le faire. Près de trois 
gros volumes ont été imprimés par les soins de ïAmeric. S. P. R. 
On comprendra que dans un ouvrage didactique, qui comprend 
toute la métapsychique, je ne puisse en donner qu'un résumé 
imparfait et incomplet 1 . 

Mad. Piper a eu la bonne fortune d'être étudiée pendant plusieurs 
années, d'abord par Richard Hodgson, puis par J. Hyslop, de Boston. 
R. Hodgson n'était rien moins que crédule, puisqu'il avait été dans 
l'Inde pour examiner les faits étranges attribués à Mad. Blavatski, 
et qu'il avait conclu à des supercheries : comme aussi, trop légère- 
ment, il avait conclu à la fraude pour les séances d'EusAPiA à 
Cambridge. Mais Mad. Piper l'a convaincu de la réalité métapsy- 
chique des phénomènes. C'est l'illustre William James (croyant à 
la force métapsychique de Mad. Piper) qui avait présenté Mad. Piper 
à R. Hodgson. 

Tout d'abord le pouvoir cryptesthésique de Mad. Piper n'est pas 
douteux. Nous en avons donné plus haut quelques exemples 
formels. Mais dans ce chapitre des personnifications, puisque la 
cryptesthésie est hors de cause, il ne sera parlé que de la personni- 

1. Une analyse, assez médiocre d'ailleurs, en a été donnée par Marcel Mangin 
dans les A. S. P., 1898, I, XVIII, 228-254, 268-294. — Voyez aussi le livre de Sage. 
Sir Oliver Lodge a donné une analyse excellente, modèle d'investigation scien- 
tifique. 



260 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

fication de Georges Pelham dans Mad. Piper. Y eut-il réellement 
une incarnation de Georges Pelham? Voilà le point qu'il s'agit 
d'examiner, et non la cryptesthésie qui est manifeste, et dont 
Mad. Piper a donné de magnifiques preuves. 

Pendant longtemps le guide de Mad. Piper a été le D r Phinuit. cet 
étonnant médecin français de Metz, qui ne savait plus parler fran- 
çais. Or un jour Phinuit déclara qu'il allait partir et qu'il serait 
remplacé par un autre personnage. Cet autre fut Georges Pelham 
(pseudonyme de Robinson) dont Mad. Piper connaissait à peine le 
nom, et qui, le 7 mars 1888, avait assisté à une séance donnée par 
Mad. Piper, sans d'ailleurs avoir été convaincu. Georges Pelham 
mourut en février 1892. Phinuit, daus une de ses dernières séances, 
nomme Georges... l'oncle de John Hart. Et tout d'un coup il dit : 
« Il y a un autre Georges qui désire vous parler. » Alors tout de 
suite l'autre Georges, c'est-à-dire Georges Pelham, arrive, donne son 
nom, son prénom, le nom de ses plus intimes amis, insiste pour 
que son père et sa mère viennent converser avec lui. Il demande 
d'autres personnes encore, et alors, les jours suivants, non seule- 
ment le père et la mère, mais encore plusieurs amis de G. P... ont 
obtenu d'abondants et précis détails sur les variées conversations 
qu'avait eues avec eux G. Pelham, lorsqu'il était en vie. Il dit à 
Mad. Howard : «Est-ce que vous jouez toujours aussi mal du violon ! » 
Il parle à Evelyne du livre qu'il lui a donné, et où il a écrit quel- 
ques mots. A un ami de G. Pelham, Mad. Piper, prenant toujours le 
rôle de G. Pelham, écrit une longue lettre contenant des choses 
très intimes, et, après l'avoir écrite et que M..". H. l'a lue, brus- 
quement la reprend et la déchire avec violence. 

Pour transmettre ainsi les idées et les souvenirs de G. Pelham, 
Mad. Piper se sert, tantôt de la voix, tantôt de l'écriture, indiffé- 
remment. Peu importe au point de vue qui nous occupe. Il s'agit 
de savoir si l'hypothèse de la survivance de Georges Pelham est 
plus rationnelle que l'hypothèse d'une cryptesthésie intensivement 
développée. 

Pour ma part, je considère comme un peu moins invraisemblable 
l'hypothèse de la cryptesthésie intense. Car, même avec Phinuit 
comme guide, Mad. Piper avait déjà donné de décisives preuves de 
lucidité. Or Phinuit n'avait jamais été une personnalité vivante. 



IDENTIFICATION SPIRITE 261 

Puis doue cfue Mad. Piper a un pouvoir cryptesthésique aussi 
intense, il n'y a pas lieu de le lui supposer absent, ce pouvoir, 
quand G. Pelham préteud s'incarner en elle. Pourquoi croire à 
une intelligence autre que celle de Mad. Piper, extrêmement lucide? 
Pourquoi ne pas admettre que cette lucidité se cristallise pour ainsi 
dire autour de la personnalité de Pelham ? 

Nous examinerons plus tard ce que, pour la personnification, 
autrement dit pour la survivance, pourra nous apprendre la méta- 
psycliique objective. Mais dès ce moment nous pouvons formuler 
certaines conclusions en ne faisant état que des données de la méta- 
psychique subjective. 

Quelles que soient les étonnantes réponses de Georges Pelham, 
l'hypothèse de sa survivance est très fragile. Car enfin, si, en dehors 
de toute hypothèse de personnification ou de survivance, nous 
admettons, comme nous sommes forcés de l'admettre, qu'il y a, 
dans l'intelligence humaine, des facultés de connaissance cryptes- 
thésiques, qui échappent à nos habituelles constatations, il est 
possible que Mad. Piper ait la notion de choses connues par Georges 
Pelham, et même connues de lui seul. La cryptesthésie semble 
simple à admettre, même si elle est vaste et intense. Cette faculté 
nouvelle de l'esprit est beaucoup plus simple que la survivance ; 
car la survivance suppose quantité de faits invraisemblables, 
inouïs, qui heurtent de front toutes les vérités physiologiques 
admises et qui sont contraires aussi à la logique, laquelle nous 
avertit que ce qui est né doit périr. 

L'aptitude de l'humaine intelligence à grouper ses souvenirs 
et ses connaissances, métapsychiques ou non, transcendentales 
ou non, autour d'une personnalité quelconque, imaginaire, n'est 
pas une hypothèse : c'est un fait. Et alors l'hypothèse simpliste, 
que c'est la conscience de Marie- Antoinette ou celle de Dickens qui 
reviennent est absolument inadmissible, en présence de l'autre 
hypothèse (l'explication cryptesthésique), car cette autre hypo- 
thèse très élémentaire s'appuie sur deux propositions certaines : 

A. — Il y a dans l'intelligence des facultés de connaissance mys- 
térieuses. 

B. — Ces connaissances mystérieuses ont une tendance invincible 
à se grouper autour d'une personnalité nouvelle. 



262 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Assurément, il serait plus agréable peut-être (je dis peut-être ; car 
ce n'est pas bien sûr) de supposer que la mort n'est pas la mort, 
que nous sommes appelés à survivre, que les morts nous écoutent, 
nous entourent, nous protègent. Mais il ne s'agit pas de chercher ce 
qui est agréable, ou commode. Eu fait de science, il faut, hypothèse 
pour hypothèse, accepter celle qui a pour soi la simplicité et la 
vraisemblance, celle qui est la plus rationnelle. Eh bien! la doc- 
trine de la survivance me paraît si riche en impossibilités, tandis 
que l'autre hypothèse, celle de la cryptesthésie intense, est (relati- 
vement) si facile à admettre, que je n'hésite guère. 

Je vais même jusqu'à prétendre — au risque d'être démenti par 
quelque découverte nouvelle, imprévue, —que la métapsychique 
subjective sera toujours radicalement impuissante à démontrer la 
survivance. Même si un nouveau cas, plus prodigieux encore que le 
cas de Georges Pelham, se présentait, j'aimerais mieux supposer une 
extrême perfection de connaissances transcendentales fournissant 
de multiples notions, groupées autour d'un centre imaginaire, 
lequel s'attribuerait une certaine personnalité imaginaire, que de 
supposer que ce centre n'est pas imaginaire, qu'il a une réalité per- 
sonnelle, qu'il est une survivance ; c'est-à-dire une âme, une volonté, 
une conscience d'un moi qui a disparu, d'un moi qui dépendait d'un 
cerveau maintenant réduit en impalpable poussière. 

Nous sommes d'ailleurs aux débuts d'une science profondément 
ténébreuse, assez pour que toute affirmation — comme toute néga- 
tion — soit téméraire. Mais, plus l'incertitude et même l'absurdité 
sont épaisses, plus il faut être prudent dans les conclusions doctri- 
nales (car pour les expériences l'audace ne sera jamais assez 
grande). 

Or, pour affirmer la survivance, nous avons comme preuve prin- 
cipale, ou, à mieux dire, pour preuve unique, l'affirmation du 
médium. 11 dit : « Je suis Georges Pelham » (après qu'il a été Phinuit) 
« et je prouve que je suis Georges Pelham, parce que je sais tout ce que 
savait Georges Pelham ». Mais le fait qu'il sait tout ce que savait 
Georges Pelham, n'est absolument pas suffisant, car il faudrait prouver 
que, parquelque faculté métapsychique transcendentale, Mad. Piper 
n'a pas la connaissance des choses que Pelham, au temps où il était 
personne humaine, terrestre, connaissait. Cette preuve nécessaire 



IDENTIFICATION SPIRITE 263 

est impossible h donner. Voilà pourquoi, provisoirement, la métapsy- 
chique subjective ne peut pas démontrer la réalitéde la survivance. 
Il est vrai que les spirites, quand nous objectons la pauvreté des 
paroles dites par les esprits, leur langage en une langue que Y esprit 
au temps de sa vie terrestre ne connaissait pas, leur indifférence 
absolue, et leur ignorance étonnante pour les idées qui les passion- 
naient jadis, prétendent que l'instrument est défectueux : « l'instru- 
ment, disent-ils, est le médium, et Yesprit ne peut le manier à son 
aise. 11 a peine à se faire comprendre, et à communiquer sa pensée. » 
Tout de même le désaccord (sauf certains cas extrêmement rares) 
est si grand entre la mentalité du désincarné pendant sa vie et après 
sa mort, que, dans l'immense majorité des expériences spirites, il 
est tout à fait impossible d'admettre la survivance, même comme 
très provisoire hypothèse. Je supposerais plus facilement une intel- 
ligence non humaine, distincte à la fois de l'intelligence du médium 
et de l'intelligence du désincarné que la survivance mentale du 
désincarné. 

Un livre remarquable sur la survivance i a été publié par Sir 
Oliver Lodge, et ce livre mérite une attention spéciale, à la fois par 
l'intérêt des faits eux-mêmes, et par l'autorité que donne à ces faits, 
scrupuleusement examinés, la pensée d'un grand savant, tel que 
Oliver Lodge. lime pardonnera si, tout en acceptant comme authen- 
tiques, et aussi sagement observés qu'analysés, les faits qu'il nous 
rapporte, je ne suis pas en accord avec lui quant à la conclusion 
qu'il en dégage. 

Voici les faits. Raymond Lodge, second lieutenant au régiment 
South Lancashire, a été tué, pendant la guerre, le 14 septembre 1915, 
en Flandre, près de Saiut-Eloi. 

La nouvelle de sa mort arriva à Londres le 17 septembre 1915. 

Le 25 septembre, Lady Lodge, mère de Raymond, ayant une séance 
avec Mad. Léonard, obtint le nom de Raymond, et ces mots : « Dites à 
père que j'ai rencontré plusieurs de ses amis... Myers... » 

Le 27 septembre, Sir Oliver Lodge eut une séance avec Mad. Léo- 
nard. Le guide de Mad. Léonard est une petite fille nommée Feda. A 
partir de ce jour les séances se sont succédé, nombreuses, tantôt 

i. Raymond, or Life and Death, par Sir Oliver Lodge, Methuen, W. London, 
1918. 



264 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

avec Mad. Léonard, tantôt avec W. A. Vout Peters, tantôt avec 
d'autres médiums. Ceux qui prenaient part à ces séances étaient 
tantôt Sir Oliver Lodge, tantôt Lady Lodge, tantôt quelqu'un des 
frères et sœurs de Raymond. 

Un fait caractéristique annoncé par ces médiums, c'est qu'il y 
avait une photographie du groupe d'officiers dont faisait partie Ray- 
mond. Personne à Londres ne soupçonnait l'existence de cette pho- 
tographie. Beaucoup de détails exacts ont été donnés avant que 
cette photographie arrivât en Angleterre et spécialement ce fait 
(hautement exceptionnel dans les photographies analogues de 
groupes d'officiers) qu'un des personnages debout, derrière Ray- 
mond qui est assis par terre, lui a mis la main sur l'épaule. 

L'épisode de la photographie est un des plus beaux cas de cryp- 
testhésie qui aient été mentionnés. Voici la succession des événe- 
ments *. 

W juillet l'dlb. — Dernière visite de Raymond. 

24 août 1915. — Photographie prise au front. Le journal de R... 
en parle ; mais il n'a pas écrit cela à ses parents. 

44 septembre 1915. — Mort de Raymond. 

27 septembre 1915. — Peters annonce qu'il y a une photographie. 
15 octobre 1915. — La photographie (négatif) est envoyée par le 
capitaine B... à Aldershot pourêtre développée. 

25 novembre 1915. — Mad. Cheves écrit spontanément qu'elle a 
un groupe photographique des officiers du 2 e régiment des South- 
Lancashire. Elle offre de l'envoyer. 

3 décembre 1915. — Mad. Léonard complète, dans une séance, là 
description de cette photographie. 

6 décembre 1915. — Lady Lodge trouve dans le journal de Raymond 
une note indiquant que la photographie a été prise le 24 août 1915. 

7 décembre 1915 (matin). — Avant l'arrivée de la photographie, 
Sir Oliver Lodge écrit à M. Hill son impression sur ce que la photo- 
graphie devra être. 

7 décembre 1915 (après-midi). — Arrivée de la photographie à 
Mariemont. 
Dans d'autres expériences, Raymond, parlant par l'intermédiaire 

1. Sir Olivier Lodge. Raymond, trad. fr. Paris, Payot, 1920, 177. 



IDENTIFICATION SPIRITE 265 

de Mad. Léonard et conversant avec Feda, indique quantité de petits 
faits très significatifs, que Mad. Léonard ne pouvait absolument pas 
connaître ; le nom d*un de ses camarades, Mitchell, officier avia- 
teur ; les noms des deux sœurs de Raymond; le chant de My Orange 
Girl, que Raymond aimait à chanter; une sorte de monition assez 
vague sur la mort d'un vieux serviteur des Lodge. 

L'épisode relatif à M. Jackson est curieux. Feda dit qu'on parle 
souvent de M. Jackson et qu'on mélange son nom avec celui d'un 
oiseau, sur un piédestal. Et Raymond, à propos de Jackson, de l'oiseau 
et du piédestal, fait des plaisanteries et semble beaucoup s'amuser. 

De fait, M. Jackson est le nom que Raymond et les enfants de 
Oliver Lodge donnaient à un dindon de la basse-cour. Ce dindon 
venait de mourir quelque temps auparavant : on l'avait fait em- 
pailler et mettre sur un piédestal. 

Dans des expériences croisées, faites simultanément à Edgbaston 
et à Londres, le mot de Honolulu a été prononcé par Raymond (Feda) 
à la même heure. 

D'ailleurs, pour se rendre compte de la valeur de ces preuves, il 
faudra évidemment recourir au livre lui-même, dont nous ne 
pouvons donner ici qu'un bref et misérable abrégé. 

De tous ces documents Sir Oliver LoDGEConclut qu'il y a survivance 
de Raymond. Nous avons discuté et repoussé cette conclusion à 
propos des faits, au moins aussi probants, de Georges Pelham et de 
Mad. Piper. 

Des constatations multiples établissent avec force qu'il y a luci- 
dité, cryptesthésie, télépathie, c'est-à-dire qu'il y a, par une voie 
que nous ignorons, notions de faits réels, mais tout cela est 
impuissant à prouver que la conscience de Raymond a per- 
sisté. 

Si nous supposons comme admises ces deux vérités (qu'on ne peut 
d'ailleurs pas révoquer en doute) : d'abord que certains médiums 
connaissent des choses que les sens normaux n'enseignent pas; 
ensuite qu'ils ont tendance à grouper ces connaissances normales 
ou supernormales autour de telles ou telles personnalités, réelles ou 
imaginaires; cela nous suffit amplement pour tout expliquer. Mad. 
Léonard et Vout Peters ont perçu, relativement à Raymond, tels ou 



266 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

tels détails, alorsaussitôt leur inconscience a fabriqué le personnage 
de Raymond, personnage imaginaire, en ce sens que Raymond n'existe 
plus, personnage réel en ce sens qu'ils ont groupé autour de cette 
auto-suggestion beaucoup de faits vrais que leurs sens normaux 
ne pouvaient leur avoir appris. 

Car enfin, si c'était réellement Raymond parlant par l'intermé- 
diaire de Feda, pourquoi serait-il si avare de preuves ? pourquoi 
tant de paroles (comme celles qui sont relatives à Faunus et à Myers), 
si obscures, si symboliques ? Pourquoi si peu de noms, de dates, et 
même de souvenirs précis? La cryptesthésie est toujours partielle, 
insuffisante, symbolique, mélangée de tant d'erreurs et d'eufantil- 
lages, qu'il est difficile de croire que la conscience survivante d'un 
décédé puisse être à ce point insuffisante, alors que pour pouvoir 
affirmer scientifiquement notre croyance à l'immortalité, nous 
aurions grand besoin de plus instructifs témoignages. 

Mad. Léonard dit que Raymond est photographié avec la main d'un 
camarade sur son épaule. Personneà Londres ne connaît cette pho- 
tographie ; et voilà un fait de lucidité incontestable. Mais je ne vais 
pas en conclure que c'est Raymond qui survit, et qui nous donne ce 
détail. Il est plus simple d'admettre la lucidité de Mad. Léonard. 
D'autant plus que, dans bien des cas, elle adonné des preuves de 
lucidité dans lesquelles l'intervention d'un décédé ne peut pas être 
invoquée. Très vraisemblablement, si le vaillant Raymond n'avait 
pas été tué, Mad. Léonard aurait pu tout aussi bien parler de cette 
photographie, puisque elle a, dans maintes occasions, prouvé, sans 
le secours d'un mort, qu'elle connaissait certains faits par des voies 
supernormales. 

Hélas non ! la survivance n'est pas du tout prouvée ainsi ; et le 
beau livre de Sir Ouver Lodge, malgré tout le génie de l'auteur, et 
sa noble foi en l'avenir des consciences humaines, n'a pas fait 
faire le pas décisif. 

Même, si je devais formuler une conclusion, je conclurais que la 
survie de la conscience n'existe pas, tant ces soi-disant consciences 
sont fragmentaires, symboliques, incertaines, étonnammentpauvres 
en précisions. Et c'est avec un profond regret que j'arrive à cette 
négation ; car il m'en coûte de me séparer aussi formellement de 
Myers et de Lodge, qui ont toute ma coufiance et toute mon admiration. 



IDENTIFICATION SPIR1TE 267 

D'ailleurs, au milieu même de ma négation, je fais toutes mes 
réserves. Nous ne sommes qu'à l'aurorede la science métapsychique, 
et toute négation définitive doit être proscrite. 

En somme trois hypothèses : A) c'est l'intelligence du médium ; 
B) c'est l'intelligence d'un mort ; C) c'est une autre intelligence, non 
humaine, un ange, un démon, une force quelconque. 

Si l'on ne tenait compte que de la métapsychique subjective, de 
ces trois hypothèses, la première serait certainement la plus vrai- 
semblable, puisqu'il suffirait d'admettre que l'esprit humain a des 
procédés de connaissance mystérieux ; la seconde paraît bien peu 
admissible, car elle est en absolu désaccord avec toute la physiologie, 
et elle comporte d'innombrables invraisemblances d'ordre psycho- 
logique ; la troisième semble, pour le moment, au 'point de vue 
de la seule métapsychique subjective, absolument inutile, et il n'y 
a aucune raison sérieuse pour la supposer. 

Plus tard, en étudiant la métapsychique objective, nous verrons 
s'il y a lieu de modifier cette première opinion. 

Un grand nombre de cas de soi-disant identification spirite ont 
été publiés dans les journaux spirites, notamment dans Banner 
of Light. M. J. Burns, directeur de la Revue The Médium and Day 
break, en a recueilli beaucoup de cas, dûs à M. Morse comme 
médium. 

Malheureusement on ne peut guère en profiter, ni pour l'identi- 
fication, ni pour la cryptesthésie ; car la bonne foi du médium — 
que je serais disposé à accepter — ne prouve absolument rien. La 
pantomnésie explique très bien que M. Morse peut écrire : « Je 
suis Thomas Wallers, j'habitais Chirfton Road à Manchester. Je suis 
mort en mai de cette année, à l'âge de plus de soixante ans. » Car il fau- 
drait donner la démonstration rigoureuse qu'il a été absolument 
impossible à M. Morse de savoir, consciemment ou inconsciemment, 
qu'un certain Thomas Wallers, de Manchester, est mort en mai à 
soixanteans. Or, même si cette difficile, presque impossible, démons- 
tration nous était fournie, nous ne pourrons en déduire que la cryp- 
testhésie et nullement la persistance de la conscience de Thomas 
Wallers. 

Comme preuve de la survie, on cite souvent le cas de Abraham 



268 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Florentine l . Mais, si ce cas prouve la cryptesthésie, il ne prouve 
nullement la survie. 

Voici le fait. En août 1874, Stainton Moses reçoit un message 
provenant d'un certain Abraham Florentine, ancien combattant de 
1812, venant de mourir à Brooklyn, âgé de quatre-vingt-trois ans, 
un mois et dix-sept jours. Après maintes recherches il fut établi 
qu'en effet il était mort à Brooklyn un ancien combattant de 1812, 
âgé de quatre-vingt-trois ans, un mois et vingt-sept jours. Aucun 
journal américain ni anglais n'en avait fait mention, de sorte que 
la connaissance de ce fait n'avait pu être donnée à M. Moses que 
par des voies supra-normales. 

Mais faut-il conclure que cette voie de connaissance cryptesthé- 
sique comporte comme unique explication la survie d'ABRAHAM Flo- 
rentine ? Cela me paraît très téméraire, et résolument antiscienti- 
fique. On peut imaginer quantités d'autres hypothèses, invrai- 
semblables, mais moins follement invraisemblables que celle 
d'ABRAHAM Florentine revenant animer la main de Stainton Moses. 
En effet, si nous donnons à la cryptesthésie toute sa mystérieuse 
force, nous voyons qu'elle s'étend à toutes les réalités, si loin- 
taines qu'elles soient, si insignifiantes qu'elles paraissent. Les faits 
sont là pour établir qu'il y a cryptesthésie, même quand il n'y a 
pas eu mort d'homme. Par conséquent il est bien inutile de 
supposer la survivance des morts, puisque d'autres faits sont connus 
cryptesthésiquement, sans qu'aucun mort ait eu à intervenir. 
Gomme pour Georges Pelham, comme pour Raymond Lodge, il n'y a 
pas lieu pour Abraham Florentine de conclure à la survie. C'est 
de la clairvoyance très belle, très saisissante, mais il ne faut pas 
aller au delà. 

Un cas peu probant a été cité par Bozzano. Dans un cercle spirite 
de Nancy, l'esprit deCAucHY (mort en 1855) dicte cette phrase latine 
qui, paraît-il, est sur son cimetière à Sceaux : Bealus qui intelligit 
super egenum et pauperem. Or il a été prouvé que l'inscription 
(réelle, et conforme à la dictée du médium) était recouverte d'herbes 
qu'il a fallu enlever et arracher pour déchiffrer ces lettres. Mais que 
de choses à prouver! 1° qu'aucune parole, aucun écrit n'avaient 

1. Voy. Barrett, loc. cit., p. 208. 



IDENTIFICATION SPIRITE 2C9 

appris le fait au médium, consciemment ou non ; 2° que l'inscrip- 
tion était absolument illisible, malgré les herbes, il y a un an, deux 
ans, dix ans ; 3° qu'aucun livre ni aucune biographie de Gauchy ne 
mentionnaient l'inscription latine mise sur cette tombe. 

Je ne crains pas de répéter une fois de plus qu'on ne doit admettre 
la cryptesthésie pour tel ou tel fait qu'après avoir épuisé toutes les 
autres explications dites naturelles et normales. 

Un certain nombre de cas ont été réunis par Bozzano 1 . 

Il est vraisemblable que ces cas, qui en général, témoignent de 
quelque puissaucecryptestliésique, ne sont souvent que des illusions 
pautomnésiques. En tout cas, ils ne prouvent rien quant à la survi- 
vance d'une conscience humaine. Aussi, malgré l'intérêt de ces 
belles observations recueillies par Myers et par Bozzano, ne croyons- 
nous pas devoir les mentionner ici. Un jour viendra peut-être où 
elles trouveront quelque explication, mais provisoirement nous 
u'irons pas jusqu'à l'hypothèse d'une survie, absolument indé- 
montrée, et presque indémontrable. 

Je citerai pourtant le cas suivant, très émouvant 3 , qui vient seu- 
lement d'être publié, quoiqu'il date de 1904. 

Le guide du médium était son père Luigi. Mais ce jour-là Luigi, 
comme terrifié, dit que des esprits mauvais étaient autour du 
médium, et de fait, tout d'un coup, L. D... le médium, se mit en 
fureur, jetant des yeux féroces autour de lui, et se précipita avec 
violence sur un certain X... qui était là. Il écumait de rage, et essaya 
d'étrangler X... en criant : « Je t'ai trouvé, enfin, misérable! J'ai été 
soldat de la marine royale. Te souviens-tu d'Oporto... c'est toi qui m as 
assassiné, mais je vais me venger et f étrangler. » Sa violence était 
telle que le malheureux X... était presque asphyxié. A grand peine 
on put le libérer, et il fallut les efforts réunis des quatre assistants 
pour le dégager. 

Or X... avait jadis été officier de marine et avait dû depuis long- 
temps donner sa démission. S'il avait quitté la marine, c'est à la 
suite d'un incident tragique. (Il serait bien intéressant de savoir 

1. A. S. /*., 1910, XX, 267-208. 

2. Des cas d'identification spirite, A. S. P., 1910, XX, 145-149. 

3. Di un caso drammatico d' identificazione spiritica. (Lnce e Ombra. XXI, 1921, 
119-123). 



270 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

(ce que ne nous dit pas Bozzano) si, comme c'est probable, la cause 
de cette démission était connue des assistants). Il y a plusieurs 
années, X..., officier de marine, était avec son bâtiment à Oporto 
en Portugal. Un soir, à terre, comme il passait dans une rue écartée, 
il entend dans uu cabaret des sonorités italiennes. Il entre, ren- 
contre des matelots avinés dont uu lui répond mal et l'injurie. 
Alors X... prend sa petite épée d'ordonnance et tue l'agres- 
seur. Pour ce fait il fut condamné à six mois d'arrêt dans une 
forteresse, et invité, après la fin de sa peine, à donner sa démission. 
Le médium savait-il que X... avait eu cette terrible et ancienne 
histoire? Même l'eût-il ignorée, elle eût pu lui être révélée par la 
cryptesthésie. Alors la reconstruction de la scène est explicable 
plus facilement par la cryptesthésie seule, que par le retour du 
soldat assassiné à Oporto. 

Le problème delà survie était celui qui passionnait Fr. Myers. Il 
y croyait, et l'espérait. Il avait proposé à ses amis de la S. P. H., 
d'écrire sous pli cacheté, avant de mourir, un fait connu d'eux seuls. 
L'enveloppe ne devait être ouverte qu'après qu'un médium, se pré- 
tendant en communication avec l'esprit du mort, aurait cru lire le 
contenu de la lettre. Or le résultat de cette expérience a été nul, 
comme Sir Oliver Lodge l'a indiqué. Nulle aussi la prétendue pro- 
messe de R. Hodgson de revenir 1 . 

Camus Julius, en marchant au supplice, disait à ses amis - : « Je 
me tiens prest pour voir si, en cet instant de la mort si court 
et si brief, je pourrai appercevoir quelque deslogement de l'âme, 
etsi elle aura quelque ressentimentde son yssue, pour, si j'en apprens 
quelque chose, en revenir donner après, si je puis, advertissement 
à mes amis. » Mais Ganius Julius n'estpas revenu. 

Faut-il parler de Gaston Crémieux fusillé à Marseille eu 1871 ? Dans 
sa prison, avant le supplice, il déclara croire à l'immortalité de 
Tâme, et promitàses amis, dontCLOvisHuouEs, de revenir. Au moment 
même où il était fusillé, Clovis Hugues, qui ignorait la mort de son 
ami, entendit, dans son propre cachot, des coups très distincts, 
paraissant intelligents. 

i. A. S. P., 1906, 124 et 392. 

2. Montaigne, Essais, II, VI. Ed. d'Amsterdam, 1659, 571. 



IDF-NTIFICATION SPIMTE 271 

M. Happerfield avait promis à son vieil ami, John Harford, lorsque 
Harford était sur son lit de mort, de veiller sur sa veuve. Et en 
efïet il prit des mesures pour que Mad. Harford fût à l'abri du 
besoin. Elle fut confiée aux soins d'un sien neveu qui s'occupa 
d'elle. Longtemps après, un matin, vers l'aube, M. Happerfield vit 
apparaître son ami, qui lui dit : « Tun'as pas tenu ta promesse, ma 
femme est malheureuse ». M. Happerfield, non effrayé d'ailleurs, 
réveille sa femme et tout de suite s'enquiert de Mad. Harford. Elle 
était réduite à l'extrême misère. 

Il semble bien inutilede voir là autre cbose qu'un vague remords, 
symbolisé, de M. Happerfield. 

Maintes fois deux amis, deux époux, se sont promis que le pre- 
mier qui serait mort se manifesterait au survivant. Mais les quel- 
ques rares cas constatés rentrent dans les phénomènes, d'ailleurs 
bien avérés, de monitions cryptesthésiques. 

Et pour terminer je ferai une remarque qui n'a peut-être pas 
encore été faite, et qui est grave, contre l'identification des forces 
métapsychiques avec les défunts ; c'est que les morts qui reviennent 
sont le plus souvent des personnages connus et illustres. Pourquoi 
les médiums n'incarnent-ils pas des êtres vulgaires, inconnus ? Si la 
conscience persiste, cette persistance doit exister pour les gens du 
commun autant que pour les individualités célèbres. Et il y a cent 
mille fois plus de gens du commun que d'individualités célèbres. Or 
les incarnations portent soit sur des êtres fantaisistes comme Rector, 
Imperator, John King, Katie King, Phinuit, soit sur des notabilités. 

En définitive, il serait téméraire de nier la survivance ; mais il 
est mille fois plus téméraire encore de l'affirmer. 

En tout cas cette négation de la survivance n'implique absolu- 
ment pas la négation de la cryptesthésie. Il faut dissocier complè- 
tement la cryptesthésie et la survivance. La cryptesthésie, faculté 
extraordinaire, supra-normale, de connaissance, est un fait. La sur- 
vivance de la conscience des morts n'est qu'une hypothèse 1 . 

1. Aksakokf lui-même, malgré sa robuste foi dans la survie, dit (p. 623) : 
« La preuve absolue de l'identification spirite est impossible à obtenir : flous 
devons nous contenter dune preuve relative. » Or, en bon français preuve rela- 
tive signifie hypothèse. 



272 MËTAPSYCH1QUE SUBJECTIVE 



| VIII. — XÉNOGLOSSIE 

Il faut faire rentrer dans le groupe des phénomènes cryptesthé- 
siques le parler en une langue inconnue (ce que j'ai appelé xéno- 
glossie) (compréhension, lecture, écriture, prononciation, d'une 
langue qu'on n'a pas apprise). On en possède quelques cas qui, sans 
permettre une conclusion ferme, sont troublants 1 . 

D'abord nous ne pouvons appeler xénoglossie les langages ima- 
ginaires créés par les médiums. 

Le cas le plus célèbre, merveilleusement analysé, est le langage 
martien d'HÉLÈNE Smith. Flournoy a démontré, en toute rigueur, que 
cette langue nouvelle n'était que du français modifié. Quelle 
mémoire étonnante ! quelle stupéfiante richesse d'invention ! Hélène 
Smith en six mois est arrivée à parler couramment la langue nou- 
velle qu'elle avait imaginée de toutes pièces. Flournoy lui ayant 
fait quelques objections, elle a changé son langage martien et a 
trouvé l'ultra-martien. C'est admirable. 

Inspirée par le roman martien d'HÉLÈNE Smith, Mad. Smead, en 
Amérique, a imaginé aussi un autre langage martien-. 

Ces créations indiquent la fécondité de l'inconscient. Elles 
n'ont rien à faire avec la cryptesthésie. La xénoglossie reste le 
parler en une langue étrangère qui était inconnue au médium, et 
qui est une vraie langue existante. 

Le cas le plus frappant est celui de Laura Edmunds, la fille du 
juge Edmunds, qui fut président du Sénat, et membre de la Cour 
Suprême de justice de New- York, personnage d'une haute intelli- 
gence, et d'une loyauté irrécusable. Laura, sa fille, fervente catho- 
lique, très pieuse, ne parlait que l'anglais. Elle avait appris à 
l'école quelques mots de français, mais c'est tout ce qu'elle savait 
en fait de langues étrangères. Or, un jour (en 1859), M. Edmunds 
reçut la visite de M. Evangélidès, de nationalité grecque, qui put 
s'entretenir en grec moderne avec Laura Edmunds. 

Au cours de cette conversation, à laquelle assistèrent plusieurs 

1. Ils sont cités par C. r>E Vesme (A. S. P., 1885. XV, 319). 

"2. V. Hyslop, La médiumnité de Mad. Smead (A. S. P., 1906, 461). 



XÉNOGLOSSIE 273 

personnes, M. Evangélidès pleura, car Laura Edmunds lui apprit la 
mort (en Grèce) de son fils. Elle incarnait, paraît-il, la personnalité 
d'un ami intime d'EvANGÉLiDÈs, mort en Grèce, M. Botzaris. S'il faut 
en croire Edmunds, c'est par l'intermédiaire de Botzaris que Laura 
pouvait parler en grec moderne et savoir que le fils d'EvANGÉUDÈs 
venait de mourir en Grèce (ce qui fut d'ailleurs reconnu exact). 

Et M. Edmunds ajoute : « nier le fait, c'est impossible, il est trop 
flagrant, je pourrais tout aussi bien nier que le soleil nous éclaire. 
Le considérer comme une illusion, je ne le saurais davantage, car 
il ne se distingue en rien de toute autre réalité constatée à n'importe 
quel moment de notre existence. Cela s'est passé en présence de 
huit à dix personnes, toutes instruites et intelligentes. Nous 
n'avions jamais vu M. Evangélidès. 11 nous fut présenté par un ami 
le soir même. Comment Laura a-t-elle pu lui faire part de la mort 
de son fils? Comment a-t-elle pu comprendre et parler le grec, 
langue qu'elle n'avait jamais encore entendu parler 1 ? 

Le juge Edmunds raconte encore la xénoglossie de Mad. Young, de 
Chicago, laquelle, se trouvant sous l'influence d'esprits allemands, 
parla et chanta en allemand dans un cercle où personne ne con- 
naissait l'allemand. « Je priai, dit M. Young, un médium allemand, 
M. Euler, de venir. Il vint deux fois, et s'entretint avec le médium 
en allemand, pendant plus d'une heure, à chaque visite. En d'autres 
occasions, Mad. Young parla l'espagnol et l'italien. C'était une 
ouvrière qui n'avait reçu d'autre instruction que celle des écoles 
primaires. » 

J'ai observé un cas curieux, et d'interprétation difficile, voisin de 
la xénoglossie, car on ne peut dire que c'est une xénoglossie véri- 
rable. En voici l'exposé sommaire. 

Mad. X..., jeune femme de trente ans environ, n'a jamais appris 
le grec, et il est absolument certain qu'elle ignore le grec. Pourtant 
elle a devant moi écrit de longues phrases de grec, avec quelques 
fautes qui indiquent nettement que c'était la vision mentale d'un 

1. DeVesme, Xénoglossie, L'écriture automatique en langues étrangères, A. S. P., 
1905, XV, 317-353. La xénoglossie de Miss Laura Edmunds, A. S. P., 1907, XVII, 
603. 

2. (Athènes, 1846, 1" édit. ; 1856, 2» édit.). 

Richet. — Métapsychique. 18 



274 MKTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

ou plusieurs livres grecs. J'ai pu après maiutes recherches, aidé par 
le hasard plus que par ma perspicacité, grâce à mes amis Courtier 
et le D r Vlavianos, d'Athènes, trouver le principal livre où Mad. X. . . , 
avait puisé les longues phrases de grec qu'elle écrivait devant moi. 
C'est un livre introuvable à Paris (qui existe cependant à la Biblio- 
thèque Nationale) le Dictionnaire grec-français et français-grec de 
Bvzantios et Coromélas. Comme c'est un dictionnaire de grec 
moderne, il n'est jamais en usage dans les classes de nos lycées. 

Or Mad. X... a, de mémoire, écrit devant moi une vingtaine de 
lignes grecques, avec des fautes peu nombreuses (8 p. 100 environ, 
pour les accents surtout). Les fautes sont celles qu'on doit faire 
quand on transcrit du grec sans le comprendre. Ainsi au lieu de 
5-co).i<j[x.oûç, Mad, X..„ a écrit axoliap.o8ç ; au lieu de 6(Uàouç, Sjjuàouç; au 
lieu de iuuapoSw, su-rcap 8<p ; au lieu de juxpdv, (juxpau ; toutes fautes 
qui indiquent nettement que c'est une copie visuelle, et que 
Mad. X... ne sait pas le grec, puisque elle ne commet ces fautes que 
par la transcription imparfaite d'une image visuelle. 

La reproduction de ces mots fautifs est certainement une repro- 
duction visuelle défectueuse. 

Je suis absolument certain que Mad. X... n'a eu, en écrivant ces 
lignes, aucun texte sous les yeux. Elle regardait dans le vide, et 
écrivait comme si elle copiait imparfaitement un texte d'une langue 
inconnue, dont elle voyait les signes, mais dont elle connaissait à 
peine le sens. Quoique elle ne les comprît certainement pas, il est 
remarquable que les phrases ainsi écrites s'appliquaient assez bien 
aux circonstances. Un soir, au coucher du soleil, Mad. X... écrit en 
grec une phrase qui se trouve dans le Dictionnaire de Byzantios. 

Quand le soleil est à son levant ou à son couchant, l'ombre se pro- 
jette au loin. La phrase est transcrite sans accents. AvaxeUovio; 
xxi Suovtoç xou YjAiou t) cxia sxTeiva-cai jxaxpav (il y a une légère erreur, 

exTeivotTai pour ixxetvexai). 

Il ne reste donc que deux hypothèses : ou l'hypothèse d'une 
fraude, aidée par une prodigieuse et inouïe mémoire visuelle, ou 
l'hypothèse d'une cryptesthésie extraordinaire. 

On doit toujours supposer la fraude possible. Admettons donc la 
fraude; sachons accepter les invraisemblances psychologiques 
qu'elle suppose. Admettons : 1° que Mad. X... a acheté en secret le 



XKN0GL0SSIR 275 

livre de Byzantios, l'Apologie de Socrate, le Phèdre de Platon, l'Évan- 
gile de Saint Jean, c'esl-à-dire les quatre livres dans lesquels elle 
a puisé les phrases quelle écrivait devaut moi; 2° qu'elle a lon- 
guement médité sur ces quatre ouvrages, pour retenir l'image 
visuelle de caractères dout elle ne comprenait pas le sens. 

Les deux hypothèses sout admissibles si l'on accepte une machi- 
nation longuement et méthodiquement poursuivie, ce qui est pos- 
sible après tout. Mais ce qui est singulier, c'est que Mad. X..., sans 
avoir compris ces phrases, puisqu'elle ignore absolument le grec, 
en a gardé une image visuelle assez nette pour reproduire de 
mémoire une vingtaine de ligues (622 lettres avec 6 p 100 d'er- 
reurs). Le cas de Mad. X... n'est pas tout à fait de la xénoglossie; 
car elle ne parlait ni ne comprenait le grec. Elle écrivait, d'après 
une vision mentale — comment avait-elle acquis cette vision? — 
de longs textes grecs. Et c'est assez différent du parler en une 
langue étrangère. En définitive, il faut admettre, pour expliquer le 
cas étrange de Mad. X-.., ou la cryptesthésie, ou une mémoire 
visuelle prodigieuse, dont ou ne pourrait guère citer d'exemple 
analogue. 

On trouve encore çà et là divers exemples de xénoglossie. 

La petite fille (onze ans) de M. et Mad. Brown 1 (Melbourne) par 
l'écriture automatique, écrivit des caractères chinois (en maniant 
sa plume comme font les Chinois). Il paraît que ce message était 
mal écrit, mais en partie lisible. Or l'écriture chinoise est, comme 
on sait, d'une difficulté extrême. Mais, même si le fait a été bien 
observé, que conclure? 

Un cas bien remarquable a été cité par M. Chedo Miyatovitch, 
diplomate serbe 2 . M. M... était venu, avec un de ses amis croates, 
M. Hinkovitch, avocat à Agram, consulter une médium profession- 

1. Une discussion s'est engagée à. ce sujet à la S. P. R. (voy. J. S. P. R., juin 
1906, 276). Sir William Gkookes, qui présidait, a estimé que c'était d'après une 
représentation visuelle (in a visionary manner copied from their visionary proto- 
type). On trouvera aussi à ce sujet, dans les P. S. P. R. de très intéressantes 
remarques de Mad. Verrall. Sir Oliver Lodge, M. Piddington, et M. F. -G. Cons- 
table. Voir enfin les critiques, assez justes d'ailleurs, de M. Dessoir. Vom Jen- 
seils der Seele, 4» éd. Enfle, 1920, 97-100. 

2. Deux extraordinaires séances avec la médium Mad. Wriedt à Londres. Light., 
8 juin 1912, et A. S. P., juin 1912, 161. 



276 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

nelle, Mad. Wriedt, américaine. Ua vieux médecin croate s'incarna 
en elle, parla croate à M. HiNkovrrcH, et ils conversèrent quel- 
que temps dans leur langue maternelle. Une autre fois Mad. de 
Wriedt parla en serbe au nom de la mère de M. Mivatovitch. Une 
autre fois encore, Mad. Selenka, allemande, étant présente, le mari 
de Mad. Selenka (incarné en Mad. de Wriedt) chanta une chanson 
allemande. 

On a élevé des doutes, auxquels Sir W. Barrett a vigoureusement 
répondu, sur l'authenticité des phénomènes de Mad. de Wriedt. En 
tout cas il est difficile d'admettre qu'elle parle couramment le 
croate et le serbe. 

Eglinton, qui ne connaissait pas l'allemand, a donné (par l'écri- 
ture directe), des messages en allemand 1 . Dans une expérience à 
laquelle prit part l'illustre Gladstone, il y eut des réponses par 
l'écriture directe, en espagnol, en français et en grec. Or Eglinton 
ne sait pas un mot d'espagnol ni de grec, et il comprend à peine 
quelques mots de français. Mais la sincérité d'EGLiNTON est bien pro- 
blématique. 

Mad. Thompson a pu, en état de transe hypno-spiritique, parler en 
hollandais au D r van Eeden, quoiqu'elle ignorât absolument le hol- 
landais. 

M. Damiani, dans un rapport à la Société dialectique de Londres, 
indique qu'il a eu en Sicile de nombreuses communications en 
allemand, en français, en latin et en anglais, données par un médium 
tout à fait illettré, appartenant à la classe ouvrière. 

M. Burns, dans un rapport fait à la même Société, a vu sa belle- 
soeur, Mary Burns, écrire des messages dans des langues qu'elle ne 
connaissait pas. 

On trouve dans la Revue spirite (15 janvier 1886), l'histoire, rap- 
portée par M. Didelot, instituteur, d'un chanoine de la cathédrale 
de Nancy, l'abbé Garo, qui, avec plusieurs prêtres vénérables du 
diocèse, expérimenta sur un jeune garçon qui était le médium 
observé par M. Didelot. Une réponse fut faite en latin à des ques- 

1. Cité par Erny, Loc. cit., 57. 

2. Cité par Delanne, Rech. sur la médiumnité, 423. 



XENOGLOSSIE 277 

tions posées par les prêtres, et enfermée dans une enveloppe 
cachetée posée sur la table. 

Quelques faits de xénoglossie très passagère ont été observés par 
le D r Cadello, de Palerme 1 . 

Il s'agit d'une jeuue fille de Palerme, Minfa Filituto, de seize ans, 
qui fut prise, en 1849, d'accès de somnambulisme spontané. Dans 
une de ses crises, elle dit qu'elle était grecque et écrivit des phrases 
italiennes avec des lettres grecques. Elle ne connaissait pas le grec, 
mais on lui avait prêté une grammaire grecque. Le lendemain elle 
parlait couramment français, langue dont elle connaissait à peine 
les éléments. Le troisième jour, alors qu'elle n'avait jamais appris 
un mot anglais, et qu'on n'avait jamais parlé anglais devant elle (?) 
elle parla un excellent anglais, dit M. Cadello, devant deux 
gentlemen anglais qui purent soutenir une longue conversation 
avec elle. Ces trois jours-là (jours de grec, de français et d'anglais) 
elle avait oublié complètement sa langue maternelle. Le quatrième 
jour, elle parla en italien qu'elle connaît mal (étant sicilienne), et 
qu'elle ne parle jamais. Le cinquième jour, la crise étant terminée, 
elle se remit à parler sicilien, ayant oublié complètement les 
épisodes de xénoglossie antérieure. 

Que dire de l'histoire rapportée par le D r Grand Boulogne? Une 
dame, par l'écriture automatique, alors qu'elle ne connaissait 
nullement le latin, écrivit avec une rapidité inouie, « Sacerdos a deo 
dilecte, cur manifesta negas? Cur concedens omnia potenti Deo non 
fateris veritatem, oculorum aciem perstringentem. Sacrae litterae 
mémento, crebrae sunt manifestationes angelicis. Vide etcrede». Le 
style est étonnamment du mauvais latin d'église, et ce n est que 
plus curieux. Mais il faudrait, pour entraîner notre conviction, 
mieux connaître les conditions de l'expérience, et surtout avoir 
obtenu la répétition du phénomène. Le D r Grand Boulogne fait 
remarquer que pendant cette écriture des coups retentissaient 
dans la table et au plafond. 

Le D r Bôhm 3 a observé une personne qui donnait en écrivant à la 

1. Stoi-ia di un caso d'isterimo con segnazione spontina. Palermo, 1853, Anal, 
par Hahn, in A. S. P., 1901, 149-159. 

2. Cité par Delanne, Rech. sur la médiumnité, p. 420. 

3. Uber wissenchaftlick durckfuhrte Versuche und Gedankenlesen (Psych. Stu- 
dien, 1917, XLIV, 575). 



278 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

craie sur un tableau, une réponse à la question posée. Elle écrivait 
en grec, ou en latin, ou en hébreu, alors qu'elle ignorait ces trois 
langues. Mais le compte-rendu de ces expériences est trop som- 
maire pour permettre une couclusion. 

Le Rev. Shirman S qui avait passé une partie de sa vie dans les Iles 
du Pacifique, eut des séances chez une médium professionnelle, 
Mad. Allams à Providence (Rhode-Island) et là il vit une forme de 
femme indigène des Iles Marquises, qui lui parla dans sa langue 
maternelle. Mais il est bien probable qu'il y a eu quelque fraude ; 
car c'est six mois après avoir connu M. Shirman que Mad. Aliams a 
produit le phénomène. 

Mad. d'EspÉRANCE ne connaissait pas le grec. Lorsqu'elle donnait 
une matérialisation, apparaissait une forme de femme d'une rare 
beauté, qui se nommait Népenthès. Népenthès a écrit en grec clas- 
sique sur le calepin du professeur L... «Je suis Népenthès, ton amie. 
Loi*sque ton âme sera oppressée par trop de douleur, invoque-moi, 
Népenthès, et j'accourrai promptement pour soulager tes peines »*-. 

Il faut être sévère pour certaines pseudo-xénoglossies. Gibier cite 
le cas de Mad. Salmon qui ne parlait pas le français et qui a dit 
en français, sans accent : « Ma tante, ma tante, je suis si heureuse 
de vous voir ». En vérité il est toujours possible d'apprendre ces 
huit mots de français, et de les dire sans accent. Ajoutons que 
Mad. Salmon est médium professionnelle, d'énigmatique loyauté 3 . 

Je mentionnerai pour mémoire les récits qu'ont donnés à 
maintes reprises les exorcistes qui aux xvi e et xvn e siècles ont eu 
affaire à des possédées, à Loudun et ailleurs. Les diables qui se 
démenaient chez ces pauvres hystériques répondaient couramment 
en latin aux demandes que leur faisait l'exorciste. Mais quelle est 
la part de l'erreur et de l'illusion? 

A la xénoglossie, il faut sans doute rattacher aussi les cas assez 

1. Aksakoff, Animisme et spiritisme, trad. fr., 618. 

2. Cité par Bozzano, A. S. P., 1910, 9. Le cas de Népenthès est intéressant ; 
mais il faut toujours être extrêmement réservé pour les expériences données par 
Mad. d'EsPÊRANCE. 

3. Voir Delanne, Apparitions matérialisées, II, 505. 



XÉIN0GL0SSIE 279 

rares dans lesquels des enfants écrivent sans connaître les lettres 
de l'alphabet. Bozzano en doune plusieurs cas; il cite aussi 
quelques faits rapportés par Aksakoff*. 

Mvkrs et R. Hodgson ont vu les mots ta tante Emma qu'avait 
écrits uue petite fille de quatre aDs qui ne savait pas un mot des 
lettres de l'alphabet. Les docteurs Dusart et Ch. Broquet ont donné 
un crayon et du papier à une petite fille, Cémna, de trois ans et 
demi, complètement illettrée, et qui cependaut écrivit : « Je suis 
heureuse de me manifester avec un charmant petit médium de trois 
ans et demi qui promet beaucoup. Promets-moi de ne pas le négliger ». 

Mais on ne peut rien affirmer de ces faits isolés. 

Le D r Quintard a communiqué, en 1894, à la Société de Médecine 
d'Angers, le cas très curieux d'un enfant de sept ans, qui non seu- 
lement faisait des calculs assez compliqués, mais encore devi- 
nait la pensée de sa mère. A vrai dire, des précautions suffisantes 
n'ont peut-être pas été prises pour éliminer toute collusion, cons- 
ciente ou inconsciente, entre la mère et l'enfaut. Quant à la préco- 
cité de l'enfant, elle est très étonnante, mais on connaît plusieurs 
exemples analogues 2 . 

Je ne puis nullement considérer comme métapsychiques les cas 
de précocité musicale rapportés par M. Gower et attribués par lui 
à quelque pouvoir mystérieux 3 , car il s'agit d'un enfant de onze 
ans (Eric Rorngold). M. Gower cite aussi le cas de Blanche Cobacker, 
âgée de douze ans, qui joue et compose merveilleusement. Or, à 
onze ou douze ans, tout est explicable par un développement intel- 
lectuel plus rapide que chez les enfants ordinaires. 

Le D r Urysz raconte l'histoire d'une petite paysanne de quatorze 
ans, sachant à peine lire, qui lui écrivit comme si elle était une 
des malades que le D r Urysz, il y a six ans, avait soignée à Lemberg. 

1. Des cas d'identification spirite (A. S. P., 1910, XX, 10). 

2. Delanne, Recfi. sur la médiumnilé, Paris, 1902, 206. Pepito Arriola à trois 
ans et trois mois était déjà un assez habile musicien. Mais ni moi, ni personne, 
nous n'avons pensé à imaginer, pour expliquer cette précocité merveilleuse, l'in- 
tervention d'un esprit. 

3. J. S. P. R., 1913, 56. Musical prodigies and automatism. 

4. Je noterai ici, mais sans en rien inférer, que M. Gower a revu Pepito Arriola 
en 1911, ce même Pepito Arriola qui, en 1900, était déjà un vrai artiste, et qu'il a, 
à la grande surprise de Pepito lui-même, constaté que Pepito avait le don de 
l'écriture automatique.* 

5. Psychische Studien, septembre 1906. 



280 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

« Merci de l'injection que tu nias faite à mon lit de mort le 
18 novembre 1900. Caroline C. . . ». Il est possible, quoique improbable, 
qu'il y a six ans cette enfant de huit ans ait connu cette Caro- 
line C. . . (?) En tout cas, Caroline C. . . demeurait à Lemberg, et la petite 
paysanne à Bralyhanen. L'écriture de l'enfant, à l'état normal, 
était très grossière, enfantine, mais le message était absolument de 
l'écriture de Caroline C... 11 a été transmis d'ailleurs par l'écriture 
directe (?) 
Cette histoire singulière est en tous points contestable. 

En résumé, aucun de ces faits soit de xénoglossie, soit d'écriture 
automatique par des enfants ou des illettrés, n'a une suffisante 
valeur probative. Nous ne pouvons donc pas leur donner droit 
définitif de cité dans le riche royaume de la métapsychique subjec- 
tive. Je penche à croire qu'un jour, bientôt peut-être, on pourra 
en admettre quelques-uns comme authentiques. Mais, en atten- 
dant, il faut tâcher de trouver de meilleurs exemples, et de les 
donner moins fragmentaires, moins imparfaits que les exemples 
connus jusqu'à ce jour. Aujourd'hui limitons-nous aux faits qui, 
par des milliers d'exemples soût prouvés, et bien prouvés, et ne 
considérons les phénomènes rares et singuliers de xénoglossie que 
comme les jalons de la science métapsychique future, celle que nul 
ne peut écrire encore. 



CHAPITRE IV 

LA BAGUETTE DIVINATOIRE 

Les faits singuliers relatifs à la baguette divinatoire semblent au 
premier abord sans relation avec la métapsychique : mais bientôt 
on voit que ces phénomènes — connus depuis longtemps et aujour- 
d'hui bien démontrés — permettent des hypothèses intéressantes 
sur la cryptesthésie, autorisent à mentionner certaines analogies, 
et jettent quelque clarté sur les forces inconnues qui émeuvent 
l'inconscience. 

§ 1. — Historique. 

L'histoire de la baguette divinatoire est assez ancienne 1 . 

Voici en quoi consiste le phénomène dit de la Baguette divina- 
toire. Quand certains individus sensibles tiennent entre les doigts 
une flexible baguette de coudrier, sans vouloir la courber ou la dis- 
tendre, ou la mouvoir, il semble que dans certaines conditions la 
baguette s'infléchit. Elle tourne entre les mains de l'individu qui 
la tient et même semble tourner toute seule, très fortement, indé- 
pendamment de la volonté de l'opérateur. 

Lorsque ces individus, tenant la baguette en main, passent 
au-dessus d'une région traversée par des nappes d'eau souterraines 

i. Des monographies importantes ont été publiées. Même il en est qui portent 
uniquement sur la bibliographie. On trouvera beaucoup de documents dans 
l'ouvrage de Henri Mager, Les Baguettes des Sourciers et les forces de la nature. 
1 vol., 8», Paris, Dunod, 1920. Il faut faire une place à part au premier livre, 
d'apparence scientifique, qui ait paru sur la baguette : La Physique occulte ou 
traité de la baguette divinatoire, par l'abbé de Vallemont, Paris, 1693, — On 
consultera aussi le mémoire de Chevreul, De la baguette divinatoire, du pendule 
dit explorateur et des tables tournantes, 1 vol., 8°, Paris, 1854. — J. Maxwell, 
L'élude de Chevreul sur la baguette divinatoire, et les tables tournantes (A. S. P., 
1904, XIV, 276-290, 337-358). Surtout il faudra se reporter à l'admirable travail 
de sir W. Barrbtt : On the so called divining Rod, P. S. R., XIII et XIV. La biblio- 
graphie est excellemment faite dans C. v. Kling Kowstroem. Bibliographie der 
Wunschelruthe (0. Shônhuth, Munich, 1911). 



282 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

et inconnues, la baguette s'infléchit brusquement et avec une force 
presque irrésistible. Pendant longtemps on s'est servi de ce moyen 
pour découvrir des sources. De là le nom de sorciers ou sourciers 
donné aux individus dotés de ce mystérieux pouvoir. M. Mager a 
proposé en 1908 le mot de baguettisant, qui est tout à fait accep- 
table. 

En 1854, à la suite d'un mémoire de M. Riondel, sur la recherche 
des eaux souterraines, une commission fut nommée par l'Académie 
des Sciences de Paris pour examiner la réalité de ce phénomène. 
Le célèbre chimiste Chevreul fut chargé du rapport. Mais, ainsi 
que le montre bien J. Maxwell, Chevreul, dans son mémoire — 
car le rapport ne fut pas présenté à l'Académie, mais publié comme 
livre indépendant — établit seulement ceci, que le mouvement 
n'est pas produit par une force physique, mais par les mains et les 
muscles du sourcier. 

Il reprenait ainsi, en les développant, les idées ingénieuses qu'il 
avait émises en 1833 sur les mouvements inconscients, qui sont 
cause des mouvements du pendule explorateur. 

Le pendule explorateur est un instrument qui sert à la divina- 
tion depuis longtemps. Il consiste en un objet suspendu à un fil. 
L'extrémité supérieure du fil est tenue à la main. Les mouvements 
de l'objet qui se balance servent d'indication. Quelquefois c'est un 
anneau suspendu au milieu d'un cercle sur lequel sont inscrites les 
lettres de l'alphabet. L'anneau frappe successivement diverses 
lettres qui forment alors des mots et des phrases. 

On voit tout de suite, sans qu'il soit besoin d'insister, que ce 
sont les mouvements inconscients (involontaires, et cependant 
intelligents), de la personne tenant le fil, qui détermine ces mouve- 
ments indiquant des lettres, des mots, des phrases, des réponses. 
Essentiellement le phénomène est tout à fait le même que celui de 
l'écriture automatique, des conversations par la planchette, du 
Willing game, du Cumberlandisme, et autres faits analogues, bien 
connus à présent ; c'est-à-dire de mouvements musculaires involon- 
taires et inconscients, pouvant s'organiser en une sorte de syn- 
thèse. Cette synthèse inconsciente est parfois si cohérente qu'elle 
fait supposer l'intervention d'une personnalité nouvelle. 

Avec un jeune garçon naïf, on peut faire l'expérience suivante, 



BAGUETTE DIVINATOIRE 283 

bien démonstrative. On lui met le pendule à la main, et on lui dit 
que le pendule va indiquer sou âge ; et en effet, si le garçon a douze 
ans, le pendule va frapper douze coups sur un écran disposé près 
de la boule terminale. Et le jeune garçon sera stupéfait; il dira : 
Je suis resté immobile. Or en réalité il n'est pas du tout resté 
immobile : c'est lui qui a frappé les douze coups. Mais il ne l'a pas 
voulu, et il ne s'est pas aperçu de ses mouvements. Il aurait pu 
tout aussi bien dicter une phrase quelconque par les mouvements 
de l'anneau autour du cercle alphabétique : c'est son inconscient 
qui, après avoir pensé cette phrase, l'a traduite par de presque 
imperceptibles mouvements musculaires en lettres désignées par 
l'anneau. 

Ces faits sont maintenant incontestés. Chevreul aura eu le mérite 
en 1833 d'en indiquer, quoique assez vaguement, le principe 1 . 
D'après lui, d'après Babinet, d'après Barrett, d'après la plupart 
des auteurs qui s'en sont occupés, les mouvements de la baguette 
sout uuiquement déterminés par les contractions musculaires 
inconscientes du baguettisant. 

La question, envisagée ainsi, paraît assez simple; mais cette 
simplicité n'est qu'apparente. 

| 2. — Exposé des faits. 

Le fait d'une inflexion de la baguette au niveau des sources ou 
des métaux est incontestablement vrai. De récentes expériences 
l'ont établi en toute certitude. 

Des mesures précises ont été prises en grand nombre, et il n'est 
pas possible de nier le phénomène, aussi certain que tout phéno- 
mène de chimie et de physiologie. Je me contenterai de citer les 
plus récentes expériences, notamment celles de M. Paul Lemoine, 
faites à Toulouse, au laboratoire de chimie de l'Institut catholique. 
L'abbé Gaubin, baguettisant très expérimenté, a pu, avec des 
baguettes, déceler diverses masses métalliques. 

La nature de la baguette a exercé une influence. Sur huit expé- 
riences, une baguette de bois a donné 8 succès; une baguette de 
cuivre, 4 succès sur 7 expériences ; une baguette de fer, 2 succès 

1. H. Mager, Loc. cit., Paul Lemoink, Quelques observations sur la baguette 
divinatoire (Bull, de la Soc. Philomathique de Paris), 1913, V, 10, 17. 



284 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

sur 4 expériences ; une baguette de verre, succès sur 5 expériences. 

L'expérience suivante est tout à fait intéressante. Des poids d'or 
différents ont déterminé des mouvements de la baguette à des dis- 
tances de plus en plus grandes selon que le poids d'or était plus 
considérable. L'abbé Gaubin n'ignorait pas la quantité de métal mise 
là pour actionner la baguette, mais P. Lemoine s'est assuré que les 
mouvements volontaires de l'opérateur n'y étaient pour rien. 

Voici les chiffres trouvés. On remarquera que les mouvements 
inconscients n'ont nullement été mis hors de cause. 







DISTANCE A LAQUELLE LA BAGUETTE 


QUANTITÉ 


d'or 


COMMENCE A TOURNER (EN MÈTRES) 


3 




1,70 


16 




2,20 


32 




2,7 


48 




3,3 


64 




4,0 


90 




4,6 



Il y eut une série d'épreuves publiques en 1913, au bois de Vin- 
cennes (épreuves relatées par H. Mager) et il fut démontré nette- 
ment que des masses métalliques enfouies dans le sol peuvent être 
découvertes, aussi bien que reconnue l'existence de nappes souter- 
raines d'eau qui circule. Que le mouvement de la baguette corres- 
ponde à l'existence de nappes souterraines, il n'est plus permis 
d'en douter, puisque c'est presque devenu une industrie. Dans 
maints pays on utilise administrativement la faculté des sourciers, 
dans diverses régions de France, en Tunisie, en Algérie, aux États- 
Unis, dans l'Afrique allemande. S'il y a des différences d'habileté 
entre les sourciers, ce n'est pas que la baguette ne tourne pas 
entre leurs mains, c'est qu'ils ne peuvent pas, avec une égale maî- 
trise, interpréter ses mouvements pour indiquer quelle est l'étendue 
de la nappe d'eau, à quelle profondeur elle se trouve, et dans quel 
sens se dirige le courant. 

Quoique l'histoire de la baguette divinatoire ne touche qu'indi- 
rectement à la métapsychique, le fait est d'une telle importance 
que nous devons mentionner les travaux récents qui l'établissent 1 . 

1. Je mentionnerai en première ligne les travaux de M. Armand Viré, docteur 
ès-sciences, président de la société préhistorique, qui est un baguettisant habile 
(Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, et Comptes rendus de l'Acad. des 



BAGUETTE DIVINATOIRE 285 

Devant A. Martel, assez sceptique, A. Viré a pu déterminer exac- 
tement (mot souligné par Martel) à la surface du sol, sur un kilo- 
mètre de longueur, le cours d'une rivière souterraiue. Il importe 
assez peu qu'il ait connu antérieurement la région ; caria connais- 
sance du sol extérieur ne peut fournir de documents sur la direc- 
tion des eaux souterraines. Martel cite aussi les résultats démons- 
tratifs obtenus dans l'Afrique allemande 1 . 

Résumant ses recherches dans une note inédite qu'il a eu l'obli- 
geance de m'adresser, M. Viré établit la statistique suivante des 
expériences complètement vérifiées et exécutées depuis 1913 par 
MM. Pélaprat, le colonel Vallantin, Probst, l'abbé Mermet, Jouf- 
freau et A. Viré. 





NOMBRE 


D EXPERIENCES 


PROPORTION 
CENTÉSIMALE DES SUCCÈS 


Eaux souterraines 




19 


89 


Cavités souterraines 




23 


87 


Métaux et pilons 








métalliques 




11 


80 


Houille 




9 


55 



On remarquera que c'est un calcul défavorable que de compter 
la proportion centésimale des succès ; car un cas suivi d'un écla- 
tant succès compense (et au delà) beaucoup d'insuccès. Autrement 
dit la probabilité d'un succès n'est pas de 1/2, mais beaucoup plus 
faible. 

Par exemple M. Pélaprat et M. Viré (exp. inédite) ont donné à 
M. A. C... conseiller d'État, des indications pour creuser un puits 
dans sa propriété de Juillac (Lot). Plusieurs sondages avaient été 
faits sans résultat. MM. Pélaprat et Viré indiquèrent un filet d'eau 
à 13 mètres de profondeur. Un puits fut foré au point indiqué, et 
à 13 mètres on trouva un filet d'eau, suffisant pour l'usage. 

Les observations des Anglais 2 concordent avec celles des Alle- 
mands et des Français 3 . 

Sciences, 22 décembre 1913, GLVII, 1460). Voir aussi E. A. Martel, Traité des 
Eaux souterraines. Paris, Doin, 1921, 740-752, et P. Landesque, Hydrologie et 
Hydroscopie, Paris, Dunod, 1920. 

1. Voir Verband zur Klârung der Wùnschelruthefrage, Suttgart, 1912. 

2. Outre le mémoire de Barrett, voir Sanitary Record, 2 mai 1913. 

3. (L'analyse des travaux du Congrès de Halle a été donnée par E. Noël dans 
le journal l'Eau (15 nov. 1913). V. Das Wasser (Leipzig, 1913). M. Argner est le 



286 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

M. Landesqde, conducteur des pouts et chaussées, dans un très inté- 
ressant livre, a donné le récit de ses propres expériences en Tunisie. 
Je ne citerai que le fait suivant, caractéristique. Le poste de Ramsa 
avait un puits en dehors du camp. M. Landesque dans le camp 
indiqua une source à une profondeur de 6 mètres. On fit un forage 
et on ne trouva rien. Alors M. Landesque dit qu'il ne fallait pas 
se décourager, mais creuser un peu davantage, et à 7 mètres on 
trouva de l'eau. 

Ces faits sont très importants, et M- Martel, qui résume toutes 
les opinions, conclut impartialement pour la probabilité d'une force 
rhabdique, en ajoutant, ce qui est d'ailleurs évident, que de nou- 
velles expériences sont nécessaires : j'ajoute que c'est pour éclaircir 
les conditions du phénomène, mais non pour établir ce phénomène 
lui-même, qui paraît incontestable. 

Ce qui nous intéresse, c'est de constater ce fait, confirmé par des 
expériences multiples, et riche de conséquences théoriques impor- 
tantes, qu'au-dessus d une masse d'eau la baguette tourne vigoureu- 
sement dans la main du sourcier. 

Dans une expérience 1 , deux baguettisants, Falcoz et Probst, 
reconnurent par la baguette des plaques de métal enveloppées dans 
du papier. Les cinq métaux étaient différents. Les deux expérimen- 
tateurs tombèrent d'accord pour la reconnaissance de ces cinq 
métaux, et ce fut exact. Ainsi sur 10 expériences à probabilité de 
4/5, il y a eu 10 succès, ce qui donne la certitude Cl/5) 10 . 

Mais, puisque le fait est avéré, nous n'avons pas ici à calculer la 
probabilité plus que s'il s'agissait de savoir combien de fois l'ai- 
guille aimantée va se mouvoir quand on l'approchera d'un courant. 

S'il y a encore tant d'hésitations pour les conclusions relatives à 
la baguette influencée par les sources, ou même les métaux, c'est 
qu'on veut en faire un instrument de mesure. On prétend à son 
utilisation industrielle pour la direction et le captage des cours 
d'eau souterrains, et alors les interprétations sur le sens et la pro- 
fondeur des courants dépendent de l'observateur plus ou moins 
expérimenté. Mais ce que nous cherchons ici, ce n'est pas la prévi- 

directeur d'une revue spéciale, uniquement consacrée à cette étude, Die Wiins- 
chelrulhe, Leipzig (1909-1921). 
î. Mager, loc. cit., 24. 



BAGUETTE DIVINATOIRE 287 

sion exacte et la minutie des renseignements fournis par la baguette, 
mais seulement de savoir si réellement il y a une émanation, une 
force rhabdique — c'est le terme nouveau que je propose — agis- 
sant sur l'organisme nervo-museulaire de l'homme, et, par l'inter- 
médiaire de cet organisme, sur la baguette. 

Il semble bien qu'on n'en puisse plus douter aujourd'hui l . 

Mais est-ce un phénomène de physique, ou un phénomène méta- 
psychique ? 

Par définition même, le mouvement de la baguette semblerait 
échapper à la métapsychique, puisqu'il ne s'agit pas de forces 
intelligentes actionnant notre sensibilité. 

Pourtaut l'histoire de la baguette divinatoire doit nous occuper. 
Si des forces naturelles (nappes d'eau souterraines, métaux 
cachés) exercent une action inconnue sur notre intelligence incons- 
ciente, c'est qu'il y a là des vibrations inconnues qui éveillent notre 
sensibilité cryptesthésique. Par là nous rentrons dans la métapsy- 
chique qui étudie les vibrations inconnues des choses. 

L'inflexion de la baguette est-elle un phénomène de contraction 
musculaire inconsciente du baguettisant, ou une action directe sur 
la baguette d'une force physique quelconque émanant des choses? 

Éliminons tout de suite les hypothèses de la supercherie, du mou- 
vement volontaire, du hasard. Ce n'est ni par le hasard ni par la 
fraude que les sourciers découvrent les sources souterraines. La 
baguette tourne fortement entre leurs mains, malgré eux, pour 
ainsi dire, et elle tourne aux bons endroits, en donnant, par le sens 
de sa force et de sa rotation, des indications — d'ailleurs fort diffi- 
ciles à interpréter correctement— sur la profondeur et la direction 
de la uappe souterraine. 

Il n'y a, en définitive, que deux hypothèses : 

.4. Les mouvements de la baguette sont dus à des contractions 
musculaires inconscientes. 

B. Les mouvements de la baguette sont indépendants des con- 
tractions musculaires de l'opérateur. 

1. Pour ne citer que des faits tout récents, je mentionnerai les travaux de 
M. Landesque, conducteur des Ponts et Chaussées, sur les nappes souterraines de 
Tunisie. Ses indications ont été vérifiées par les ingénieurs des Ponts et Chaus- 
sées (Voy. Marage, Ce qu'il faut penser de la baguette des sourciers. Revue scien- 
tifique, 14 février 1920. 



288 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE 

La première hypothèse est très simple, et sans doute la seule 
acceptable : c'est celle qu'ont adoptée Ghkvreul et Barrett. 
Incitée par une force physique (force rhabdique) inconnue, l'in- 
conscience du baguettisant fait contracter se9 muscles, qui font 
alors tourner la baguette. 

Mais cette hypothèse soulève certaines difficultés. 

En effet les mouvements de la baguette sont tellement forts 
que parfois la baguette se brise. Les parties qui se trouvent dans 
la main de l'observateur ne bougent pas ; c'est le reste de la baguette 
qui tourne. On peut même, comme l'a fait P. Lemoine, mettre les 
deux bouts de la baguette dans une sorte d'étui qu'on tient à la 
main. La baguette tourne dans l'étui (voyez la figure que donne Paul 
Lemoine). 

Est-ce une observation suffisante, malgré sa précision, pour nous 
faire admettre que les muscles sont sans action? Nous ne le pen- 
sons pas. Comment supposer que la baguette est influencée physi- 
quement et directement par les nappes d'eaux, les métaux ou les sels 
métalliques ? Est-il possible qu'elle se meuve toute seule, pendant 
que les muscles de la main demeurent absolument inertes? 

S'il en était ainsi, point ne serait besoin des sourciers pour 
découvrir les sources. Un appareil de physique à déplacement 
angulaire suffirait, et on noterait l'angle par une simple lecture, 
comme on lit des mesures galvanométriques, barométriques ou 
thermométriques. Mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent. 
Dans ces conditions toutes les baguettes restent désastreusement 
immobiles. Il faut un baguettisant, un rhabdomancien, un sourcier. 
L'influence de la personnalité humaine est nécessaire et prépondé- 
rante. 

H. Mager incline à penser que tous les individus, s'ils prennent 
les précautions nécessaires, sont aptes à devenir baguettisants ; 
mais il ne donne aucune preuve de cette affirmation. Le fait posi- 
tif, indiscutable, c'est qu'entre les mains de certaines personnes la 
baguette tourne avec grande force, tandis que, tenue par d'autres, 
elle reste absolument immobile. 

Mager a construit, pour déceler les métaux, un appareil (indica- 
teur galvanométrique des eaux souterraines) qui n'a pas réussi 
encore, mais qui, paraît-il, — sans que la présence d'un sourcier 



BAGUETTE DIVINATOIRE 280 

soit nécessaire — est impressionné par le potentiel des forces qui 
accompagnent les eaux souterraines en mouvement. Mais jusqu'à 
quel point ces légères variations de l'aiguille aimantée sont-elles 
comparables aux énormes courbures des baguettes de coudrier? 
L'action d'un courant d'eau sur un galvanomètre est un problème 
de pure physique, sur lequel nous n'avons pas à insister ici. Eu tout 
cas cette action, si elle existe, est extrêmement faible. Donc il 
paraît impossible d'attribuer à ces minuscules phénomènes élec- 
triques la très forte flexion d'une baguette de coudrier. 

Tout est obscur d'ailleurs dans cette difficile question. Les 
baguettes de différentes substances n'ont pas la même aptitude à 
tourner ; ce qui semblerait bien indiquer qu'il y a une action phy- 
sique sur la baguette même, car, si c'était uniquement contraction 
inconsciente, on ne voit pas pourquoi la baguette de cuivre tourne- 
rait plus mal que la baguette de coudrier, et mieux que la baguette 
de fer. 

On doit tout de même conclure qu'il n'y a aucun mouvement 
propre de la baguette sans le secours des muscles humains. Alors 
nous dirons avec Ghevreul, avec Barrett, qu'il y a uniquement 
contraction musculaire inconsciente. 

Mais souvent le sourcier s'oppose (ou paraît s'opposer) au 
mouvemeut de la baguette. « La baguette, dit P. Lemoine, tourne 
malgré la volonté de l'opérateur. Dans certains cas, quand elle 
tourne à fond, il a beaucoup de peine à la retenir ; quelquefois cela 
lui est même impossible. » 

Remarquons l'analogie de ce phénomène avec le mouvement vio- 
lent des tables tournantes, mouvement qui a une énergie extrême, 
quand un médium puissant a les mains sur uue table qu'il touche 
à peine. 

A la fin de ses recherches, ajoute P. Lemoine, les mains de l'abbé 
Cadrin étaient couvertes de callosités, non seulement à la paume 
des mains, mais encore aux articulations des diverses phalanges. 
Quelques sourciers, ou bague Misants, sont persuadés que la 
baguette tourne elle-même, sans qu'il y ait action musculaire. Et 
il est à noter que si la main est dans un gant de soie, ou de laine, 
elle ne tourne plus. 

Mais l'opinion de ces professionnels de la baguette divinatoire — 

Richet. — Métapsycliique. 19 



290 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

opinion qu'il ne faut certes pas négliger — n'est pas un article de 
foi. Ils sont très sincères évidemment, mais ils ne peuvent vrai- 
ment pas avoir conscience de leurs mouvements inconscients. Nous 
sommes donc aussi embarrassés que lorsqu'il s'est agi de savoir si 
les mouvements de la table tournante, quand ils sont violents, 
et que le médium touche à peine la table, sont dus à des contrac- 
tions musculaires. 

Nous montrerons plus loin que certains médiums, exceptionnels, 
produisent des raps et des mouvements à distance (télékinésie). Si 
les influences de la baguette ne sont pas dues à des contractions 
musculaires, elles constitueraient alors une sorte de télékinésie spé- 
ciale ? Car évidemment les forces qui actionnent la baguette n'agis- 
sent que par l'intermédiaire d'un individu humain. 

Il serait très intéressant de rechercher méthodiquement si les 
baguettisants ne sont pas des médiums pouvant agir sur les tables, 
et, parallèlement, si les médiums agissant sur les tables ne 
seraient pas aussi des baguettisants. Ce serait là une question toute 
neuve, méritant d'être approfondie. t 

Elle ne semble pas impossible à résoudre. D'après J. de Tristan, 
d'après H. Mager, il y aurait sur 100 personnes près de 20 individus 
capables d'actionner la baguette, peut-être même davantage. Ce 
devrait faire l'objet de recherches nouvelles, certainement fruc- 
tueuses. 

S'il était prouvé que le mouvement de la baguette n'est pas pro- 
duit par une contraction des muscles humains, on aurait alors un 
vrai phénomène de télékinésie. H. Mager a essayé de démontrer que 
la matière dégage des forces (dont il a même essayé d'indiquer la 
direction et le potentiel) capables défaire tourner la baguette : phé- 
nomène de physique absolument nouveau et encore inconnu. Mais 
sa démonstration est faible, voire nulle. En tout cas un être humain 
est nécessaire pour la production de ces mouvements et il n'y a 
rotation de baguette que s'il y a un baguettisant. Donc, puisque une 
baguette pouvant tourner dans un appareil ne tourne pas, puisque 
la main du baguettisant est indispensable, il faut admettre ou bien 
que c'est la contraction musculaire de la main, on bien que c'est 
une sorte d'action télékinétique humaine. 



BAGUETTE DIVINATOIRE 291 

Il n'est guère permis d'hésiter entre ces deux hypothèses. Quoi- 
que je n'aie pas d'expérience personnelle, je préfère à l'opinion 
des sourciers celle des savants. Pour les sourciers la baguette tourne 
toute seule ; pour le savant, la baguette tourne parce que les 
muscles du sourcier la font tourner 1 . 

§3. — De la force rhabdique. 

Donc les mouvements de la baguette sont dus à la contraction 
musculaire inconsciente de l'individu qui tient la baguette. Donc 
il est avéré que des nappes d'eau souterraines, des métaux, cachés 
sous terre ou dans une boîte, exercent une action sur notre incon- 
science, et que cette action mystérieuse est uue force physique 
inconnue; car ce n'est ni l'humidité, ni la chaleur, ni l'électricité. 
Evidemment cette force émanant des choses est profondément 
inconnue ; mais l'hypothèse que cette force existe est une hypo- 
thèse nécessaire; car on ne comprendrait pas, s'il n'y avait pas 
quelque influence énergétique déterminée, qu'il y ait mouvements 
musculaires en étroit rapport avec la réalité de telle ou telle chose 
extérieure. 

Cette force rhabdique a été suffisamment étudiée pour q»'e* 
puisse déjà en indiquer quelques lois. 

Tout se passe comme s'il y avait conduction de cette force par le 
corps humain du sol à la baguette même, et comn? j si cette force 
pouvait être, ainsi que l'électricité et la chaleur, arrêtée par de mau- 
vais conducteurs, par des gants de soie ou de laine, par des chaus- 
sures en caoutchouc. 

Cette force n'est pas seulement celle qui se dégage d'une nappe 
d'eau souterraine. Dans les anciennes observations il s'agissait 
presque uniquement de la détection d'eau par les sourciers; mais 
des expériences récentes ont montré que les métaux ont une même 
action manifeste. 

Il y a des différences d'action entre les différents métaux. Cela a 
été prouvé par J. de Tristan, par H. Mager, Paul Lemoinb 2 . 

1. Voir, le chapitre xvi, 1res obscur, de H. Mager, et J. de Tristan, Recherchée 
sur quelques effluves terrestres (1826), et les Comptes rendus du H» congrès inter- 
national de psychologie expérimentale de 4 913. 

2. Voir H. Mager, Les moyens de découvrir les eaux souterraines et de les uti- 
liser, Paris, Dunod, 1912. 



292 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Les résultats obtenus indépendamment l'un de l'autre par 
H. Mager, d'une part, et d'autre part par P. Lemoine (avec l'aide de 
l'abbé Caubin), sont très concordants. 

Soit 1 gramme la quantité d'or qui peut agir sur la baguette, il 
a fallu pour obtenir les mêmes effets : 

Argent ie r ,2 

Nickel 6 gr. 

Aluminium 15 — 

Zinc . ... 40 — 



Plomb 75 — 

Cuivre 125 — 

Bien entendu on ne doit pas considérer ces chiffres comme aussi 
précis que la mesure d'une action magnétique, mais c'est assez pour 
établir que l'émission et la transmission de la force rhabdique sont 
abordables aux déterminations physiques précises. 

En définitive, voici établi un fait de première importance, c'est 
qu'une certaine force se dégage des métaux, des nappes d'eau, des 
sels métalliques, force qui agit sur l'organisme de certains individus 
avec assez d'énergie pour déterminer dans leurs muscles des con- 
tractions violentes, involontaires. 

Il n'y a pas d'effet sans cause. Si les nappes d'eau souterraine 
provoquent des inflexions de la baguette, c'est parce qu'elles 
agissent comme une cause — c'est-à-dire comme une force — sur 
la baguette. Evidemment c'est par l'intermédiaire de nos muscles ; 
mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a là une force physique nou- 
velle, et une force doDt on peut mesurer le sens et la conduction. 

Cette force rhabdique qui agit ainsi sur les muscles n'agit cer- 
tainement pas sur les muscles eux-mêmes, mais sur le système 
nerveux qui donne le mouvement aux muscles : les muscles ne 
sont jamais que les serviteurs passifs du système nerveux. Et nous 
voici ainsi amenés à cette conclusion dont l'importance n'échappera 
à personne, c'est qu'une force émanant des métaux, des nappes 
d'eau, des sels métalliques, force inconnue qu'on peut appeler rhab- 
dique, agit sur le système nerveux. 

Allons plus loin encore dans l'étude du phénomène. Est-ce par 
une action directe sur le système nerveux inintelligent? Ou est-ce 
par une action sur l'intelligence inconsciente qui élabore la notion 



BAGUETTE DIVINATOIRE 293 

reçue? Ce ne sont pas là deux données ideutiques. La lumière d'un 
signal ne provoque notre course que parce que nous en avons com- 
pris le sens. En soi cette faible excitation lumineuse serait tout à 
fait inefficace pour déterminer un mouvement quelconque. Si elle 
nous fait marcher et courir, c'est parce que cette lumière a, par un 
réflexe psychique compliqué, provoqué l'intelligence à répondre. 
Il nous paraît probable que le mouvement de la baguette est de cet 
ordre ; et que, si les muscles l'infléchissent énergiquement, ce n'est 
pas parce que le système nerveux est directement excité, mais bien 
parce que l'intelligence inconsciente a été éveillée par la force rhab- 
dique. C'est une notion reçue par l'inconscience, puis élaborée par 
elle et transformée en un ordre de contraction : en tout cas ce n'est 
pas une excitation brute des centres moteurs. L'intelligence incons- 
ciente intervient pour transformer cette excitation très faible en 
uue excitation très forte. 

Si au lieu de la baguette on emploie le pendule, les résultats ne 
sont pas moins extraordinaires. Entre les mains du sensitif, en 
apparence inerte, tout d'un coup, lorsqu'il passe par certaines 
places, le pendule se met à osciller avec énergie; dans quelques 
cas c'est comme un tourbillonnement. Ce sont, bien entendu, des 
mouvements musculaires, mais parfaitement inconscients, telle- 
ment inconscients que l'opérateur en est lui-même surpris. Le pen- 
dule, comme la baguette, n'est que l'indice d'une certaine excita- 
tion nerveuse. 

L'excitation nerveuse est quelquefois assez violente pour que 
certains sensitifs, comme A. Viré me l'a raconté, soient pris d'une 
sorte de crise convulsive, en passant au-dessus d'une source sou- 
terraine (qu'ilsignorent cependant). Une hyperesthésie aussi intense 
est très rare; mais dans bon nombre de cas le sensitif éprouve une 
sorte de frémissement, de vibration générale. 

Ainsi l'ébranlement du système nerveux déterminé par la force 
rhabdique se rapproche de la cryptesthésie : c'est-à-dire qu'au 
lieu de donner une simple sensation il donne une sensation accom- 
pagnée d'une certaine connaissance des choses : et bien entendu 
cette connaissance des choses demeure toujours inconsciente. 

Ce qui le prouve, c'est que, s'ils mettent dans la main qui tient 
le pendule et qui le fait inconsciemment osciller, un métal quel- 



394 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

conque, fer, or, cuivre, le pendule ne tourne que si le sensitif 
passe au-dessus d'une masse de fer, d'or ou de cuivre. Si, c'est de 
l'eau, il lui suffira de prendre une bouteille d'eau dans la main ; et 
si c'est une grotte, une caverne, il prendra un petit tube vide creux, 
qu'il se mettra dans la main, et cela ne laisse pas que d'être assez 
comique. Le fait de pouvoir distinguer tant bien que mal des osse- 
ments, des grottes, des morceaux de foute, des liugots d'or, des 
sources, c'est plus qu'une simple excitation nerveuse, c'est la con- 
naissance des choses, c'est-à-dire, somme toute, de la cryptesthésie. 
Aussi les études faites sur la baguette divinatoire sont-elles extrê- 
mement importantes pour édifier quelque théorie sur la cryptes- 
thésie. La divination par la baguette, c'est une sorte de cryptes- 
thésie pragmatique. 

On ne peut donc pas nier l'existence de forces pragmatiques, ou 
telluriques 1 , mais que je préfère appeler rhabdiqiœs, qui mettent 
en jeu la cryptesthésie du baguettisant, absolument comme chez un 
sensitif, le coutact d'un objet lui apporte des connaissances spé- 
ciales que ses sens normaux ne lui peuvent révéler. 

§ 4. — Conséquences au point de vue de la cryptesthésie. 

Nous paraissions, par 1 étude de la baguette divinatoire, nous 
être écartés de la métapsychique, et voici que l'existence de la force 
rhabdique nous fait rentrer complètement dans l'histoire de la 
cryptesthésie. 

En effet, dans le chapitre de la cryptesthésie pragmatique, ou psy- 
chométrie, j'ai pu montrer que les choses exercent certainement 
sur notre intelligence une certaine action. Si l'on donne à une 
médium ou à une somnambule quelque objet qui a appartenu à une 
personne A.., le médium ou la somnambule vont quelquefois 
donner quelques caractéristiques de A..., encore qu'elles ne puissent 
par leurs sens normaux en rien connaître. J'ai appelé cette cryptes- 
thésie pragmatique, parce qu'elle paraît liée à une émanation 
(inconnue) des choses. Certes la cryptesthésie pragmatique est loin 
d'expliquer tous les cas de lucidité ; elle n'en explique même qu'un 



1. C'est le terme dont se sertie professeur M- Benedikt. Ruten und Pendellehre. 
1 vol. 12». Hartleben, 1917. 



BAGUETTE DIVINATOIRE 295 

assez petit nombre. Tout de même il est incontestable qu'elle 
existe. 

Et alors je conclurai en disant : 

La baguette divinatoire est un instrument capable de mettre en jeu 
la cryptesthésie pragmatique : c'est-à-dire de révéler sur les choses des 
faits que nos sens normaux sont impuissants à nous apprendre. 

L'étude des conductions, des résistances, des obstacles à ce flux 
de force nous montre que uolis pourrions, sans doute, par une 
analyse attentive, avoir quelques données précises sur ces forces 
inconnues, émanant des choses, et capables d'émouvoir sinon notre 
conscience, au moins nos organes. 

Il n'y a qu'une analogie assez, lointaine entre la force qui se 
dégage d'une nappe d'eau souterraine pour faire contracter les 
muscles d'uu sourcier, et la force mystérieuse qui se dégage d'une 
mèche de cheveux, d'une montre, d'une bague, pour faire dire au 
médium que ces objets ont appartenu à Marguerite, Georges ou 
Robert, et lui permettre de donner quelques indications sur les per- 
sonnalités de Marguerite, Georges et Robert. 

Tout de même c'est un phénomène du même ordre de grandeur. 

Nous ne les assimilons pas : nous ne prétendons pas que les mou- 
vements de la baguette soient identiques à la cryptesthésie pragma- 
tique, ni même qu'ils expliquent les mouvements de la table tour- 
nante. Pourtant il se dégage deux lois, qui, bien comprises, donnent 
un solide point d'appui à la métapsychique. 

A. Des forces inconnues se dégagent des choses, obéissant à des 
lois physiques susceptibles de mesure et de comparaison. 

B. Ces forces inconnues n'influencent ni notre sensibilité cons- 
ciente, ni nos appareils de physique, et cependant elles agissent 
— suivant des lois ignorées encore — avec une très grande éner- 
gie sur notre organisme inconscient, de manière à lui faire con- 
naître des réalités que les sens normaux ne pourraient lui 
apprendre. 

On peut comparer les baguettisants aux médiums qui font 
tourner les tables. En réalité l'analogie est très grande. La force 
rhabdique qui agit sur un organisme humain et fait contracter les 
muscles, révèle à la conscience des faits que la conscience n'aurait 
pas pu savoir toute seule; de même qu'un médium fait par l'in- 



296 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

termédiaire de la table des réponses qui le stupéfient lui-même. 
Les mouvements musculaires inconscients sont donc — pour la 
baguette divinatoire comme pour la table tournante — révélateurs 
des vibrations que les émanations des choses provoquent dans notre 
intelligence inconsciente *. 

i. Ce chapitre relatif à la baguette divinatoire est très écourté ; j'aurais du 
donner de tout autres développements à cette question importante. Mais ce livre 
est déjà si étendu qu'il ne m'était pas possible d'insister davantage. 



CHAPITRE V 

MÈTAPSYCHIQUE ANIMALE 

On peut se demander s'il y a une métapsychique animale, non 
humaine. La question mérite d'être posée ; car on a essayé d'expli- 
quer par des phénomènes médianimiques les étranges phénomènes 
présentés par les chevaux calculateurs d'Elberfeld et les chiens 
de Manuheim. Nous croyons que ce problème — d'ailleurs extrême- 
ment iutéressaut et aussi obscur qu'intéressant — ne relève pas de 
la métapsychique. Nous devons cependant mentionner ces faits, 
ne fût-ce que pour savoir s'il faut les éliminer des cadres de notre 
science, ou les conserver. 

Vers 1892, à Berlin, Wilhelm von Osten fit connaître des faits 
étrauges ; il avait enseigné le calcul à un cheval : der kluge Hans. 
On nomma une commissioû scientifique qui ne sut pas conclure, 
Les choses en seraient restées là, si un ingénieux et enthousiaste 
négociant d'Elberfeld, Karl Krall, n'avait repris les expériences 
de von Osten, et développé avec beaucoup de talent et d'énergie 
le génie calculateur de quelques chevaux K 

Voici, très résumés, les faits relatifs à cette puissance de calcul 
des chevaux. 

Quatre chevaux, dressés par M. Krall, soit Muhamed, Zarif, 



1. Pour la bibliographie, très étendue déjà, je citerai surtout l'ouvrage de 
K. Krall, Denkende Thiere. On ne peut citer les nombreux articles de polémique 
que cet ouvrage a provoqués en Allemagne, mais il faut faire une place à part 
au livre de 0. I'iungst. Maeteklink a consacré des pages spirituelles aux che- 
vaux d'Elberfeld qu'il a été voir {L'hôte inconnu). G. de Vesme a résumé très 
bien la question dans les .4. S. P. Les chevaux pensants d'Elberfeld. A. S. P., 
1912, 352-363. — Toujours les chevaux d'Elberfeld, ibid., 1913, 117-128. 11 faut 
mentionner surtout deux mémoires excellents de Ed. Clatahède. Arch. de 
Psychol. de Genève, 1912, XII, 263 ; et 1913, XIII, 244-284. On pourra lire aussi les 
articles de Mackenzie (Riv. di psïcologia, novembre 1912), d'AssAGiou (Psiche, 
novembre 1912, trad. fr., in A. S. P., 1913, 1-15), de Ferrari, {Riv. di Psicologia) 
et de Zikgler (Deutsche Zeitung, décembre 1912). Mais ces indications ne donnent 
guère l'idée de tous les articles qui ont été publiés sur le sujet. E. Duchatel. 
Les animaux savants de Mannheim (A. S. P., 1913, 289-303). 



298 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

Hânschen (un poney), Barto (un vieux cheval aveugle) out été 
capables de résoudre des problèmes d'arithmétique simples, et 
même des calculs très compliqués. Ils donnaient leur réponse 
en frappant avec le pied un certain nombre de coups. Par exemple 
pour dire 54, ils frappaient 5 coups du pied gauche, et 4 coups du 
pied droit. 

Ces chevaux sont capables de faire des additions, des soustrac- 
tions, des multiplications, et, ce qui n'est peut-être plus extraor- 
dinaire qu'en apparence, des extractions de racines carrées. 

M. Assagioli, seul avec le petit poney Hânschen, écrit au tableau : 
33 + 44. Et Hânschen répond 77. Puis M. Assagioli écrit 12-|- 33+33 ; 
la réponse est 87 ; c'est-à-dire les nombres intervertis (ce qui est 
assez commun), 87 pour 78. ' 

En l'absence de M. Krall et du palefrenier, Muhamed dit, en quel- 
ques secondes, à M. Claparède la racine quatrième (!!) de 456.776; 
et la racine cubique de 15.376. Maeterlinck a spirituellement 
raconté qu'il avait indiqué au hasard un chiffre pour que Muhamed 
en donnât la racine carrée, mais Muhamed n'a pas répondu, parce 
que ce nombre n'avait pas de racine carrée exacte, ce qui a beau- 
coup surpris Maeterlinck. 
Mais il y a peut-être mieux encore. 

Les chevaux d'Elberfeld, en choisissant successivement des car- 
tons dont chacun représente une des lettres de l'alphabet, peuvent 
entretenir des conversations. En réalité ils parlent par l'alphabet, 
et ils parlent phonétiquement, sans introduire les voyelles dans 
leur transcription de langage. 

Leur conversation est singulière, comme bien ou pense. Un jour, 
Muhamed a dénoncé le palefrenier comme ayant frappé Hânschen. 
Quelquefois ils disent qu'ils sont fatigués et ne veulent pas répondre. 
D'après eux une des personnes présentes était une dame parce qu'elle 
avait des cheveux longs. 

Tout cela est curieux et baroque ; mais, avant d'aller plus loin, 
il s'agit de savoir s'il y a supercherie ou illusion. 

La supercherie de M. Krall est inadmissible. Tous les observa- 
teurs sont d'accord là-dessus, même ses contradicteurs- Sa loyauté 
est incontestée. Et d'ailleurs, en maintes circonstances, il est sorti 
de la salle où son cheval travaillait, et a laissé l'observateur seul 



MÉTAPSYGHigUE ANIMALE 299 

avec lui. Dans de très nombreuses expériences il en a été ainsi. La 
'présence de Krall ou des palefreniers n'est pas nécessaire pour que la 
réponse donnée soit juste. Parfois même on a laissé le cheval tout 
seul dans l'écurie, et on observait ses mouvements à travers une 
petite ouverture vitrée percée dans la muraille. 

Et puis souvent la solution du calcul est trop rapide pour qu'un 
individu, même excellent calculateur, puisse la donner avec la 

3 I 

même rapidité. M. Krall écrit au tableau y 91125, nombre que lui 
a donné M. Assagioli, et immédiatement, en quelques secondes, 
plus vite que n'eût pu le faire un habile calculateur, Muhamed a 
donné la solution juste. 

En présence de ces faits singuliers, invraisemblables, les savants 
allemands (officiels; ont rédigé une étonnante protestation. Vingt- 
quatre professeurs ont signé ce manifeste ridicule, et, sur ces vingt- 
quatre professeurs, il n'y en a que deux qui aient vu les chevaux. Ces 
deux là avaient le droit de dire que les observations de Krall étaient 
des illusions, mais les vingt-deux autres n'avaient le droit que de 
se taire. 

Aussi bien cette protestation n'apporte-t-elle aucun élément nou- 
veau dans la question. Il y est dit qu'accorder à des chevaux le 
pouvoir de calculer comme des hommes contredit complètement la 
conception évolutive (sic) i . 

Voici quelles seraient provisoirement nos conclusions : 

1° L'hypothèse d'un dressage pour répondre à des signes conven- 
tionnels doit être complètement éliminée. Une mystification est 
chose absurde et impossible. 

2° Il faut éliminer aussi l'hypothèse de Pfungst, qui, après avoir 
longuement étudié le langage et le calcul des chevaux, avait sup- 
posé qu'ils répondaient à des signaux inconscients donnés par les 
observateurs. Et en effet souvent les chevaux ont répondu en 
l'absence de tout témoin et par conséquent de tout signe exté- 
rieur. 

Une analyse méthodique des conditions dans lesquelles se fait 
la réponse a permis à Claparède d'établir les faits suivants, impor- 
tants pour la théorie. 

1. Ce curieux manifeste est rapporté par Claparède {Loc. cit., p. 265). 



300 MÉTAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

1° Après quatre ou six mois d'école, les chevaux ne font plus de 
progrès. Krall considère ses élèves comme ayant l'intelligence 
d'enfants de six à huit ans, intelligents, mais ignorants. 

2° Ils ne sont pas capables d'invention, et ils ne font que les opé- 
rations qui leur ont été enseignées. Si compliquée que soit l'extrac- 
tion d'une racine cubique, c'est une opération arithmétique que 
tout enfant moyennement intelligent, de dix ans, est en état de 
faire après quelques mois d'étude. 

3° Ils sont souvent hors d'état de résoudre des problèmes très 
simples, par exemple de dire combien il y a de personnes autour 
d'eux dans l'écurie. C'est beaucoup plus facile — d'après nos 
idées anthropomorphiques — que d'extraire la raciue quatrième de 
456.776. 

4° Ils ne semblent pas travailler ni chercher. C'est à peine même 
s'ils regardent les chiffres inscrits au tableau. Ferrari et Probu ont 
insisté sur cette inattention du cheval Tripoli qu'ils avaient en Ita- 
lie essayé de dresser comme les chevaux d'Elberfeld. Tripoli répon- 
dait en regardant à peine et distraitement. 

5° Les erreurs sont souvent des transpositions de chiffres, comme 
si c'étaient des erreurs de lecture. Quand l'animal n'est pas sûr du 
résultat, il donne un coup timidement, mais il frappe avec force 
quand le résultat est bon. 

Ainsi, pour ce qui concerne le fait lui-même, en présence de ces 
résultats incohérents, nous devons rester incertains, comme nous 
fûmes trop souvent forcés de le faire dans les autres questions 
métapsychiques. 

Pourtant, je pencherais à croire, étant données les affirmations 
positives d'excellents observateurs comme Claparède, Ferrari, 
Edinger, Ziegler, Assagioli, Hartkopf, etc., que les chevaux calcu- 
lent réellement, et que ces opérations arithmétiques sont des 
manifestations de leur intelligence. 

D'ailleurs, il n'y a pas que les chevaux capables de pareils cal- 
culs. Krall a pensé que l'éléphant, dont l'intelligence est si remar- 
quable, pourrait donner de plus beaux résultats. 11 a pris un jeune 
éléphant, Kana, mais le petit Kana était très paresseux et n'a donné 
que des déboires. 



MÉTAPSYCHIQUE ANIMALE 301 

Le chien Rolf, de Mannheim, et la chatte Daisy, ont présenté des 
faits curieux du même ordre. Il paraît que Rolf a spontanément 
indiqué qu'il savait calculer, et il avait appris le calcul en enten- 
dant des leçons données à un entant l . 

Or nous ne pouvons pas supposer que Muhamed, Rolf, Hànschen, 
Berto, soient des êtres exceptionnels. S'ils ont donné des preuves 
d'intelligence, il est à peu près certain que d'autres animaux les 
donneraient aussi. Alors pourquoi les faits relatifs aux chevaux 
d'Elberfeld et aux chiens de Mannheim ne se sont-ils pas répé- 
tés? Pourquoi sont-ils restés isolés dans la science, ou dans la 
légende? 

Si l'aptitude des chevaux au calcul était un phénomène vrai, et 
non une illusion, on devrait pouvoir faire des centaines de che- 
vaux calculateurs. Or il n'en est pas ainsi. Le silence s'est fait sur 
les chevaux d'Elberfeld. On n'eu a pas montré d'autres. Pourquoi, 
si ce n'a pas été uue illusion, idola temporis? 

Telle est, à mon sens, l'objection la plus grave qu'on puisse oppo- 
ser aux faits allégués par Khall 2 . Elle est tellement grave, cette 
objection, qu'elle entraine presque la négation. 

L'incertitude où nous sommes encore sur la réalité des faits nous 
commande d'être brefs sur la théorie. 

On a émis l'opinion que c'était un phénomène de télépathie. 
Mais c'est tout à fait inadmissible. Grabow a obtenu des réponses 
exactes à des chiffres qu'il présentait au cheval, et que lui, 
Grabow, ne connaissait pas. Dans certains cas le cheval a répondu 
quand il était seul dans l'écurie. 

De fait, il n'y a aucune raison valable pour chercher à admettre 
la télépathie. On n'explique pas obscura per obscuriora. 

G. dr Vesme a soutenu une ingénieuse hypothèse : c'est qu'il 
s'agit de faits médianimiques. Après tout, puisqu'il y a des raps 
intelligents dans une table, pourquoi n'y aurait-il pas uue force 

1. Voy. Buchslabierende Hunde, Psycli. Studien, 1918, XLV, 14-Y 

2. Depler, directeur de l'Institut vétérinaire de Prague, a osé dire que cette 
intelligence du cheval n'était pas possible, parce qu'il a, relativement au poids 
corporel, 10 lois moins de cerveau qu'un homme (!!) C'est ainsi que jadis, à la 
Société d'anthropologie, quelqu'un a dit que Gambette n'était pas intelligent, 
parce que le poids de son cerveau était au-dessous de la moyenne des cerveaux 
humains. 



302 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE 

intellectuelle actionnant les muscles et le cerveau d'un cheval, 
comme elle fait vibrer les planches d'une table ? 

C. de Vesme cite à ce propos la curieuse observation d'un jeune 
homme de dix-neuf ans, appartenant à une famille très honorable, 
qui au moyen de la planchette (spirite), pouvait donner instantané- 
ment, c'est-à-dire au bout de trois à quatre secondes au plus, le 
résultat d'additions de plusieurs nombres, de six à sept chiffres 
chacun, opération arithmétique qu'il n'eût pu faire, avec du crayon 
et du papier, qu'en plusieurs minutes. L'automatisme inconscient, 
dans ce cas, fait plus vite et mieux que ne pourrait le faire le cons- 
cient. 

Aussi de Vesme pense-t-il qu'il y a chez les chevaux d'Elberfeld 
un automatisme mental ressemblant à celui du médium. Et cela 
me paraît devoir être accepté, quoique à vrai dire ce ne soit guère 
une explication. 

En tout cas l'automatisme de l'intelligence calculatrice des che- 
vaux n'implique aucunement l'hypothèse d'un phénomène méta- 
psychique, c'est-à-dire d'une force -intelligente différente des forces 
connues. 

Après tout nous ne savons rien (ou très peu de chose) sur l'intel- 
ligence des animaux. Personne ne nous a indiqué quelles en sont 
les limites. Donc si un chien et un cheval font ce que peut faire 
un enfant de dix ans, dûment éduqué, cela indique seulement une 
grande extension de l'intellectualité des animaux. 

Aussi provisoirement dirai-je que l'intelligence calculatrice des 
chevaux d'Elberfeld, si elle existe, comme cela est possible, prouve 
que les chevaux sont aptes aux calculs et aux raisonnements, mais 
que ces calculs et ces raisonnements ne dépassent pas l'intelligence 
des jeunes enfants. 

C'est extraordinaire; c'est invraisemblable ; mais cela n'a rien à 
faire avec la métapsychique qui nous ouvre des mondes inconnus. 

f 



CHAPITRE VI 

A. — MUNITIONS 

i. — des monitions en général 

§ 1 . — Classification et définition. 

On n'aurait qu'une très incomplète notion de la cryptesthésie, 
aussi bien pour la démonstration du phénomène que pour l'étude 
de ses modalités, si l'on omettait la cryptesthésie qui se manifeste 
chez des individus normaux sans avoir été provoquée par quelque 
tentative expérimentale. 

Ces phénomènes de cryptesthésie accidentelle, survenant à l'im- 
proviste chez des personnes normales, nous les appellerons des 
monitions 1 , sans que ce mot de monition implique, l'hypothèse 
d'une volonté monitoire extérieure; et nous les diviserons en trois 
chapitres : 

1° Monitions qui portent sur des événements légers ou graves 
(autres que la mort). 

2° Monitions de mort. 

3° Monitions ayant probablement une objectivité matérielle ; car 
elles sont collectives. 

C'est intentionnellement que je n'emploie pas, pour ces moni- 
tions, le terme hallucination, même en lui accolant des épithètes 
explicatives : véridiqne, télépathique, symbolique. 



1. D'après son étymologie latine, le mot monition indique qu'on est averti de 
quelque chose. Mais cela n'indique pas nécessairement l'intervention d'une intel- 
ligence étrangère. Le mot en effet est encore applicable au cas où la monition 
viendrait de notre intelligence inconsciente, qui aurait acquis la connaissance 
— par cryptesthésie — d'une réalité extérieure, et qui la symboliserait. 



304 CRYPTESTHESIE ACCIDENTEL!. E 

Eu effet, il me paraît qu'il faut réserver le mot hallucination à 
un phénomène morbide, qu'on peut définir ainsi : une image 
mentale extériorisée sans qu'il y ait de réalité extérieure objec- 
tive. 

Or, dans les hallucinations dites télépathiques ou véridiques, c'est- 
à-dire correspondant à une réalité extérieure proche ou lointaine, 
il y a certainement une réalité extérieure objective (peu importe 
que nous la connaissions ou non) une vibration quelconque de 
l'éther (de nature inconnue), une force extérieure qui conditionne 
l'hallucination même. 

Au contraire, dans l'hallucination de l'absinthisme, de l'alcoo- 
lisme, de la paralysie générale, de la manie aiguë, dans l'halluci- 
nation provoquée par suggestion chez les somnambules, dans 
l'hallucination du rêve, et dans les rêves, il n'y a rien d'extérieur : 
tout est vibration cérébrale intérieure. 

L'hallucination est un des symptômes les plus nets de l'aliéna- 
tion mentale : elle se produit à peu près dans toutes les formes de 
délire. Il y a des hallucinations après certaines intoxications; daus 
l'absinthisme et l'alcoolisme aigus.. Dans l'empoisonnement intense 
par le hachich, les illusions sont si fortes qu'elles vont jusqu'à 
l'hallucination véritable : peut-être même la belladone et l'atropine 
produisent-elles, quand la dose est forte sans être mortelle, des 
hallucinations passagères. On peut chez les somnambules provo- 
quer de longues et méthodiques hallucinations, leur faire vivre un 
rêve; car après tout le rêve ressemble beaucoup à l'hallucination. 
Rêver tout éveillé, et ne pas croire qu'on rêve, c'est avoir une hal- 
lucination. 

Mais ces hallucinations n'ont aucune réalité objective. Quand un 
alcoolique voit des rats qui se précipitent sur lui, qu'il entend 
leurs cris et qu'il sent leurs morsures, il n'y a pas de rats. Quand 
on dit à un sujet hypnotisé : « entrez dans cette maison qui est là, 
montez au perron, et asseyez-vous dans le fauteuil » : il n'y a ni mai- 
son, ni perron, ni fauteuil. Quand un persécuté entend des voix, il 
n'y a pas de voix. 

Il est extrêmement rare qu'un individu normal, qui n'est ni 
malade, ni ivre, ni hypnotisé, ait à l'état de veille une représenta- 
tion visuelle, auditive, tactile, de choses qui n'existent absolument 



MONITIONS 305 

pas. La vieille opiniou des médecins aliénistes, que l'hallucination 
est le meilleur signe d'une maladie mentale, et la caractéristique 
infaillible de l'aliénation, cette opinion me paraît encore absolu- 
ment valable. Sauf exception — car il y a toujours des exceptions 
à tout — un individu normal, sain, éveillé, n'a pas d'hallucina 
tions. S'il voit des apparitions, c'est que ces apparitions ont une 
réalité objective quelconque. 

En définitive, il n'y a d'hallucinations, quand toute réalité objec- 
tive fait défaut, que chez les aliénés et les alcooliques. 

Mais il faut bien s'entendre sur ce mot réalité objective. Par 
exemple, pour prendre un cas concret, à Menton, Mad. Bagot voit 
son petit chien Judy traverser la salle à manger, et cela au moment 
même où, en Angleterre, Judy vient de mourir. Ce n'est pas une 
hallucination dans le sens ordinaire du mot, car l'image qui a 
apparu répond à un phénomène réel : la mort de Judy. Mais, d'autre 
part, nous n'irons pas prétendre qu'il y a eu dans la salle à manger 
de Menton un fantôme de Judy, avec un dégagement d'énergies 
mécaniques et lumineuses, correspondant à une fautasmisation de 
Judy. Le phénomène matériel extérieur qui a fait naître chez 
Mad. Bagot l'image de Judy, nous demeure, quant à sa nature 
même, profondément inconnu, et il est probablement tout différent 
d'une fautasmisation. Et je ne vais pas, avec quelques théoriciens 
outranciers du spiritisme, soutenir que le corps fluidique de Judy 
s'est transporté de Londres à Menton. Tout de même, il y a une rela- 
tion entre la mort de Judy et la vision de Mad. Bagot. C'est une 
monition, qui, par une voie quelconque, inconnue, mystérieuse, a 
touché l'intelligence de Mad. Bagot, et alors cette monition s'est 
présentée à elle sous uue forme adaptée à l'intelligence humaine, 
c'est-à-dire par un phénomène visuel. 

Eu tout cas, on ne peut assimiler cette vision à l'hallucination 
d'un aliéné, car il y avait une réalité objective (la mort de Judy) qui 
a été la cause déterminante de cette vision, à la fois véridique et 
symbolique. 

Nous n'emploierons donc pas le mot hallucination (car l'halluci- 
nation que ne conditionne aucune réalité externe est un phénomène 
morbide), mais seulement le mot de monition, qui signifiera une 
hallucination à la fois véridique et symbolique. 

Richet. — Métapsychique. 20 



306 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Envisagées ainsi, les monitions peuvent être considérées comme 
des cas de lucidité : elles diffèrent cependant de la lucidité précé- 
demment étudiée par deux caractères tout à fait particuliers. ■ 

1° Elles ne sont pas expérimentales, mais accidentelles. Les don- 
nées que nous possédons sur les monitions sont dues à des obser- 
vations éparses, et non à des expérimentations méthodiques. Par 
définition donc nous appellerons monitions les phénomènes de 
lucidité accidentelle, non expérimentale. 

2° Pour qu'il y ait ébranlement de l'esprit du percipient, il faut 
un phénomène objectif quelconque. Mais ce phénomène n'a le plus 
souvent aucune ressemblance avec les phénomènes objectifs habi- 
tuels. 

Quand Mad. Hutchins voit son mari lui apparaître et l'appeler 
« Mary, Mary », au moment même où M. Hutchins meurt subite- 
ment, il faut admettre que cette représentation visuelle et auditive 
n'est pas le phénomène mécanique, physico-chimique, ordinaire, 
d'une personne présente qui appelle. C'est une force quelconque se 
produisant près de Mad. Hutchins, et ayant provoqué cette image 
par des émotions cryptesthésiques dont le sens nous échappe. Cette 
vibration inconnue a frappé l'esprit de Mad. Hutchins, mais n'au- 
rait sans doute pas eu d'effet sur une autre personne. 

Dans certains cas, tout à fait analogues au cas de Mad. Hutchins, 
le phénomène extérieur objectif ressemble aux objectivations ordi- 
naires. Alors en effet plusieurs personnes ont simultanément la 
même image, comme par exemple dans le cas de Mad. Téléchoff. 
Son chien et cinq enfants voient l'apparition d'un petit garçon, 
André, qui plane dans la chambre, au moment même où meurt cet 
enfant dans une maison voisine. Certainement alors il y a un phé- 
nomène extérieur, un fantôme, ayant des contours réels, comme en 
aurait une personne vivante. Il aurait probablement impressionné 
une plaque photographique, si une plaque photographique avait 
été là. 

On ne peut donc pas faire de démarcation absolue entre ce qui 
est subjectif et ce qui est objectif ; et certaines monitions établissent 
une relation étroite entre la métapsychique objective et la méta- 
psychique subjective. 

1° Les monitions sont toutes objectives, mais c'est d'une objectivité 



MONITIONS 307 

spéciale, qui n'a aucun rapport avec ce que nous appelons l'objec- 
tivité ordinaire. 

2° Si nous nous conformonsau langage usuel, et si nous n'appelons 
objectif que ce qui est l'habituel ébranlement de nos sens par des 
vibrations mécaniques, physiques ou chimiques, classiques, alors 
nous dirons que presque toutes les monitions sont subjectives. 

Ainsi, en reconnaissant d'ailleurs tout ce que cette distinction 
a de factice, nous classerons les monitions parmi les phénomènes 
de la métapsychique subjective, et nous supposerons que, dans 
tous les cas de monitions nou collectives, l'image (visuelle, auditive 
ou tactile), n'a pas été suscitée dans l'esprit du percipient par une 
force extérieure, mécanique, physico-chimique, analogue aux forces 
extérieures connues. 

Mais les monitions accidentelles ressemblent trop, par certains 
caractères, aux monitions collectives et même aux matérialisations 
expérimentales, pour que nous ayions le droit (parce que c'est 
plus commode) d'éliminer, dans beaucoup de monitions, l'hypo- 
thèse d'une matérialisation, ou quelque chose d'analogue. Nous 
discuterons la question plus loiu. Pour le moment, dans ce chapitre 
d'exposition, laissant de côté toute théorie, nous classerons les 
monitions parmi les phénomènes subjectifs, mais de phénomènes 
ayant ce double caractère : 

1° D'être accidentels, non expérimentaux. 

2° D'être en rapport avec tel ou tel fait réel, qui n'a pas pu être 
connu du percipient parles voies ordinaires de la connaissance. 

§ 2. — Des conditions nécessaires pour que les monitions 
méritent d'être considérées comme telles. 

1. La première condition est la sincérité des témoignages. Or 
il ne paraît pas possible de supposer — sauf bien entendu, çà et là, 
quelques rarissimes exceptions — que les histoires à nous rappor- 
tées aient été racontées à plaisir. Que dans les milliers de cas 
signalés, il s'en trouve un, ou deux, ou quatre, ou même dix, qui 
soient dus à des mystificateurs, c'est possible, encore qu'invrai- 
semblable. Même je serais tenté de croire plutôt qu'il n'y a jamais 
eu, ou presque jamais, de mystifications intentionnelles dans ces 
récits. 



308 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

2. Mais d'autre part, l'inexactitude est aussi certaine que la sincé- 
rité. Et c'est là une cause de grave erreur. 

Quand un récit est douné de seconde main, après qu'il a passé 
par l'imagination et la mémoire (créatrice et infidèle) de deux ou 
trois personnes, ce récit est déformé. Malgré soi, on tend à le cor- 
ser, c'est-à-dire à lui ajouter des détails qui le rendront plus mer- 
veilleux, plus extraordinaire, et à omettre d'autres détails qui le 
rendraient plus naturellement explicable. 

La bonne foi est, dans l'immense majorité, presque dans la tota- 
lité des cas, absolue; mais l'inexactitude est tout aussi absolue. On 
ne trompe jamais, mais on se trompe presque toujours. 

Je citerai un fait à ce propos : celui du livre de bord du trois- 
mâts Jacques Gabriel. Sur le livre de bord est écrite, mais avec une 
encre différente, l'annotation suivante : « En arrivant à Vîle Mau- 
rice, nous apprenons la mort de la femme du second, M. Penaud, décé- 
dée le même jour et à la même heure où le bruit s'était fait entendre. » 
Sur le livre de bord, c'est à la date du 17 juillet qu'est annoncé le 
fait qu'une voix de femme, en pleine mer, avait été entendue sur le 
trois-mâts Jacques Gabriel. Or le registre des décès de Paimbœuf 
indique que la mort de Mad. Penaud a eu lieu le 16 juin. Donc, en 
ajoutant à son livre de bord l'annotation relative au décès de 
Mad. Penaud, le capitaine Mangot a, en toute bonne foi sans doute, 
et sans se rendre compte qu'en fait de science il faut des don- 
nées d'une précision absolue, rapporté la date du décès de Mad. 
Penaud, au jour de la voix entendue, quoiqu'il y eût une différence 
d'un mois. 

Certainement, il est nombre de cas analogues pour lesquels, 
comme dans le cas du trois-mâts Jacques Gabriel, le contrôle rigou- 
reux n'a pas été possible, de sorte que, souvent, quand il n'y a pas 
quelque document écrit datant du moment même, de notables 
réserves sont à faire. Mais ces réserves portent moins sur le fait lui- 
même, et sur la monition hallucinatoire, que sur le moment où elle 
s'est produite, moment qui, s'il coïncidait avec l'événement, entraî- 
nerait une correspondance de temps avec la réalité objective. Il 
serait donc bien injuste de rayer, sans autre forme de procès, tous 
les cas pour lesquels les documents écrits immédiats nous font 
défaut ; car la mémoire, infidèle peut-être quant à la date précise, à 



MONITIONS 309 

quelques heures près, ne peut guère l'être pour quantité de détails. 
C'est même un fait bien singulier que les monitions — est-ce à 
cause de leur caractère un peu théâtral, ou parce qu'on les a racon- 
tées souvent, ou pour une autre raison plus profonde ? — se gravent 
en traits indélébiles dans l'esprit des personnes qui les ont eues, et 
au bout de dix, de vingt, de trente ans, ont gardé encore toute leur 
vivacité, toute leur fraîcheur d'impression. Sans doute il y a 
quelque déformation, mais le fond reste vrai. Sans doute on a pu 
oublier que la lumière était allumée ou éteinte; que l'on a parlé 
tout haut, ou qu'on est resté silencieux; que ce jour-là il pleuvait 
ou qu'il y avait du soleil ; mais le fait essentiel subsiste. Sans 
doute on se fait illusion sur la concordance rigoureuse des heures, 
peut-être même des jours (je l'accorde volontiers) ; en tout cas, ce 
sont des changements qui, malgré leur importance, ne dénaturent 
pas de fond en comble le fait lui-même dans ce qu'il a d'essentiel 
et de caractéristique. 

3. Un point plus difficile peut-être à établir, c'est de constater, 
dans tel ou tel cas spécial, l'impossibilité pour le percipient d'avoir 
eu, par les voies habituelles de la connaissance, la notion du fait 
annoncé par la monition. 

Voici un cas, par exemple, où il s'agit vraisemblablement d'un 
souvenir inconscient 1 . 

M. Newnham, se promenant jadis à Haughton, avait cueilli des 
violettes qu'il avait rapportées à sa femme malade. Douze ans après, 
comme il se promenait au même endroit, et qu'il pensait aux vio- 
lettes jadis cueillies là, Mad. Newnham lui dit : a Je sens qu'il y a des 
violettes dans la haie. » Sans doute ce fut un souvenir inconscient 
de Mad. Newnham (peut-être une coïncidence). Mad. Newnham dit : 
« J'avais complètement oublié le fait. » Elle est parfaitement sincère; 
mais la mémoire inconsciente n'oublie jamais rien. 

Chaque cas mérite d'être étudié d'une manière spéciale. 

Très souvent il est question d'une personne extrêmement 
malade, presque mourante, et alors l'hypothèse d'une imagination 
hallucinatoire devient possible. Mais il ne faut pas exagérer cette 
possibilité. 

1. Hall, tél., tr.fr., 327. 



310 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

D'abord à l'état normal, on riapas d'hallucination. Et ensuite, la 
concordance entre l'heure de la mort et le moment de la monition 
est parfois tellement précise qu'elle ne peut être due à la soi-disant 
imagination hallucinatoire (très rare). M. William savait que son 
beau-frère Georges était extrêmement malade, presque mourant. 
Un matin, il voit près de son lit la figure de Georges, et il dit à sa 
femme : « fai vu Georges ; il est venu durant une minute au lever du 
soleil. » Loin de là, Georges, mourait dans les bras de son père qui 
disait : « Le soleil se lève juste au moment où notre cher fils s'élève vers 
la patrie céleste. » 

La concordance de l'heure est si exacte que le fait que Georges 
était en imminence de mort enlève peu de valeur à cette monition, 
à cause de la concordance précise dans les temps. 

0. Hoddaille, appelé auprès de son grand-père, très malade, 
étant dans le train qui le mène à Mirecourt, entend un profond 
soupir; il se lève, regarde l'heure, et dit à son frère : « Il est une 
heure du matin, mon grand-père doit être mort, ou mourir. » M. B..., 
le grand-père de 0. Houdaille, entrait en agonie à une heure du 
matin exactement. 

Même si l'on élimine — et il ne faut pas les éliminer — tous ces 
cas dans lesquels il s'agit d'une mort très prochainement atten- 
due, il reste un grand nombre de cas où le percipient croyait que 
l'individu dont il a reconnu la forme par une monition était en 
parfaite santé ou à peine malade. 

Ainsi, quand M. Z... quitte son jeune ami B..., B... était en par- 
faite santé. Ils avaient causé de choses indifférentes, et pourtant, 
deux heures après, Z... fait un rêve terrible, au moment même où 
B... se suicidait ». 

On pourrait sans doute diviser les monitions en monitions vrai- 
semblables et monitions imprévues. 

Sont vraisemblables les monitions de mort dans lesquelles il 
s'agit d'un mourant. Sont imprévues les monitions de mort qui 
portent sur des individus en pleine santé. Or la ressemblance, 

1. Il m'a semblé — mais ce n'est qu'une impression qu'une statistique précise 
devrait étayer — que les cas de monition sont relativement fréquents après les 
suicides. On en connaîtrait sans doute davantage, si, dans les familles où il 
y a eu suicide, on n'évitait avec soin de raconter l'événement lui-même et les 
conditions dans lesquelles il s'est produit, 



MUNITIONS 311 

pour ne pas dire l'identité, dans la modalité des uneset des autres, 
est. telle qu'il s'agit certainement du même phénomène, de sorte 
qu'il serait irrationnel de rejeter les monitions de faits vraisem- 
blables, sous prétexte que les faits sont vraisemblables. Etd'ailleurs, 
est-il suffisant de penser qu'un frère est très malade, presque à 
l'agonie, pour voir apparaître son fantôme? Vexpectant attention, 
à laquelle on a attribué monts et merveilles, ne peut vraiment pas, 
chez un individu normal, faire entendre une voix, faire voir une 
figure. Il faut donc donner droit de cité, dans la inétapsychique, 
aux monitious, même quand elles portent sur des faits très vrai- 
semblables. 

4. Toutes les fois qu'une explication simple, non métapsychique, 
peut être donnée d'une soi-disant monition, il faut s'empresser de 
l'adopter, autrement dit être d'une extrême sévérité dans la cri- 
tique. 

M. Barwell et M. Earle voient dans un train leur ami VV... à la 
portière. Ils l'aperçoivent au moment où le train se met en marche : 
W... leur fait des signes avec la main, et bientôt le train est loin. 
A ce moment même, chez lui, W... était pris d'une syncope grave. 
Mais est-ce assez pour affirmer que le double de W... était dans le 
train ? Qui sait si ce n'était pas quelqu'un qui lui ressemblait, un 
étranger quelconque, qui, voyant qu'on lui faisait des signes, a 
répondu en saluant avec la main ? Voilà une hypothèse beaucoup 
plus simple que l'hypothèse du double de W... Alors il faut réso- 
lument rejeter ce récit l . 

Le cas très intéressant de M. Noell, jeune étudiant en pharmacie 
de Montpellier, qui voit dans la nuit sa sœur mourante, et qui 
s'entend appeler par elle, a un côté défectueux. Des télégrammes 
lui annonçaient la maladie grave de sa sœur. Or la servante qui 
devait les lui remettre les a sottement rangés dans un tiroir. Qui 
sait si, en état de demi-inconscience, M. Noell n'a pas lu et ouvert 
ces télégrammes ? C'est assez improbable ; mais ce n'est pas im- 
possible. Cela suffit pourtant à rendre le cas de M. Noell douteux. 

Même si les explications non métapsychiques sont alambiquées 

1. Hall, tél., tr. fr., 380. 



312 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

et peu vraisemblables, pourvu qu'elles aient quelque possibilité 
lointaine, il faut les adopter, plutôt que de recourir à une faculté 
mystérieuse. 

Ainsi le Rev. Killick croit entendre une voix lui disant que sa fille 
Etta se noie L . Quelques mois après il apprend qu'au jour et à l'heure 
où il avait cru entendre cette voix sa fille Etta avait failli se noyer. 
Esl-on assuré qu'il n'y a pas là un fait de paramnésie, une illusion 
de la mémoire? Est-on assuré que le danger d'ETTA n'a pas été, 
après coup, exagéré ? 

Le D r J. Smith entend une voix qui lui dit trois fois de suite : 
« Envoie un pain chez James Gandy ». Alors il se décide à envoyer 
un pain chez J. Gandy, dont il connaissait (mais vaguement) l'exis- 
tence. Et eu effet, les Gandy étaient réduits à une extrême misère, et 
les enfants pleuraient de faim. Mais il est possible que le D r Smith 
ait pu savoir que les Gandy étaient dans le dénûment. Le conseil 
charitable qui lui a été donné par hallucination auditive ne néces- 
sita pas une explication par la cryptesthésie. 

Chaque cas particulier de monition, avec cryptesthésie acciden- 
telle, comporte une critique particulière. Elle a été faite déjà, avant 
que tel ou tel fait eût été livré à la publicité, par les auteurs des 
Phantasms of Living, par G. Flammarion, par les directeurs des 
Annales des sciences psychiques, par les membres de la Society for 
psychical Research. Mais cette critique n'empêche pas qu'il a été 
publié, à côté des cas excellents, des cas faibles, peu probants, qui 
sont peu démonstratifs, mais profitent des cas qui sont pleinement 
démonstratifs. Nous avons cherché à ne donner ici que des cas peu 
reprochables; mais tout de même il en est quelques-uns, trop nom- 
breux encore sans doute, qui, s'ils étaient isolés, seraient sans 
autorité. 

5. Comme notre intention est surtout ;de prouver la réalité de 
la cryptesthésie, nous éliminerons les cas où il y a une notion 
vague, sans récognition. Ainsi Mad. Martyn a une sensation intense 
de peur et d'horreur. Elle n'associe rien de précis à cette sensation, et 
elle apprend le lendemain qu'une personne, qu'elle avait très peu 

1. Hall, tél., trad. fr., 305. 



MUNITIONS 313 

vue depuis deux ans, est morte. Vraiment il n'y a pas lieu de 
parler ici de monition. C'en est peut-être une ; mais rien ne le 
prouve. 

11 faut en dire autant de l'observation du Rév. WiLsoNqui a une sen- 
sation vague et intense de maladie, au moment où meurt son frère 
jumeau. « C'était, dit-il, une trayeur panique : je frissonnais comme 
à l'approche de la mort. Mon frère est mort à peu près quatre heures 
avant que je n'aie été saisi de cette impression douloureuse. » Qu'il 
y ait eu, dans ce cas, monition, c'est assez possible; car il s'agissait 
de sou frère et de son frère jumeau, tout de même M. Wilson n'a 
pas alors pensé à lui, de sorte qu'il vaut mieux supposer une simple 
coïncidence entre ce malaise indéterminé et la mort du frère de 
M. Wilson 1 . 

Si nous nous plaçons au point de vue de la lucidité, nous n'avons 
pas à faire état de ces monitions vagues, qui ne se rapportent pas 
à un fait réel, concret, déterminé, totalement inconnu du sujet. 
Même nous ne les appellerons pas des monitions, car nous réser- 
vons ce mot à l'avertissement d'un fait extérieur réel. Tant que le 
percipieut n'a aucune connaissance, plus ou moins précise, de cette 
réalité, ce n'est plus une vraie monition. 

A. — De l'hypothèse d'une coïncidence fortuite. 

La plus fréquente critique qu'on adresse à la réalité des moni- 
tions, c'est que le hasard peut les donner. 

Nous allons présenter, comme il convient, cette objection dans 
toute sa force. 

« Il y a, tant en France qu'en Angleterre, environ 1.500.000 
décès par an, et mille fois plus de chutes, de blessures, d'ac- 
cidents sérieux, redoutables, suivis de syncopes, d'hémorragies, de 
délires, sans compter les minuscules incidents tels que ceux dont 
les monitions sont indiquées ; cela fait environ 1500 millions de cas. 
Or, comme l'enquête s'étend sur soixante années environ, c'est à 
peu près cent milliards de cas fortuits pouvant être objets de moni- 
tions. Or on a pu (péniblement) recueillir 500 cas; la proportion 
des monitions aux faits pouvant les provoquer est donc de 500 sur 

1. Hall, tél., trad. fr., 88. 



314 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

100 milliards, soit d'un cent-millionième, moins encore sans doute. 
Par conséquent, il y a eu en France et en Angleterre, en soixante ans, 
un cent-millionième seulement de cas (à monition possible) où il 
y a eu monition. C'est très peu ; c'est si peu qu'on peut considérer 
ce cent-millionième comme négligeable, d'autant plus que, si l'on 
éliminait les observations inexactes, les exagérations, les défectuo- 
sités de mémoire, il faudrait sans doute rameuer ce cent-millio- 
nième à une quantité beaucoup plus faible ». 

Cette objection est quelque peu analogue à la remarque de l'in- 
crédule qui, voyant dans une chapelle les témoignages de recon- 
naissance que les marins sauvés du naufrage avaient adressés à 
saint Pierre leur patron, demanda à voir les noms de tous ceux qui 
furent noyés malgré leurs prières. 

N. Vaschide n'a pas pu obtenir de résultats positifs l , mais la cri- 
tique de N. Vaschide est bien peu précise. Il dénie d'abord, contrai- 
rement à tout bon sens, encore qu'il allègue en sa faveur le bon 
sens, l'application du calcul des probabilités. Surtout, après avoir 
établi, par uneenquête personnelle, que leshallucinations constatées 
par lui n'étaient pas véridiques, il en conclut que l'enquête de la 
S. P. R. n'est qu'une illusion ; mais la science en pareil cas ne peut 
prouver une négation, et je comparerais volontiers cettenégation de 
Vaschide à celle du médecin vénitien Primerose, qui répondant à 
Harvey, lui dit : « Il est possible qu'à Londres tu aies entendu le 
cœur battre dans la poitrine, mais nous, à Venise, nous n'entendons 
rien de semblable ». 

On peut répondre à Vaschide. 

1° Le nombre des personnes qui, pour une raison ou une autre, 
par insouciance, par paresse, par inattention, par crainte, ne veu- 
lent pas donner leur témoignage, est assez considérable. Mais sur- 
tout est énorme le nombre de ceux qui n'ont jamais entendu parler 
de nous et de notre enquête. Quelle est la proportion des individus 
passant à Trafalgar Square, ou à la Place de l'Opéra, qui ont ouï 
parler d'une enquête sur les Hallucinations véridiques et qui pen- 
seraient à écrire une lettre pour raconter le fait qui leur est per- 

1. Les hallucinations têlépathiques, ouvrage posthume, Paris. 1908. 



STATISTIQUES DES MUNITIONS 3<5 

sonnel? Et dans les campagnes, et dans les petites villes? Ou peut 
dire hardiment qu'il n'y en a pas une sur 100.000. Par conséquent 
la proportion d'un cent-millionième devient celle d'un dix-mil- 
lième, ce qui est déjà assez différent. 

2. Si au lieu de prendre les cas de télépathie et de monition, qui 
se rapportent à des événements quelconques, on ne prend que les 
monitions se rapportant à la mort, c'est, en n'acceptant bien entendu 
que les cas bien authentiques, avec documents et témoignages à 
l'appui, 250 cas seulement qu'on aura. Or, sur 250 cas, il y aura eu 
en soixante ans 750 millionsdemorts, soit, ensupposantquel/10.000» 
seulement ait pu être touché par l'enquête, 250/75. 000 e , soit 1/300°. 
Telle paraît devoir être à peu près, parmi les personnes aptes à 
répondre, la proportion de celles qui ont eu une monition. C'est 
peu que 1/300°; mais ce n'est plus une quantité négligeable. 

3. L'hypothèse d'une coïncidence fortuite devient tout à fait 
insoutenable quand la monition coïncide exactement, au point de 
vue du temps, avec l'événement. J... a quitté son ami F... alors que 
F... n'avait qu'une très légère indisposition. Or, peu après, dans sa 
chambre, J... voit nettement l'apparition de F... Il demande l'heure 
à sa femme : « 9 heures moins 12 minutes. — C'est donc à 9 heures 
moins 12 minutes, dit J..., que F... est mort. Je viens de le voir . » Or F... 
est mort entre 8 heures 35 et 9 heures du soir. Admettons 8 heures 
45 comme moyenne. Nous avons l'exacte concordance de l'heure. 

Que J... ait une hallucination dans sa vie, et que cette hallucina- 
tion concorde exactement avec la mort de F... cela peut presque se 
calculer. La coïncidence est exacte à quinze minutes près. Par con- 
séquent pendant vingt ans, pour J..., à raison de 96 quarts d'heure 
par jour, et de 365 jours par an, cela fait une probabilité de 1/700. 000 e 
pour que cette coïncidence ait existé l . 

N'est-il pas beaucoup plus rationnel de supposer que J. . . , qui n'est 
ni mystique, ni sujet aux hallucinations, a eu ce jour-là, à cette 

1. Par une autre méthode de calcul C. Flammarion (Revue spirile , février 1921, 

1 
p. 34), est arrivé à une probabilité de o 00 Mn n nfl P°ur le même cas ; mais, que 

1 1 

ce soit 700 0QU ° U 800 000 000 ' c est tout ^ ^ ^ a même improbabilité morale. 



316 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

minute précise, une hallucination, la seule de toute sa vie, parce 
qu'une vibration objective a éveillé son pouvoir cryptesthésique ? 

4. Mais la principale raison pour laquelle il faut résolument éli- 
miner l'hypothèse du hasard, c'est qu'il y a parfois des détails, si 
précis, si abondants, qu'on ne peut parler de coïncidence fortuite. 

Mad. Escourrou à Paris, voit le portrait de son fils s'animer, avec 
un œil (l'œil gauche) crevé et sanglant, sortant de l'orbite. Or, ce 
même jour, son fils, capitaine de zouaves, à l'assaut de. la Puebla 
au Mexique, avait l'œil gauche crevé par une balle. 

Mad. Grebn rêve de deux jeunes filles en voiture à un cheval, qui 
se noient dans un lac, et elle voit deux chapeaux de femme flotter à 
la surface de Veau. Au même moment, à l'autre bout du monde, une 
nièce de Mad. Green, faisant, avec une amie, une promenade dans 
une voiture à un cheval, se noyé dans un lac, et on retrouve les 
deux corps parce qu'on a vu deux chapeaux flotter à la surface. La 
probabilité d'une coïncidence fortuite entre ce rêve et la réalité est 
tellement petite, qu'elle équivaut t à la certitude morale qu'il ne 
s'agit pas du hasard. 

Ne parlons pas de la certitude mathématique. Celle-là, on ne l'a 
jamais. Il n'est pas certain qu'en jetant au hasard toutes les lettres 
de l'alphabet, celles-ci ne vont pas s'assembler pour former le com- 
mencement de l'Iliade. Cette combinaison existe parmi toutes les 
combinaisons possibles, mais tout de même personne ne va sup- 
poser, si l'Iliade est formée ainsi, qu'il y a eu là un effet du hasard. 

5. Dans un petit nombre de cas, il y a eu, à n'en pas douter, 
des phénomènes objectifs accompagnant la monition. L'hypothèse 
du hasard devient alors plus insoutenable encore. 

Mad. Bettany voit dans sa chambre une vieille femme avec un 
long manteau, accroupie par terre. M. Bettany voit aussi la même 
forme. Et ils reconnaissent que c'est Mad. X... Est-il possible qu'il 
n'y a pas eu là un phénomène extérieur? Est-il vraisemblable que 
ce phénomène extérieur ne soit pas lié à la mort de Mad. X..., mort 
quia eu lieu au même moment? 

6. Nous avons fait appel tout à l'heure au calcul des probabilités. 



MONITIONS ET PROBABILITÉ 317 

Mais ce calcul, déjà assez décevant quand il s'agit de données 
mathématiques abstraites, devient absolument illusoirequand inter- 
viennent les éléments complexes et confus qui entourent une moni- 
tion. Alors il faut recourir au bon sens plutôt qu'au calcul. 

M. Wingfield inscrit sur son carnet : R. B., W. B. noms et prénoms 
de son frère, Richard Baker, William Baker, il note l'heure et la 
date, et il ajoute sur son carnet : « God forbid. » A la même heure, 
son frère mourait d'un accident de chasse. 

Le bon sens le plus élémentaire fera conclure qu'il y a une rela- 
tion entre les deux événements, et que ce n'est pas un simple 
hasard qui a fait voir à M. Wingfield l'apparition de son frère. 

Si encore ce cas était isolé, à la rigueur on pourrait prétendre 
que le hasard a pu amener chez un individu normal une hallucina- 
tion (phénomène extrêmement rare quand on est normal), et 
que cette hallucination a été précisément le fantôme de son frère, 
juste au moment où ce frère est mort. C'est énormément invrai- 
semblable ; mais enfin, si ce cas était unique, ou presque unique, 
on n'en pourrait guère conclure. Or il y en a plusieurs centaines 
d'analogues, et la répétition de ces mêmes coïncidences fait que 
décidément on ne peut parler du hasard. 

Si, un jour, au jeu de la roulette, sur 100 tirages, la rouge sort 
80 fois, c'est assez peu vraisemblable ; pourtant on n'en pourra rien 
conclure. Mais si, pendant un mois, constamment, sur 100 tirages, 
la rouge sort toujours à peu près 80 fois, on en devra conclure en 
toute certitude que la machine est faussée. Dans le cas de la rou- 
lette, on peut calculer la probabilité; dans le cas des monitions, on 
ne peut faire de calculs aussi précis ; mais la conclusion est la même. 

En étudiant la lucidité expérimentale, nous avons pu démontrer 
que l'âme humaine a uue faculté mystérieuse, et que certains élé- 
ments de connaissance parviennent à notre intelligence, autres que 
les notions dues à nos sens et à nos sensations. Voici que l'étude 
de la lucidité accidentelle conduit à cette même conclusion, et la 
corrobore avec une force d'évidence incontestable. 

Il y a d'autres voies a la connaissance que les voies habituelles. 
C'est là notre conclusion ferme, aussi solidement établie que les faits 
les plus certains de la physique, de la chimie et de la mathéma- 
tique. 






318 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

§ 3. — Des conditions dans lesquelles se produisent 

les monitions. 

Les monitions se produisent dans les conditions les plus variées, 
et cependant il y a entre elles certains points de ressemblance qu'on 
constatera en lisant les récits que nous donnons plus loin. 

1° En général, pour les monitions visuelles, c'est une forme indé- 
cise, vaporeuse, uu nuage, qui permet de voir les objets qui sont 
derrière, quoique dans d'autres cas les objets placés derrière soient 
occultés, tout comme si l'image était un être réel, opaque. 

2° Les détails de la figure sont parfois perçus avec une netteté 
extrême. On distingue les yeux, le nez, les rides, la couleur des 
cheveux, l'apparence de gaieté ou de tristesse. En un mot tout se 
passe comme s'il s'agissait d'un être vivant et se mouvant dans 
le monde réel. 

3° Quelquefois la forme parle ; quelquefois il y a phénomène 
auditif, sans phénomène visuel; quelquefois — mais rarement — 
il y a phénomène tactile, de sorte que l'impression de la réalité est 
absolue, puisque tous les sens contribuent à faire admettre l'exté- 
riorisation de l'image. Souvent il y a nette compréhension de ce 
que la forme a voulu dire, sans qu'il y ait perception de telle ou 
telle parole nettement prononcée. Absolument comme dans un rêve, 
on sait ce qui est dit, sans qu'il y ait souvenir d'une émission ver- 
bale particulière ou d'une parole ayant frappé nos sens. 

4° La monition a très souvent lieu par un rêve. Alors l'individu, 
à son réveil, se rappelle les circonstances exactes de son rêve. Sou- 
vent aussi son rêve le réveille, sans que l'apparition disparaisse 
tout de suite. Rarement (comme dans le cas du D r Orsi), le rêve 
monitoire se répète plusieurs nuits de suite. Ce rêve arrive souvent 
dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil (Borderland, hal- 
lucinations hypnagogiques de Maury). 

5° La récognition est variable. Souvent la forme est indécise, de 
sorte que le percipient ne peut d'abord être assuré qu'il s'agit de 
telle ou telle personne. C'est un malaise, une angoisse, une inquié- 
tude vague. D'abord le percipient ne pense pas à telle ou telle per- 
sonne plus qu'à une autre. Mais peu à peu il précise sa notion, et 
relie le phénomène visuel constaté à la vision de telle personne 



MUNITIONS 319 

déterminée, sans qu'il l'ait vraiment reconnue. Il sait, il comprend 
que c'est elle, sans bien savoir pourquoi et comment il le sait, 

Cette difficulté dans la récognition est intéressante à constater : 
car elle semble prouver deux processus intellectuels successifs. C'est 
d'abord un ébranlement de notre esprit par une vibration quel- 
conque, qui a un sens, mais dont le sens est obscur. Ensuite cette 
sensation obscure se précise, mais, pour se préciser, c'est-à-dire 
pour sortir de l'inconscience et pénétrer dans le moi conscient, elle 
a besoin de se manifester sous une forme accessible à notre cons- 
titution mentale ; une vision, une audition. Jusque-là nous n'avions 
pas compris. La récognition s'est produite parce que l'inconscient 
a pris le moyen d'une hallucination symbolique pour révéler un fait 
au conscient. 

Quand la récognition est douteuse, on ne peut plus guère parler 
de cryptesthésie. Aussi convient-il d'accorder une importance fon- 
damentale à ce que le percipient, avant que le fait réel lui ait été 
annoncé par les voies normales, ait raconté sa monition formelle- 
ment à tel ou tel témoin, ou, ce qui vaut mieux encore, qu'il l'ait 
écrite sur un agenda. 

Il ne peut y avoir monition lucide que lorsque la récognition a 
été nette. Ainsi Mad. Woodham voit une figure devant elle, très dis- 
tinctement, assez pour que Mad. Woodham s'éveille et dise tout haut, 
de manière à être entendue de sa sœur qui couchait à côté d'elle : 
« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » Le lendemain matin, elle apprend 
la mort d'une vieille servante qu'elle affectionnait et qui était 
malade, et alors elle dit tout de suite : « C'est elle que j'ai vue cette 
nuit ». Mais comme, au moment de l'apparition, elle ne l'avait pas 
reconnue, le cas n'est pas démonstratif. 

Il faut toujours se méfier de la paramnésie, phénomène relative- 
ment fréquent, et que le narrateur, malgré toute sa bonne foi, ne 
peut connaître ; car c'est cette méconnaissance même qui constitue 
la paramnésie. 

6° Les monitions portent en général sur la mort ; souvent aussi 
sur des maladies, ou sur des accidents graves, parfois sur des évé- 
nements légers et insignifiants. 

Ce ne sont pas moins des monitions. La monition d'un phéno- 
mène minuscule est aussi intéressante que la monition d'une mort 



320 CRYPTESTHESIE ACCIDENTELLE 

ou d'un cataclysme, car dans maintes circonstances les nionitious 
de petits faits sont accompagnées de détails précis qui rendent la 
cryptesthésie évidente. Par exemple M... voit sa femme causer avec 
un mendiant qui tient un balai. La monition en soi est tout à fait 
insignifiante. Elle prend un grand intérêt par l'abondance et la 
précision des détails. 

7° Il n'y a pas de rapport nécessaire entre la vivacité de l'hallu- 
cination (ou du rêve) et la précision de la monition. Souvent même 
il n'y a rien ou presque rien ; c'est comme une vision interne, très 
légère, très fugitive, mais qui révèle cependant un détail de 
majeure importance. Quelquefois au contraire la vision est très 
vivante, perçue avec une intensité extrême, et cependant, au point 
de vue de la cryptesthésie, on ne peut en tirer grand parti. Ce con- 
traste apparaît bien dans le rêve. Que de rêves très animés, ayant 
toute l'apparence de la réalité, qui cependant ne signifiaient rien, 
tandis que quelquefois des rêves très passagers ont été monitoires. 

8° Le temps de latence entre l'événement même et la monition 
est variable. Fr. Myers suppose, sans méconnaître que c'est une 
hypothèse, que l'impression télépathique est immédiate, mais que 
l'impression, restée latente dans L'esprit du sujet, n'émerge dans 
sa conscience qu'après un certain intervalle, soit comme une vision 
pendant la veille, soit comme un rêve, soit sous une autre forme. 
Dans presque tous les cas, dit-il, où un fantôme véridique a précédé 
la mort, c'est qu'il y a eu maladie, et non accident. Et alors, l'agonie 
avec son coma et ses convulsions, avant qu'il n'y ait arrêt définitif 
du cœur, c'est-à-dire mort, peut devenir l'origine de la transmis- 
sion télépathique et par conséquent précéder la mort. Dans les cas 
d'accident, la vision est presque toujours consécutive à la mort. 
Myers (p. 273) cite deux cas qui paraissent faire exception à la règle ; 
mais, dans un de ces cas, il a pu y avoir prémonition : dans l'autre, 
comme il s'agissait d'un suicide, Myers suppose que l'agitation 
mentale du malheureux qui voulait se tuer a suffi pour provoquer 
le phénomène télépathique. 

Si l'on traçait la courbe, selon le temps, de la fréquence des 
apparitions après la mort, on verrait que leur nombre va en 

i. Phant. of the Living, i™ édit., I, 952. 



MONITIONS 321 

décroissant rapidement, pour devenir presque nul au bout de 
quelques jours. 

Peut-être, quand le fait causal est très proche, le retard est-il 
moins grand que lorsqu'il est éloigné (?) 

M. Warcollier, en analysant les conditions des monitions télépa- 
thiques mentionnées par les principales enquêtes, est arrivé à cette 
statistique. 

( Hommes 194 64 p. 100 

AGENTS. . . j Femmes 1Q6 36 — 

( Hommes 161 54 — 

PERC1PIENTS . „ ., iri , a 

( Femmes 139 46 — 

De même il a comparé l'état de veille et de sommeil (en assimi- 
lant au sommeil l'évanouissement, le coma, l'agonie). 

AGENT PERCIPIENT NOMBRE DE CAS 

Veille. Veille 7 

Veille. Sommeil 15 

Sommeil. Veille 19 

Sommeil. Sommeil 59 

Il arrive à cette conclusion, corroborée par ses nombreuses expé- 
riences personnelles, que l'état de sommeil, de demi-sommeil (bor- 
derland) est favorable à la télépathie ou à la clairvoyance. 

9° L'apparition visuelle ne se prolonge guère. Généralement, 
elle disparaît au bout de quelques secondes. C'est tout à fait 
exceptionnellement qu'elle persiste longtemps, comme dans le 
cas du matelot Spring, qui a vu, sur son bateau, pendant une 
tempête, son père (qui venait de mourir en terre ferme) se pro- 
mener sur le pont à côté de lui pendant deux heures. 

10° Il y a des monitions qui sont certainement objectives. Ce sont 
celles qui sont collectives. Alors il est très difficile, sinon impos- 
sible, d'admettre qu'il n'y a pas eu quelque phénomène extérieur, 
analogue aux phénomènes extérieurs habituels, d'ordre mécanique, 
qui ébranlent nos sens normaux. 

M. Lemonnier, pharmacien à Rennes, entend un bruit violent à 
sa porte. Le bruit se répète trois fois. Il se lève et ne voit rien. Dans 
une autre maison, M. Nivot, ami de M. Lemonnier, entend au même 
moment à sa porte un bruit violent qui le réveille. Et tous deux 

Richet. — Métapsy claque. il 



322 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

pensent à la mort d'un de leurs amis qui, en effet, mourait en ce 
moment. Est-il admissible que M. Lemonnier et M. Nivot aient eu 
en ces deux points différents de la ville l'un et l'autre uûe halluci- 
nation ? N'est-il pas probable que, si d'autres personnes avaient 
été là, elles eussent entendu les mêmes bruits. 

Le filsde Lady X..., âgé de douze ans, voit (et sa mère la voit 
aussi) une forme qui traverse la chambre, et il dit : « Maman, c'est 
le major ». — J'ai cité le cas de Mad. Téléchokf et de son chien Mous- 
tache, et de ses cinq enfants. — M. et Mad. Bettany ont vu une 
vieille femme dans leur chambre. — Mad. Paget et ses deux filles 
ont entendu les pas d'ARTHUR dans le corridor. — Le colonel 
Wynyard, et M. Sherbrooke ont vu passer M. Wynyard. — M. Weld 
et sa fille ont vu marcher dans une avenue Philippe Weld, 
qui venait de mourir. — La mère et les sœurs du Colonel 
Aylesbury ont entendu la voix de M. Aylesbury. — M. et Mad. L... 
ont entendu, tous les deux, la voix de leur fils. — M. Done et Rosie 
se sont entendus appeler par Mad. Eustance, chacun successive- 
ment, par son nom ; mais il ne paraît pas que Done ait entendu 
appeler Rosie, ni que Rosie ait entendu appeler « Uncle, Uncle ». 

Tout de même, malgré l'apparence, on ne peut pas admettre 
qu'il y a eu, dans tous ces cas d'hallucination collective, un phé- 
nomène extérieur de l'ordre des phénomènes extérieurs connus, 
puisque l'hallucination a été différente. 

10° Presque toujours, en toute certitude, la monition a été absolu- 
ment subjective. M. K... du Royal Military Collège, voit dans la cam- 
pagne une femme qu'on transporte, mais il est seul à la voir. 
L'ami qui l'accompagne ne voit rien. — Mad. Taunton voit au 
théâtre, entre l'orchestre et elle, la forme de son oncle. M. Taunton, 
qui était à côté d'elle, ne voit rien, et lui dit : « Qiïavez-vous? » — 
M. B... prenait le thé avec son fils et sa belle-fille, il voit une figure 
à la fenêtre, mais ni son fils ni sa belle-fille ne la voient. — Miss 
Stella voit un jeune garçon entrer ; elle lui parle, lui offre un 
manteau ; le D r G... qui arrive à ce moment, s'étonne, et lui dit : 
« A qui parlez-vous ? — » Kate Shermann voit le fantôme de son frère, 
elle en parle à sa sœur qui repose à côté d'elle, mais Elisabeth 
Shermann ne voit rien. 

Très souvent le percipient interroge les gens de la maison pour 



SYMBOLISME DES MUNITIONS 323 

savoir s'ils ont vu entrer ou sortir quelqu'un; mais en général, 
presque sans exception, rien n'a été vu. 

Et cependant dans ces divers cas l'apparition a revêtu toutes les 
apparences de la réalité. 

Les cas d'apparition véridique uniquement subjective sont telle- 
ment fréquents que, si l'on ne tenait pas compte des matérialisa- 
tions expérimentales, on pourrait presque conclure que toutes 
les monitions sont subjectives Mais encore une fois il faut bien 
s'entendre sur le mot subjectif. C'est ce que je vais chercher à expli- 
quer dans le chapitre suivant. 

§ 4. — De la forme symbolique que prennent les monitions. 

Du moment que le percipient a notion d'un fait, connaissance 
d'un phénomène que les sens normaux ne peuvent lui révéler, il 
faut, de toute nécessité, qu'une vibration extérieure se soit produite, 
qui touche son intelligence. Par conséquent, il est possible que 
cette vibration se soit communiquée à d'autres qu'à lui, et alors 
qu'une personne, autre que lui, ait éprouvé aussi cette moni- 
tion. C'est ainsi peut-être que se peuvent expliquer certaines 
monitions collectives (mais non pas toutes). M. Done entend une 
voix qui crie : « Uncle! Uncle! » et au même moment Rosy entend 
une voix qui dit : « Rosy ! Rosy ». Il semble que l'appel, entendu 
par deux personnes à la fois, se soit produit par un symbole diffé- 
rent chez l'oncle Done et chez Rosy. 

Ce qui domine l'histoire de toutes les monitions, c'est la tendance 
au symbole. Nous nous mouvons, même à l'état normal, comme l'a 
dit un grand poète, dans une forêt de symboles. Et les cryptesthésies 
deviennent symboliques pour émouvoir notre conscience. Tout se 
passe comme si, pour se faire comprendre de notre intelligence, 
ces monitions, d'origine intellectuelle assurément, avaient besoin 
de s'adapter à notre intelligence même. Elles se dramatisent, et il 
est impossible de ne pas admirer la fécondité de ces inventions 
dramatiques, — car ce sont certainement des inventions — qui 
aboutissent finalement à uue monition déterminée. 

E. Bozzano, le psychologue à qui sont dues tant d'études péné- 



224 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

trantes et sagaces sur les divers points de la métapsychique, 
a insisté sur la forme symbolique des cryptesthésies. Ainsi 
Mrs Thompson, dont la force cryptesthésique est tout à fait remar- 
quable, au lieu de dire Merrifield, dit Merri mann, Merri thought, 
Happy field 1 . 

J'ai raconté la curieuse histoire de Mad. X... qui, étant seule 
chez elle, dans une expérience de lucidité, cherchait à deviner le 
nom de la personne qui causait avec moi. Elle voit une forme 
humaine bien caractérisée, qui prend le nom de Henri. Mais en même 
temps, devant sa porte, se tenait un héraut d'armes, avec hallebarde, 
souliers à rubans et tricorne galonné, empêchant les autres esprits 
de venir dans la chambre ; car ils se précipitaient pour entrer, 
et il ne fallait pas qu'une confusion s'établît entre eux et Henri 2 . 

Mad. A... m'a raconté qu'en rêve, une nuit, elle entend sonner à 
la porte. La femme de chambre entre, effarée, et lui dit : « Madame, 
c'est la Mort ». Alors Mad. A... se dit qu'on ne peut pas faire attendre 
la Mort, et soudain elle se trouve en présence d'un cercueil. Dans 
ce cercueil, elle reconnaît Mad. Gaston Tissandier, dont elle ignorait 
la mort récente. 

Jean-Jules Bigard rêve qu'il est mort, et qu'un employé de mairie 
lui montre son acte de décès ; ce qui le fait rire. Cette même nuit 
était blessé mortellement le soldat Jean-Jules Bigard, son oncle. 

Le Rév. Mark Hill voit un homme qui se jette sur lui, avec tant 
de violence que M. Mark Hill, effrayé, prend un verre sur la table 
et le jette à la tête du fantôme. 

Emma Burger voit entrer son fiancé dans sa chambre. La porte 
s'ouvre et se ferme. 

Longet, professeur de physiologie à la Faculté de Médecine de 
Paris, a vu en rêve son ami Cloquet, qui venait de mourir sans que 
Longet le sût, entrer dans sa chambre, jeter ses livres sur le plan- 
cher, et dire : « Maintenant, je n'ai plus besoin de rien ! » 

M. Weld voit son fils Philippe se promener sur la route avec 
deux autres personnes (imaginaires). 

1. A. S. P., 1907, 638. 

2. Ch. Richet, Discours présidentiel à la Soc. f. Psych. Res., 6 février 1905, 
P. S. P. R , fasc. 4. Le nom de Henri a été dit exactement, avec une probabilité 
(calculée) de 1/20°. 



SYMBOLISME DES MUNITIONS 325 

Miss Barr voit une main qui agite le rideau de son lit : cette 
main porte une bague qu'elle reconnaît pour être la bague de son 
cousin, le capitaine X... qui au même moment, mourait acciden- 
tellement au Canada 1 . 

M. Brighton, étant dans sa cabine, fait un rêve très compliqué. 
Il voit deux fantômes qui sont suspendus près du tuyau de la 
cheminée, qui descendent sur les cordes qui retenaient les amarres 
du bateau. Ces deux fantômes émettent des sons musicaux qui se 
chaugent en cris de triomphequand les deux ombres s'aperçoivent 
qu'elles ont détaché le bateau. Alors celui-ci va à la dérive, est pris 
par des tourbillons. M. Brighton se réveille, saute de sa couchette, 
et monte sur le pont. La nuit était calme, mais l'amarre qui retenait 
le bateau était déchirée. A grand'peine, M. Brighton et son cama- 
rade purent trouver d'autres cordes, et éviter ainsi un grave 
danger 2 . 

C'est un bel exemple de rêve symbolique ; mais il est difficile d'y 
voir là quelque cryptesthésie. C'est très probablement la notion 
inconsciente du danger qui est arrivée à la conscience de M. Brigh- 
ton, sous cette forme pittoresque et dramatique. 

Tout aussi symbolique est le dîner rêvé par Mad. B... dîner où 
tout le monde cause, sauf l'oncle A... qui reste muet. A ce moment 
l'oncle A... venait de mourir. Or Mad. B... qui faisait ce rêve, igno- 
rait la mort de l'oncle A... Elle ne l'a compris que parce qu'à ce 
dîner l'oncle A... seul ne parlait pas 3 . 

Mad. J. Adam voit l'image de sa grand-mère qui, pour lui 
apprendre qu'elle est bien morte, lui montre ses yeux dont les 
orbites sont vides '. 

Les exemples de symbolisme, recueillis par Bozzano, sont 
admirables, et témoignent de la fécondité de l'intelligence incons- 
ciente,, certainement plus riche que l'intelligence normale pour 
l'imagination des détails. D'ailleurs la forme imaginative, créatrice 
du rêve, est, comme on sait, d'une variété infinie. 



1. Ph. of the L., p. 416. 

2. Fr. Myers. P. S. P. R., VIII, 401. 

3. A. S. P., XVII, 728. 

4. Bozzano, Symbolisme et Phénomènes métapsy chiques, A. S. P., 1907, XVII, 
716. 



326 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Mad. Johnson, toutes les fois qu'elle a un souci; voit des mouches 
l'assaillir qui surgissent d'en bas et volent contre son visage. 
L'illusion est complète, et elle ne sépare pas ces mouches imagi- 
naires de la réalité. 

Mad. Wilve, femme du D r Wilve, voit un cheval blanc et un 
cheval noir galoper dans les champs en traînant une voiture dans 
laquelle Mad. Wilve reconnaît quelqu'un à qui doit arriver un 
accident grave. 

Très fréquemment l'idée de mort se présente sous la forme de 
cercueils. 

Mad. A... voit en rêve sa mère arriver avec trois bouquets ; elle 
veut en prendre un (le second); mais il tombe, et Mad. A..., qui a 
trois frères, pense au second de ses frères. En effet, ce jeune homme 
mourait quelque temps après. 

Un cas invraisemblable de symbolisme a été rapporté par Flamma- 
rion 1 . Mad. Maréchal à Paris, voit, dans un demi-rêve cauchemar, 
un spectre qui lui dit en lui serrant le bras : « II faut que de ton 
mari ou de ta fille l'un des deux meure. Choisis ». Moment d'angoisse 
affreuse. Elle se décide (mentalement) à accepter le sacrifice de 
son mari pour sauver sa fille. Cinq jours après, M. Maréchal, qui 
n'était, en apparence, nullement malade, meurt. « J'ai interrogé sépa- 
rément sur ce sujet Mad. Maréchal et sa fille, dit Flammarion, et 
pour moi l'authenticité de cette étrange histoire ne faitpas dedoute? » 

Mad. Wickham, un soir, en se déshabillant, sent une main se 
poser sur sa tête et sur son cou ; une bouche froide et glacée frôle 
la sienne, et elle entend une voix qui lui dit : « Adieu ! adieu! ». — 
M. Bard voit Mad. Fréville se promener dans le cimetière. — 
M. Jones voit un cercueil, et, dans ce cercueil, l'image de sa sœur. 
— Mad. Beaugrand entend un bruit effroyable de tempête au 
moment où son mari périssait dans un naufrage. — M. T. . . aperçoit 
l'image d'une tombe où est inscrit le nom de son ami... — Le lieu- 
tenant V... rêve que son ami le lieutenant L... est tombé dans un 
trou d'obus, entouré d'ennemis, et appelle au secours. — Mad. Paget 
entend le pas lourd de son domestique dans le corridor, s'arrêter 
à l'endroit où il y a un bec de gaz à éteindre. — Mad. Mattews voit 

1. La mort et son mystère, p. 95. 



MONITIONS 327 

Suzanne qui relève les couvertures de sou lit, et se couche à côté 
d'elle. — Le fantôme du père de Sikgs se promène sur le pont du 
navire, touche sou fils à l'épaule, et lui dit : « Gare à ton gouvernail, 
Joe. — M. Noru, entend sa sœur qui l'appelle d'une voix plaintive, 
et lui dit : « Viens, Louis, viens donc ! » 

Or toutes ces images étaient des monitions; car elles correspon- 
daient à des morts, à des événements, que le percipient ne pouvait 
pas connaître par la voie normale. 

Il est bien vraisemblable, — et même presque certain — qu'en 
toutes ces circonstances des faits objectifs extérieurs, mécanique- 
ment et physiquement analogues àl'image hallucinatoire, ne se sont 
pas produits, que, s'il y avait eu des plaques photographiques, des 
microphones, des balances, des phonographes, il n'y aurait pas eu 
d'inscription graphique. La monition — dont le processus nous 
est radicalement inconnu — s'est traduite pour le percipient par 
un symbole. Et qui dit symbole, dit le contraire de la réalité. Il 
correspond à une réalité : il n'est pas la réalité même. 

Ce qui semble prouver que dans la plupart des cas l'hallucina- 
tion est symbolique, c'est que, lorsqu'il s'agit d'un phénomène 
visuel, le fantôme n'est pas nu, mais habillé. Il a tels ou tels vête- 
ments, habituels ou inhabituels. Il ouvre une porte et la referme. 
Il enlève les couvertures du lit. S'il s'agissait de matérialisations, 
il faudrait donc admettre la matérialisation simultanée d'étoffes, de 
vêtements, d'objets divers, apparaissant en même temps que le fan- 
tôme. Certes cela est possible, comme l'indiquent les matérialisa- 
tions expérimentales. Tout de même il est plus simple d'admettre 
qu'il n'y a pas de matérialisation d'étoffes ou d'objets, et que tout 
se passe dans l'esprit du percipient. 11 me semble évident que la 
plupart des monitions sont uniquement subjectives. Je n'oserais 
dire qu'elles le sont toutes, mais les monitions nettement objec- 
tives sont rares, ou du moins l'objectivation ne se présente pas 
sous la forme d'une objectivation ordinaire, mécanique, lumineuse, 
thermique. 

Même lorsque en apparence l'objectivité est complète, on peut 
encore en douter. 

Quelques minutes après la mortdeMad. L... toutes les personnes 
qui étaient dans la chambre mortuaire (sauf Miss H...), c'est-à-dire 



328 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Eliza W..., Charlotte et le D r G... qui avait donné des soins à la 
mourante, entendirent pendant quelques secondes des voix de 
femmes, trois voix, une musique extrêmement douce, comme une 
harpe éolienne. Même Eliza W..., crut entendre des paroles : « The 
strife is over, the battle donc ». Deux personnes qui étaient sorties 
de la chambre y rentrèrent pour entendre cette musique. La nuit 
était parfaitement calme; il n'y avait personne dehors. 

Et cependant les phénomènes ont été certainement subjectifs, 
d'abord parce que M. L... qui était présent, n'a rien entendu, et 
ensuite parce que les différentes personnes qui ont entendu ces 
chants, se les sont représentés chacun d'une manière différente 1 . 

C'est donc là un cas extrêmement intéressant, puisqu'il établit 
qu'il peut y avoir des hallucinations qui, quoique collectives, 
gardent cependant un très évident caractère de subjectivité. 

Nous n'avons pas séparé les monitions reçues pendant le som- 
meil, et celles qui ont été reçues à l'état de veille. En effet, il y a 
une série d'états intermédiaires (borderland) entre la veille et le 
sommeil, des transitions nuancées, qui ne permettent guère de 
classer résolument toutes les monitions dans l'un ou l'autre groupe. 
Bien souvent elles commencent dans le sommeil, et s'achèvent pen- 
dant la veille ; quelquefois, mais plus rarement, c'est l'inverse. Par- 
fois le percipient est pris d'une sorte d'effarement et de stupeur qui 
se rapprochent singulièrement du sommeil. 

Même lorsque le percipient reste éveillé, la vision prend nette- 
ment le caractère d'un rêve. Alors c'est le même état de crédulité, 
suivant l'heureuse expression d'A. de Rochas : l'absence d'étonne- 
ment, l'acceptation des choses les plus imprévues. En effet, il n'y 
a guère qu'une seule différence entre l'état mental d'un individu 
qui rêve, et celui d'un individu qui veille; c'est que l'individu 
endormi ne peut pas arrêter son attention sur les objets réels qui 
l'entourent. Il est transporté dans un monde imaginaire, et il ne 
corrige pas, par des sensations précises, les divagations de sa pen- 
sée. C'est cette absence de correction qui constitue essentiellement 
l'état de rêve. On ne sait plus où on est. On n'est pas rappelé à la 
réalité concrète par les énergies mécaniques et physiques du monde 

1. Phant. of the Living, I, 446. 



MONITIONS 329 

ambiant. L'attention ne peut se fixer, et il n'y a plus de volonté 
directrice. Tel est à peu près l'état mental des individus qui 
reçoivent une monition. 

Pour la plupart des monitions, ne pas supposer qu'elles sont 
subjectives, c'est aussi insensé que de supposer que, dans nos rêves, 
les images qui nous apparaissent ne sont pas uniquement subjec- 
tives. Si nous voyons en rêve un enterrement, un cercueil, et, dans 
ce cercueil, notre frère, il serait démesurément absurde de suppo- 
ser qu'un cercueil a été apporté dans notre chambre avec le corps 
de notre frère dans le cercueil. Pourquoi en serait-il autrement 
dans l'hallucination véridique ? On rêve tout éveillé. Voilà tout. 
Et ce n'est pas une raison suffisante pour croire à un phénomène 
objectif que de dire : « Mais j'étais éveillé. » Gomme si la construc- 
tion d'un rêve devait être impossible parce qu'on se croit éveillé. 

Qu'elles se produisent dans le sommeil, dans l'état intermédiaire, 
ou dans la veille, les monitions ont toujours le même caractère 
symbolique. En eux-mêmes, les détails de la vision n'ont pas plus 
d'importance que les détails bizarres, multiples, extraordinaire- 
ment fantaisistes, qui accompagnent en général tous nos rêves. 
Pourtant les narrateurs ont absolument raison d'insister sur ces 
détails; car, à côté du fait principal, de- l'essentielle monition, 
il y a des faits accessoires, souvent très exacts, qui permettent de 
préciser le phénomène. Dans ce singulier mélange de réalités et de 
constructions imaginaires, la lucidité va s'exercer, non seulement 
sur le fait essentiel, mais aussi, et quelquefois avec une curieuse 
prédilection, sur les circonstances extérieures accessoires. Donc 
dans un récit il ne faut rien omettre, car on risquerait de passer 
sous silence ce qui est le plus intéressant. Et cela s'applique aussi 
bien au rêve qu'à l'état de veille. 

Ne soyons donc pas surpris de la forme symbolique de beaucoup 
de ces monitions, et n'attachons pas une valeur démesurée à la 
forme de ces divers symboles. Ce qui importe, c'est la lucidité, 
c'est-à-dire la perception (cryptesthésique) d'un phénomène vrai, 
phénomène que notre imagination agrémente de détails tantôt 
exacts, tantôt fantaisistes. Et je ne pense pas qu'il y ait de meilleure 
expression pour définir ces monitions à forme hallucinatoire que 
de les appeler des rêves qu'on fait tout éveillé. 



330 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

F. — De l'hypothèse télépathique dans les monitions. 

Quoique les auteurs des Phantasms of Living, dans leur admi- 
rable ouvrage, considèrent les monitions comme étant des cas de 
télépathie, et tendent à admettre que très souvent, sinon toujours, 
il y a eu de la part de l'agent comme un effort pour faire parvenir 
sa pensée au percipient, je suis loin de considérer cette hypothèse 
comme la plus rationnelle (car bien évidemment on ne peut en 
parler que comme d'une hypothèse). 

On trouve tout simple dédire : « la pensée de A... se transmet à 
la pensée de B... ». 

Mais, comme je l'ai indiqué plus haut, à maintes reprises, cette 
proposition n'est pas simple du tout. Alors, dans l'état d'ignorance 
où nous sommes des lois et des causes, je préfère une autre hypothèse 
qui ne préjuge rien, et je mécontenterai de dire — car notre pauvre 
science ne peut guère aller plus loin — B..., par un phénomène 
qui m'est inconnu, sait ce que A... a pensé, mais il sait bien 
davantage. Il sait ce qu'a pensé A.. . , certes, mais c'est parce que la 
pensée de A... est; en effet il peut savoir ce que nul ne sait : il sait 
ce qui est. 

Je dis à Stella : « Dites-moi le nom de deux servantes qui étaient 
auprès de moi dans mon enfance. » Elle me répond (mais seulement 
le lendemain) Mélanie. Or je ne pensais absolument pas à Mélanie. 
Pendant plus de cinquante-cinq ans, son nom ne s'est pas présenté 
à ma mémoire. N'est-il pas plus simple de supposer que Stella a 
dit la réalité, la vérité, plutôt que d'admettre qu'elle a lu une de mes 
pensées les plus inconscientes, et pénétré un souvenir refoulé dans 
le coin le plus obscur de ma mémoire 1 ? 

Quand Mad. Green aperçoit deux femmes qui, en Australie, se 
noient, il est vraisemblable que ces jeunes filles qui n'étaient jamais 
venues en Angleterre, et qui ne connaissaient pas Mad. Green, tante 
de l'une d'elles, aient pensé à Mad. Green avec une telle force que 
ceite vibration a pu faire 20.000 kilomètres : au lieu d'aller émou- 
voir leurs parents qui étaient tout proches. Mad. Fréville ne con- 
naissait pas M. Bard, ou à peine. M. Phibbs voit son chien Fox mor- 

1 . Pour être exact, il s'agissait, dans mon idée, de deux autres servantes : 
Dohothée et Louise. Je ne pensais aucunement à la troisième, qui était Mélanik. 



MONITIONS 331 

tellement blessé au pied d'un mur. Il est beaucoup plus raisonnable 
de supposer que c'est la notion de ce fait qui a frappé son esprit, 
au lieu d'admettre que l'âme de Fox a été ébranler le cerveau de 
M. Phibbs. 

Finalement, la lucidité accidentelle, qui se traduit par des muni- 
tions, nous conduit à la conclusion que nous avait apportée la luci- 
dité expérimentale, à savoir qu'il y a des procédés de connaissance, 
pour l'intelligence, qui sont différents de nos procédés de connais- 
sance habituels. 

Il est possible qu'il y ait dans certaines familles une aptitude 
héréditaire à la lucidité. Le D r Ludwig f en cite un cas assez intéres- 
sant, deux frères et deux sœurs, ayant eu tous les quatre des phéno- 
mènes de cryptesthésie assez nets. 

M. Emile Laurent 1 a insisté avec raison sur certains caractères 
généraux des monitions, en montrant qu'elles paraissent s'arrêter 
dès que la monition a été comprise. 11 semble que l'effet choisi par le 
manifestant, ait été précisément celui qui avait le moins de chances 
de passer inaperçu, étant le plus susceptible d'éveiller l'attention. 
Ou est tenté d'admettre qu'une sorte de choix a été fait, parmi les 
manifestations possibles, de celle qui ne pouvait résulter de causes 
vulgaires. M. Laurent en conclut que les monitions sont intelli- 
gentes. Cette conclusion paraît nécessaire. Mais il ne s'ensuit pas 
du tout que l'intelligence produisant la monition ne soit pas celle 
du percipient lui-même. Tout de même, on est forcé de supposer, 
au moins provisoirement, que les monitions, quelle que soit l'hypo- 
thèse qu'on adopte sur leur origine, le plus souvent sont choisies et 
bien choisies . 

Ajoutons : 1° qu'elles sont symboliques; 2° qu'elles font dans la 
mémoire du percipient une impression tellement forte qu'il en 
garde tous les détails présents à l'esprit pendant longtemps ; 
3° qu'elles ne provoquent pas la prodigieuse frayeur qu'on pourrait 
supposer. 

On ne peut mentionner les histoires légendaires (et peu vraisem- 
blables des rêves monitoires historiques. 

Il parait que Sophocle, le grand poète, eut un rêve cryptesthé- 

1. Telepathische Veranlagung (Psychische Studien, XLVII, 1920, 456). 

2. Remarques sur les manifestations télépathiques , A . S. P., 1907, XVII, 161-176. 



332 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

sique, Hercule lui apparut, et lui indiqua où était une couronne 
d'or qui avait été dérobée. Une récompense considérable était 
réservée à celui qui saurait la découvrir, et Sophocle obtint cette 
récompense 1 . 

Une monition célèbre de Swedenborg attira l'attention de 
Kant 1 . Mad. Martiville, veuve de l'ambassadeur de Hollande, à 
Stockholm fut sommée par un orfèvre de payer une certaine 
somme d'argent (achat fait par le mari défunt). Mad. Marti- 
ville, convaincue que cette somme avait été payée, a la pensée 
étrange de demander à Swedenborg s'il ne pourrait pas, en con- 
versant avec son mari décédé, savoir la vérité relative à cet achat. 
Trois jours après Swedenborg, sans rien expliquer quant à l'ori- 
gine de sa connaissance, alla trouver Mad. Martiville et lui 
dit que la somme avait été payée et que le reçu se trouvait dans 
tel tiroir, de tel meuble, de telle chambre. Ce qui était exact. 

De tous ces faits, nouveaux ou anciens, nous conclurons, une 
fois de plus. 

Il existe dans la nature des vibrations inconnues qui émeuvent l'in- 
telligence humaine, et qui lui révèlent des faits que les sens sont impuis- 
sants à lui faire connaître. 

Si l'on admet la télépathie, il n'y a qu'un mot à modifier à cette 
proposition. Il suffira de dire vibrations de la pensée humaine, au 
lieu dédire vibrations inconnues. Mais c'est restreindre singulière- 
ment la cryptesthésie, et par conséquent la dénaturer, que de la 
limiter aux vibrations de la pensée humaine. 

§ 5. — De la fréquence des monitions. 

Les faits de monitions sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le 
croit. Quand on vient à en parler avec quelqu'un qui affecte d'être 
sceptique, il répond le plus souvent : « Je pourrais vous citer un 
fait de cet ordre, qui m'est personnel, et qui est bien singulier ». 
Et ce fait singulier, qui lui paraît probant, il l'accepte volontiers; 



1. Freudenberg. Ein Hellseher im Klassischen Alterthum (Psychische Studien, 
XLV1I, 1920, 495). 

2. Voy. Oliver Lodge, La survivance humaine, trad. fr., 98. 



MUNITIONS 333 

il le raconte avec une naïve complaisance; mais pourtant, dans son 
enfantine inconséquence, il se refuse à admettre d'autres faits, plus 
probants sans doute, qui ne viennent pas de lui. 

Je ne crains pas de dire que, dans presque chaque famille sans 
exception, on pourrait recueillir des récits plus ou moins bons de 
télépathie. Si on ne les livre pas à la publicité, c'est d'abord parce 
qu'ils sont assez peu probants (et alors on a tout à fait raison de ne 
pas en encombrer la littérature), ensuite parce qu'on craint le 
ridicule, et surtout parce qu'on ne veut pas faire le petit effort qui 
consisterait à entourer de documents précis, de dates, de chiffres, 
de lettres, de papiers officiels, un fait qui, simplement raconté, et 
dépourvu de documents, ne possède pas grande valeur. 

Les monitions se produisent à peu près indépendamment de 
l'âge et du sexe. Elles ont lieu le jour peut-être un peu moins sou- 
vent que la nuit, au début du sommeil, ou au moment du rêve. 

Surtout soyons persuadés que c'est un phénomène psychologique 
plus commun qu'on ne le croit en général. Dès qu'on n'aura plus 
peur d'être pris pour un visionnaire parce qu'on a eu une monition, 
les cas vont se multiplier. Il serait fou de les attribuer soit à une 
fraude colossale se répétant depuis cinquante ans dans tout pays, 
soit à une série d'illusions grossières. Il serait tout aussi déraison- 
nable de considérer tous ces cas comme fortuits. La multiplicité, 
riuvraisemblance, la précision de quelques détails interdit cette 
conclusion. 

Nous sommes donc en présence d'un phénomène inexpliqué, mais 
connu. N'est-ce pas le caractère de la plupart des faits de la science ? 
De fait, dès qu'on vient nous signaler quelque nouveau cas de 
monition, nous pouvons presque toujours lui trouver une analogie 
avec les cas classés. De même que, si un botaniste rapporte dans sa 
boîte quelques plantes qu'il vient de recueillir, il pourra toujours 
rattacher ces plantes à des espèces connues. Voilà ce qui constitue 
le caractère scientifique d'une connaissance. 

Grâce à l'expérimentation nous avons eu la preuve irréprochable 
de la cryptesthésie. Grâce à l'observation, par d'autres méthodes, 
différentes, mais presque aussi certaines, la même preuve nous est 
apportée aussi. 

Pour qu'on puisse se rendre compte de l'intérêt de ces monitions, 



334 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

j'en ai réuui dans les pages qui vont suivre un assez grand nombre. 
Que la lecture en soit monotone, ce n'est que trop certain, mais il 
s'agit ici d'un livre de science, d'une démonstration à faire, et non 
d'un livre d'agrément. 

C'est intentionnellement que nous avons voulu réunir ici beau- 
coup des nombreux cas de monitious qui ont été dûment constatés. 
Ils valeut en effet, non seulement par leurqualité, mais encore par 
leur quantité. Il n'est pas possible, il est extrêmement absurde que 
tous ces faits, dout beaucoup sont authentifiés par des enquêtes et 
des contre-enquêtes, soient faux, ou erronés. Chaque personne non 
prévenue qui lira ces témoignages, acquerra la certitude qu'il n'y 
a ni mensonges, ni exagérations, ni hasards multipliés qui puissent 
expliquer toutes ces monitions. 

Les faits que nous donnons proviennent de sources diverses. 
La principale, la plus abondante, et en même femps la plus juste- 
ment sévère, est l'enquête conduite par la Society for psychical 
Research. Les savants et consciencieux auteurs des Phantasms of 
the Living, Ed. Gurney, Fit. Myers etPoDMORE, ont consigné dans ce 
livre admirable leurs observations. Ils ont été, avec raison, très 
exigeants pour les témoignages, et n'ont admis, sauf rares excep- 
tions, que les récits faits par le percipient lui-même. De plus, ils 
ont constamment pris soin, quand il s'agissait d'une monition de 
mort, de rechercher l'acte officiel indiquant la mort. 

L'enquête de la Society for Psychical Research peut être considérée 
comme un modèle de persévérance et de courage. Elle a une pré- 
cision scientifique que les autres enquêtes ne peuvent guère espérer 
égaler. 

Cette enquête se continue encore aujourd'hui. Les Proceedings de 
la Société contiennent, dans chacun de leurs numéros, des données 
d'un extrême intérêt, et on ne peut rien faire, même de passable, 
sans avoir consulté ces documents, et ceux de la société américaine 
similaire. 

Une autre enquête importante, courageuse et scientifique à la 
fois, a été entreprise par Camille Flammarion dans les Annales poli- 
tiques et littéraires, le Petit Marseillais et la Revue des Revues. Il y a 
eu 4.280 réponses : 2.450 ont répondu qu'ils n'avaient pas de phéno- 



MONITIONS 335 

mènes métapsychiques à coûter, 1.824 ont répondu oui. Il a fallu 
éliminer un assez grand nombre de réponses insignifiantes. Il en 
reste 786 dont une cinquantaine seulement méritent d'être retenues ; 
car il faut, comme très sagement l'a décidé la Society for psychical 
Research, éliminer à peu près tous les récits qui ne sont pas de 
première main. Ou trouvera ces documents consignés dans un 
excellent livre de G. Flammarion, livre riche de faits et d'idées, mais 
parfois trop accueillant pour des récits d'authenticité douteuse. 

Dans l'enquête anglaise, il y a eu 5.705 réponses. Sur ces 5.705, 
il y a eu 590 hallucinations subjectives, et 423 où l'hallucination 
semble avoir été extériorisée. 

Mais de telles statistiques sont inopérantes, car, en général, 
lorsqu'on n'a rien d'intéressant à dire, on ne répond pas. 

La petite enquête que j'ai entreprise au Bulletin des Armées, 
pendant la guerre, m'a amené une centaine de réponses, dont une 
trentaine sont à retenir ; et parmi ces trente il y en a sept à huit qui 
sont d'un puissant intérêt. On les trouvera plus loin. 

Il faut ajouter à ces documents les faits consignés dans les livres 
et journaux spéciaux, dans les Annales des sciences psychiques, les 
Psychische Studien, Light, Religio-philosophical Journal, Luce e Ombra, 
Banner of Light, etc. 

L'ensemble est une masse documentaire imposante. Certes, quand 
on considère isolément chacun de ces récits, on en trouve qui 
sont imparfaits, et ne fournissent qu'une vague démonstration. 
Mais c'est la condition même des sciences d'observation, qu'elles 
ne peuvent jamais atteindre la certitude que donnent les sciences 
expérimentales, et qu'elles ont besoin d'être multipliées pour auto- 
riser uneconclusion 

Si, après avoir lu avec soin les récits que nous donnons ici, on 
n'ose pas conclure qu'il y a des mouitions, c'est-à-dire une relation 
(dont le mécanisme reste mystérieux) entre tel événement exté- 
rieur et notre intelligence, sans que ni nos seus ni notre raison aient 
pu nous rien faire connaître sur cet événement, alors il faut renon- 
cer à toute science d'observation ou de tradition. Il faut douter 
qu'il y a des aérolithes, et que Charlemagne a existé. 

1. L'Inconnu et les problèmes psychiques, Paris, in-12°, 1900. 



336 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

En définitive, les monitions (lucidité accidentelle) confirment la 
lucidité expérimentale, de même que la lucidité expérimentale 
corrobore très fortement la lucidité accidentelle. 

II. — DE QUELQUES MONITIONS NON COLLECTIVES, 
AUTRES QUE LES MONITIONS DE MORT 

L'illustre William James cite et analyse un cas magnifique de 
cryptesthésie 1 . 

Une jeune fille, Berthe, disparaît le 31 octobre 1898, à Enfield 
(New Hampshire). On la recherche activement. Plus de 100 per- 
sonnes sont envoyées pour explorer les bois et les rivages du lac. 
On savait qu'elle s'était dirigée vers le pont Shaker ; mais on ne 
l'avait pas vue au delà. Un scaphandrier avait fait des recherches 
dans le lac et près du pont, mais n'avait rien pu trouver. Or, dans 
la nuit du 2 au 3 novembre, Mad. Titus, à Lebanon, qui est à 8 kilo- 
mètres d'Enfield, rêve qu'elle voit le corps de Berthe, en un endroit 
déterminé. Le lendemain matin, elle va sur le pont Shaker, et 
indique au scaphandrier, très exactement, à un pouce -près, l'endroit 
où devait se trouver le corps de Berthe, la tête en bas, dit-elle, et 
de manière qu'on ne pouvait voir que le caoutchouc d'un de ses 
pieds. Le scaphandrier, suivant les indications de Mad. Titus, 
trouva le corps. Le corps était enveloppé dans les branchages, à 
6 mètres de fond ; l'eau était très obscure. « Je fus très impressionné, 
dit le scaphandrier. Les cadavres dans l'eau ne me font pas peur, 
mais j'avais peur de la femme qui était sur le pont. Comment une 
femme peut-elle venir de 7 kilomètres pour me dire où est le 
corps? Il gisait dans un trou profond, la tête en bas. 11 faisait si 
noir que je ne pouvais rien voir. » 

Le Rev. Drake va voir un jour un de ses amis, M. Wilson, dont 
la fille Jessie était partie pour les Indes depuis quelque temps, et il 
lui dit : «Je sais que votre fille est arrivée aux Indes, aujourd'hui 
5 juin. — Mais c'est impossible, dit M. Wilson, le navire ne doit 
arriver que vers le 15 juiu au plus tôt. — Vous ne croyez pas ce que 
je dis. Écrivez-le sur votre carnet, et notez la date. » Alors M. Wil- 

1. /'. Amerie. S. P. R., I, 2. 



MUNITIONS 337 

son écrivit sur son carnet : « Rév. J. Drake et Jessie, 5 juin 1860. » 
On n'a guère pu savoir comment M. Drake avait eu ce rêve, cette 
vision, on, comme il avait l'habitude de le dire, cette clairvoyance, 
qui lui avaitdonué la certitude. 

M. Bachelot, d'Angers, reçoit, du sergent Morin, une petite bague 
d'aluminium, telle que les soldats artistes en fabriquaient commu- 
nément à leurs heures de loisir, aux tranchées. Une nuit (nuit du 
7 au 8 mars) M. Bachelot est éveillé par une douleur très vive au 
doigt qui porte cette bague, et éprouve la sensation qu'on serrait 
son doigt dans un étau. Machinalement, à demi endormi, il la retire, 
et le lendemain matin croit l'avoir perdue. L'idée qu'il est arrivé 
malheur à son ami Morin s'empare de son esprit. Il envoie chercher 
de ses nouvelles, et parle de ses craintes à trois personnes : M. G..., 
M. S..., et Mad. S... (qui certifient ces détails). Le lendemain il 
apprend que Morin a été blessé (peu grièvement) dans la nuit du 7 
au 8 mars, exactement le 8 mars à 4 heures du matin l . 

L'histoire est curieuse; mais il n'y a peut-être là qu'une coïnci- 
dence. 

Dans la nuit du 23 au 24 septembre, Mad. K... écrit à sa mère : 
« Que faites-vous tous les trois? J'espère que vous êtes en bonne santé, 
quoique j'aie rêvé ces jours-ci que maman s'était cassé la jambe. Pensez 
un peu! ». Or, le samedi 23 septembre, la fillette de Mad. K..., 
âgée de 12 ans, qui était en villégiature chez sa grand-mère, la 
mère de Mad. K..., s'était cassé le bras. Dans son rêve, Mad. K... 
parmi de nombreux cauchemars voyait nettement la maison de sa 
mère, et avait l'impression qu'un accident était arrivé à un des 
siens 2 . 

Là encore il s'agit d'un cas bien peu démonstratif, puisque il y a 
deux fortes erreurs : le bras cassé de la fille, au lieu de la jambe 
cassée de la mère. 

Mad. Claughton a donné un bel exemple de lucidité qui a été 
contrôlé avec le plus grand soin par Fr. Myers. Nous sommes forcé s 

1. Enquête du Bulletin des Armées. 

2. Enquête du Bulletin des Armées. 

Richkt. — Métapsychique. 22 



338 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

d'abréger beaucoup cet intéressant récit, plus remarquable peut- 
être comme prémonition que comme monition 1 . 

Mad. C... demeurait dans une maison (Blake street, n° 6) appar- 
tenant à Mad. Appleby. Cette maison était, paraît-il, hantée par la 
mère de Mad. Appleby, Mad. Blackburn, qui y était morte. Mad. G... 
y était depuis 5 jours, quand elle voit une forme semblable à celle 
de Mad. Blackburn : « Si vous doutez que ce soit moi, dit le fantôme, 
voici la date de mon mariage aux Indes. » Le fantôme indique alors 
à Mad. C..., qu'elle devait aller à Maresby, voir la tombe de 
M. Georges Howard (dont le nom, la datcde mariage et la date de 
décès furent données), qu'on trouverait dans l'église la sépulture 
de Robert Hart, qu'en arrivant à Maresby on ne lui demanderait pas, 
à elle, Mad. C..., son billet de chemin de fer, qu'elle logerait chez 
un homme brun, nommé J. Wrigh^, que la femme de ce Joseph 
Wright avait un enfant enterré au cimetière, qu'elle trouverait des 
roses blanches, sur les tombes. En réalité, tout se passa comme 
Mad. Claughton l'avait prévu. 

On notera que jamais Mad. Claughton n'avait entendu parler ni 
de Maresby, ni d'aucune des personnes mentionnées. 

M. Fred. Marks, étant à Newhaven, a vu, dans la journée, alors 
qu'il s'était endormi sur son lit, son frère, qui était sur un petit 
bateau à voile, prêt à sombrer dans une tempête. Il vit deux jeunes 
gens, dont son frère, dans le bateati. L'un des deux essayait de 
rejeter l'eau, l'autre d'accrocher la voile du mât. Le navire se 
redressa enfin, et parut aborder au rivage. Or, ce même jour, à 
200 milles de là, à Wallingford, sur le lac Oneida, Charles Marks 
et un sien ami faillirent être noyés dans une tempête terrible, qui 
les assaillit sur le lac Oneida. 

Le D 1 Marcel Baudouin, que je connais pour un observateur scru- 
puleux, a pu (ce qui est rare), observer un cas de monition. Étant 
en visite chez Mad. X..., il la voit tout d'un coup, à 11 heures et 
demie du matin, pleurer d'abondantes larmes, au milieu d'une con- 
versation banale. Une heure après, on venait chercher Mad. X... 

1. 11 faut le lire avec soin dans le récit original, P. S. P. R-, XI, 547. 



MOMTIONS 339 

pour lui dire que sa sœur était grièvement malade. De fait Mad. Z... 
la sœur de Mad. X... avait été prise d'une crise aiguë (et mortelle) 
d'angine de poitrine, à l'heure même où Mad. X... avait eu, en pré- 
sence du D r M. B... une crise de larmes inopinées, elle qui ne pleure 
presque jamais, que jamais le D r Baudouin n'avait vue pleurer, et 
qu'il n'a pas vue pleurer depuis 1 . 

Le capit. M... est frappé, le 27 août 1914, d'une balle en pleine 
poitrine, et laissé pour mort sur le terrain, vers 23 heures et 
demie. Or cette nuit, à la même heure, un de ses fils, âgé de 
quinze ans, qui dormait profondément, se lève, va réveiller sa 
mère, et lui dit : « Maman, papa est blessé, mais il n'est pas mort ». 

M. Fryer s'entend appeler par son frère « Rod », avec tant de 
netteté, qu'il le cherche dans toute la maison. Plusieurs jours après, 
son frère lui dit qu'en descendant du wagon il est tombé violem- 
ment sur le quai, et qu'en tombant il avait crié le nom de son 
frère : « Rod ! » Les heures correspondent exactement. 

Mad. X..., nullement mystique, et n'ayant aucune tendance à 
croire aux choses dites occultes, voyageant en chemin de fer dans la 
journée, s'endort un instant, et voit une scène qui lui paraît réelle. 
Un de ses amis, à cheval, essayant avec son cheval de franchir un 
petit mur, faisait une chute sans trop de gravité. Or ce fait, que 
rien d'habituel ne pouvait lui faire connaître, était exact. 

Mad. West, en Norvège, attendant son père et sa mère qui voya- 
geaient, rêve qu'elle les voit en un traîneau qui se heurte contre un 
autre traîneau allant en sens inverse. Mad. West voit son père faire 
cabrer le cheval qui passe sur lui ; elle s'écrie alors : « Père, père! » 
puis elle se réveille, effrayée, et, quand le matin son père arrive, 
elle lui raconte son rêve : « Vous n'êtes donc pas blessé? J'ai vu le 
cheval se cabrer! mais je n'ai pu voir si vous étiez blessé ou non ». En 
réalité, M. Cowes, père de Mad. West, en descendant rapidement 
une pente, croisait une carriole, et, pour ne pas la heurter, faisait 
cabrer le cheval qui se renversa. M. Cowes fils, qui suivait, fut fort 

1. A. S. P., 1900, X, 129. 



340 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

inquiet, et il ne se rassura que lorsqu'il eut vu son père sans bles- 
sures. 

A l'hôpital de Munich 1 un soldat aviateur, retenu à l'hôpital pour 
une affection pulmonaire, se réveille au milieu de la nuit, dans la 
cour ; il a eu un accès de somnambulisme, et il a rêvé qu'il a, 
en avion, volé jusqu'à Schleisheim, qu'il a vu là une sentinelle, 
son ami N..., qui s'est mis à trembler de peur. « Ne me reconnais- 
tu pas ? » dit alors A... « Ah! c'est toi, dit N..., que viens-tu faire ici? » 
Le lendemain matin, A..., persuadé qu'il y a quelque chose de réel 
dans son rêve, écrit à N... pour le lui raconter. En même temps, 
comme l'indique le timbre de la poste, N... écrit à A... pour lui 
dire qu'étant en sentinelle pendant cette même nuit, il l'a vu, lui a 
dit : « C'est toi, Joseph? » J'ai entendu distinctement sa voix, 
ajoute-t-il. Les deux lettres se sont croisées. 

Mad. May Lichfield, lisant le soir dans sa chambre, a la sensa- 
tion soudaine que quelqu'un entre chez elle. Elle ne voit rien, mais 
sent un long et tendre baiser sur le front. Levant la tête, elle aper- 
çoit son fiancé, debout, derrière sa chaise, et qui se penchait sur 
elle comme pour l'embrasser encore. Puis tout disparaît; mais elle 
a le temps de distinguer tous les traits de sa figure, sa haute taille, 
ses larges épaules. Ce même jour, loin de là, M. Lichfield, son 
fiancé, était victime d'un grave accident de cheval, qui ne se ter- 
mina pas mal ; mais il perdit connaissance, et pendant longtemps 
fut assez malade. Au moment où l'accident lui arriva, il pensait à 
May, et disait : « Ma petite May, que je ne meure pas sans te revoir ' » . 

Mad. Paget à 22 heures descend à la cuisine, et soudain elle voit 
son frère Miles qui entre et se dirige vers elle pour s'asseoir. Il 
avait son uniforme de marin, et l'eau brillait sur sa vareuse et sa 
casquette. Elle supposa que c'était la pluie qui avait mouillé ses 
vêtements, et s'écria : « Miles, d'où viens-tu? » Alors, il répondit 
avec sa voix habituelle, mais très vite : « Pour l'amour de Dieu, ne 

i. Zwei deutsche Professoren gegen die Télépathie, par S. Clep.icus (Psychische 
Studien, XLIV, 1917, 350. 
2. Hall, tél., tr. fr., 315. 



MUNITIONS 341 

dis pas que je suis ici ». Et il disparut. « J'eus très peur, dit 
Mad. Pagkt, et j'écrivis la date sur uue feuille de papier, sans en 
rien dire à personne ». Trois mois plus tard, Miles revint, et raconta 
à sa sœur qu'il s'était presque noyé dans le port de Melbourne, et 
qu'on l'avait ramené sans connaissance. Les dates coïncident. Etant 
donnée la différence de longitude, il y a un retard de 10 heures 
entre l'accident et l'apparition 1 . 

Mad. A. Dudlay, de la Comédie Française, a rapporté divers faits 
de monitious relatives à la guerre, mais les récits sont trop peu 
détaillés, et n'ont pas de précision suffisante 2 . 

Le major Kobbé éprouve un jour le désir de visiter le cimetière 
de Green Wood à six milles de New- York. Or jamais il n'allait au 
cimetière, ni lui, ni personne de sa famille. Le voyage au cimetière 
est long et difficile. En arrivant au cimetière il y rencontre son 
père qui y venait pour une exhumation d'un membre de sa famille. 
La lettre par laquelle son père lui donnait ce rendez-vous inat- 
tendu ne lui était pas parvenue. M. Kobbé est arrivé exactement 
à l'heure nécessaire 3 . 

Un cas de monition s'est produit dans une séance de Mad. d'Espé- 
rance 1 . Mais il est très complexe, car il y eut en même temps 
matérialisation. 

Le 3 avril 1890, Mad. d'Espérance, écrit automatiquement en 
grandes lettres, sans savoir pourquoi : « Svens Stromberg ». Ni 
Mad. d'Espérance, ni personne autour d'elle ne connaissaient ce 
nom. Deux mois après, dans une séance spiritique, à laquelle pre- 
naient part Aksakoff et Boutleroff, il fut dit que Stromberg, néà Jemt- 
land, était mort le 13 mars dans le Wisconsin. Et en même temps, 
par une photographie (spirite ?) une figure apparut, (?) et le guide de 
Mad. d'Espérance dit que cette photographie était celle de Strom- 



1. Hall, tél., tr. fr., 317. 

2. Quelques visions véridiques dans le sommeil sur les faits de guerre, A. S. P., 
1919, XXIX, 13-16. 

3. Hall, tél., trad. fr., 90. 
S 4.' Light, 1905, 43. 



342 CRYPTESTHESIE ACCIDENTELLE 

berg, et qu'il était mort, non le 13 mars, mais le 31 mars. Après 
maintes recherches longues et laborieuses, on arriva à découvrir 
qu'un certain Svens Ersson, né au Jemtland, avait émigré au Canada, 
et qu'il était mort dans la nuit du 31 mars. La photographie fut 
identifiée, et il fut prouvé que de New Stockholm, la localité cana- 
dienne où il était mort, la nouvelle ne pouvait, même par le télé- 
graphe, être arrivée à Gothenbourg, en Suède, au moment où son 
nom avait été donné. 

Bozzano estime que ce cas peut être compté parmi les mieux 
documentés, mais cela nous paraît gravement exagéré. 

Voici un cas extrêmement intéressant, car il y eut, ce qui est 
extrêmement rare, plusieurs apparitions successives qui ont abouti 
à la même monition. 

Miss Minnie Wilson, âgée de 17 ans, élevée dans un couvent 
catholique en Belgique, au moment de se mettre à genoux, voit 
son oncle Oldham venir à elle; elle en est extrêmement surprise. 
L'oncle Oldham alors lui dit qu'il fallait prier pour lui, car il 
s'était tué d'un coup de revolver à cause d'un amour repoussé. 
Le lendemain il y eut retour de la même vision, et le surlendemain 
encore. Elle sentait le contact de sa main, mais ne l'entendait pas 
marcher, ni faire craquer le banc. Quand il disparaissait, c'était 
en s'effaçant peu à peu. Plus tard elle apprit que son oncle Oldham 
s'était tué d'un coup de revolver par désespoir d'amour 1 . 

La monition prend quelquefois le caractère absolument net d'une 
monition, c'est-à-dire d'un avertissement formel. 

Hyslop -a authentifié la curieuse histoire de M. Me. Cready, direc- 
teur du Daily Telegraph qui, à l'église de Saint-John (N. B.), uu 
dimanche, a une impression extrêmement forte... c'est comme une 
voix qui lui dit : Retourne à ton office. L'ordre était si impérieux 
que M. Me. Gready traverse l'église en courant, comme un fou, arrive 
aux bureaux du journal, devant ses rédacteurs stupéfaits, et ouvre 
la porte d'une salle voisine ; une lampe à pétrole brûlait, à grande 

i. A. S. P. 1908, XVII, 266. 

2. Am. S. P. B... 1907,487, cité par Bozzano, Dei Fenomeni di telestesia. Luce 
e Ombra, 1920, XX, 136. 



MUNITIONS 343 

flamme, et versait des torrents de fumée dans la chambre. Toute la 
chambre et la personne même de M. Me. CREADYont été absolument 
couvertes d'une couche épaisse de fumée. 

A ce propos et à propos d'autres monitions analogues, Bozzano 
discute la question de savoir si de tels faits nécessitent l'ingérence 
d'une intelligence étrangère. 

Mad. Tonelli, à Saint-Marin, voit, un soir, alors qu'elle essayait 
de s'endormir, sou fils renversé par une voiture, et semblant 
agoniser. Alors elle se lève, fait ciuq kilomètres sur la route qui 
conduit à Costa di Borgo, et voit son fils étendu dans un champ au 
fond d'un ravin daus lequel il avait roulé. Ainsi, malgré l'obscu- 
rité et l'orage, malgré son âge, Mad. Tonelli s'était levée au milieu 
de la nuit, sans avoir aucun sujet normal d'inquiétude, pour faire 
cette longue route *. 

M. Searle, avocat, était à son bureau, au Temple, lorsqu'il voit 
tout d'un coup, aussi distinctement que dans un miroir, la figure 
de sa femme, la tète renversée en arrière, livide et comme morte. 
Exactement à cette heure-là, sous l'influence d'une vive frayeur, 
Mad. Searle, qui n'avait jamais eu encore d'évanouissement, s'était 
évanouie 2 . 

A Syracuse (N.Y.), M. Lee au milieu de sou sommeil se réveille 
brusquement. Il a vu son père tomber dans l'escalier avec grand 
bruit. (Le père de M. Lee était évêque à Owa.) Il se lève, éveille sa 
femme, lui demande si elle a entendu du bruit, regarde l'heure à 
sa montre (2 heures 45). Or, exactement à cette même heure, à 
Owa, l'évêque Lee tombait dans son escalier, faisait une chute 
grave, et mourait quelque temps après. 

M. Hunter Watt 3 rêve qu'un plâtre de la Vénus de Milo, relégué 
dans un coin de son jardin, est tombé, et qu'il a été par la chute 
décapité, ce qui était exactement le cas. 

1. A. S. P., 4905, V, i70. 

2. Hall, tél., tr. fr., 229. 

3. Fr. Myers, Human personality. I, 379. 



344 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Mad. Severn, à 7 heures du matin, se réveille en sursaut. Elle 
croit sentir qu'elle a reçu un coup violent sur la bouche, et a 
éprouvé la sensation que la lèvre a été coupée et qu'elle saigne de 
la lèvre supérieure. Elle y porte un mouchoir, et s'étonne de ne pas 
voir de sang. A cette même minute, son mari, qui était sorti de bonne 
heure pour faire une promenade sur le lac, a été surpris par un 
coup de vent. La barre du gouvernail est venue le frapper à la lèvre 
supérieure. Il a par cette blessure perdu beaucoup de sang 1 . 

Mad. Swithinbank voit son jeune fils (dix ans) debout sur un mur 
élevé qui est face à la fenêtre. Elle se lève précipitamment pour lui 
demander pourquoi il a quitté l'école. L'enfant la regarde avec 
effroi, et disparaît. Mais on ne peut pas le retrouver. Au bout de 
quelques minutes, un de ses amis de classe le ramène dans un cab, 
presque évanoui. Il paraît que pendant une dictée, soudain il était 
tombé en arrière sans connaissance, en s'écriant : « Maman 
saura » 2 . 

Mad. Richardson, aux Indes, rêve que son mari, major général 
qui combattait à 150 milles de là, dans la campagne de 1848 (siège 
de Moultan), est tombé grièvement blessé, et elle entend sa voix 
disant : « Otez cette bague de mon doigt et envoyez-la à ma femme ». 
A peu près à cette heure, à 21 heures, le général, très grièvement 
blessé, donnait sa bague au major Lloyd, qui commandait, et lui 
disait : « Otez cette bague de mon doigt et envoyez-la à ma femme ». 
Le général R... survécut à sa blessure 3 . 

M. Gigon, intendant militaire 4 , était à Aurillac, au café, à faire 
une partie de cartes avec des amis. Soudain, étreint par une angoisse 
irrésistible, il se lève brusquement, et écrit à sa femme : « J'ai 
entendu un appel pressant, angoissé. Oh ! dis-moi ce que tu as voulu. 
Est-ce peine ? Est-ce danger ? » Or, exactement à la même heure, c'est- 
à-dire à 21 heures, le 22 décembre 1878, la petite fille de M. Gigon, 

1. Ciieviïeuil, Loc. cit., 53. 
•2. Hall, tél., tr. fr., 251. 

3. Hall, tél., tr. fr. 144: 

4. Flammarion, Loc. cit., 166. 



MUNITIONS 345 

avait été (à Saint- Servan) brûlée très sévèrement par une boule 
d'eau trop chaude, mise dans le berceau. 

Mad. R... écrit le matin sur son carnet au 15 mars : « nuit de ce 
jour, mars 1874 ». Elle a vu près d'elle la tête et les épaules d'un 
homme se dessinant dans le brouillard comme un nuage. Elle s'écrie 
alors : « Cest le capitaine W... ». Le capitaine, un de ses amis, était 
alors en Nouvelle-Zélande, et il avait promis à Mad. R... que, s'il 
venait à mourir, il lui apparaîtrait. Or le moment de cette vision 
concorde exactement avec une chute violente de voiture que fit 
M. W.., si grave qu'il est resté longtemps sans connaissance, et 
qu'il fut longtemps avant de se remettre 1 . 

M. Phibbs, étant à Infracombe, fait entre 22 heures et 22 heures et 
demie un rêve qui lui montre son chien Fox étendu, blessé et mou- 
rant au pied d'un mur. Il le dit à sa femme. Or, à ce moment, 
dans sa maison de Nailsworth, son chien Fox était attaqué par deux 
bull-dogs, mortellement blessé, et tombait au pied d'un mur 2 . 

M. J. P... voit soudain, en plein jour, pendant qu'il lisait, en se 
promenant, un sien camarade, Louis, qui tombait à la renverse en 
pleurant, avec le geste classique des soldats blessés, la main sur le 
cœur. Il raconte cette vision à sa famille. Quelques jours après, il 
apprend que Louis, ayant blessé à la chasse son frère, s'était 
évanoui de terreur en disant : « Si Charles meurt, je me tue » \ 

M. Martial Lagrange rêve qu'il a un cancer à l'estomac, et qu'il 
est opéré par le D r Guinard. Dans cette même nuit, le D r Guinard 
(chirurgien des hôpitaux), ne pouvant dormir à cause d'une névralgie 
dentaire intense, passe la nuit à travailler un mémoire sur le 
traitement chirurgical du cancer de l'estomac, et naturellement il 
pense aussi à aller rendre visite à M. Martial Lagrange, qui n'était 
cependant pas son dentiste habituel. Dès qu'il entra dans le 
cabinet de M. Lagrange, celui-ci lui dit : « J'ai rêvé de vous cette 

1. Hall, tél., tr. fr., 184. 

2. A. S. P., 1905, XV, 428. 

3. Flammarion, Loc. cit., 155. 



346 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

nuit; j'avais un cancer de l'estomac, et vous alliez m'ouvrir le 
ventre 1 . 

M. Haggard 2 fait un rêve très douloureux : il a une sensation 
d'oppression comme s'il était sur le point de se noyer. Peu à peu 
le rêve prend une forme plus précise. « Je voyais, dit-il, le bon vieux 
Bob (un chien qu'il affectionnait beaucoup) étendu entre les roseaux 
d'un étang. Bob, s'efforçant de me parler et ne parvenant pas à se faire 
comprendre par la voix, me transmettait l'idée qu'il était en train 
de mourir. » Au matin, il ne s'inquiéta pas; on avait vu Bob en 
bonne santé la veille ; mais, dans la journée, Bob ne reparut pas. On 
constata, quelques jours après, qu'il avait été écrasé par un train en 
cette nuit du rêve de M. H... et le choc l'avait jeté dans l'étang voisin. 

Le comte Nicolas Gomanys, médecin-major dans l'armée grecque, 
est envoyé à la garnison de Zante. Comme il approche de l'Ile, il 
entend une voix qui lui dit en italien : « Va voir Volterra ». « Cette 
phrase, dit-il, fut répétée si souvent, que j'en fus comme 
étourdi et même alarmé, parce que je croyais à une hallucination 
auditive. Rien ne me faisait penser au nom de Volterra qui habitait 
Zante, que je n'avais pas vu depuis dix ans, et à qui je n'avais 
jamais parlé. A l'hôtel, pendant que je défaisais ma malle, la voix 
ne cessait de me harceler. Soudain on vint me prévenir que M. Vol- 
terra était là. Il venait me supplier de le suivre immédiatement, 
pour donner des soins à son fils qui était très malade 3 ». 

Le commandant Grima était allé, avec sa femme, à une soirée 
nationale à la Sorbonne et au Chàtelet (14 juillet 1915). En reutrant, 
le soir, à Saint-Denis, Mad. Grima s'aperçoit qu'elle a perdu un dia- 
mant à Paris. Le lendemain matin, le jeune fils de M. et Mad. Grima 
dit à sa mère : « J'ai rêvé cette nuit qu'une petite fille avait trouvé la 
bague et qu'elle te la rapportait . Ta l'as donc perdue, maman? » Et en 
effet, quand M. et Mad. Grima étaient rentrés le soir chez eux, leurs 
enfants étaient couchés et dormaient. 

Mais ce n'est pas là le côté étrange de cette histoire; car peut- 

1. A. S. P., 1893, III, 140. 

2. A. S. P., 1905, XV, 424. 

3. Hall, tél., tr. fr., 306. 



MONITIONS 347 

être les enfants, à demi endormis, ont-ils pu entendre leurs 
parents parler de la bague perdue. Trois mois après, par le plus 
grand des hasards, la bague était retrouvée. C'était une petite fille 
de douze ans, appartenant à une honorable famille parisienne, 
qui avait retrouvé la pierre sur les marches de la Sorbonne. Il y a 
eu donc là en tout cas une prémonition bien extraordinaire 1 . 

Mad. Bagot, étant à Menton, à la table d'hôte, voit son petit chien 
Judy, qu'elle avait laissé en Angleterre, traverser la salle, et sans 
réfléchir, elle dit : « Comment! Judy est ici» /Elle raconte le fait à sa 
fille malade, et, avec son mari, son autre fille et sa mère, on plai- 
sante sur le fantôme de Judy. Cela fut même noté dans le Diary de 
Mad. Bagot. On s'assura qu'il n'y avait pas de chien dans l'hôtel. 
Or à cette même heure Judy, en Angleterre, était mort brusquement, 
frappé d'un mal soudain (il y a quelque incertitude sur la date) *, 

M. G..., de Boston, voit devant lui, tout à fait vivante, l'image de 
sa sœur morte depuis quelque temps : il remarquesur la joue droite 
du fantôme une longue égratignure. Il en parle aussitôt à sa mère qui 
est stupéfaite et s'évanouit presque de terreur. Or la mère de G..., en 
ensevelissant sa fille, avait égratigné la figure, et personne au monde 
ne savait cet incident 2 . 

M. G. Parent, maire de Wiege, rêve une nuit que le feu est à la 
ferme de Chevennes. Il fait des efforts impuissants pour y courir, 
et il assiste, terrifié, à cet incendie où tout s'écroule. Il se lève tout 
tremblant et raconte le rêve à Mad. Parent. Le lendemain, une 
partie de la ferme de Chevennes a été détruite par un incendie 3 . 

Le récit suivant * est trop important pour que nous ne donnions 
pas, sans y rien changer, la lettre qui nous fut écrite par le capi- 
taine V... (14 janvier 1917) \ 

«Le 3 septembre 1916, lors de l'attaque du Chemin-Creux (entre 
Maulpas et Cléry) le sous-lieutenant D... du 13° bataillon de chas- 

1. A. S. P., 1895, XV, 434. 

2. Cité par Bozzano, A. S. P., 1909, XIX, 322. 

3. Flammarion, Loc. cit., 456. 

4. Enquête inédite du Bulletin des Armées. 



348 CRYPTESTHÉS1E ACCIDENTELLE 

seurs alpins, fut atteint par une balle aux deux bras, et quitta la 
ligne pour aller se faire panser à l'arrière. Le soir, et quinze jours 
de suite, il manqua à l'appel. On le chercha en vain dans toutes 
les ambulances. Il fut porté disparu. 

« Le 18 septembre 1916, le 13 e bataillon revint dans le même sec- 
teur où la ligne avait été portée à environ 3 kilomètres en avant. 
Dans la nuit du 18/19 un ami intime deD..., le sous-lieutenant V..., 
vit en rêve, dans un trou d'obus, au bord du Chemin Creux, au pied 
d'un saule, D... agonisant, qui lui reprochait violemment de 
laisser ainsi mourir sans secours son meilleur ami. 

« V. . ., officier le plus froid du monde, calme, sceptique, était pour- 
tant obsédé par son rêve. Il alla trouver S..., son commandant, qui 
ne le prit pas au sérieux d'abord, puis, par complaisance, et pour en 
finir, accorda une courte permission à V... pour faire une enquête 
dans le Chemin Creux. V... y arrive, et retrouve le cadre de son 
rêve. Au pied d'un saule, une baguette avec cette étiquette. « Ici 
deux soldats français ». Rien ne pouvait faire soupçonner la présence 
en cet endroit des restes de D... Pourtant, en fouillant, on décou- 
vrit que c'était bien D... qui avait été inhumé là depuis quinze jours 
environ. Cet étrange fait pourrait être attesté par les officiers du 
13 e bataillon de chasseurs; mais ils ont autre chose à faire ». 

Le D r Ollivier (à Huelgoat, Finistère) part à cheval pour voir un 
malade, dans la campagne, à 20 heures. La nuit est noire. Son 
cheval bute, M. Ollivier tombe et se casse la clavicule. A ce moment 
même, (21 heures) Mad. Ollivier, allant se mettre au lit, est prise 
d'un tremblement nerveux, appelle sa domestique, et lui dit : « 7/ 
est arrivé quelque malheur, mon mari est mort ou blessé i ». 

On peut supposer la monition ; mais une coïncidence fortuite est 
possible, et même vraisemblable. 

Un soldat, paysan de la Creuse, raconte en termes très naïfs 
à M. Raymond Mialaret, qu'un matin sa petite fille, de sept ans, 
l'a vu en rêve, étendu à terre et ayant du sang au bras gauche. 
Elle a raconté le rêve à sa mère, qui a dit que c'était un cau- 

i. Hall, tél., trad. franc., 78. 



MONITIONS 349 

chemar. Or cette même nuit le soldat fut blessé au bras 
gauche l . 

M. Fraser Harris, maître de conférences à Saint-Andrew, étant 
absent de Londres, va passer son dimanche dans un petit hôtel de 
famille, quand soudain il aperçoit la façade de sa maison de Londres. 
Sa femme était devant, sur le pas de la porte et parlait à un ouvrier 
qui tenait un grand balai dans ses mains. « Ma femme avait l'air 
très affligé. » M. Harris comprit que cet homme très misérable lui 
demandait secours. Or, à ce moment précis, Mad. Fraser Harris, à 
Londres, voyait un malheureux qui cherchait du travail. Il deman- 
dait à balayer la neige qui encombrait la rue, et déclarait n'avoir 
rien à manger ni pour lui, ni pour ses enfants. Plus tard, revenu à 
Londres, M. F. Harris reconnut que cet individu correspondait en 
réalité à sa vision-. 

Le lieutenant G.., en secteur aux environs de Reims, n'a pas 
reçu de lettres de sa femme depuis trois jours. Une nuit, il rêve 
qu'il la voit étendue sur un lit, pâle et comme morte. Il se réveille 
en sanglotant et attend des nouvelles avec impatience. Ce n'est que 
trois jours après qu'il apprend que, la nuit de sou rêve, sa femme 
avait failli périr d'asphyxie et d'incendie. La chambre a été toute 
noircie, et il a fallu changer les literies. Longtemps Mad. G... s'est 
ressentie de ce commencement d'asphyxie 3 . 

Une petite fille de dix ans, à Montluçon, voit en rêve son papa (le 
lieutenant D . . ., officier au front) dans le train, venant en permission , 
et elle ajoute qu'il avait un manteau de caoutchouc (qu'on ne lui 
connaissait pas). Le lendemain matin, le lieutenant D... arrive un 
mois plus tôt qu'on ne l'attendait, et avec un manteau de caout- 
chouc acheté en cours de route *. 

Le professeur S. Venturi, directeur de l'asile d'aliénés de Garo- 
falo, raconte qu'il était parti à la campagne à Possuoli, quand, 
poussé par un pressentiment de force inconnue, malgré toutes diffi 

1. Enquête inédile du Bulletin des Années. 

2. Chevreuil, Loc. cit., 45. 

3. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

4. Communiqué par M. Mialaret, Enquête inédite dti Bull, des Armées. 



350 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

cultes, il veut à tout prix rentrer chez lui à Nocera. Il rentre 
donc et trouve sa femme en grand émoi. Sa petite fille venait d'être 
atteinte du croup, et menacée de mort. Mad. Ventcri, dans un 
grand état d'agitation, criait et appelait son mari avec angoisse 1 . 

M. Keulemans, dessinateur ornithologique renommé, a eu plu- 
sieurs cas assez intéressants de cryptesthésie. Sans entrer en état 
de trance caractérisée, il a une sorte de visualisation assez nette 
quand il dessine, en s'y appliquant, une tête d'oiseau, ou mieux des 
yeux d'oiseau. Mais les cas de télesthésie signalés par M. Keulemans 
ne sont pas assez précis pour déterminer une conviction. Ils sont 
très intéressants par leur forme symbolique 2 . 

On me permettra, pour terminer cette énumération très incom- 
plète des monitions non suivies de mort, de rapporter une moni- 
tion qui m'est personnelle. Elle n'est guère un témoignage de cryp- 
testhésie, car il n'y a pas coïncidence des dates, et il n'y a pas eu 
de récognition. Toutefois les phénomènes psychologiques sont trop 
identiques à ceux qui accompagnent les monitions lucides, pour que 
je ne la mentionne pas ici. 

C'était pendant le second mois de la guerre, dans la nuit du 22 
au 23 septembre 1914. J'étais alors en Italie, à Rome, car j'avais cru 
nécessaire de faire, dès le début de la guerre, pour notre sainte cause 
nationale, une propagande active en Italie. L'hôtel Quirinale, dont 
j'habitais le premier étage, était absolument désert. J'étais, je crois 
bien, le seul voyageur demeurant à cet étage. Une nuit, comme je 
dormais assez profondément, je suis réveillé par trois coups, très 
nets, mais pas très forts, frappés à la porte de ma chambre. Je 
m'assois sur mon lit; j'allume la lampe électrique; et, aussitôt, de 
nouveau, j'entends trois coups. Alors je dis : « Entrez ». Soudain, 
derrière la porte, mais semblant tout près de moi, j'entends une 
voix très distincte, une voix de femme, suppliante, comme une 
femme parlant à voix basse et assez lentement : « Docteur ! Docteur ! » 
en traînant beaucoup sur la dernière, syllabe. Alors, tout à fait 
éveillé, assis sur mon lit, je dis tout haut : « C'est bon, je viens ». Ma 
réponse a été presque automatique ; car ma première pensée, très 

1. Tamburini, Observ. sur la télépathie (A. S. P., 1893, III, 292). 

2. A. S. P., 1903, XII, 217. 



MUNITIONS 351 

fugitive, avait été qu'on venait me demander un secours médical 
quelconque. Mais il n'y eut plus rien. J'ouvris la porte (mais de 
celajene suis pas absolument sûr), et, ne voyantpersonne, j'inscrivis 
sur un bout de papier l'heure exacte, 1 heure 20 (car je m'étais, 
depuis quelques secondes, rendu compte qu'il s'agissait d'une hallu- 
cination). Je n'étais cependant nullement effrayé, et je pus sans 
peine, au bout d'une demi-heure environ, me rendormir. 

Pourtant mes cinq fils étaient en ce moment à la bataille, exposés 
aux pires périls. Mais, comme il y avait une voix de femme, et que, 
ces jours-là, ma belle-fille devait accoucher, je me suis imaginé 
que c'était la monitiou de cet accouchement. Même j'inscrivis là 
précise prévision de cet événement sur mon carnet. 

Ce n'était pas cette monition-là. On ne peut même pas parler 
dune autre monition quelconque. Six jours auparavant, sans que 
la nouvelle me fût encore parvenue, le 17 septembre, à Reims, dans 
l'après-midi, mon fils Jacques avait été sérieusement blessé, et fait 
prisonnier. 

De par cette expérience personnelle, je peux donc me rendre 
compte du caractère d'une monition auditive. (Qu'elle soit lucide, 
ou non, peu importe au point de vue du caractère psychologique 
qu'elle revêt.) Si je puis en juger par mon cas, c'est aussi net qu'un 
phénomène de la vie normale. Au début, quand je m'éveillai, et 
que j'étais dans le Borderland, il y eut un peu d'incertitude ; mais 
en quelques secondes l'extériorisation se précisa. Et même il est 
remarquable que tous les détails s'en soient fixés solidement dans 
ma mémoire. Ils se déforment quelque peu sans doute, mais la trame 
reste solide. 

Pour ce qui est de cette monition personnelle, il est absolument 
impossible de prouver qu'il s'agit là d'une monition relative à la 
blessure et à la captivité de mon fils Jacques. Pourtant je demeure 
convaincu — sans d'ailleurs demander que cette conviction soit 
partagée — qu'il s'agit là d'une monition véritable. L'analogie est 
trop grande avec les innombrables cas observés. 

C'est la seule monition hallucinatoire que j'aie reçue. 

Cependant, j'ai eu deux fois, dans le cours de ma vie, si longue 
déjà, deux éclairs de cryptesthésie, un dans la veille, un autre dans 
l'état de rêve. 



352 CRYPTESTHÉS1E ACCIDENTELLE 

Un soir de l'hiver 1899, j'étais dans ma bibliothèque de la rue de 
l'Université, à travailler. Ma femme avait été ce soir-là à l'Opéra, 
avec ma fille Louise. Soudain, vers 22 heures 30, je me suis imaginé 
(la première fois de ma vie et sans qu'il y eût la moindre odeur de 
fumée dans la chambre) qu'il y avait un incendie à l'Opéra. Ma 
conviction fut assez forte pour que j'écrivisse sur un bout de 
papier : « Feu! feu! » Quelques minutes après, je me figurai que ce 
n'était pas assez et j'écrivis : « AU! » (c'est-à-dire attention). 
Puis, sans inquiétude d'ailleurs, je me remis à mon travail. Vers 
minuit, dès que ma femme et ma fille rentrèrent, tout de suite, je 
leur demandai : « Est-ce qu'il y a eu un incendie? » Elles furent 
extrêmement surprises. « Non, me dit ma femme, il n'y a pas eu 
d'incendie, mais nous avons eu très peur. A un moment, dans un entre- 
acte, une fumée s'est élevée de l'orchestre ; il y a eu une rumeur; je suis 
sortie précipitamment de la loge pour savoir ce qui en était, et j'ai dit 
àma fille : « Quand je reviendrai, pars tout de suite sans rien attendre ! » 
On ma rassurée, et la représentation a continué sans encombre. » 

Mais ce n'est pas là le seul élément singulier de cette cryptes- 
thésie. Au moment où j'écrivais sur mes notes : Feu! feu! AU. », 
ma sœur, Mad. L. Ch. Buloz, dont l'appartement n'est séparé du 
mien que par une porte, s'imagine qu'il y avait le feu chez moi. Elle 
va jusqu'à la porte, et, au moment de l'ouvrir, comprenant que 
sa crainte était chimérique, elle s'arrête en disant : « Non, je ne vais 
pas pour cette sottise déranger mon frère ». 

Ainsi, au même moment, ma sœur et moi nous avons eu une 
impression d'incendie. C'est l'expression la plus exacte que je trouve 
pour indiquer la notion très vague que j'ai ressentie, pendant 
qu'à un kilomètre de là, il y avait à l'Opéra, où se trouvaient 
Mad. Charles Richet et ma fille, une sérieuse menace d'incendie. 

Est-ce coïncidence? Est-ce parce que rue de l'Université il y a eu 
une odeur de feu et de fumée, si faible qu'elle n'a pas été perçue 
par la conscience? 

Voici maintenant pour le rêve à-demi cryptesthésique. 

J'étais assez profondément endormi vers 8 heures du matin, 
en 1907. Je rêvais à ce moment que j'étais avec Mad. Charcot (pour- 
quoi Mad. Charcot, que je neconuais absolument pas, à qui je n'ai 



MONITIONS 353 

jamais parlé, que je n'ai même jamais vue?) et que nous étious 
ensemble, en automobile, dans une avenue de platanes. Mais l'auto 
allait tellement vite que j'avais peur d'un accident. L'accident 
arrive, et me réveille. L'accident était tout simplement le facteur 
qui m'apportait une lettre chargée. Et tout de suite, en prenantcette 
lettre, — je ne sais vraiment à quoi attribuer cette impression, — 
je me suis imaginé qu'il y avait une relation entre mon rêve et la 
lettre chargée qui m'arrivait. J'en étais tellement certain que, pour 
avoir un signe matériel de ma certitude, je fis une petite croix 
(qu'on pourrait sans doute retrouver encore) sur le registre postal 
des signatures, témoignage commémoratif. Or la lettre venait des 
Iles Açores. Elle était de mon ami le colonel Chaves, qui me deman- 
dait un mot de recommandation pour Jean Charcot (que je ne con- 
naissais d'ailleurs aucunement), lequel devait d'ici à quelques 
semaines arriver aux Açores avec son yacht. 

Pour ces trois cas personnels, que je viens de citer, je crois bien 
qu'il y eut cryptesthésie, et que ce ne furent pas des coïncidences. 
Mais, d'autre part, je n'en suis convaincu que parce qu'il y a d'autres 
nombreux faits, bien plus démonstratifs, de cryptesthésie. En 
eux-mêmes, ces trois cas n'ont aucune force probatoire, mais, ils 
bénéficient des nombreux cas probatoires et démonstratifs qu'ont 
réunis des observateurs plus heureux 1 . 

\. Les laits de monitions et de prémonitions que je donne ici ont dû être 
abrégés. C'est vraiment assez lamentable, car, pour les bien juger, il faut en 
approfondir les détails. Le squelette dé ces récits n'apporte pas la conviction 
forte et décisive que donne l'exposé circonstancié des phénomènes. J'espère fer- 
mement que les personnes intéressées à ces problèmes troublants ne se conten- 
teront pas de ces récits sommaires et voudront avoir recours aux documents 
originaux. 



Richet. — Métapsychique. 



III. — MUNITIONS DE MORT » 

Les monitions de mort sont fréquentes. 

Si j'en donne tant d'exemples, c'est que j'ai voulu faire pénétrer 
la conviction dans l'esprit du lecteur grâce à la variété et à la com- 
plexité des monitions de mort, surtout grâce à la remarquable mul- 
tiplicité des témoignages. 

Essentiellement les monitions de mort ne diffèrent pas des moni- 
tions d'autres événements : mais il faut cependant leur faire une 
place à part, à cause de leur fréquence. 

Les cas que nous rapportons eussent pu être bien plus nombreux 
encore si nous n'avions exercé une assez sévère critique, même sur 
ceux qui ont été publiés. Cette critique, je le reconnais, eût pu certai- 
nement être plus sévère encore, et j'admets volontiers que la moitié 
des cas cités n'a pas une absolue valeur probatoire. Il n'en restera 
pas moins un notable nombre de faits authentiques, indiscutables, 
qui défient tout scepticisme. 

Ne fût-ce qu'au point de vue historique, il est intéressant de citer 
la monition très nette qu'eut Chevreul, l'illustre chimiste 2 . 

C'était en 1814, un peu avant l'entrée des Alliés. 

Il voit dans sa chambre, entre les deux croisées de son cabinet, 
une forme pâle et blanche semblable à un cône allongé que sur- 
montait une sphère, forme qui paraissait d'ailleurs immobile. 
Chevreul, frissonnant, détourna les yeux, et cessa de voir le fan- 

i. L'ordre qui a été adopté est à peu près l'ordre alphabétique. Pourtant il y a 
des exceptions; car j'ai parfois groupé ensemble les cas analogues. J'ai dû résumer 
ces communications, à mon grand regret; car tous les détails ont de l'impor- 
tance. Aussi bien faut-il conseiller, aux personnes curieuses de ces phénomènes, de 
recourir aux documents originaux, dont je donne l'indication bibliographique. 

2. Elle est rapportée dans le tome II de YAnalomie comparée du système ner- 
veux, par Leuret et Gratiolet (Paris, 1857, 534). 



MUNITIONS DE MORT 355 

tome, puis, regardant au même endroit, il le revit encore. Cette 
épreuve fut répétée trois fois, avec le môme résultat. Alors le jeune 
homme se décideàse retirer dans sa chambre à coucher. Mais ce mou- 
vement l'oblige à passer devant le fantôme, qui alors s'évanouit. 

La vision n'a probablement pas été reconnue. Mais au même 
moment, mourait, loin de Paris, un vieil ami de Chevreul qui lui 
léguait sa bibliothèque, et Chevreul ajoute : « si j'avais été supers- 
titieux, j'aurais pu croire à une apparition réelle ». 

Chevreul raconte aussi l'histoire d'un anatomiste illustre de la fin 
du xviii siècle, qui dit un jour au perruquier qui le coiffait, et qui 
en fut stupéfié :« Pourquoi me serrez-vous le bras ? » C'est à ce 
moment même qu'un de ses amis se noyait. Le savant eut l'esprit 
tellement frappé de cette coïncidence qu'il ne voulut plus jamais 
entrer seul dans sa chambre. 

Brierre de Boismont rapporte, dans son livre surles Hallucinations, 
l'histoire d'une jeune fille qui voit en rêve sa mère mourante, qui 
s'entend appeler, qui décrit toute une scène de mort. Or tous les 
détails étaient véridiques, et Mad. R..., mère de cette jeune fille, 
mourait à ce moment même. 

Brierre de Boismont ajoute : « Si nous voulions citer tous les noms 
des personnages connus ayant une haute position dans la science, 
un jugement excellent, des connaissances très étendues, qui ont eu 
de ces avertissements, de ces pressentiments, il y aurait matière à 
plus d'une réflexion ». 

C'est précisément parce qu'il faut y réfléchir que ce livre a été 
écrit. 

Mad. J. Adam, l'éminente écrivain, à 2 J 2 heures était dans sa 
chambre, et nourrissait sa petite fille. Réveillée par les pleurs de 
l'enfant, elle voit sa grand'mère au pied de son lit : « Quelle joie, 
dit-elle, grand'mère, de te voir! » Mais l'ombre ne répondit pas et 
leva la main vers l'orbite de ses yeux. « Je vis, écrit Mad. Adam, 
deux grands trous vides. Je me jetai au bas de mon lit, et courus 
vers ma grand'mère. Au moment où j'allais la saisir dans mes bras, 
le fantôme disparut. » La grand'mère, en réalité, était morte ce jour- 
là à 20 heures 1 . 

1. Flammarion, Loc. cit., 187. 



356 CRYPTESTHESIE ACCIDENTELLE 

Mad. Allom, étant jeune fille, âgée de dix-sept ans, faisait ses études 
en Alsace. Un jour, elle lisait dans la grande salle de l'école, quand 
elle voit subitement, à l'autre bout de la chambre, la figure de sa 
mère, couchée comme dans un lit, vêtue d'une chemise de nuit. Elle 
souriait, et une de ses mains était levée vers le ciel. L'apparition 
passa lentement à travers la pièce, en s'élevant peu à peu, et dis- 
parut. Deux jours après, la maîtresse fit appeler dans sa chambre 
la jeune fille, qui, tout de suite, lui dit : « Vous n'avez rien à 
m' apprendre, je sais que ma mère est morte ». Or Mad. Carrick, 
mère de Mad. Allom, était morte au même jour et à la même heure. 

Alexis Arbonsoff (dePskofï, Russie) rêve le matin, étant dans son 
lit, que sa mère s'approche de lui, l'embrasse, et lui dit : « Adieu, 
je meurs ! » Il se réveille avec un frisson glacé, et regarde l'heure : 
il est 7 heures 30. Mais il ne peut se rendormir. Dix minutes après, 
toute la maison était en émoi. La mère de M. Arbonsoff s'était levée à 
7 heures, elle avait été embrasser sa petite fille, puis faire ses prières 
devant les icônes, et là elle était morte subitement, à 7 heures 30 l . 

Mad. Van B..., à Ypres, s'éveille en sursaut à 4 heures 45 du 
matin, prise d'une étrange oppression. Elle s'imagine que son père 
est très malade, mort sans doute. Elle réveille son mari qui tâche 
de la calmer, en lui disant que c'est un cauchemar. Or le père de 
Mad. Van B..., à Bruxelles, mourait au même moment 2 . 

Le Rév. Ball, de Cambridge, rêve qu'il est avec son ami Dom- 
brain, dans un beau paysage. Tout d'un coup, une vive lumière 
apparaît devant lui. Alors il se réveille tout à fait, et voit son ami 
Dombrain qui traverse la lumière, en souriant. M. Ball se lève 
brusquement, et crie à haute voix : « Robert ! Robert! »et la vision 
disparaît. Il se trouvait que le jeune domestique de la maison s'ap- 
pelait Robert. 11 croit qu'on l'appelle et accourt. M. Ball alors a la 
notion que son ami est mort, aussi nettement que s'il avait été à 
son chevet d'agonie. Il regarde l'heure. Il est 5 heures 3 minutes. Or 
c'est exactement à 5 heures 3 minutes que mourait Robert Dombrain. 

1. Flammarion, Loc. cit., 435. 

2. A. S. P., 1899, IX, 71. 



MONITIONS DE MORT 357 

Le fait suivant, dû à M. Pyrrhus Bessi l , est uu cas de monition 
de mort par la cristalloscopie accidentelle. M. Bessi, à Panicole (en 
Italie, près de Pérouse), étant la nuit, seul dans sa chambre, à tra- 
vailler, se repose un moment. Alors sa lampe s'éteint à demi ; il la 
veut rallumer, et la lampe s'éteint tout à fait. Pourtant la chambre 
reste éclairée d'une vague lueur : et il aperçoit dans un vieux miroir 
qui était dans sa chambre, comme s'il y avait une ouverture qui 
laissait entrevoir une autre pièce de la maison, une autre chambre, 
d'autres meubles, et dans cette chambre une vieille dame, qu'il 
reconnut, qui s'assit devant une table, prit quelques feuilles de 
papier dans un tiroir, et se mit à écrire lentement, puis plaça le 
papier dans une enveloppe, posa sa tête sur le fauteuil, et s'en- 
dormit. Le lendemain matin M. Bessi apprit que cette dame était 
morte dans la nuit, et que dans le tiroir de la table on avait trouvé 
son testament olographe. 

Le récit suivaut vient de m'être donné par un membre éminent 
du barreau de Paris, que j'appellerai A... car je n'ai pas le droitde 
mentionner son nom. Le fait est très ancien, puisqu'il s'agit de la 
grand'mère de M. A... 

Mad. A... veuve de très bonne heure, avait étéun soircourtiséeun 
peu trop vivement par un très proche parent B... et elle en avait 
été quelque peu offensée. A quelque mois de là, étant à la campagne, 
en hiver, et soignant son enfant malade, elle trouve qu'il fait froid 
dans la chambre, et, comme c'était au milieu de la nuit, pour ne 
pas éveiller les domestiques, elle descend au bûcher afin d'aller 
chercher du bois. Au moment où elle ouvre la porte du bûcher, elle 
voit devant elle B... qui se met à genoux, lui prend les mains, 
et lui dit : « Pardonnez-moi ! pardonnez-moi ! » Elle est interlo- 
quée ; car la vision est aussi nette que la réalité... Mais bientôt tout 
disparaît. Au matin, elle apprend par un télégramme que B... 
venait de mourir. 

Le Rév. Barrer, à 23 heures, étant dans son lit, aperçoit avant 
de s'endormir la figure (souriante) d'une de ses tantes qui était à 

1. J'ai vu et j'ai entendu. — Revue des Etudes Psychiques, 1901, 21-33 ; 97-168. 



358 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Madère. Il tressaille, raconte aussitôt la vision à sa femme, et le 
lendemain matin à différentes personnes. Or cette tante de M. Barker 
à la même heure (en tenant compte de la différence de longitude) 
mourut à Madère 1 . 

M. Baeschly, de Saverne, âgé de vingt ans, est seul avec son père 
dans la maison, quand, vers minuit, il se fait un terrible fracas. Le 
père et le fils se lèvent, n'y comprenant rien. Une seconde fois le 
même fracas recommence. Le père et le fils, après s'être recouchés, 
se relèvent etse rencontrent de nouveau devant la porte ouverte. Une 
troisième fois la porte se rouvre avec fracas. Alors ils la lient avec 
une grosse corde. Quelque temps après une lettre leur annonce que 
le frère de M. Baeschly était mort en Amérique, le même jour, à une 
heure de l'après-midi. Il paraît que, mourant, s'éveillant d'un coma 
prolongé, il avait dit :« Je viens de faire un grand voyage; j'étais 
chez mon frère à Brunatte » 3 . 

Miss Beale, alors âgée de quatorze ans, voit entrer dans sa 
chambre, au milieu de la nuit, la figure d'un homme habillé d'une 
robe de chambre flottante; il semblait avec la main chercher son 
chemin, et disparut. Miss B... effrayée, appelle une de ses com- 
pagnes, qui couchait dans la même chambre. Celle-ci lui dit : 
« C'est sans doute C. . . , mon frère ». Le lendemain matin , au déjeuner, 
C... affirme qu'il n'est point venu, mais il avait vu, lui aussi, 
au même moment, une forme entrer dans sa chambre et une forme 
qu'il avait reconnue pour être l'ombre d'un ami (de mauvaise santé, 
mais qu'il ne croyait pas en danger) qui jadis lui avait dit : « Celui 
qui de nous deux mourra le premier viendra voir l'autre ». Or, en 
réalité, cet ami était mort cette même nuit, comme on l'apprit 
plus tard 4 . 

1. Hall, tél., tr. fr. 249. Ce cas est noté par Grasset 1 comme ne prouvant rien. 
Mais la critique de Grasset est inopérante. En effet il parle d'un rêve banal, 
léger, comme probablement le R. P. Barker en a eu des centaines et des milliers 
dans sa vie. Mais non ! mais assurément non ! Ce fut une hallucination assez nette 
pour qu'il la raconte, comme un phénomène singulier, peut-être unique dans sa 
vie, à sa femme et à ses amis. Et puis est-ce que la simultanéité du jour et de 
l'heure ne compte pas ? 

1. Loc. cit., p. 341. 

3. Chevreuil, Loc. cit., 334. 

4. A. S. P., 1891, I, 13. 



MONITIONS DE MORT 359 

M. Beaugrand, journaliste du Havre, connu de moi personnelle- 
ment, ma raconté, avec documents à l'appui, que sa mère, au 
Havre, le 2 novembre 1856, avant de se coucher, étant encore 
éveillée, entend un bruit effroyable de tempête, et voit la cheminée 
trembler, comme s'il y avait un grand vent. Elle songe alors à se 
réfugier dans une autre chambre. Pourtant il n'y avait en réalité 
ni cyclone, ni vent, ni tempête. Or, le même jour, à 11 heures du 
soir, son mari, qui allait de New-York au Havre, et qui s'était 
embarqué le matin, périssait dans une tempête à quelques milles 
de New-York 1 . 

Elsa Barker, auteur de divers romans (The son ofMary Bethel, etc.) 
étant à Paris, est soudain, sans cause connue, poussée à écrire par 
l'écriture automatique. « Je suis là, je peux vous voir ; je me suis 
trouvé devant l'inévitable, etc. » La signature était de X..., une per- 
sonne vivant en Amérique, qu'elle connaissait à peine, magistrat, de 
soixante-dix ans environ, philosophe et écrivain. Elsa Barker inter- 
roge une de ses amies pour savoir qui était ce X... qu'elle n'avait 
vu que de loin en loin. Un ou deux jours après Elsa Barker apprend 
que M. X... est mort quelques jours avant qu'elle ait reçu le mes- 
sage. Elle pense qu'elle est la première personne en Europe qui ait 
eu connaissance de la mort de M. X... 

Cet écrit de X... a été suivie de nombreuses écritures automa- 
tiques publiées en un volume qui n'a au point de vue scienti- 
fique qu'un intérêt secondaire. Mais on doit le lire avec soin pour 
se rendre compte de la puissance de l'inconscient en un aussi 
éminent écrivain qu'ELSA Barker 3 . 

Le 4 mai, Lord Beresford, naviguant entre Gibraltar et Marseille, 
voit dans sa cabine un cercueil, et dans le cercueil il reconnaît son 
père, aussi distinctement que si c'était une réalité. Il en parle à ses 

1 . Le récit de ce cas très ancien ne pourrait à lui tout seul avoir grande force 
probatoire: car avec le temps les souvenirs se déforment. Pourtant il est pro- 
bable que ces cas anciens, si analogues aux cas contemporains, sont exacts dans 
l'ensemble. On en trouvera trois bons exemples, trop longs pour être reproduits 
ici, racontés par C. Flammarion. Les apparitions au moment de la mort (Revue spi- 
rite, fév. 1921, 33. 

2. Letters from a Living clead man, London, W. Rider, 1917. 



360 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

camarades. En arrivant à Marseille, il apprend que son père est 
mort le 29 avril, etqu'il a été enterré le 4 mai *. 

M. Berget, professeur de physique à la Sorbonne, raconte que sa 
mère, étant jeune fille, a entendu soudain la voix d'uue amie qui 
était loin de Paris, et qu'elle eut une telle frayeur qu'elle a perdu 
connaissance. Quand elle revint à elle : « C'est horrible, s'écrie- 
t-elle, Amélie se meurt. Elle est morte ; car je vieus de l'entendre 
chanter comme il n'y a qu'une morte qui puisse chanter. » Et en 
effet cette jeune fille mourait à ce moment même (15 heures) à 
Strasbourg, dans le couvent où elle était religieuse 2 . 

Le Rév. P. Bec (de Southbank, Yorkshire), se sent un soir après 
dîner, dans un état de tristesse inexplicable. A 8 heures moins 
10 exactement, sortant sur le palier de l'escalier, il aperçoit une 
femme qui descend l'escalier. Mais Mad. Bec, qui descendait en ce 
moment, ne voit rien. L'apparition avait la taille, et la robe, et tout 
l'extérieur de la mère de M. Bec. Cependant M. Bec ne la reconnut 
pas. Or la mère de M. Bec était morte subitement d'une maladie de 
cœur, à quelque cent milles de là, exactement à la même heure 3 . 

M. Belbéder, du 6 e colonial, était allé passer chez ses amis quel- 
ques jours de vacance, à Ribérac (Dordogne) . Au moment où il s'en- 
dormait, il voit passer une ombre blanche et transparente qui se 
détache lentement de la cheminée, s'avance vers le lit, se penche 
vers lui. «J'ai parfaitement compris qu'elle disait : « Sois toujours 
« ïami de mon fils. » Puis, l'ombre s'étant relevée lentement, j'ai 
reconnu la forme de la mère d'un de mes meilleurs amis, que j'avais 
quittée en bonne santé. Je me suis levé pour savoir si j'étais victime 
d'une illusion. 11 n'y avait pas de lune, la nuit était très noire. » De 
fait la personne dont la forme a été reconnue était morte deux 
heures auparavant *. 

M. Binet, âgé alors de quinze ans, a de la peine à s'endormir. Vers 
minuit et demi, il lui sembla voir un rayon de lune marcher, puis 

1. A. S. P., 1907, XVII, 727. 

2. Flammarion, Loc. cit., 78. 

3. A. S. P., 1891, I, 367. 

4. Enquête inédite du Bull, des Armées. 



MUNITIONS DE MORT 361 

cette ombre lumineuse, qui flottait comme une grande robe, prit 
la forme d'un corps et s'avança vers son lit. Je criai : « Léontine ! » 
M. Binet, avant de rien savoir, raconte cette apparition. Elle s'est 
produite au jour et à l'heure où la petite Léontine était morte 1 . 

La monition suivante est loin d'être plus remarquable qued'autres. 
Si je la rapporte, c'est que je viens d'en être pour ainsi dire témoin 
(octobre 4919), et que je puis la conter avec quelques détails. Elle 
rentre absolument dans le cadre des monitions classiques. 

Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1919, Adèle Bureau, veuve, 
âgée de quarante et un ans, au service de ma belle-fille, Mad. Albert 
Kichet, à Carqueiranne (Var), entend dans son sommeil, vers 3 
heures du matin, frapper à sa porte comme si quelqu'un voulait 
entrer. Elle veut essayer de dire : « Entrez » ; mais elle est comme 
paralysée. Il lui semble que sa chemise la colle su?' son lit, de sorte 
qu'elle ne peut rien dire, ni faire. Alors elle voit une forme de 
femme tout en blanc, sur le seuil de la porte, comme si la porte 
s'était ouverte. Elle ne peut pas distinguer la figure, car la forme 
s'est évanouie, et a tourné le dos dès qu'ADÈLE a voulu la regarder. 
Et presque aussitôt la forme a disparu, s'est évanouie comme si elle 
était sortie par la porte, mais la porte ne s'était ni fermée ni ouverte. 
Malgré son émotion, Adèle a pu se rendormir, quoique difficilement. 

Elle n'a pu reconnaître la forme, mais elle a pensé à une sienne 
nièce qu'elle aimait tendrement et qui était gravement malade. Le 
23 octobre, à 15 heures, après qu'elle a raconté son rêve (cauche- 
mar, selon son expression), à ma belle-fille, elle reçoit une dépêche 
lui annonçant la mort de sa nièce. 

Adèle m'a dit qu'elle n'a pas reconnu sa nièce, n'ayant pas vu la 
figure, mais qu'elle a pensé à elle. Elle a vu un vêtement blanc, 
comme une robe de mariée, et elle pense qu'on a dû l'ensevelir avec 
cette robe (elle était mariée depuis un an). L'émotion de la mort (et 
peut-être aussi de la vision) a été si vive chez Adèle qu'elle a été 
assez malade (larmes et céphalées) dans la soirée du 23 octobre 2 . 

i. Flammarion, Loc. cit., 84. 

2. La dépêche était ainsi conçue : « Mad. Bureau, Carqueiranne, 23 octobre, 
Chissey en Morvan (Saône-et-Loire). Jeanne décédée ce matin, obsèques, vendredi 
onze heures, Bertbelon ». C'est la première fois qu'ADÈLE Bureau a eu une appa- 
rition. Il y a quelques années, après la mort d'une de ses tantes, elle a eu pen- 



362 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Voici une monition qui n'est pas, à proprement parler, une moni- 
tion de mort, mais qui a un certain caractère monitoire remarquable, 
car elle constitue un appel très singulier l . Le Père Brompton (pseu- 
donyme) doit aller le lendemain matin donner les derniers sacre- 
ments à une femme très malade : il donne à la garde son numéro 
de téléphone pour qu'on l'appelle si la malade empirait. Au matin, 
à l'aube, il est éveillé et voit une forme humaine qui lui dit -.«.Il y 
a un message téléphonique pour vous». Il était 4 heures 15 du 
matin. Il s'habille précipitamment et arrive juste à temps pour 
donner les derniers sacrements à la malade. 

Or il a été constaté qu'on ne lui avait jamais téléphoné, et que 
personne n'était venu le matin pour le réveiller. 

Faut-il voir là simplement une hallucination (visuelle et auditive) 
du Père Brompton, préoccupé du devoir qu'il avait à accomplir auprès 
de la mourante ? Etant donnés les nombreux faits authentiques de 
monitions que nous connaissons, on peut supposer qu'il s'agit là 
d'une vraie monition impliquant la lucidité, et non d'un phénomène 
morbide, hallucination non véridique, comme en ont seulement les 
aliénés et les alcooliques. 

Mad. Bishop, voyageant dans les Montagnes Rocheuses, avait fait 
là la connaissance d'un métis connu sous le nom de Mountain Jim. 
« Dans le cours d'une conversation, il me dit : « Je vous reverrai 
a quand je mourrai. » En 1874, dix ans après, étant à Interlaken, le 
matin, dans mon lit, vers 6 heures, j'étais occupée à écrire quand 
je vois Mountain Jim devant moi ; ses yeux étaient fixés sur moi, et, 
lorsque je le regardai, il me dit à voix basse, mais très distincte- 
ment : « Je suis venu comme f 'avais promis » puis il me fit un signe 
de la main et il ajouta « Adieu ». Nous prîmes, Mad. Ker qui était 
dans le même hôtel avec moi, et moi, note de l'événement, en indi- 
quant la date et l'heure. La nouvelle de la morj de Mountain Jim 
nous arriva plus tard. La date, si l'on tient compte de la différence 
de longitude, coïncidait avec celle de l'apparition ». 

dant plusieurs nuits, des cauchemars dans lesquels elle se croyait poursuivie, 
étouffée par sa tante. Elle a fait dire des messes, et les cauchemars ont dis- 
paru. Adèle Bureau est d'ailleurs fort intelligente, et se rend bien compte 
de tout ce qu'elle ressent. La défunte n'a pas été enterrée avec sa robe de 
mariée. 

1. Journ. S. P. R., juillet 1919, 84. 



MONITIONS DE MORT 363 

L'acte de décès de Mountain Jim indique qu'il est mort à Fort 
Collius (Colorado) le, 7 septembre 1874, à 3 heures de l'après-midi, 
heurequi corresponde 10heuresdumatin,à Interlakeu. Mad. Bishop 
ne dit pas si cette vision a eu lieu le 7 ou le 8 septembre. Si c'est le 
8 septembre, la vision a suivi la mort de vingt heures; si c'est le 
7 septembre, la vision a précédé la mort de quatre heures. 

Mad. Stella l , âgée alors de dix-sept ans, voit entrer dans sa 
chambre un jeune ami de même âge qu'elle, son camarade assez 
intime. « La porte s'ouvre, écrit-elle, et je le vois entrer. Je me lève 
pour lui pousser un fauteuil près du feu, car il paraissait avoir froid 
et il n'avait pas de manteau, bien qu'il neigeât. Je me mis à le 
gronder d'être sorti sans se bien envelopper. Au lieu de répondre, 
il met la main sur sa poitrine et sur sa tête. Je parlais encore, quand 
le D r G... entra et me demanda à qui je parlais. « Voici, dis-je, cet 
« ennuyeux garçon sans manteau, avec un si mauvais rhume qu'il ne 
((peut parler. Prêtez-lui donc un manteau et renvoyez-le chez lui. » 
Jamais je n'oublierai l'horreur et la stupeur peintes sur la figure 
du docteur ; car Bertie venait de mourir depuis vingt minutes à 
peine. J'avais entendu tourner le bouton de la porte et ouvrir 
la porte. La figure marcha dans la pièce, et s'assit, pendant que 
j'allumais les bougies. L'apparition n'a pas duré tout à fait cinq 
minutes. » 

Le Rév. Field 2 , en Nouvelle Zélande, étant endormi, s'entend 
appeler : « HarryI Harry! » Il reconnaît avec une netteté absolue 
la voix de sa mère (qui l'appelait cependant, en général, Henry et 
non Harry...) C'était le 28 novembre 1873. A ce même moment, 
étant donnée la différence de longitude, mourait à Londres la mère 
du Rév. Field, qui, en mourant, sur son lit de mort, répéta plusieurs 
fois « Harry ! Harry ! ». 

Le récit suivant a été recueilli par un peintre illustre, A. Besnard. 
Il n'est que de troisième main , et par conséquent ne doit être accepté 
qu'avec une extrême méfiance. Le 13 juillet 1842, Mad. B..., très 
malade, mourante, à midi, se réveille en sursaut et s'écrie : « Quel 

1. A. S. P., 1892, II, 17S. 

2. A. S. P., 1892, H, 175. 



364 GRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

malheur, le duc d'Orléans vient de périr ! » C'était vrai. Quand, à 
3 heures, le D r Vidal vint voir la mourante, il dit : « Savez- 
vous la nouvelle? le duc d'Orléans vient d'être tué à Neuilly par 
un accident de voiture. » Alors, M. Brémon, se tournant vers la mou- 
rante, dit : « Elle nous fa appris, je le savais » l . 

Mad. Bloch, étant à 7 heures à sa toilette (à Rome) voit tout d'un 
coup à côté d'elle, son neveu René Kraemer, qui lui dit en riant : « Mais 
oui, je suis bien mort ». Effrayée, elle va prévenir son fils, qui 
essaye de la rassurer. Or René Kraemer, âgé de quatorze ans, avait 
été pris d'une péritonite aiguë, le matin du même jour ; il entrait 
en agonie à 7 heures, et il mourut à midi 2 . 

Mad. Boniface, directrice d'école à Etampes, étant tout enfant 
(sept ans), à Niort, a rêvé qu'elle entraitdansunechambre sombreoù 
était un cercueil. Elle en sort précipitamment, et dans la pièce voi- 
sine elle sent une main se poser sur son épaule. Elle reconnaît son 
père, qu'elle n'avait pas vu depuis deux ans, et qui lui dit d'une 
voix très douce : « N'aie pas peur, embrasse-moi, petite ». Or son 
père, à Paris, était mort dans la soirée 3 . 

Lord Brougham raconte dans ses mémoires* qu'en 1799, étant en 
voyage, en Suède, à Gothemburg, et prenant un bain, il vit, sur la 
chaise où il avait déposé ses habits, un de ses amis intimes (qui était 
parti pour l'Inde et auquel il n'avait pas écrit depuis longtemps). 
G... était assis etregardait Lord B... avec un trèsgrand calme. C'était 
le 19 décembre, et G... mourait le 19 décembre. 

Le D r Rowland Bowstear 6 , en courant après une balle de cricket, 
voit soudain auprès d'une haie son beau-frère, habillé en chasseur 
et portant un fusil sur le bras. L'ami qui accompagnait M. R. B. 
ne voit rien, quoique M. R. B. lui signale l'apparition, laquelle 
disparaît soudain. 11 était 13 h. 10. Le jour et la date coïncident 

1. Lettre de A. Besnard à Jules Bois, L'Au-Delà et les forces inconnues, Paris, 
1903, 127. 

2. Flammarion, L'Inconnu et les problèmes psychiques, 70. 

3. Flammarion, Loc. cit., 407. 

4. Life and times of lord Brougham, 1871, 201-203. 

5. Cité par Flammarion. La pensée productrice d'images cinématographiques. 
Revue spirile, déc. 1920. p. 356. 



MONITIONS DE MORT 365 

avec la mort subite du beau-frère de M. R. B., qui portait en ce 
moment un costume de chasseur, et avait un fusil sur le bras. 

Le D r Bock i va un soir avec son frère à un music-hall de Munich. 
Ils s'amusaient fort, lorsqu'à un entr'acte M. Bock entend un coup 
très fort, et voit le visage de sa mère, étendue, cadavérique, sur 
son lit, avec une croix entre les mains. Alors, persuadé que sa 
mère est morte, il veut partir, malgré son frère qui ne comprend 
pas cette frayeur, leur mère n'étant pas malade. Mais M. Bock 
dit : « Ma mère est morte ; je pourrais l'affirmer par serment. » Il 
prend arrangement avec un de ses confrères pour être remplacé, et 
prépare ses vêtements de deuil. Le lendemain matin il recevait 
de W... où habitait sa mère, un télégramme annonçant qu'elle était 
morte à l'heure même où il avait eu la vision. 

Emma Burger 2 dans la nuit du 15 au 16 août (elle était femme de 
chambre de la comtesse d'UssEL) couchait dans une chambre con- 
tiguë à celle de la comtesse, la porte de communication étant ouverte. 
Soudain elle voit distinctement la personne de Charles B..., son 
fiancé, qui reste dans l'entre-bâillement de la porte (du petit escalier) . 
« Il avait son costume de voyage, et j'ai aperçu avec une netteté ex- 
trême tous ses traits, sa physionomie, et le détail de son costume. Il 
avait une figure souriante, et il m'a regardée sans rien dire. Alors 
je lui dis : « Partez! partez donc /» ... Mad. d'UssEL, qui était dans la 
chambre voisine, m'entend et médit : « Mais, Emma, qu'avez-vous? 
« Vous rêvez? » Alors je dis à Charles, à voix plus basse : « Mais par- 
ai tez, partez donc'. » Il disparut, non pas subitement, mais comme 
quelqu'un qui ferme une porte et qui s'en va... Le lendemain, je 
demandai si l'on m'avait envoyé quelqu'un dans ma chambre. » 

Le 18 août, Emma recevait la nouvelle que Charles B... était mort 
d'une maladie de cœur dans la nuit du 15 au 16 août 3 . 

M. Basserolle, instituteur en Bretagne, avait reçu une lettre le 
mandant près de son père malade. Dans la gare de Redon, à 

1. Quelques noies sur la clairvoyance, A. S. P., juillet 1913, 195. 

2. Phanlasms of the Living, II, 1886, 696. 

3. Emma Burger a été à mon service pendant quinze ans, et sa bonne foi n'est 
pas douteuse (Ch. R.). 



366 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

46 heures 40, M. B... est pris d'un malaise, d'un évanouissement. 
Au moment où il revient à lui, avant de voir personne dans la salle, 
il aperçoit la figure de son père qui disparut tout de suite. 
M. Basserolle père est mort à 48 heures *. 

M. Jacques G..., à Grenoble, venait de se coucher, lorsqu'il voit 
la porte de sa chambre s'ouvrir doucement, presque sans bruit, et 
Marthe entra (une jeune fille dont il avait été épris, mais les fian- 
çailles avaient été rompues). Elle était vêtue de blanc, les cheveux 
épars sur les épaules. M. G... est certain qu'il ne dormait pas. La 
vision s'approcha de sou lit, se pencha légèrement. G. . . veut prendre 
la main de la jeune fille. Cette main était froide. Il pousse un cri ; le 
fantôme disparait, et G... se retrouve avec un verre d'eau à la main. 
Marthe était morte à Toulouse, à la même minute, cette même nuit 2 . 

Miss Bibby, âgée de dix-neuf ans, est éveillée par la sensation que 
quelqu'un est dans sa chambre. Elle voit la figure de songrand-père, 
qu'elle reconnaît, et qui l'appelle Miss NellieMaam... comme il avait 
coutume de le faire en plaisantant. Le lendemain elle parla de cette 
apparition. Quelque temps après, elle apprit que son grand-père était 
mort au moment où elle avait eu cette monition. 

M. Bertrand, âgé de dix-neuf ans, rêve qu'un de ses cousins ger- 
mains, sous-lieutenant d'infanterie, au Tonkin, est entouré d'en- 
nemis, se défend, lutte, et disparaît dans un nuage. Il raconte ce 
rêve à sa sœur et à sa mère, et on n'y pense plus. Trois semaines plus 
tard, on apprend que cet officier est mort le 30 avril 1888, à Yon 
Luong, à la date du rêve de M. Bertrand 3 . 

Dans la nuit du 13 au 44 juillet 4916, M. Jean-Jules Bigard, ser- 
gent au 424 e régiment d'infanterie, en permission, rêveque dans un 
combat il a les deux jambes coupées, et qu'ensuite un employé de 
mairie présentaità ses parents son acte de décès au nom de Jean-Jules 
Bigard. «Je riais, écrit-il, de cette farce macabre. Au réveil je racontai 
mon rêve à mes parents, qui n'y firent pas attention. » Peu de 
temps après, il apprend que son oncle Jean Jules Bigard (c'est à-dire 

1. Flammarion, Loc. cit., 128. 

2. Flammarion, Loc. cit., 164. 

3. Enquête inédite du Bull, des Armées. 



MUNITIONS DE MORT 367 

ayant les mômes noms et prénoms que lui), a été tué à Biacbe, les 
deux jambes coupées par un obus ». 

M. Beresford Christman a entendu dire à son père l'bistoire sui- 
vante : assez saisissante (mais elle n'est que de seconde main). 
Elle lui a été racontée par son oncle J... comme par son père G... 
Les deux frères, allant à Saint-Thomas, étaient dans leur cabine, 
par un temps très calme et un clair de lune qui permettait de voir 
presque comme en plein jour. Ils sont éveillés. (Par quoi?) Et tous 
deux alors, se dressant sur leur lit, voient, pendant un temps très 
court, qui leur paraît très long, la forme de leur père qu'ils recon- 
nurent. La forme étendit la main, et montra à ses deux fils qu'il 
avait les yeux fermés. Ils consignèrent le fait dans leur logbook. Il 
paraît que le moment de cette vision coïncidait minute, pour 
minute au moment où mourait le père de J. et G. Christman 2 . 

Voici un fait de grand intérêt qui a été adressée Sir Oliver Lodge 3 
par le lieutenant aviateur Larkin. Le 7 décembre 1918, un cama- 
rade du lieutenant Larkin, le lieutenant D. M. Connell, à 11 heures 30 
du matin, entre dans la chambre du lieutenant Larkin et lui dit 
qu'il va conduire un aéroplane à Tadcaster, mais qu'il sera de 
retour pour l'heure du thé. Trois heures après environ, comme 
M. Larkin était dans sa chambre, devant le feu, la porte s'ouvre, et 
Connell apparaît, qui dit : « ... Hallo ! boy ! » joyeusement. M. Lar- 
kin se retourne, le voit avec ses vêtements d'aviateur, son casque, sa 
capote d'hydravion, il lui dit alors : « Vous voilà déjà de retour... » 
Connell lui répond: « Tout s'est bien passé, j'ai fait bon voyage ». 
Puis il ferme la porte et s'en va. Il était 3 heures 30. Alors Larkin 
descend au mess, s'étonne de ne pas voir Connell. On apprend, 
dans la soirée, que Connell a fait une chute et qu'il s'est fracassé, 
avec sa machine, aux environs de Tadcaster, vers 3 heures 25. 

Il est impossible d'admettre que Larkin a parlé à un autre offi- 
cier, qu'il aurait confondu avec son ami Connell. La chambre était 
petite et bien éclairée. 

1. Enquête inédile du Bull, des Armées. 

2. Pliantasms of Ihe L., II, 17. 

3. Apparition al Ihe time of Death, Journ. S. P. R., juillet 1919, 76. 



368 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

M. Vicary Boylb l . étant à Simla, voit ea rêve son beau-père qui 
habitait Brighton (en Angleterre) étendu pâle dans son lit, tandis 
que sa belle-mère traversait silencieusement la chambre, et prodi- 
guait des soins à son mari. La vision se dissipa bientôt. M. Boyle 
continue à dormir, mais en se réveillant il avait la ferme convic- 
tion que son beau-père (qu'il ne savait nullement malade, et auquel 
il n'avait pas pensé depuis quelques jours) était mort. La mort du 
beau-père de M. Boyle avait eu lieu neuf heures avant le rêve. 

Mad. Collyer, de New-Jersey 2 , le 3 janvier 1856, va se coucher 
de bonne heure, se sentant mal à l'aise. Elle s'asseoit sur son lit et 
soudain voit dans sa chambre son frère Joseph, debout près de la 
porte. « 11 fixait sur moi des regards graves et tristes. Sa tête était 
entourée de bandages. Il portait un vêtement blanc, pareil à un 
surplis, extrêmement sale. » Or, exactement à ce moment, une col- 
lision eut lieu entre navires sur le Mississipi, à 1.800 kilomètres 
de là. Joseph, le frère de Mad. Gollyer, qui était sur le vapeur Alice 
qu'il commandait, fut tué par la chute du grand mât qui tomba 
sur lui et lui fendit le crâne. Avant l'accident, il s'était retiré dans 
sa chambre ; il était en chemise de nuit quand il fut tué. 

Mad. Gouesnon, de Jassy, dans un demi-sommeil, voit un sien 
ami, A..., assis sur son lit, en costume de nuit, qui lui disait : « Oh ! 
je souffre /» Il était alors 2 heures du matin. Cette même nuit, A... 
mourait au Tyrol, à 2 heures 20 3 . 

En 1913, P. Gotté, élève de l'école d'horticulture de Villepreux, 
étant au lit, et commençant à s'endormir, voit devant lui une forme 
indécise, qui s'appuyait sur la barre de son lit. Cette forme se pré- 
cisant, il reconnut son frère nourricier, A..., âgé de trente-cinq 
ans, et atteint depuis longtemps d'une maladie incurable. Sa voix, 
qu'il reconnaît, lui dit : « Comment vas-tu, Pierre ? Adieu ! moi, je 
pars! » Alors C... se dresse sur son lit, appelle son ami; mais la 

1. Cité par Myers. La personnalité humaine, tr. fr., 133. Ed. angl. I, 138. 

2. Hallucinations lélépalhiques, trad. fr., 117. 

3. Flammarion, Loc. cit., 419. 



MONITIONS DE MORT 369 

forme avait disparu. Le moment de l'apparition coïncide exacte- 
ment avec le moment de la mort 1 . 

Le lieutenant R. Martin, étant en convalescence, est assez inquiet 
au sujet de son meilleur ami, dont il n'avait pas de nouvelles depuis 
huit jours, j'eus alors un rêve. Mon ami m'apparut. Il était pressé, 
et me dit : « Pourquoi ne viens-lu pas avec moi ? ce que t'es ballot* ! » 
J'ai été frappé par le ruban rouge qu'il venait de gagner, et que je 
ne lui avais jamais vu. J'ai raconté ce rêve à deux amis le lende- 
main matin. Par la suite, j'appris que mon ami avait été tué par un 
obus à Verdun, à 5 heures du soir, quelques heures avant mon 
rêve... Je suis étudiant à la Sorbonne, en mathématique : je n'ai 
jamais cru un mot des sciences occultes 3 . » 

M. Gonil, étant enfant (onze ans environ), voit en rêve son oncle 
mourir. Il entend les paroles qu'il dit, comme s'il assistait à ses 
derniers moments. Son oncle est mort à 2 heures la même nuit, 
juste au moment où M. Conil s'était réveillé. « J'entendais très 
distinctement, dit-il, ses paroles; je pourrais les répéter, car cette 
vision m'a fait une telle impression qu'elle est présente à mon esprit 
comme si elle datait d'hier. Tout était d'une exactitude absolue *. » 

Voici ce que raconte Mad. Cox. 

« Le 21 août 1869, vers 21 heures, j'étais dans ma chambre à 
coucher, quand mon neveu (sept ans), entre en courant et me 
dit : « tante, je viens de voir mon père tourner autour de mon 
lit. » Il est si effrayé qu'il ne veut plus rentrer dans sa chambre 
et que je dois le faire coucher dans mon lit. Alors vers minuit, sans 
être endormie, je vis distinctement, près de la cheminée, la forme 
de mon frère qui était d'une pâleur mortelle. Je fus si effrayée (mon 
frère était à Hong-Kong) que je me cachai la tête sous les couver- 
tures. Peu après, j'entendis nettement sa voix m'appeler par mon 
nom, répété trois fois. Lorsque je regardai, il était parti. Je pris 

1. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

2. Ballot, en argot militaire signifie empêtré, maladroit, gauche, embarrassé. 

3. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

4. Flammarion, Loc. cit., 454. 

Richet. — Métapsychique. 24 



370 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

acte du fait. » Le frère de Mad. Gox est mort le même jour, à Hong- 
Kong, subitement, d'une insolation 1 . 

La femme du colonel Craigie, dans l'Inde, étant à côté de sa 
jeune fille, à 22 heures, en train de se déshabiller, avant de se 
coucher, entend la jeune fille qui lui dit : « Oh, maman ! voilà 
M. B..., oui! maman, ne le voyez-vous pas? Il médit : « Adieu, 
Sissy, adieu... » Voilà qu'il s'en va. Voilà qu'il est parti... » Ou fait 
aussitôt des recherches dans la maison, et on ne trouve pas M. B... 
De fait, M. B... s'était tué le même jour à 20 heures 2 . 

Le 13 novembre 1914, à Fez, le lieutenant G..., du 2 e étranger, se 
réveille en sanglotant, et dit à son camarade M..., qui couchait dans 
la même chambre : « Je viens d'avoir un rêve affreux ; un malheur 
est arrivé à l'un de mes frères, je ne sais lequel, mais à l'un d'eux 
sûrement. » M... écrit cela aussitôt à son colonel, qui nous a 
transmis les renseignements. Or le frère du lieutenant C..., le com- 
mandant G..., était tué au combat d'Elhenni (Maroc) le même jour, 
et probablement quelques heures avant le rêve. 

Mad. H. D... rêve qu'elle voit une sienne amie, Maria, faisant 
une partie d'échecs avec le D r D..., mais elle a un voile noir très 
épais. Mad. D... lui dit : « Tu vas perdre en restant ainsi voilée. » 
Et Maria lui répondit : « C'est que je suis morte, regarde... » Elle 
soulève son voile de crêpe, et Mad. D... voit une tête de mort, sans 
dents, les orbites vides. Le matin, Mad. D... recevait un télé- 
gramme : « Venez vite, Maria est morte dans la nuit. » Maria était 
d'ailleurs en parfaite santé apparente 3 . 

« J'avais, dit M. D... (un avocat en qui Mad. Sidgwick a pleine 
confiance), il y a trente ans, un ami XY, que je voyais très souvent. 
Je savais qu'il pouvait mourir subitement. Mais il paraissait dans 
un état normal de santé. Dans la soirée du 7, je restai longtemps 
dans sa chambre à causer de divers sujets. Il était gai et de bonne 
humeur. Puis je rentrai chez moi me coucher. Le matin du 8, je 
m'éveillai avec un sentiment de crainte et de détresse. Il faisait 

1. Hall, tél., tr. fr., 372. 

2. Ph. of tke Liv., II, 581 . 

3. Flammarion, Loc. cil., 430. 



MUNITIONS DE MORT 371 

jour, et dans mon rêve je vis à travers les persiennes XY gisant sur 
le parquet, les genoux relevés, les mains rejetées en arrière, la 
mâchoire tombante. Je réveillai ma femme en lui disant : « Je vois 
« XY mort sur le parquet. » Elle me dit : « Oh ! vous rêvez. » Je me 
rendormis. Mais à 11 heures, comme XY n'était pas venu aux 
bureaux, et que sa femme de ménage était inquiète parce qu'elle 
n'avait pas eu de réponse en frappant à sa porte, je fis prendre une 
échelle et monter par la fenêtre. Sur le plancher était étendu XY 
mort exactement comme je l'avais vu dans mon rêve. Depuis le 
jour de l'événement jusqu'à aujourd'hui, j'ai toujours été certain 
que ce n'était pas un rêve. Je n'ai pas été inconscient depuis le 
moment où j'ai ouvert les yeux et où j'ai vu l'apparition. J'avais un 
sentiment de détresse indescriptible, comme lorsqu'on est réveillé 
en sursaut et qu'on se trouve en face d'un spectacle terrible. Voilà 
trente-trois ans que cela s'est passé, et chaque détail est aussi clair 
dans ma mémoire que si la chose avait eu lieu hier. » 

M. D... rêve un matin qu'il voit un de ses ouvriers, R. Mackenzie, 
qui lui dit : « Je suis accusé d'une chose que je n'ai pas faite; je suis 
innocent, vous le saurez bientôt. » Le rêve se dissipait à peine que 
Mad. D... entre dans la chambre de son mari et lui dit : « Un acci- 
dent tragique s'est passé cette nuit, M. Mackenzie s'est suicidé. — 
Non, dit M. D..., il vient de me dire qu'il est innocent. » Mackenzie, 
en effet, venait de mourir, en avalant par erreur de l'eau-forte, 
croyant prendre du whisky 1 . 

Mad. Deupès, à Nice, au milieu de la nuit, entend une voix qui 
l'appelle distinctement par deux fois : « Marie ! Marie ! » Elle se 
lève, éveille son mari qui dormait dans la chambre voisine et lui 
demande s'il l'a appelée. Sur sa réponse négative, elle se rendort. 
De nouveau la voix l'appelle. Alors elle dit à son mari : « J'ai peur : 
allumez la bougie », et elle passe le reste de la nuit dans la chambre 
de son mari, avec la bougie allumée. « Souvenez-vous, dit-elle à son 
mari, que nous allons apprendre la mort de M. Gautier, de Mar- 
seille, je crois avoir reconnu, dans les appels successifs, le timbre 

1. Cité par Bozzano, A. S. P., 1909, XIX, 324. 



372 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

de sa voix. » M. Gautier, paraît-il, est mort cette nuit-là, à la même 
heure où Mad. Deupès avait cru l'entendre y . 

L'abbé Dontaz, curé de Domdidier, près Fribourg, en Suisse 2 , 
étant tout jeune homme (dix-huit ans), rêve deux fois de suite qu'il 
voit sa sœur mourante. Son père lui a apparu en lui disant : « Ta 
sœur Joséphine est mourante ; mais ta mère ignore la douloureuse 
nouvelle. » Le lendemain matin, allant au lycée, il ouvre une lettre 
de son père qui lui disait : « Ta sœur est mourante à Paris, mais ta 
mère ignore la douloureuse nouvelle. » 

La monition suivante est des plus remarquables. Pour la bien 
comprendre, il faudra se reporter au récit complet détaillé 3 . 

Le samedi 3 janvier, un photographe de Newcastle, M. Dickin- 
son, reçoit la visite, à 8 heures du matin, d'un monsieur Thompson, 
dont il avait fait la photographie. Il se reporte alors à son livre, lit 
le nom et l'adresse, et à M. Thompson dit : « C'est bien cela : si vous 
voulez repasser dans quelques jours, vous aurez vos épreuves. » 
M. Thompson s'en va. La demoiselle de magasin, interrogée, est un 
peu étonnée, car la veille M. Thompson père était passé à l'atelier 
pour demander d'urgence ces photographies. Or il a été prouvé : 
1° qu'à cette date du samedi 3 janvier, M. Thompson, très gravement 
malade d'une fièvre typhoïde, était dans son lit et ne pouvait se 
lever (il devait mourir dans la journée) ; 2° que dans son délire il 
parlait toujours des photographies, et que c'est pour cela que son 
père avait été chez M. Dickinson la veille ; 3° que le personnage vu 
par M. Dickinson ne peut être que le double, le spectre, de M. Thomp- 
son mourant et alité. 

M. Charles Demay, professeur à l'Ecole normale d'instituteurs de 
Dijon*, voit le 10 juillet, à Paris, un de ses camarades, G..., qui lui 
fait une demande pressante, (à laquelle M. Demay ne peut pas satis- 
faire), et qui le quitte assez désespéré le 10 juillet à 23 heures 30, 
près du pont Saint-Louis. Dans la nuit du 12 au 13 juillet, M. Demay, 

1. Flammarion, hoc. cit., 132. 

2. Flammarion, La Mort et son mystère, 172. 

3. A. S. P., II, 310.. Ce cas extraordinaire, appuyé de nombreux témoignages, 
confine par maintes particularités à la métapsychique objective. 

4. Cité par Boirac, Deux rêves télépathiques, A. S. P., XXII, 1912, 178. 



MUNITIONS DE MORT 373 

étant à Soulancourt (350 kilomètres de Paris), rêva qu'il descendait 
la Seine, au pont Saint-Louis, en bateau. Il laissait pendre sa main 
dans l'eau. Soudain, il se sent mordu au poignet, retire vivement 
la main ; c'était un poisson dont la mâchoire lui serrait le poignet. 
Ce poisson avait la tête de G... M. Demaysc réveille, regarde l'heure. 
Il était 2 heures 20 du matin. Quelques jours après, M. Demay, (qui 
avait raconté son rêve à la sœur de G...), apprit que G... s'était jeté 
dans la Seine, dans la nuit du 12 au 13 juillet, et qu'on l'avait 
retiré de l'eau à 2 heures 30 du matin. 
C'est un cas saisissant de symbolisme cryptesthésique. 

Justinus Kerner 1 raconte que Angelica Hauffe, pendant les trois 
journées successives qui précédèrent la mort de son père, à un 
moment où on n'avait encore reçu aucune nouvelle de sa maladie, 
étant à l'état de veille, a vu un cercueil recouvert d'un drap mor- 
tuaire, et qu'elle a pensé aussitôt à son père. 

J. Kerner raconte aussi l'histoire d'un sieur Hubschmann, de 
Stuttgart. Un matin, au lever du jour, ses enfants l'éveillent et lui 
disent : « Grand-père est arrivé »; ce qui n'était pas réel. Quelques 
jours après, le frère de P. Hubschmann, à Strasbourg, lui écrit qu'il 
est très inquiet au sujet de leur père, car il avait cru le voir et le 
reconnaître, et cela le même jour où les enfants de M. Hubschmann 
avaient cru voir (à Stuttgart) leur grand-père. Or M. Hubschmann 
était mort en Bothnie, au moment précis où il apparaissait à Stutt- 
gart et à Strasbourg. 

Mad. Duck, qui travaillait à ramasser du bois dans une forêt, 
voit, à 10 heures du matin, son mari, David Duck, et elle lui crie : 
« Ohé ! David ! quel vent t'amène ici ? » Elle rentre chez elle, et n'est 
pas surprise quand on lui annonce que son mari vient d'être tué 
par une voiture qui lui avait passé sur le corps. « Je le savais, dit- 
elle, je n'avais pas besoin qu'on me le dit ;j'ai vu son spectre 2 . » 

La belle-sœur de M. Dyne, de Londres, voit, dans la journée 
(16 décembre 1875), un homme mort, couché sur un petit lit, qui a 
les yeux grands ouverts. La chambre est nue, sans tapis et sans 

1. La voyante de Prévorst, trad. franc, par Dusart, Paris, Chamuel, 1900, 61. 

2. Hall, tél., tr. fr., 257. 



374 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

meubles. Elle pense à M. X..., parti à l'étranger, depuis près 
d'un an, et qui l'avait soignée. Or, ce même jour, mais dix heures 
auparavant, M. X... mourait dans l'hôpital d'un petit village, en 
une chambre correspondant exactement à la vision de Mad. Dyne 1 . 

Un sous-lieutenant du génie, M. E..., revenant de permission, 
fait en voiture le trajet de la gare de débarquement jusqu'au train 
régimentaire de sa compagnie. Soudain il aperçoit nettement 
l'image d'une tombe, sur la croix de laquelle étaient peints ces 
mots : « X..., adjudant à la ... compagnie du génie, mort au champ 
d'honneur, 14 juin 1917. » Or la mort de X... était peu vraisem- 
blable. Cet adjudant était le plus ancien des chefs de section; il 
avait trente-sept ans, et était père de famille. A cause de cela, on 
lui avait donné, avant le départ de E... des fonctions militaires où 
le péril était moindre qu'ailleurs. X... avait été tué le 7 juin 1917 -. 

Mad. Galichon, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1916, à Paris, 
rêve que son petit-fils, aspirant au 6 e bataillon de Chasseurs alpins, 
entre en coup de vent dans son salon pour en sortir aussi vite. La 
vision, très nette, lui en étant restée, elle raconte son rêve à sa 
domestique. Quelque temps après, Mad. G... reçoit la nouvelle offi- 
cielle de la mort de son petit-fils, frappé par un obus à Saint-Pierre- 
Vast, le 8 novembre au soir s . 

Mad. Escourrod*, entrant dans la chambre où se trouvait le por- 
trait de son fils, officier de zouaves, envoyé au Mexique, voit sur le 
portrait un des yeux crevés et le sang coulant sur le visage. Le por- 
trait paraissait animé et vivant. Un œil proéminait et semblait 
vouloir sortir de son orbite. Il était probablement 13 heures, c'était 
après le déjeuner. Ce même jour, jour des Rameaux, 29 mars 1863, 
le capitaine Escourrou était frappé à 17 heures d'une balle à l'œil 
gauche. La différence de longitude fait qu'il y a eu six heures 
d'avance ; vraie prémonition, puisque 13 heures à Paris correspon- 
dent à environ 7 heures au Mexique. 

i. Hall, tél., tr. fr., 84. 

2. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

3. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

4. A. S. P., 1891, I, 148. 



MONITIONS DE MORT 375 

Le cas de Escourrou a été analysé avec le plus grand soin par 
Dariex, qui, désirant faire une enquête rigoureuse, à plusieurs 
reprises rendit visite à M. et à M me Escourrou l . 

Or G. Flammarion vient de relater, dans la Revue Spirite, un 
récit extraordinairement analogue 2 . A vrai dire l'authenticité 
de ce nouveau récit me parait assez faible, car nous n'avons 
pas de documents à l'appui, et d'ailleurs il y a inexactitude pour 
la date (17 mars 1863, au lieu de 29 mars pour l'assaut de la 
Puebla). 

Voici ce que rapporte Flammarion. 

En 1863, à un dîner à Paris, la baronne de Boislève recevait 
diverses personnes, entre autres le général Fleury, et le premier 
président Devienne. Soudain, entrant seule dans le salon, Mad. de 
Boislève aperçut son fils, debout devant elle, avec l'œil gauche 
ensanglanté. Or son fils, lieutenant de chasseurs à cheval, était au 
Mexique. Mad. de Boislève tomba par terre, inanimée. Huit jours 
après, elle apprit que son fils avait été tué à l'assaut de la Puebla 
par une balle dans l'œil gauche. 

L'analogie est telle avec le cas Escourrou (l'œil gauche blessé !!) 
que j'ai grande méfiance, et je voudrais bien savoir si le lieutenant 
Escourrou et le lieutenant de Boislève ne sont pas une seule et même 
personne. 

Flammarion ajoute : « LeD r NÉLATON a communiqué à ses collègues 
de l'Académie des Sciences un procès-verbal de l'événement, écrit 
tout entier de la main du premier président Devienne, et signé par 
tous les convives du fameux dîner ». 

Mais, avant d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'une déformation sin- 
gulière du récit Escourrou, il faudrait savoir où se trouve ce procès- 
verbal. 

On voit par cet exemple combien il est nécessaire de redoubler 
les constatations, les documentations, les contrôles. La S. P. R. 
anglaise a grandement raison de s'entourer de preuves et d'attesta- 
tions. Il n'y en a jamais trop, ni même assez. 

Mad. Eustance, sur son lit de mort, parla avec insistance de son 

1. A. S. P., 1891, p. 152. 

2. LX1V, 2 janvier 1921. 



376 CRYPTESTHESIE ACCIDENTELLE 

beau-père qu'elle appelait « Uncle Done ». Pendant qu'elle était à 
l'agonie, M. Done, qui la savait d'ailleurs fort malade, entend une 
voix qui l'appelle : « Uncle! Uncle. » En même temps, une jeune 
fille, Rosy, nièce de M. Done, et qui demeurait chez lui, entend une 
voix qui lui disait : « Rosy ! Rosy ! » Elle sort de sa chambre, au 
milieu de la nuit, croyant qu'elle est appelée par M. Done et ren- 
contre son oncle, qui croyait, lui aussi, qu'il avait été appelé l . 

M. Everitt est éveillé brusquement et fortement au milieu de la 
nuit. Il entend du bruit dans la chambre, mais ne voit rien. Alors 
la voix, très douce, de sa mère se fait entendre, lui dit par trois 
fois : « Tommy » et ajoute : « Votre mère est morte. » M. Everitt a 
raconté le fait avant d'avoir appris la mort de sa mère, qui est sur- 
venue à ce moment. 

M. Farber 2 , archidiacre, se réveillant daus la nuit, voit un sien 
ami, assis au pied de son lit : il était ruisselant d'eau. L'apparition 
secoua la tête sans parler. Elle revint deux fois durant la nuit. 
Bientôt après vint la nouvelle que, peu de temps avant le moment 
où l'apparition avait été vue par M. Farber, son ami s'était noyé en 
se baignant. 

Mad. TJlric de Fonvielle, la femme du distingué écrivain, était 
couchée depuis quelques minutes, et encore éveillée, lorsqu'elle 
voit devant elle, au pied du lit, les rideaux s'écarter, et une amie 
d'enfance, avec qui elle était brouillée depuis trois ans, lui appa- 
raître en une netteté aussi parfaite que si la personne était là, 
vivante. Elle était vêtue d'un grand peignoir avec ses cheveux noirs 
tombant sur les épaules. Elle regarda fixement Mad. de Fonvielle, 
et, lui tendant la main, lui dit : « Je m'en vais à présent ; pouvez- 
vous me pardonner ? » Mad . de Fonvielle s'assit sur son lit et lui ten- 
dit là main, mais la vision disparut. La pendule sonnait minuit. 
Le lendemain matin, au moment où Mad. de Fonvielle racontait 
cette apparition, arrivait de La Haye un télégramme : « Marie décé- 
dée hier soir, à 11 heures 45 3 . » 

1. Hall, tél., tr. fr., 345. 

2. Hall, tél., tr. fr., 130. 

3. Flammarion, Loc.cit., 80. 



MONITIONS DE MORT 377 

Voici un fait rapporté par mon ami Gaston Fournies lequel m'a 
donné à diverses reprises des preuves d'une médianimité très 
forte. Il est possible que sa présence ait exercé une certaine influence 
sur ce très beau phénomène. 

Allant dîner chez ses amis, M. et Mad. B..., Gaston s'étonne de 
ne pas voir leur ami commun d'E... qui était attendu. Ou dîne 
gaiemeut. Gaston, ainsi que M. et Mad. B..., devaient aller au 
théâtre ensemble. Mad. B... passe dans sa chambre pour mettre son 
chapeau. Soudain on l'entend pousser un cri de frayeur. Pendant 
qu'elle était devant sa glace, elle avait vu, dans le miroir, M. d'E... 
entrer par la porte. Il était pâle et triste, le chapeau sur la tête. 
Mad. B..., sans se retourner, lui avait dit : « Tiens, d'E.... vous 
voilà! asseyez-vous donc. » Comme il ne répondait pas, elle s'était 
retournée, mais, ne voyant rien, elle avait pris peur et poussé un 
cri. Elle insiste pour qu'on sache ce qui est advenu de d'E... On va 
chez d'E... qui n'était pas sorti de chez lui. Personne ne répond 
au coup de sonnette : on force la porte, et on le trouve mort. Il s'était 
tué d'un coup de revolver (probablement à 10 heures du matin l .) 

M. Louis Noell, pharmacien à Cette, raconte que, lorsqu'il était 
étudiant à Montpellier, dans la nuit du 23 au 24 novembre, il voit, 
vers 4 heures du matin, étant dans un état de demi-rêve, sa sœur, 
pâle, sanglante, inanimée, l'appeler d'une voix plaintive : « Louis, 
mon Louis, mais viens donc, viens donc! » Il est pendant plusieurs 
heures obsédé par cette vision terrifiante, et le matin il raconte son 
rêve à ses camarades. Le soir, il reçoit la visite de sa sœur aînée, 
en grand deuil, qui lui apprend qu'HÉLÈNE, leur sœur, était morte 
d'une diphtérie suraiguë à Perpignan, le 23 novembre, à 4 heures 
du matin. On avait envoyé à Louis des télégrammes qui ne lui 
étaient pas parvenus 2 . 

Un très distingué médecin de Madrid, mon ami Manuel Tolosa 
Latour, étant encore enfant, est réveillé au milieu de la nuit par sa 
mère qui lui dit en pleurant : « Priez pour votre grand-père qui 

1. A. S. P., 1891, I, 22. 

2. A. S. P., I, 39. 

3. On peut supposer, encore que ce soit assez invraisemblable, que Louis Noell 
avait eu dans la nuit un accès de somnambulisme et avait lu les télégrammes 
qu'une servante avait enfermés dans un tiroir. 



378 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

vient de mourir. » Elle s'était réveillée en sursaut, ayant vu en rêve 
son père mort. Et la nouvelle était vraie. « La mort de mon grand- 
père, dit M. Tolosa Latoub, avait précédé de quelques heures seu- 
lement le rêve de ma mère 1 . » 

Mad. G... s'étant couchée de bonne heure, ne dormait pas, lors- 
qu'elle voit, à la lueur d'une veilleuse, la figure du major G... pas- 
ser au fond de la chambre. Il était habillé comme d'habitude. « Ce 
n'était pour moi, dit-elle, ni un rêve, ni le délire, ni la fièvre »; 
c'était un peu avant 23 heures. Or le major G... était mort précisé- 
ment à 22 heures 45. Mad. G... le savait gravement malade, mais 
elle le connaissait fort peu et ne pensait pas du tout à lui 2 . 

Lady G..., qui avait laissé sa mère en bonne santé, se réveille au 
milieu de la nuit et dit à son mari : « Ma mère est malade ; faites 
atteler pour que faille chez elle. » En arrivaut près de la maison 
de sa mère, elle rencontre une autre voiture, celle de sa sœur, qui, 
inquiète, elle aussi, était partie au milieu de la nuit. Les deux sœurs 
étaient venues pour assister aux derniers moments de leur mère, 
tombée malade subitement 3 . 

L 

Peut-être les filles de lady G... avaient-elles, la dernière fois 
qu'elles ont vu leur mère, constaté quelque signe grave, faisant 
prévoir la mort, et ayant frappé leur inconscience seule. 

Mad. Gay, à Saint-Jean-de-Luz, a eu deux rêves monitoires, inté- 
ressants parce qu'il y a eu une transformation graduelle d'une 
ombre à une autre. 

Pour le premier rêve, il s'agit d'un M. X..., mort depuis un an 
et demi. Peu à peu ses traits s'effacent, et il devient un autre per- 
sonnage, le père de Mad. J. J... Plusieurs fois, dans le rêve, la 
même métamorphose se produit. Le matin une lettre de Mad. J. J... 
apprenait à Mad. Gay la mort de son père. 

Le 24 mars, Mad. Gay voit en rêve son père (mort) accompagné de 
M. L... que Mad. Gay connaissait fort peu. Ce rêve fit une impres- 

1. A. s. P., 1891, I, 35. 

2. Hall, tél., tr. fr., 140. 

3. Cas communiqué par le D r E. de Gcilford, in Chevreuil, On ne meurt pas, 
40. 



M0NITI0NS DE MORT 379 

sion si profonde sur Mad. Gay qu'elle conclut que M. L... était 
mort. Or M. L... n'était pas mort; mais c'est lui, qui, dans une 
lettre écrite quelques jours après, annonça à Mad. Gay que le capi- 
taine Edmond, frère de Mad. Gay, était mort. 

Le 5 avril, alors qu'on était sans nouvelles d'EDMOND et déjà assez 
inquiet, la fille de Mad. Gay, âgée de vingt-huit mois, dit qu'elle a 
vu, dans son dodo, l'oncle Edmond avec une tache rouge sur la tête. 
La nouvelle de la mort d'EDMONDiie parvint à Mad. Gay que quelques 
heures plus tard le S avril par la lettre de M. L... Le frère de Mad. 
Gay, capitaine d'artillerie, avait été tué le 23 mars par un éclat 
d'obus à la tempe. 

M. Goodall l se réveille, en pensant qu'il a parlé tout haut et a dit : 
« fai perdu ma chère petite May. » A ce moment, une autre voix 
(qu'il ne reconnaît pas) lui dit : « No, not May, but your youngest 
boy... » Peu de temps après lui arrive la nouvelle que son petit 
garçon était mort. 

Miss Gollin 2 , le 25 janvier 1896, à 12 heures 30, à l'Office de VEve- 
ning Post (New-York) a la sensation que quelqu'un est derrière sa 
chaise pendant qu'elle est à son travail à l'Office. Elle se retourne 
et voit son fiancé vêtu de noir, qui, au bout de quelque temps, dis- 
paraît. Alors elle s'adresse à une de ses camarades, Miss Burrows, 
et lui dit: « Avez-vous vu quelqu'un derrière ma chaise? » Miss Bur- 
rows n'a vu personne. Au même moment mourait le jeune homme 
dont elle avait vu la figure. Il était malade depuis quelques jours, 
mais Miss Gollin croyait que c'était une très légère indisposition. 

Le témoignage de Miss Burrows indique nettement que la moni- 
tion était absolument subjective. 

Mad. Green 3 , en Angleterre, rêve qu'elle voit dans une petite voi- 
ture deux femmes, que le cheval tombe dans l'eau, que les deux 
femmes perdent leurs chapeaux et se noient. Elle ne reconnaît pas 
ces deux femmes. De fait, à ce même jour, et à cette même heure 
(avec la différence de longitude) une nièce de Mad. Green se noyait 

i. Fr. Myers, Human personality, II, 213. 

2. J. S. P. R., mai 1908, 234. 

3. A S. P., I, 49. 



380 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

avec une de ses amies, accidentellement, en Australie. Toutes deux 
étaient parties en voiture à un cheval. On retrouva leurs corps et 
le corps du cheval; deux chapeaux de femme flottaient à la sur- 
face. Mad. Green n'avait jamais vu sa nièce, elle ne pouvait donc 
pas la reconnaître. 

On notera l'abondance des détails précis qui fait que ce rêve moni- 
toire est un des meilleurs que nous possédions. 

Le général Fytche, en Birmanie, voit un matin, à son lever, en 
plein jour, un vieil ami, qu'il croyait loin, entrer dans sa chambre. 
Puis l'ami disparaît. Personne de la maison ne l'avait vu entrer ni 
sortir. Et cependant le général avait cru le voir en chair et en os. 
Quelque temps après, il apprit que son ami était mort subitement, 
vers le même moment, à quelque 600 milles de là 1 . 

Marianne Griffiths, sortant de la table de famille au milieu du 
déjeuner, un dimanche, va, sans cause appréciable, dans le jardin, 
et contemple pendant longtemps l'eau du bassin. Puis, à sa sœur 
qui arrive la chercher, elle dit avec terreur : « Il se passe quelque 
chose d'horrible ! mon pauvre cher H... » A ce moment, H.., frère 
de Marianne, se noyait en prenant un bain dans une rivière peu pro- 
fonde. Il n'y avait aucune raison pour que Marianne eût quelque 
inquiétude sur le sort de son frère 2 . 

LecoloDelH.Aétantà Londres, couché dans sa chambre, s'éveille 
à l'aurore et voit devant lui Poole, son compagnon d'armes, en 
costume kaki, avec une épaisse barbe noire (qu'il ne portait pas 
quand H... le connaissait). H... savait que G... était parti pour le 
Cap (guerre du Transvaal). L'apparition était si nette que H... la 
prit presque pour une réalité : il distingue la figure, les yeux tout- 
à-fait vivants, le costume kaki, et le casque. H... s'assied sur son lit, 
regarde le fantôme de P... et lui parle ; alors P.. lui répondit : « Je 
suis tué (I am shot) ... à travers les poumons » . Et en disant cela il leva 
lentement sa main droite sur la poitrine. « Le général me commanda 

1. A. S. P., 1891,1, 362. 

2. A. S. P., 1891, I, 364. 

3. G. Delanne, Les apparitions matérialisées, 1911, II, 18 et P. S. P. R. v.). 



MUNITIONS DE MORT 381 

démarcher », dit-il. M. H... raconta cette apparition à quelques 
camarades, et il apprit le lendemain que Poole avait été tué à la 
bataille de Sangshook. Il avait l'uniforme kaki, portait toute sa 
barbe, et le poumon droit avait été traversé. Les heures coïncident. 
La nouvelle de la mort de Poole n'arriva à Londres que vingt- 
quatre heures après que le colonel H... eut raconté son rêve. 

M. Marius S. Griffin, à la Jamaïque, voit en rêve une vieille dame 
pour laquelle il avait beaucoup d'affection. Elle paraissait vêtue 
de blanc. Cela commença par un rêve, et finit par une vision, très 
nette, qu'il aperçut au pied de sou lit. « Et cependant, dit il, je 
n'aurais pas pu distinguer les traits, tant la nuit était noire, si 
c'avait été une personne vivante. » Il écrit son rêve sur son carnet. 
Bientôt il apprend que cette dame est morte au même moment qu'il 
l'avait vue. Il paraît que, quelques minutes avant de mourir, cette 
dame disait : « Dites à Marius que fai pensé à lui 1 ». 

Le général H... étant sous la tente, près de Bombay, voit, à 
2 heures de l'après-midi, la forme de sa sœur, en vêtements de nuit. 
Il écrivit aussitôt pour en demander des nouvelles, et il apprit 
qu'elle était morte au moment où elle lui avait apparu... « Je suis 
aussi sûr du fait que de ma propre existence, » ajoute le général 2 . 

M. H... de Genève, étant élève d'un pensionnat, raconte qu'un 
matin un de ses camarades dit à haute voix devant plusieurs per- 
sonnes qu'il a vu le frère du professeur (professeur du même pen- 
sionnat et absent pour quelques jours) étendu sur l'herbe, avec un 
trou noir au milieu du front. Ce rêve effrayant fait une grande 
impression sur tous les élèves. Le lendemain on apprend, sans que 
M. H... puisse exactement préciser la coïncidence du jour et de 
l'heure, que le rêve était conforme à la réalité, et que X. . . était mort 
d'un accident de chasse. En voulant traverser un fossé, le fusil était 
parti, et la charge tout entière lui avait pénétré dans la tête. 

Suzanne H... anciennement servante de Mad. A... se marie et va 

1. Hall, tél., 160. 

2. Hall, tél., 246. 



382 CRYPTESTHÉS1E ACCIDENTELLE 

habiter une ferme éloignée de la ville où habitait Mad. A... Une 
nuit elle s'éveille et dit à son mari : « Entends-tu ! c'est Mad. A... qui 
m'appelle. » Le mari n'entend rien, et Suzanne se calme. Or Mad. 
A..., prise d'une indisposition subite, était morte dans la nuit, au 
moment même où Suzanne entendit la voix de sa maîtresse 1 . 

Clovis Hugues, qui fut un poète distingué, avait été en 1871, après 
les événements de la Commune, enfermé à la prison de Marseille. 
Avec lui, prisonnier aussi, était son ami Gaston Crèmieux, con- 
damné à mort. Un soir, Grémieux dit à C. H... : « Quand on me 
fusillera, j'irai vous prouver l'immortalité de l'âme en manifestant 
dans votre cellule ». Or, le matin du 30 novembre 1871, à la pointe 
du jour, « je fus, dit Clovis Hugues, réveillé par le bruit de petits 
coups secs donnés dans ma table. Je me retournai ; le bruit cessa, 
et je me rendormis. Quelques instants après, le même bruit recom- 
mença. Je sautai alors de mon lit. Je me plantai bien éveillé devant 
la table. Le bruit continua. Cela se reproduisit encore une ou deux 
fois ». Or, à ce moment-là, Gaston Crémieux venait d'être fusillé 2 . 

M. Martin Halle (de Cette), rêve qu'il voit une jeune fille tomber 
de la fenêtre. Il fait part de ce rêve horrible à sa famille. Le matin, 
il s'étonne que le cocher, qui venait d'habitude le chercher en voi- 
ture, ne soit pas venu. C'est un autre qui arrive avec un assez grand 
retard. A 5 heures du matin, au moment même du rêve, la fille du 
cocher habituel de M. Halle, tombant de la fenêtre, s'était tuée 3 . 

Mad. Hers, en entrant dans sa chambre, à 14 heures 30, voit sa 
mère couchée sur son lit, coiffée d'un bonnet de mousseline ruchée 
qu'elle ne lui avait jamais vu, et morte. Elle sanglote, s'évanouit 
presque. Au bout de quelques instants, on lui apporte un télégramme 
lui annonçant que sa mère (à Strasbourg) est très malade. « Elle 
est morte, dit Mad. Hers, je l'ai vue. » Mad. Hers mère en réalité 
est morte à 15 heures 30 (heure de Strasbourg) et elle avait un 
bonnet de mousseline ruchée 4 . 

1. Flammarion, L'Inconnu et les problèmes psychiques, 140. 

2. Flammarion, L'Inconnu, etc., 76. 

3. Flammarion, Loc. cit., 460. 

4. Flammarion, Loc. cit., 104. 



MUNITIONS DE MORT 383 

Le célèbre Home, qui a donné les plus beaux exemples connus 
d'ectoplasmie, a eu parfois quelques faits de lucidité. Au jour et au 
moment même, à une minute près, dit-il, de l'heure à laquelle est 
mort Au.an Kardec, uu des protagonistes de la doctrine spirite, il 
recevait le message spiritique suivant : « Je regrette d'avoir ensei- 
gné la doctrine spirite, Allan Kardec ». Le message fut reçu en 
présence du comte du Dunraven 1 . 

Mais tout de même il serait intéressant de savoir exactement 
dans quelles conditions ce message a été transmis. 

M. Octave Houdaille, appelé à Mirecourt (Vosges) par une maladie 
très grave de son grand-père, part, avec son frère Georges, de Paris 
à 22 heures et il s'endort dans le train. A 1 heure du matin, il est 
réveillé brusquement, entendant un profond soupir. Il se lève, 
appelle son frère. « Il est une heure du matin, lui dit-il, mon grand- 
père doit être mort ou mourir. Je viens de l'entendre distinctement 
rendre le dernier soupir. » De fait, la mort avait eu lieu exactement 
à 1 heure 30 du matin -. 

Mad. Hosmer, sculpteur célèbre, étant à Rome, se réveille au 
moment où la pendule sonne 3 heures, et voit près de son lit, à l'in- 
térieur des rideaux du lit, la forme d'une jeune Italienne, nommée 
Rosa, qu'elle avait eue comme servante, et qu'elle savait légèrement 
malade. Il lui sembla que Rosa lui disait : « Adesso son felice, so7i 
contenta ». Le lendemain matin, elle raconte son rêve pendant le 
déjeuner à Miss Lydia Child, qui n'y croit pas. Elle envoie cepen- 
dant chercher des nouvelles de Rosa et apprend que Rosa était morte 
à 5 heures 3 . 

M. Hutchins meurt subitement à Cardifî, à 80 kilomètres de la 
maison qu'habitait sa femme. M. Hutchins fils part en voiture pour 
annoncer la triste nouvelle à sa mère. Sa mère est à la porte, et sa 
première parole est pour lui dire : « Daniel, ton père est mort. » — 
« Comment le savez-vous ? » — « Il est venu m' appeler hier soir vers 

1. D.-D. Houe, Les Lumières et les Ombres du spiritualisme, trad. fr., Paris, 1883, 
Dentu, 114. 

2. A. S. P., 1891, 99. 

3. Hall, tél., tr. fr., 146. 



384 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

9 heures, puis il a disparu tout de suite. Je ne rue suis pas couchée 
depuis. Il m'avait appelée par mon nom : « Mary ! Mary ! i » 

Le D r Jean (à Cogolin, Var) est appelé auprès d'un petit garçon de 
sept ans environ, atteint de fièvre avec délire. A 10 heures du matin, 
en se réveillant, l'enfant est terrifié, voit de l'eau partout, et crie : 
« Au secours », en disant que son père se noie. De fait, le père de 
l'enfaut, qui voyageait à Nice, s'était noyé à cette même heure 2 . 

Deux employés du même bureau, J... et F... 3 étaient amis très 
intimes. Un jour, F..., atteint d'indigestion, ne vint pas. Le médecin 
lui avait conseillé de se reposer quelques jours. Le soir J.., étant 
rentré chez lui, comme il était dans sa chambre avec sa femme, voit 
distinctement son ami F... habillé comme d'habitude, et une canne 
à la main. Il fixa son regard sur J... et s'en alla. Alors J... se cita à 
lui-même les paroles de Job... « et un esprit passa devant ma face, 
et le poil de ma chair se hérissa... » Puis il demanda l'heure à sa 
femme : « 9 heures moins 12 minutes », dit-elle, « c'est donc à 
9 heures moins 12 minutes que F... est mort. Je viens de le voir. » 
Or, F... était mort de la rupture d'un anévrisme au même moment, 
c'est-à-dire entre 8 heures 35 et 9 heures du soir. 

Ce cas de monition, par la précision des détails et par son impré- 
voyabilité, est des plus remarquables. 

M. Jukes 4 entend en rêve la voix d'un de ses camarades, qui lui 
dit : « Votre père Mark et Harriet sont partis tous les deux. » Il se 
réveille, mais l'impression est si forte qu'il écrit ces paroles aussi- 
tôt sur un petit bout de papier. Il en est même tellement ému qu'il 
ne descend pas le lendemain matin pour déjeuner. Or, à ce même 
moment, son père Mark mourait en Amérique du choléra ; sa belle- 
sœur Harriet mourut deux jours après. 

M. Grant se réveille au milieu de la nuit, et sent comme une pré- 
sence dans sa chambre, mais ne voit rien. Il acquiert alors la con- 
viction que le père de son ami Bruce est mort. Il regarde l'heure. 

1. Hall, tél., tr. fr., 297. 

2. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

3. A. S. P.., 1891, I, 301. 

4. Hall, tél., tr.,fr., 126. 



MUNITIONS DE MORT 385 

Il est minuit 14 minutes. Le matin, il en parle à plusieurs per- 
sonnes; le soir il inscrit sur son journal qu'il en a parlé. Or ce 
n'était pas le père de M. Buuce, mais son frère, qui était mort (en 
Chine) quelques heures (douze heures sans doute) auparavant'. 

Mad. L..., à Farnborough, voit, à 3 heures de l'après-midi, entrer 
un vieux monsieur dans sa chambre. Il avait un vêtement démodé 
et une canne. Malgré la pluie, il était sans parapluie, et ses 
vêtements n'étaient pas mouillés. Elle reconnaît son oncle, et lui 
parle comme s'il était une personne réelle. Mais lui, sans répondre, 
sort par la porte à demi ouverte . Les domestiques questionnés 
assurèrent n'avoir vu personne. Or, à ce moment, exactement, mou- 
rait à Leicestershire son vieil oncle, qu'elle ne savait pas malade 2 . 

Le capitaine Lagarrue, étant à Saint-Louis (Sénégal) commençait 
à s'endormir lorsqu'il se sent brusquement secoué avec une forte 
pression sur la poitrine. Il se lève sur son coude, se frotte les yeux 
et voit devant lui sa grand'mère, qui le regarde avec des prunelles 
presque éteintes : il entend sa voix faible qui lui dit : « Je viens te 
dire adieu, mon cher petit, tu ne me verras plus. » Alors il se fait à 
haute voix cette réflexion : « Voyons, ce n'est pas un rêve! » et il se 
lève. L'apparition n'avait duré que quelques secondes. Le moment 
coïncide exactement avec le moment où est morte à Rochefort la 
grand'mère du capitaine, fort âgée, mais dont la santé n'inspirait 
pas d'inquiétude 5 . 

Jules Lermina rapporte le cas suivant, peu démonstratif d'ailleurs, 
écrit par une personne qu'il connaît particulièrement 4 . 

« J'étais allée prendre un plat à la cuisine, quand j'entendis la 
voix d'un de mes cousins à la fenêtre. Je levai les yeux et le vis 
courbé vers la fenêtre, me disant bonjour de la tête, et me répétant : 
« Bonjour, Loole. — Bonjour, Wenand, » répondis-je ; puis j'allai lui 
ouvrir la porte. Mon père, étonné qu'on ouvrit la porte sans qu'on 

1. Hall. tél.,t\\ fr., 93. 

2. Hall., tél. tr. fr., 205. 

3. Flammakion, Loc. cil., 182. 

4. A. S. P., 1895, 202. 

RicHEr. — Métapsycliique. 25 



380 CRYPTESTHÉS1E ACCIDENTELLE 

eût sonné, vint voir ce qui se passait. Lorsque je lui eus dit que 
j'étais venue pour voir Wenand, il me dit : « C'est impossible » et 
alors il m'annonça que Wenand était mort, mais que lui, mon père, 
n'avait pas voulu me le dire encore. 

Malgré l'autorité de M. Carrington, je ne puis accorder grande 
confiance à l'histoire qu'il nous raconte de Mad. H..., une femme 
du peuple sans doute. Elle voit son fils, qui était au front, devant sa 
porte, et s'étonne de ne pas le revoir dans la soirée. Elle laisse la 
porte ouverte, mais l'enfant ne revient pas. Le lendemain il repa- 
raît de même, puis disparaît. Le surlendemain il revient une qua- 
trième fois. « Cette fois, dit-elle, mon fils, ne me laisse pas : assieds- 
loi et prends une tasse de thé avec moi ». Alors le fils monte 
dans la chambre. Elle le suit. Il s'afïale sur le lit, puis il disparaît, 
et le lit était couvert de sang. Le premier jour de l'apparition coïn- 
ciderait avec la mort de ce jeune homme. 

Ce récit est d'une si haute invraisemblance (psychologique) qu'on 
ne peut en rien accepter. Tout au moins faudrait-il avoir quelques 
documents sur l'état mental de Mad. H... 

En mars 1890, la comtesse E. Kapnist 1 , sortant du théâtre avec 
sa sœur, au moment où elle va entrer dans sa voiture, hésite, car elle 
voit dans la voiture une figure à silhouette émoussée, diaphane, 
presque indécise. La vision ne dure qu'un instant; cependant on 
peut distinguer les moindres détails, le nez prononcé, la raie des 
cheveux de côté, la barbe rare et d'un blond foncé, pas de chapeau, 
et une redingote noisette. La sœur de la comtesse E. K... ne voit 
rien, quoique Mad. E. K... lui ait dit : « N'as-tu rien vu en face de 
toi? » A quelque temps de là, Mad. E. K... apprend qu'un certain 
sieur P..., qui répondait tout à fait à la description, est mort, à la 
suite d'une longue maladie, deux jours après la vision. M. P. . . avait, 
en mars 1889 promis à I. K..., sœur de la comtesse Kapnist, de 
reparaître devant elle, mais sans l'effrayer. 

Le D' Liébexult rapporte le cas de Mad. B..., de la Nouvelle- 
Orléans, qui, magnétisée par M. Liébeault, ne tarda pas à donner 
des preuves de lucidité par l'écriture automatique. Un matin, elle 

i. Myehs, Humait personality, II, 49. 



M (INITIONS l>K MORT 387 

se sent poussée à écrire. Le message provenait d'une certaine Mar- 
guerite qui annonçait sa mort (à Coblenz dans un pensionnat). On 
a vérifié par la suite que, réellement, Marguerite, l'amie de Mad . B. . . , 
était morte le même jour ' . 

Un de mes confrères, médecin distingué, nullement crédule, 
m'écrit que dans la nuit il rêve qu'il passe devant une jeune femme 
de ses amies, Mad. L..., en pleurs, la figure couverte d'un grand 
voile de deuil. Au réveil, le lendemain matin il en parle à ses parents, 
en s'étounant que cette jeune femme, habituellement gaie et insou- 
ciante, se soit présentée à sa pensée en habits de deuil. « Vers 
8 heures du matin, ma sœur, dont Mad. L... est une belle-sœur, nous 
téléphone que M. L..., souffrant depuis trois jours, a été pris dansla 
soirée, la veille, de symptômes graves de péritonite, qu'il a été trans- 
porté àJa maison de santé, opéré à minuit dans un état désespéré, 
et qu'il vient de mourir. Je n'avais pas vu, ajoute le D r X..., M. et 
Mad. L. . . depuis une quinzaine, et ma sœur, seule relation com- 
mune, ignorait avant cette nuit que M. L... fût souffrant. » 

Ce qui est très intéressant dans cette monition, c'est qu'elle est 
manifestement symbolique. Ce n'est pas du tout le mort qui se pré- 
sente. C'est une information. Et c'est important pour la théorie, 
puisque cela semble prouver que les soi-disant apparitions ne sout 
pas des fantômes des morts qui arrivent, mais des informations, 
de véritables monitions. 

Mad. Frances Lightfoot est réveillée dans sa chambre par un bruit 
violent. Il lui sembla qu'on ouvrait violemment sa porte (fermée à 
clef d'ailleurs) et que quelqu'un ou quelque chose entrait dans la 
chambre. Une figure apparut, couchée horizontalement au-dessus 
de son lit et une voix impérieuse lui dit clairement et distincte- 
ment : «Frances, j'ai besoin de vous. Venez avec moi, tout de suite. » 
Elle pense alors à Mad. Reed, une de ses meilleures amies,, qui était 
aux Indes, et dit : «Elle est morte », puis elle inscrivit son rêve sur 
son carnet. Le lendemain, causant avec sa sœur, elle lui dit : 
« Mad. Reed est morte ». La vision a eu lieu huit à neuf heures après 
la mort de Mad. Reed*. 

i. Pliant, of the Living, I, 293. 
2. Hall, tél., tr. lr., 154. 



388 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

À Holywood, Mad. Kerr rêve qu'un de ses fils, chaufïeur-mécani- 
cioa d'uue locomotive, est tombé de sa machine, qu'il a eu la tête 
fracassée sur le parapet d'un pont, et une jambe broyée, et aussi que 
le train a passé sur son corps. Il est environ 22 heures 50. Or, 
quelques minutes auparavaut, loiu de là, à Paisley, à 22 heures 35, 
Edouard Kerr, le fils de Mad. Kerr, tombait de sou teuder, au para- 
pet d'un pont ; la tète fut fracassée, et il eut la jambe broyée (il est 
mort le lendemain). 

Le cas est discuté avec graud soin par Sir James Crichton Browne 
et le D r Clakke ». Certes, il y a lieu d'avoir quelque méfiance pour un 
récit fait dix ans après l'événement, mais les détails sont si précis, 
et la bonne foi de Mad. Kerr si évidente, qu'il paraît difficile de con- 
tester l'authenticité de cette belle monition. 

Mad. de Lagenest 2 voit, un matin, à 8 heures, devant elle, dans sa 
chambre, son oncle, M. Bonnamy, qu'elle croyait en bonne santé. 
C'était une figure qui la regardait avec douceur. Mad. de L... passe 
de l'autre côté du lit, mais le fantôme prend la place qu'elle vient 
de quitter. Alors elle sort de la chambre pour aller retrouver son 
mari au rez-de-chaussée. De nouveau le fantôme se dresse devant 
elle. « Mais, mon oncle, dit-elle alors, pourquoi venez-vous? Vous 
êtes donc mort ? » Aussitôt l'apparition disparut. Bientôt après on 
sonne à la porte de la rue, et Mad. de L... dit au domestique : 
■« Allez chercher la dépêche qui arrive, mon oncle est mort ». De 
fait, M. Bonnamy était mort à 1 heure 15 dans la nuit. 

Mad. Macklin s dans la nuit du 27 au 28 mars 1918 voit en rêve, 
et en rêve très lucide, son fils David, lieutenant dans l'infanterie 
anglaise, qui lui apparait, en uniforme de soldat, ce qui la surprend 
beaucoup. Il a un casque, son équipement de campagne : elle lui 
dit :«Oh! mon fils David, pourquoi n'ëtes-vous plus officier, et avez- 
vous le costume d'un Tommy ? » Elle raconte son rêve à deux per- 
sonnes qui en témoignent. Le 3 avril elle reçoit la nouvelle que son 
fils a été tué dans la nuit du 27 au 28 mars. 

1. Report of a Co-cognitive dream. Amer. S. P. R., novembre 1905, 14o. 

2. A. S. P., 1900, X, 63. 

3. J. S. P. R., Janv. 1919, 3-7. 



MUNITIONS DE MORT 389 

On n'a pas retrouvé le corps de David Macklin. Pour les attaques 
de nuit, parfois les officiers prenaient des uniformes de soldats. 

M. Marchant (de Redhill) à 2 heures du matin, voit une personne 
entrer dans sa chambre. Il lui vient à l'esprit que c'est Robinson 
Kesley, auquel il ne pense jamais, et qu'il a vu une fois par hasard 
depuis vingt ans. Il le reconnaît à ses longs cheveux emmêlés. L'ap- 
parition se regarde dans le miroir. Dès que M. Marchant lui parla, 
elle s'enfonça doucement dans le sol. (Robinson Kesley est mort 
exactement à 2 heures du matin le même jour.) Le lendemain 
matin, avant de rien savoir, M. Marchant avait raconté son rêve à 
diverses personnes 1 . 

Moritz- cite l'histoire d'une femme dont le mari était absent 
et lui envoie une lettre où il était dit que tout allait bien. Pour- 
tant en rêve elle le voit mourant, avec une large blessure au côté : 
un officier était à côté de lui. Et c'était vrai. Quatre mois après, elle 
rencontre dans une église un officier, et elle le reconnaît pour être 
celui qui avait assisté aux derniers moments de son mari. 

Ces récits anciens sont probablement en grande partie authen- 
tiques, car ils concordent bien avec ce que les faits récents nous 
enseignent ; mais ils ne sont pas en état, à eux seuls, d'entraîner nos 
convictions ; car on ne mettait pas jadis la même rigueur qu'on met 
aujourd'hui, et qu'on doit mettre, dans le contrôle et les attestations 
des témoins. 

Le D r Weir Mitchell rapporte, d'après son père, médecin d'un 
asile d'aliénés, qu'il apprit un jour que la femme d'un des individus 
internés à l'asile venait de mourir. Il va alors en informer son 
malade, qui lui dit tout de suite : « Vous n'avez besoin de rien me 
dire. Ma femme est morte. Je le sais. Je l'ai vue cette nuit, et elle 
m'a parlé. » Après enquête, le D r Mitchell apprit que pendant cette 
même nuit le malade parlait tout haut. Le gardien s'était approché 
de lui pour lui faire faire silence, mais le malade reprocha vivement 



1. Hall, tél., trad. fr., 12. 

2. Cite par Passavant J.-C, Unlers. ilber den Lebensmaynelismus, 2« édft., 
Frankfurt a M., 1837, 132. 



390 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

au gardien d'avoir chassé sa femme qui était en train de lui parler 
et de dire qu'elle veuait de mourir l . 

On trouvera dans l'excellent livre de J. Hyslop divers exemples 
qui sout intéressants à mentionner, d'une part parce que M. Hyslop 
a choisi les cas où le percipient était d'une loyauté irréprochable, 
et d'une haute intelligence, d'autre part, parce que la critique 
pénétrante et perspicace de M. Hyslop, nullement crédule, mérite 
d'être considérée comme conclusive. 

M. Andrew Lang raconte dans l'article Apparitions de VEncyclo- 
pedia britannica, qu'il a vu un membre éminent d'une Université 
anglaise au moment où cette personne mourait, à cent milles de 
distance (?) 

M. Keulemans, dessinateur et coloriste habile, a entendu le 
matin, dans un demi-rève, étant à Paris, la voix de son fils Isidore, 
il a vu son sourire et ses yeux. L'image et la voix étaient plus 
réelles qu'un rêve ordinaire. Dans la journée, il a de nouveau 
entendu la voix d'IsmoRE, et il a assuré à sa femme que l'enfant 
devait être mort. En réalité l'enïant mourait (à Londres), au 
moment même de l'apparition. 

James Cotter Morison, le professeur Estlin Carpenter, rapportent 
des cas semblables, à eux personnels. 

M. Hensleigh Wedgwood, beau-frère de M. Darwin, rapporte une 
vision véridique qu'a eue sa belle-fille, avec des détails très précis. 

Le marquis de Bute et le D r Ferrier ont décrit le fantôme d'une 
personne morte qu'ils ne connaissaient pas. La description est 
tout à fait suffisante pour permettre d'affirmer qu'il s'agit d'une 
hallucination véridique. 

Le R. Mark Hill, un soir, comme il commençait son souper, voit 
la figure d'un homme de grande taille qui veut se jeter surlui. II se 
lève, fait le tour de la table et prend un verre pour le lui jeter à la 
figure et se défendre. Mais la figure avait disparu, et cependant le 

{. Hyslop, Sciente and a future life, 51. 



MUNITIONS DE MOUT 391 

verre a été lancé. Il pense alors à un de ses oncles, qui en effet est 
mort le même jour (S avril 1864) l . 

Le D r F. de M..., étudiant en médecine à Paris, rêve que son 
oucle (à la Havane), qui lui teuait lieu de père, est en train de 
mourir. De sorte que, lorsque le domestique au matin entre daus 
sa chambre, il trouve M. F... tout en larmes, qui lui raconte ce rêve 
douloureux. La coïncidence du jour était exacte, sinon celle des 
heures 2 . 

Le sergent Nègre, en 1912, entend dans la nuit du 8 novembre sa 
femme, qui était à côté de lui, sangloter et pleurer en dormant. Il 
la réveille, et elle lui dit : « Mon frère Alexis est mort ». Ce qui était 
malheureusement vrai. Un mois après, le 8 décembre, à 1 1 heures 
du soir, même rêve. Mad. Nègre pleurait éveillée, et, quand 
M. Nègre lui demanda : « Qu as-tu? » elle lui dit : « Maman est 
morte, j'en suis sûre », et cela était vrai aussi. 

Le frère de Mad. Nègre est mort le 8 novembre, et sa mère est 
morte le 8 décembre 1912". 

Mad. A. Eugénie, de Lavadina (Italie), croit, le 8 juin 1916, 
entendre dans son sommeil, à 22 heures, les pas de son fils 
Alphonse, soldat au 55 e d'infanterie. L'escalier grinçait. Elle sort du 
lit : « Alphonse, mon cher fils, enfin ! je puis V embrasser ». Il lui 
semble qu'elle sent son fils qui soupire entre ses bras. Mais ce 
n'était qu'une ombre. Mad. Eugénie, persuadée que son fils était 
mort, fit dire pour lui les prières des morts. Alphonse s'était 
embarqué, ce que sa mère ne savait pas, sur le Principe Umberto, 
navire qui fut coulé le 8 juin 1916, entre 20 et 22 heures *. 

Mad. veuve Palliser voit en rêve son fils unique, Matteo, mort 
noyé. Elle se lamente, et, convaincue que c'est la réalité, va trouver 
plusieurs personnes, entre autres M. Clarke, grand négociant de 
Hull, qui essaie de la rassurer. M. Clarke promet d'écrire à New- 

1. Pliant, of the Living, II, 1886. 
i\ Flammarion', Loc. cit., 413. 

3. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

4. Enquête inédite du Bull, des Armées, lettre de M. Fragonese. 



392 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

York pour avoir des nouvelles de Matteo, et chaque jour, pendant 
un mois, Mad. Palliser vient lui demander s'il a reçu quelque nou- 
velle. Enfin on apprend que Matteo s'est effectivement noyé, à la 
date du même jour où Mad. Palliser avait eu ce rêve 1 . 

A Chicago, Mad. Paquet 2 voit son frère, chauffeur à bord d'un 
petit steamer du port, entraîné par deux cordes, tomber dans l'eau, 
se noyer. Il avait son pantalon relevé, de manière qu'on pouvait en 
voir la doublure blanche. Il était sans habit, ne portant que sa che- 
mise bleue de matelot. Plus tard, tous ces détails furent reconnus 
exacts. Quand M. Paquet apprit la nouvelle, il dit à sa femme : 
« Edmond est malade et à l'hôpital. » — « Non, répondit Mad. Pa- 
quet, il s'est noyé, je l'ai vu tomber à l'eau ». 

M. Georges Parent, maire de Wiege (Aisne) voyageant la nuit, en 
voiture, entend son nom prononcé dune voix étouffée. Il s'arrête, 
descend de voiture, ne voit rien. Il allait remonter dans la voiture, 
quand soudain il entend, comme si quelqu'un était dans la voi- 
ture, son nom prononcé d'une voix déchirante. Il reconnaît la 
voix d'une vieille bonne qui l'avait élevé, et qui le chérissait. A 
peine remonté en voiture, il entend de nouveau la même voix, 
très douce. A quelque cent mètres de là, ayant continué sa 
route, il entre dans une auberge pour inscrire sur son carnet ce fait 
extraordinaire. Rentré chez lui, il apprend que la vieille Sophie 
venait de mourir'. 

Un psychologue éminent, M. Piéron, a raconté avec détails une 
monition remarquable*. 

Dans le laboratoire de psychologie de M. Piéron, à l'asile de Ville- 
juif, se trouvait à travailler, le 25 juin 1902, une jeune fille, X... 
qui, ce jour-là, était très triste, et qu'on chercha vainement à dis- 
traire. A 15 heures 7 minutes elle avait cru entendre la voix de 
Jeanne, une de ses amies, qu'elle savait d'ailleurs très malade. 

1. Hall, tél., tr.fr., 150. 

2. A. S. P., 1891, I, 208. 

3. Flammarion, Loc. cit., 100. 

4 . Un cas d'apparence télépathique, le fait et l'interprétation. A. S. P., XII, 
303-309. 



MONITIONS DE MORT 393 

Or, ce même jour, chez elle, Jeanne, presque mourante, appelait 
tout d'un coup, à 15 heures précises, à grands cris, son amie X... 
L'agonie commence, pendant laquelle Jeanne demande qu'on fasse 
autour d'elle le plus grand silence pour qu'elle puisse entendre 
venir son amie X... A 16 heures 6 minutes, elle se sent envoler... 
« Si c'était pour aller voir ?... » elle ne put achever... elle eut un 
hoquet. Elle était morte. 

X... savait que Jeanne était perdue à bref délai, mais croyait 
qu'elle vivrait encore quelque temps. 

Le récit, très circonstancié, de M. Piéron, mentionne en outre 
divers faits curieux qu'on pourrait expliquer par la cryptesthésie 
chez Jeanne mourante. Mais nous croyons qu'ils peuvent s'expliquer 
plus simplement par des coïncidences. Il n'en reste pas moins 
avéré qu'il y a eu pour X... cryptesthésie évidente, avec une moni- 
tion auditive très nette. 

M. RAWLiNsoN(Cheltenham), étant en train de s'habiller, voit dans 
son cabinet de toilette, distinctement, la figure de son ami X... 
auquel il n'avait pas écrit depuis longtemps. A ce moment même 
M. X... mourait 1 . 

Au commencement d'août 1878, mon grand-père, M. Charles Re- 
nouard, âgé de quatre-vingt-quatre ans, est légèrement souffrant 2 . 
Mais, comme sa santé est excellente, cette petite indisposition ne 
l'empêche pas de rester levé, d'aller et de marcher comme d'habi- 
tude. Il demeurait alors au château de Stors (Seine-et-Oise) chez 
Mad. Chedvreux, sa belle-sœur. Le dimanche 11 août, je vais à Stors 
et je trouve mon grand-père très bien portant. Il est convenu que 
ma femme et moi nous irons la semaine suivante à Stors pour 
passer quelques jours avec lui. Nous étions alors à Meudon, aux 
environs de Paris. 

Le samedi matin, 17 août, à 7 heures, comme j'étais déjà levé, et 
achevais de m'habiller, ma femme se réveille en pleurant, et me dit : 
« C'est affreux, je viens de voir ton grand-père très, très malade. 
Il était dans son lit, et ta mère était debout à côté de lui. » 

1. Hall, tél., tr. fr., 231. 

2. Proc. ofthe S. P, R., 1888, 162. 



394 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Je ne tiens pas compte de ce rêve ; car, à cette époque lointaine, je 
ne croyais pas du tout aux rêves véridiques- Je rassure ma femme 
facilement, et nous partons pour Paris en voiture. Je me rappelle 
fort bien que nous avons été très gais pendant le voyage. En arri- 
vant à Paris nous trouvons un télégramme nous annonçant que, 
dans cette nuit du 16 au 17 août, mon grand-père était mort subite- 
ment, en quelques minutes, d'une lésion du cœur, vers 3 heures du 
matin. J'ajoute que nous ne savions pas du tout que ma mère était 
à Stors ; c'est par hasard qu'elle s'y trouvait. Le rêve de ma femme 
retarde environ de quatre heures sur la mort de mon grand-père. 

M. R..., rédacteur à l'administration des Postes, voit, tout d'un 
coup, le 16 mars, au moment où il allait monter en omnibus pour 
reutrer chez lui, sa mère couchée dans son lit, sur le dos, et très 
malade. Il lui sembla qu'il disait dans ce rêve : « Attends, maman, 
je viens! » Il était près de 18 heures S. Eu rentrant, il trouve un 
télégramme lui annonçant une maladie grave et soudaine de sa 
mère, et alors il raconte à l'ami L... qui l'accompagnait, cette visiou. 
L... lui dit qu'il avait eu alors Vair tout drôle. Mad. R... tombait 
malade le 16 mars dans la matinée f elle mourait à 22 heures 1 . 

M. Riondel, avoué à Moutélimar, dans la nuit du 1 er au 2 avril 
1894, entend un bruit insolite et violent qui le réveille avec un 
sentiment de terreur, à 1 heure 45. Sa mère entend ce même bruit. A 
la même heure exactement, lefrère de M. Riondel, qui venait d'écrire 
que sa santé était excellente, mourait subitement à Marseille"-. 

M. Runciman 3 donne des détails précis sur sa monition. Elle a com- 
mencé par un rêve. Il a vu, en rêve, M. J.-H. EUggit couché dans 
son lit. Alors il s'est éveillé en se demandant : « Est-ce que je suis 
éveillé, ou est-ce que je rêve ? », il y avait un peu de lumière de gaz 
dans la chambre. «A coup sûr, ditM. R... j'étais aussi éveillé qu'au 
moment où j'écris ceci, quand l'apparition s'est évanouie. J'allais 
lui parler, mais tout a disparu. J'en ai parlé à mon réveil à diverses 
personnes. » 

1. A. S. P., 1899, IX, 77. 

2. A. S. P., 1895, V, 200-202. 

3. Phantasms of t.he Living, I, 433. 



MUNITIONS DE MORT 395 

Or M. Haggit, qu'il avait cru voir, est mort le même jour, à la 
même heure. Il était malade, mais non très gravement malade. 

En novembre 1904, il y eut des soulèvements populaires et des 
conflits sanglants à Rio de Janeiro : parmi les élèves de l'École 
Militaire (alferes alumno) était le jeune Sylvestre Cavalcante, qui 
fut tué dans la nuit du 14 au 15 novembre, très exactement à 
23 heures, par une balle dans la tète. Cette même nuit, vers 2 heures 
du matin, à Copacabana (Brésil), Mad. Rieken, dont la fille, Maria- 
Luiza, était fiancée au jeune Cavalcante, vit entrer dans sa chambre 
à 2 heures et demie du matin, Cavalcante portant un uniforme 
kaki, différent de son uniforme habituel, et un foulard rouge 
autour du cou. Il dit : « Quarda Mimi » (Protège Mimi). Mimi était le 
petit nom qu'il donnait à sa fiancée. Puis il disparut. Le lendemain 
matin, Mad. Rieken raconta à son mari et à son fils cette étrange 
vision. Personne à ce moment, à Copacabana, ne savait rien de 
l'émeute, et à plus forte raison de la mort de Cavalcante \ 

M. Anatole France raconte spirituellement une monitiou qui lui 
fut racontée par sa grand'mère 2 . 

« Dans l'émouvante nuit du 9 au 10 thermidor de l'an III, on 
avait appris les événements : l'arrestation de Robespierre et l'agita- 
tion extrême qui secouait la Convention et la ville. On ne savait 
rien de plus. « Ma grand'mère, dit Anatole France, se tenait dans sa 
chambre, avec mon père, Mad. de Laville et la jeune Amélie, sœur 
de Mad. de Laville. A 1 heure et demie du matin, Amélie, penchée 
sur une glace, semblant contempler une scène tragique, s'écrie : « Je 
« le vois ! je le vois ! qu'il est pâle! le sang s'échappe à flots de sa 
« bouche ! ses dents et ses mâchoires sont brisées ! Louange à Dieu, 
« le buveur de sang ne boira plus que le sien ». Puis elle poussa un 
cri d'horreur et s'évanouit. A la même heure, dans la salle du Con- 
seil de l'Hôtel de Ville, Robespierre recevait un coup de pistolet qui 
lui brisait la mâchoire ». 

Bien entendu toutes réserves sont nécessaires pour ce fait 
raconté plus d'un siècle après l'événement. 

1. Ce cas est rapporté par le professeur Alexandeu, J. S. P. /{., avril 4905, 59. 

2. Le livre de mon ami. 98. 



396 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Mad. S..., de Luxeuil, dans un demi-sommeil, voit son frère 
couché et serré dans un cercueil de pierre, pareil aux pierres tom- 
bales romaines de l'établissement thermal de Luxeuil. Le cercueil 
se rétrécit de plus en plus. Son frère la regarde en suppliant, puis 
ensuite d'un air résigné. Mad. S... alors se réveille. Il est 
3 heures 30. C'est l'heure à laquelle le frère de Mad. S .., d'ailleurs 
assez malade, se mourait 1 . 

Miss Sandars s'entend un matin, étant éveillée, appeler à plu- 
sieurs reprises par son prénom. Elle reconnaît la voix d'un sien ami 
auquel elle n'avait pas pensé depuis longtemps. Elle note le jour et 
le fait dans son journal (27 octobre 1879). C'est à cette date que mou- 
rait du choléra, dans les Indes, l'ami dont elle avait reconnu la 
voix 2 . 

M. Marcel Sérizolles, magistrat et homme de lettres, cite quel- 
ques cas de monitions 3 . Pendant une excursion en montagne, il se 
sentit soudain frappé à la nuque par un coup violent. Il s'arrête et 
prononce à haute voix ces mots : « J'ai une dépêche à la ville : il 
vient de m'arriver un malheur ».. En effet, son père, qui était en 
apparence d'excellente santé, venait, à 600 kilomètres de là, de 
mourir subitement. Le télégramme était arrivé à la ville de L... où 
demeurait alors M. S..., à l'heure exacte où la commotion avait été 
ressentie. 

La femme de M. Sérizolles a eu aussi une monition. 

Pendant un voyage à Grenade, elle rêve (et dit à son mari) qu'elle 
a vu Mad. de B... très souffrante et mourante. Or, Mad. deB..., (en 
état de grossesse avancée et cependant en parfaite santé, mourait 
au même moment (les dates exactes font défaut). 

M. Sérizolles raconte encore un autre rêve monitoire assez inté- 
ressant. Son père était magistrat à Montauban. Or, parmi ses rela- 
tions était un jeune avoué, nommé L... En 1883, après la mort de 
M. Sérizolles père, M. L... fut nommé juge à N... (Dordogne). Deux 
ou trois années après, M. Sérizolles rêva qu'il voyait son père 

1. Flammarion, Loc. cit., 408. 

2. Hall, tél., tr. fr., 296. 

3. A. S. P., i895, V, 277. 



MUNITIONS DE MOUT 397 

comme flottant dans un nuage. Soudain sortit du nuage une forme 
qui prit l'apparence de M. L...et le dormeur entendit nettement son 
père dire : « Tiens, c'est vous, L... c'est donc votre tour? » L... 
répondit simplement : « Mais oui, c'est bien moi ! » et ils se ser- 
rèrent la main. Quelques jours plus tard, M. Sérizolles apprenait 
que M. L... (très jeune encore) était mort ce même jour. 

La maréchale Serrano raconte que le maréchal, duc de la Torre, 
son mari, étant extrêmement malade, et presque mourant, un matin 
se réveille de la torpeur que lui avaient apportées la morphine et la 
maladie, et qu'il se lève, en criant d'une voix forte, dans le silence 
de la nuit : « Vite, qu'on monte à cheval et qu'on coure au Prado, 
le Roi est mort. » Puis il s'assoupit, et de nouveau il répéta, mais 
d'une voix affaiblie : « Mon uniforme ! mon épée ! le Roi est mort. » 
Et en effet, à ce moment même, mourait au Prado, Alphonse XII, 
assez loin de Madrid où était le maréchal 1 . 

Évidemment, nous ne citons ce fait qu'avec de multiples réserves, 
nécessaires. 

Kate Sherman sent une main lui toucher l'épaule, quand elle est 
au lit. Elle voit son frère Stewart devant elle. Alors elle éveille sa 
soeur/ qui ne voit rien, et qui la plaisante sur sa terreur. Elle se 
rendort, met la tète sous ses couvertures, et de nouveau revoit son 
frère Stewart, dont l'image persiste quelque temps, puis peu à peu 
disparaît. 

Kate éveille de nouveau sa sœur. Or Stewart mourait à la même 
heure (1 heure de la même nuit, du 4 au 5 juillet). 

Voici un récit donné par Victor Hugo, dans Choses vues. Nous le 
reproduisons textuellement ; on n'a pas le droit de modifier les 
paroles du maître. Le cas est doublement intéressant : car il y a, 
outre la monition même, ce fait que l'apparition du mort s'est 
adressée à une personne légèrement malade, et qui cependant allait 
mourir, en lui disant : « Venez-vous ? » 

«Le 27 novembre dernier, une vieille femme appelée Mad. Gdérin, 
âgée de soixante-six ans et demeurant rue des Fossés-du-Temple, 

1. Flammarion, Loc. cit., 439. 



398 CRYPTESTHÉSÏE ACCIDENTELLE 

n° 34, au quatrième, était malade dune maladie qui paraissait peu 
grave et que le médeciu avait qualifiée indigestion. Il était 5 heures 
du matin; sa fille, veuve, nommée Mad. Guérard, qui logeait avec 
elle, s'était levée de bonne heure, avait allumé sa lampe et travail- 
lait assise au coin du feu, près du lit de sa mère. Tout en travail- 
lant, la fille dit à la mère : « Tiens ! Mad. Lanne doit être revenue 
de la campagne ». (Cette Mad. Lanne était l'ancienne épicière 
du coin de la rue Saint-Louis et de la rue Saint-Claude, une 
bonne grosse femme d'une soixantaine d'années, retirée avec 
40.000 livres de rente et logée au premier, boulevard Beaumarchais, 
n ..., dans la maison neuve). « Il faudra, ajouta Mad. Guérard, 
que j'aille lavoir aujourd'hui. — r C'est inutile, dit la mère. — Pour- 
quoi, ma mère ? — C'est qu'elle est morte il y a une heure. — Bah ! 
ma mère, que dites-vous là? rêvez-vous? — Non, je suis bien 
éveillée, je n'ai pas dormi de la nuit, et comme 4 heures du matin 
sonnaient, j'ai vu passer Mad. Lanne, qui m'a dit : « Je ni 1 en vais; 
venez-vous ? » 

« La fille crut que sa mère avait fait un rêve. Le jour vint, elle alla 
voir Mad. Lanne. Cette femme était morte dans la nuit, à 4 heures 
du matin. Le même soir, Mad. Guérin fut prise d'un vomissement 
de sang. Le médecin appelé dit : « Elle ne passera pas les vingt- 
quatre heures. » En effet, le lendemain, à midi, un second vomisse- 
ment de sang la prit, et elle mourut. 

«J'ai connu Mad. Guérin et je tiens le fait de Mad. Guérard, femme 
pieuse et honnête qui n'a jamais menti de sa vie. » 

M. J. Addington Symonds, l'éminent écrivain, étant encore très 
jeune, à Harrow, s'éveille au milieu de la nuit, voit ses livres sur 
une chaise, et se rend compte qu'il doit tourner la tête. Alors il 
aperçoit, entre la porte et lui, debout, le D r Macleane, ayant les 
vêtements noirs d'un clergyman. Cette forme alors lui dit : « Je vais 
faire un long voyage; prenez soin de mon fils ». Puis tout disparaît. 
Or, cette même nuit, M. Macleane mourait à Clifton. M. Symonds 
savait M. Macleane atteint d'une maladie chronique, mais ne le 
croyait pas plus malade que d'habitude 1 . 

1. Cité par Hyslop, Science and a future life, 50 



MUNITIONS DE MORT 399 

M. Sings, un matelot assez peu cultivé, quitte son père, matelot 
aussi, le Vendredi Saint, et s'embarque sur un grand voilier. Après 
quelques jours de navigation, par un très gros temps, il voit son 
père près de lui, marchant sur le pont, et lui disant, selon son habi- 
tude: «Gare à ton gouvernail ! Job». Il continue à voir son père, allant 
et marchant sur le pont, pendant trois heures. Son père, à plusieurs 
reprises, lui frappait l'épaule et lui disait de prendre garde à la roue. 
Inquiet, Joe se dit que son père doit être noyé, pour lui apparaître 
ainsi, de sorte que lui, Joe, ne veut plus rester au gouvernail. La 
date et les heures correspondent avec la mort de M. Sings père 1 . 

M. Shirving, maître maçon à la cathédrale de Winchester, se 
sent tout à coup poussé par une force irrésistible à quitter son tra- 
vail, qui était urgent. Il retourne alors à 10 heures du matin à son 
domicile. Sa femme venait d'être écrasée par une voiture, et appe- 
lait son mari en pleurant 2 . 

Mad. de Thiriat, tante de M. d'Arbois de Jubainville, qui raconte 
ce récit, se sentant mourir, parut, quatre ou cinq heures avant sa 
mort, se recueillir. « J'appelle, dit-elle, Midon pour mon enterre- 
ment ». Deux heures après, Midon, une ancienne servante qui habi- 
tait à 10 kilomètres de là, arrive en vêtements noirs, disant qu'elle 
a entendu Mad. de T.. l'appeler pour la voir mourir 3 . 

Mad. S-roRiAfait un rêve très détaillé relatif à un accident dechemin 
de fer (le détail de ce rêve est trop long pour être donné ici) ; elle voit 
sou frère William, étendu sur le sol avec la cheminée d'une ma- 
chine près de sa tête. La mort de son frère, par un accident de che- 
min de fer, a eu lieu le même jour, à 21 heures 55, 18 juillet 1874*. 

Le colonel Swiney, étant au camp de Shornoliffe, a vu dans la 
journée, son frère, qu'il croyait aux Indes, s'avancer vers lui, puis 
disparaître. Il le dit à ses camarades. L'heure coïncide (en tenant 
compte de la longitude) entre le moment de l'apparition et celui de 
la mort du frère de M. Swiney". 

1. Hall, tél., tr. fr., 318. 

2. Chevreuil, On ne meurt pas, 31. 

3. Flammarion, L'Inconnu, 
i. Hall, tél., tr. fr.. 112. 
b. Hall, tél., tr. fr., 253. 



400 CHYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

Voici plusieurs cas rapportés par M. Tambuhini, professeur à 
l'Université de Rome 1 . 

Mad. V. Guicciardi, femme du médecin principal de la maison de 
santé de Reggio, s'entend, alors qu'elle était endormie dans son lit, 
appeler à haute voix par son nom. Elle va dans la chambre voi- 
sine trouver son mari, et se rendort. Alors elle rêve que son amie 
G..., assez malade, mais qui pourtant il y a deux jours avait écrit 
qu'elle allait légèrement mieux, se mourait et était morte. Il était 
6 heures du matin. A 8 heures, un télégramme arrive, annonçant 
la mort de G... 

L'autre cas n'est probablement pas une coïncidence, encore que 
la coïncidence soit très possible. Une malade démente, à l'asile 
de Reggio, meurt le 21 mai 1892, à 11 heures du matin. Son mari 
n'avait jamais demandé de ses nouvelles, depuis le 20 décem- 
bre 1890. Mais le 23 mai au matin, uue lettre de Mantoue arrive 
où le mari demande des nouvelles de sa femme. Il avait eu 
le 21 mai un malaise lui annonçant qu'un malheur devait lui 
arriver. 

Le D' Giacchi, étudiant, étant à dix-huit ans à Pise, voit son père 
livide, mourant, qui lui dit : « Donne-moi le dernier baiser , car je 
vais te quitter pour toujours » et il sent le froid contact de ses lèvres 
sur sa bouche. Quoiqu'il n'ait aucune raison de penser à un 
malheur, le lendemain matin, il part pour Florence, et, en arri- 
vant, il apprend que son père était mort la nuit précédente, à 
l'heure même de sa vision. 

C'était en 1853, par conséquent à une époque où les communica- 
tions télégraphiques étaient imparfaites. Tout de même le récit 
donné par le D r Giacchi est trop ancien pour qu'il ne soit pas sujet 
à caution. 

Le D r G. Orsi voit en rêve (2 juillet 1858) une tempête assaillir 
YAdria Doria, sur laquelle son frère s'était embarqué. La deuxième 
nuit, il fait le même rêve. La troisième nuit, il revoit encore 
la tempête, le bateau brisé sur des rochers, des naufragés 
courant éperdus de tous côtés : mais il sentait que son frère était 
sauvé. Le 8 juillet, il reçoit un télégramme de Gibraltar lui 

1. Critiques et observations sur la télépathie {A. S. P., 1893, III, 292). 



MUNITIONS DE MOUT 401 

annonçant que le navire avait péri dans nue tempête du 2 au 
3 juillet, mais que son frère Alexandre était sain et sauf. 

Le D r Cornis, de Parme, conte que sa sœur, étant extrêmement 
malade, reçoit la visite de son frère Henri, lieutenant de bersa- 
glieri, qui part pour l'armée, mais qui ne laisse pas à sa sœur 
soupçonner ce départ. Quelque temps après, mourante, et dormant 
à demi, elle s'éveille et dit : « On a tué Henri ». De fait, ce même 
jour, Henri était tué à CustozzA (24 juin 1866). 

Mad. Tealb, dont le fils Walter, assez malade, devait revenir 
du Soudan, où il servait, voit, en Angleterre, à son grand effroi, 
son fils qui se baisse pour l'embrasser, et qui disparaît. Or elle 
apprit depuis que Walter était mort le même jour, cinq ou six 
heures auparavant 1 . 

La doctoresse Marie de Thilo, étant à Lausanne, entend, à 6 heures 
du matin, des coups frappés à sa porte. La porte s'ouvre. Une 
forme apparaît, enveloppée d'une espèce d'étoffe vaporeuse blanche, 
comme un voile sur un dessous noir. « Mon chat, que j'avais dans 
ma chambre pour me protéger contre les souris, grondait furieu- 
sement, le poil hérissé, tremblant et grognant. » Quelque temps 
après, Mad. de Thilo apprit qu'une de ses meilleures amies, à 
laquelle d'ailleurs elle n'avait pas pensé au moment de l'apparition, 
était morte de péritonite aux Indes la nuit qui avait suivi le rêve 2 . 

Comme il n'y a pas eu de récognition, nous ne pouvons guère 
attacher grande importance à ce rêve, en tant que monition. On 
notera cependant l'épisode du chat qui a semblé voir quelque chose, 
de sorte que l'apparition n'était peut-être pas uniquement subjec- 
tive. Mais l'émotion du chat mal interprétée peut-être, ou exagérée, 
n'est pas suffisante pour nous faire admettre l'objectivité. 

Le soldat S... va voir un de ses camarades, malade à l'ambulance, 
lequel, au moment où S... le quitte, lui dit : « Adieu, et pense à 
moi ». Dans la nuit du 27 mars, S... fait un rêve. Voici les termes 
de son carnet de route : « 28 mars. J'ai vu G... mourant : uue clarté 

\. Hall, tél., tr. fr., 280. 

2. Flammarion, Loc. cit., 156. 

Richei. — M<Hap8yclii<|ue. 26 



402 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

violente l'entourait et rayonnait autour de lui... son visage était 
affreusement maigre et défait ; je ne le reverrai donc plus... J'ai 
peur... 18 avril. C'est donc vrai, il est mort il y a treize jours... 
personne près de lui pour l'aimer à ses derniers moments ! je le 
vois dans le cercueil et tout autour les enfants de chœur en rouge 
qui se chatouillent le cou en riant. » Il semble bien résulter de la 
lettre de S... que son ami est mort le 28 mars 1 . 

Le soldat D..., instituteur à Lieuron (Ille-et-Vilaine) étant au front, 
écrit à sa femme : « Tu diras peut-être que je suis foie, mais je crois 
que ma mère est morte... Dis-moi la vérité ». La femme de D... 
reçoit, en même temps que cette lettre, une dépêche lui annonçant 
le décès de Mad. D... mère. Pourtant, Mad. D... mère n'était pas 
malade. Elle avait, après une courte maladie, repris ses travaux 2 . 

M. Via.ud\ professeur au lycée de Bordeaux, a son fils à l'armée, 
qui est parti pour les Ardennes avec son régiment, le 6 août 1914. 
On reçoit régulièrement des nouvelles de lui. « Le 22 août, à 
21 heures 15, ayant été sollicité (par une influence extérieure) à 
gagner ma chambre à coucher, j'avais à peine la tète sur l'oreiller, 
aussitôt l'électricité éteinte, j'aperçus au pied de mou lit l'image 
très nette de mon fils. . . une large tache noire couvrant l'œil gauche. . . 
J'eus la conviction que mon fils avait été, dans la journée, blessé 
mortellement. La vision persistant, je m'écriai mentalement : Assez ! 
Aussitôt la manifestation lumineuse cessa. Il ne s'agit pas d'un rêve. » 

Le 24 août arriva une lettre datée du 20. Mais à partir de ce jour 
plus de lettres. Or le jeune Viaud a disparu dans une bataille de 
Belgique, le 22 août 1914. 

On n'a plus eu de ses nouvelles depuis, et on ne sait comment il 
est mort. 

Le caporal Lebrun a un rêve, ou plutôt un cauchemar, qui 
V ébranle jusque dans les replis les plus profonds de son être. Il note 
le fait sur son calepin (qui a été égaré)... Il rêve qu'il est mêlé à 
une foule en deuil : c'est un enterrement, tout le monde pleure, et 

1. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

2. Enquête inédite du Bull, des Armées. 

3. A. S. P., mars 1916,60. 



MONIÏIONS DE MORT 403 

il pense alors à uue sienne cousine qu'il aime beaucoup. Et en 
effet sa cousine venait de mourir subitement l . 

M. Uranenko était endormi. Quelqu'un le réveille en lui touchant 
le dos ; il ouvre les yeux, et voit sa sœur, âgée de quinze ans, 
assise sur son lit, à lui, Uranenko : « Adieu, Nadia » lui dit-elle, 
puis elle disparaît. Elle était morte le même jour, à cette même 
heure, 5 heures 2 . 

Mad. d'Ulric 3 , pseudonyme qui cache un écrivain distingué, 
entend, dans la nuit du l 01 ' juillet 1919, vers 23 heures et demie, 
des coups répétés sur sa table. Elle s'asseoit sur son lit pour mieux 
entendre. Le rythme est le même que le rythme avec lequel son 
fils, tout petit, disait « Maman ! maman ! » puis les coups, 
augmentant, ébranlent deux petits vases de cristal. Elle tâche de 
se persuader que ce n'était pas une mauvaise nouvelle. Pourtant, 
en réalité, cette même nuit, son fils, sergent d'infanterie, était 
tué. 

Le 8 novembre 1864, un matin, Sarah Wight entend qu'on 
l'appelle du dehors par son nom. M. Hazhatt, qui était avec elle, 
l'entend aussi distinctement. Mais il n'y avait personne. La date de 
la mort de Mad. Wight, mère de Sarah, coïncidait avec celle du 
jour où Sarah s'était entendue appeler 4 . 

L. V... 5 , à Bordeaux, étant à sa table de travail, a la sensation 
qu'une porte s'ouvre. Il se retourne un peu dans la direction de la 
porte, et voit, pendant un temps très court, son oncle G... Un quart 
d'heure après, un télégramme lui apprend que son oncle s'était 
suicidé. La monition avait eu lieu à 9 heures 30; le suicide à 
5 heures. Le télégramme était arrivé à Bordeaux, à 8 heures. 

Valentine C... avait dans sa chambre la photographie de son 
amie Hélène. Un soir, après dîner, retirée dans sa chambre, alors 

1. Enquête médite du Bull, des Armées. 

2. Flammarion, hoc. cit., 436. 

3. A. S. />., XXIX. 24-29. 

4. Chevreuil, Loc. cit., 49. 

5. A. S. P., 1897, Vif, 114. 



404 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

qu'elle étudiait uu problème de géométrie, elle fut comme con- 
trainte de fixer son attention sur cette photographie. Tout d'un 
coup, elle vit l'image remuer les paupières, la bouche s'ouvrir, 
comme si elle allait parler. La pendule sonna 20 heures. Valen- 
tine, pensant rêver, se frotte les yeux et regarde de nouveau. Cette 
fois, elle voit distinctement le portrait remuer les lèvres, ouvrir 
démesurément les yeux, puis les refermer lentement et pousser 
un soupir. Valentink, effrayée, n'ose plus regarder, et se couche à 
la hâte, sans pouvoir s'endormir. Bientôt un télégramme lui 
annonçait la mort d'HÉLÈNE, qui, paraît-il, la veille de sa mort 
répétait: « Peut-être Valentine re'garde-t-elle ma photographie? »*. 

Le fait suivant mérite d'être noté, encore qu'il ne soit pas 
raconté par M. le D r Vogler, percipient, mais par un ami qui le 
tient de M. Vogler lui-même. M. Vogler, voyageant en Allemagne, 
entend la porte au bas de l'escalier s'ouvrir et se fermer. Puis des 
pas traînants se font entendre, qui viennent jusqu'à la porte de la 
chambre. Cette porte s'ouvre, sans que personne apparaisse. Mais 
les pas continuent et semblent s'approcher du lit. Eu même temps 
il entend un profond soupir, et reconnaît la voix de sa grand'mère 
qu'il avait laissée en bonne santé au Danemark. Pourtant il ne voit 
rien. Il regarde l'heure, et prend note de l'événement. Il fut cons- 
taté que la grand'mère de M. Vogler était morte justement à 
l'heure indiquée. 

Ce cas est intéressant, parce qu'il y a eu non seulement réco- 
gnition, mais encore dissociation très nette des phénomènes senso- 
riels de la monition 2 . 

M. W... rêve, au commencement de la nuit, qu'il voit devant 
lui une vieille dame, à cheveux blancs, à sourcils noirs, qui le 
regarde fixement, touchant d'une façon nerveuse les rubans de 
son bonnet. Il ne la reconnaît pas, mais (toujours dans son rêve) 
sa tante arrive et lui dit : « Comment, John, ne vois-tu pas que c'est ta 
grand'mère ? » Au réveil, il note ce rêve sur son carnet. Quelque 
temps après, il apprend que sa grand'mère est morte à la même 

1. Flammarion, Loc. cit., 165. 

2. Flammarion, Loc. cit., 72. 



MONITIONS DE MORT 405 

heure, loin de là, à l'île de Wight. La grand'mère de M. W... avait 
les cheveux blancs (ce que son petit-fils ignorait, ne l'ayant pas 
vue depuis longtemps) 1 . 

Le Rév. Wanley rêve qu'il voit un sien ami, éloigné de Londres, 
d'ailleurs en bonne santé, M. N..., professeur de mathématiques 
au collège de Guerûesey. Le matin M. Wanley dit à sa femme qu'il 
est convaincu que M. B... est mort. Or c'était exact, pour le jour 
certainement, et probablement pour l'heure. 

Mad. Wheatcroft 2 , dont le mari, capitaine de dragons de la 
garde, était parti pour les Indes, voit, dans la nuit du 14 au 
15 novembre 1857, à deux reprises différentes, l'ombre de son 
mari se penchant sur elle, et faisant effort pour parler. Le matin, 
elle en parle à sa mère, et est convaincue que son mari a été tué. 
Un mois après, elle apprend qu'il est mort le 15 novembre. Elle 
dit que ce n'est pas le 15 novembre, mais le 14 novembre qu'il est 
mort, et, en réalité, à la suite d'une enquête minutieuse, on 
apprend que son mari avait été tué le 14 novembre, et non le 
15 novembre. 

Ce cas est extrêmement remarquable et mérite d'être considéré 
comme un des plus probants de toutes les enquêtes, puisqu'une 
monition métapsychique a déterminé une administration officielle 
à faire un changement dans les registres des décès. 

M. William est endormi dans sa chambre, les mains hors de sa 
couverture, quand il est éveillé par la sensation que ses mains sont 
saisies et pressées. Il se redresse et voit près de son lit son jeune 
beau-frère Georges, âgé de dix-neuf ans, qu'il savait d'ailleurs extrê- 
mement malade. Il le regarde avec tendresse, et il ne se sent nulle- 
ment effrayé. Le soleil levant éclairait la chambre. Il se lève et dit 
à sa femme : « J'ai vu Georges, il est venu durant une minute au 
lever du soleil ». Au mèmemoment, en un autreendroitde Londres, 
Georges s'éteignait dans les bras de sa mère et de son père, lequel 

1. Hall, tél., tr. fr., 329. 

2. A. S. P., 1891, 1,51. 



40ft CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

disait : « Le soleil se lève juste au moment où notre cher fils s'élève 
vers la patrie céleste »*. 

Mad. Williams a entendu la voix de sou fils qui criait : « Mère! 
mère! » Elle sent une main se poser sur sa poitrine, elle voit 
l'image de son fils qui lui paraît très malade. M. Williams, à qui sa 
femme raconte cette vision, ne veut pas y ajouter foi. Or le 
fils de Mad. Williams était mort de la fièvre jauue, au même moment, 
en mer-. 

M. Wingfield, dans la nuit du 25 au 26 mars 3 , voit en rêve sou 
frère, Richard Wingfield Baker. La réalité de ce rêve est si forte 
que M. W... se lève et va regarder si réellement son frère n'est pas 
dans la pièce voisine. L'impression est telle qu'il pressent un 
malheur, et écrit sur son carnet : « Apparition, nuit du jeudi 
25 mars, 1880, R. B, W. B, God forbid ». Or, le jeudi 25 mars, 
Richard Baker William Baker mourait d'uu accident de chasse 
survenu dans la journée. 

Cette monitiou est assurément uue des plus certaines qu'on 
possède, à cause de la notation précise de l'événement imprévu, 
sur le carnet agenda. 

Mad. Wright laisse sa fille, âgée de quatre ans et demi, aller 
jouer dans la rue. Peu d'iustants après, en traversant la cour, elle 
voit l'enfant passer devant elle comme une ombre lumineuse. Elle 
s'arrête, ne reconnaît pas l'enfant, et la regarde attentivement 
pendant près d'une demi-minute. Un instant après, on l'appelle 
pour lui dire que l'enfant venait d'être écrasée sur la route, par 
une voiture '. Quoiqu'il n'y ait pas eu de récognition, le fait est inté- 
ressant par la précision des détails. 

Le D l Woolcott, médecin du navire Plantagenet, qui allait des 
Indes en Angleterre, rêve qu'il a vu sa mère mourante et qu'un 
de ses cousins, chirurgien de l'artillerie royale, qu'il croyait en 

1. Hall, tél., tr. fr. 142. 

2. Phant. of the Living, I, 440. 

3. A. h. P., 1891, I, 45. 

4. Hall, tél., tr. fr., 268. 



MONITIOIfS DE MORT 407 

Chine, était près du lit do mort. Le rêve fut si intense que le 
D r Woolgott alla réveiller uu de ses amis pour calmer l'angoisse 
qui l'étreignait. En arrivant aux docks, M. Woolcott voit sou père, 
qui n'était pas eu deuil, venir à lui, et il se dit : « Tout est bien : 
mon rêve m'a trompé ». Pourtant le rêve était conforme à la 
réalité. La mère de M. Woolgott était morte, et son cousin avait 
assisté à la mort. La coïncidence entre le jour de la mort et le 
moment du rêve est quelque peu incertaine l . 

Mad. Wiokham, étant à Malte, a eu le 13 mars de vives angoisses 
au sujet de la santé d'un sien ami à Brighton. Elle va dîner eu 
ville, mais reste triste et inquiète. Rentrant chez elle, pendant 
qu'elle défait sa coiffure, elle sent une main se poser sur sa tête et 
sur sou cou ; puis, quelque temps après, uue bouche froide et 
glacée sembla se placer sur sa joue, et elle entendit la voix de son 
ami qui disait : « Adieu ! adieu ! ». Elle s'endort tout de même, 
voit son ami entrer dans la chambre. Il était livide. Il l'embrassa 
et disparut. La date du rêve fut notée par écrit. Quelques jours 
après, la nouvelle lui arrivait à Malte que son ami était mort à 
l'heure et au jour de la sensation qu'elle avait éprouvée, le 
13 mars, à 10 heures. 

Le capitaine Calt 2 en se réveillant brusquement, voit son frère, 
alors officier eu Crimée (4854) qui le regarde avec affection et 
tendresse. Le capitaine marche à travers l'apparition : tout de 
même l'apparition se montre derrière lui avec un peu de sang à la 
tempe. Inquiet, Calt quitte la chambre et va dans la chambre 
d'un ami. Le lendemaiu son père lui défend de raconter cette 
histoire. De fait l'apparition avait eu lieu quelques heures après 
la mort ûVOliver Calt, tué par une balle à la tempe, à l'assaut du 
Redan. 

M. Bard, jardinier à Hinston 3 , rentre chez lui en passant par le 
cimetière, et là il voit Mad. Fhévillk, habitant Hinston, personne 

1. Hall, tél., tr. ir., 108. 

2. A. S. P , 1891, I, 166. 

3. A. S. P., 1891, I, 171. 



408 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

un peu bizarre., qui s'intéressait aux tombes du cimetière. Mad. FnÉ- 
ville était habillée comme d'habitude. Sa figure était toute blauche. 
Elle regardait M. Bard fixement, et le suivait des yeux Bientôt elle 
disparut, sans qu'il fût possible de voir par où. M. Bard vérifia 
alors qu'aucune tombe n'avait été ouverte. De fait, Mad. Fréville, 
dont M. Bard ignorait totalement la maladie, mourait à ce moment 
même. L'impression avait été extrêmement forte, de sorte que 
M. Bard était absolument persuadé que c'était la réelle Mad. Fré- 
ville qu'il avait vue (car il ignorait sa maladie et sa mort). 

M. Jones, officier anglais, étant en Birmanie», causant gaiement 
avec ses amis, voit soudain un cercueil et dans le cercueil une de 
ses sœurs. Il s'arrête au milieu de sa conversation, et, comme il 
était fort sceptique en pareilles matières, raconte en riant ce qu'il 
vient de voir. Le même jour, sa sœur était morte (en Angleterre) 1 . 

Le cavalier Seh. Fenzi étant à Fortoula, au bord de la mer 
(à 100 kilomètres environ de Florence), poussé par un grand senti- 
ment d'angoisse, voit, malgré une pluie torrentielle et un orage, 
marchant tranquillement de roc en roc, comme si le temps était 
calme, son frère, le sénateur Carlo Fenzi, qu'il reconnaît à ses 
grosses moustaches blanches. Alors il agite la main et l'appelle 
par son nom, aussi fort que possible. Mais G. F... disparaît derrière 
les rochers. A ce moment sort du bois voisin un sien jeune cousin, 
tout différent, avec sa barbe noire, de Carlo Fenzi, et qui n'avait 
pas passé par les rochers. En rentrant chez lui, M. Fenzi apprend 
que son frère Carlo était à l'agonie. Il part immédiatement pour 
Florence, mais n'arrive pas à temps pour le voir encore vivant. 
Quelques mois avant sa mort, le sénateur Carlo Fenzi avait dit à 
son frère Sébastien : « Celui qui mourra le premier viendra avertir 
l'autre, mais je suis sûr que je mourrai avant toi ; daoïs trois mois 
je n'existerai plus ». La conversation avait eu lieu en juin, et la 
mort de C. Fenzi date du 2 septembre 1881 2 . 

Mad. X... 3 voit le 28 décembre 1906, à 23 heures, devant son lit, 

1. A. S. P., I, 173, 4891. 

2. A. S. P., 1891, I, 174. 

3. A. S. P., 1907, XVII, 607. 



MONITIONS DE MORT 409 

une forme de femme dont elle distingue parfaitement les traits et 
tous les détails du vêtement. Cette forme disait, d'une voix voilée : 
« Je suis Hélène Ram, je viendrai vous prendre ; nous serons 
ensemble dans Vautre inonde ». Mad. Hélène Ram est morte à Hyères 
le 28 décembre, à 4 heures du matin. Il y a donc eu un retard de 
vingt heures. Les détails sur les vêtements étaient exacts. Mad. Ram 
n'était pas malade, et Mad. X... la connaissait peu. 

Le général X..., une des plus hautes personnalités de l'armée 
française, écrit à M. A. de Rochas 1 . 

« En 1832, j'avais cinq ans. On m'envoie chez ma grand'mère 
maternelle. Je couchais avec un cousin de mon âge. Nous étions 
dans notre lit à babiller. On venait d'emporter la lumière, lorsque 
je vis au pied de mon lit passer l'image de ma grand'mère pater- 
nelle que je venais de quitter et qui m'aimait tendrement. Or, à 
l'heure même où elle m'était apparue, cette grand'mère mourait. 

M. S... voit, pendant le jour, dans une galerie assez longue de 
son habitation, une sorte de brouillard qui se concentre, s'épaissit, 
prend la figure d'un homme dout la tête et les épaules deviennent 
de plus en plus distinctes. Le reste de sou corps est enveloppé 
d'un vêtement de gaze, comme d'un manteau qui traîne à terre et 
cache les pieds. L'apparition est sans couleur. La tête se tourne 
vers lui avec un sentiment de douceur et de paix, puis en un ins- 
tant tout disparaît, comme un jet de vapeur au contact de l'air 
froid. Alors Z... pense à un sien ami qu'il n'avait pas vu depuis 
quelques semaines, et auquel il n'avait pas pensé ce jour-là. Cet 
ami était mort subitement au même jour et à la même heure 2 . 

M. A. Z.., après avoir très amicalement causé de choses insi- 
gnifiantes avec son jeune ami B..., rentre chez lui, et se met à lire. 
Soudain il entend la porte du dehors s'ouvrir avec bruit. Il y a des 
pas précipités sur le chemin, distincts, sonores. M. Z... a la con- 
science que quelque chose se tient près de lui, en dehors, séparé 
seulement par la vitre de la fenêtre. Il entend une respiration 

1. A. S. /'., 1891, I, 260. 

2. Hall, tél., tr. fr., 182. 



410 CRYPTESTHÉSIE ACCIDENTELLE 

courte, haletante, comme celle de quelqu'un qui cherche à 
reprendre haleine avant de parler. Puis, pareil à un coup de canon, 
un cri épouvantable, un gémissement, une plainte prolongée 
d'horreur qui semble s'évanouir dans les sanglots d'une atroce 
agonie. Cependant la femme de Z... n'avait rien entendu. 
En voyant l'alarme de son mari, elle dit : « Qu'y a-t-il? — 
Il y a quelqu'un dehors, lui dit M. Z... mais c'est si étrange 
et si horrible que je n'ose pas le braver ». A ce moment même, à 
une distance trop grande pour qu'aucun bruit pût parvenir à 
la maison de Z..., B... rentré chez lui, s'était empoisonné en 
buvant de l'acide cyanhydrique, et il était tombé en poussant un 
grand cri 1 . 

Mad. Menneer, femme du principal du collège de Torre à Tor- 
quay, a son père qui est aux Indes, dans l'armée. Une nuit elle 
rêve qu'elle voit la tète décapitée de son père, M. Wellington, posée 
dans un cercueil au pied de sou lit. Or à ce même moment, M. Wel- 
lington, pris dans un combat par les Chinois, avait eu la tête tran- 
chée, et les ennemis avaient apporté en triomphe cette tête dans 
leur camp-. 

Le cas suivant, encore qu'il ne s'agisse pas d'une monition de 
mort, ressemble tellement aux monitions de mort qu'on peut le 
ranger dans ce groupe. 

Le D r Bkuce (de Micanopy, États-Unis) voit en rêve, dans la nuit 
du 27 au 28 décembre 1883 une rixe, et dans cette rixe, un homme 
sérieusement blessé, la gorge coupée. Il ne le reconnaît pas, car 
il avait les mains sur la figure ; mais le D r Bruce voit en rêve sa 
femme (à lui le D r Bruce) qui se tient à côté du blessé et dit qu'elle 
ne veut pas partir avant qu il n'ait reçu des soins. 

De fait, le beau-père du D r